LIrlande du Nord ( ; ; ) est une nation constitutive du Royaume-Uni. Située dans le nord-est de l'île d'Irlande, elle partage une frontière au sud et à l'ouest avec la république d'Irlande. En , sa population est d'environ 1 927 900, soit environ 30 % de la population de l'île et 3 % de la population du Royaume-Uni. L'Assemblée d'Irlande du Nord, établie par la loi sur l'Irlande du Nord de 1998, est responsable d'une série de questions politiques décentralisées, tandis que d'autres compétences sont réservées au gouvernement britannique. L'Irlande du Nord coopère avec la république d'Irlande dans plusieurs domaines.
L'Irlande du Nord a été créée le , lorsque l'île fut divisée par la loi sur le gouvernement de l'Irlande de 1920, qui instaura un Parlement local dans les six comtés du nord-est de l'Irlande. La majorité de la population nord-irlandaise était unioniste et souhaitait rester au sein du Royaume-Uni. Ses habitants étaient généralement les descendants de colons protestants originaires de Grande-Bretagne. En parallèle, la majorité de la population en Irlande du Sud (devenu l'État libre irlandais en 1922) et une minorité significative en Irlande du Nord étaient des nationalistes irlandais et des catholiques voulant une Irlande unie indépendante. Aujourd'hui, les premiers se considèrent généralement comme à la fois irlandais et britanniques, tandis que les seconds se considèrent généralement comme uniquement irlandais. Une identité nord-irlandaise ou d'Ulster, par référence à la province historique, est également revendiquée par une large minorité dans les deux camps.
La création de l'Irlande du Nord s'accompagna de violences à la fois en faveur et contre la partition. De 1920 à 1922, la capitale Belfast connut d'importantes violences communautaires, principalement entre les civils unionistes protestants et les nationalistes catholiques. Plus de 500 furent tués et plus de 10 000 sont devenus des réfugiés, pour la plupart catholiques. Au cours des décennies suivantes, l'Irlande du Nord connut une série ininterrompue de gouvernements dirigés par le Parti unioniste. Il exista une ségrégation mutuelle et informelle entre les deux communautés, et les gouvernements unionistes furent accusés de discrimination envers la minorité nationaliste et catholique irlandaise, dans ce que le Premier ministre d'Irlande du Nord, David Trimble, appela une « maison froide » pour les catholiques.
À la fin des années 1960, une campagne pour mettre fin à la discrimination à l'encontre des catholiques et des nationalistes se heurta à l'opposition des loyalistes, qui y voyaient un front républicain. Ces tensions engendrèrent « les Troubles », un conflit de près de quarante ans impliquant des paramilitaires républicains et loyalistes ainsi que des forces de l'État, qui ont fait plus de 3 500 morts et 50 000 blessés. L'accord du Vendredi saint en 1998 constitua une étape majeure dans le processus de paix, notamment dans le désarmement paramilitaire et la normalisation de la sécurité, bien que le sectarisme et la ségrégation entre les deux communautés restent des problèmes sociaux majeurs et que des violences sporadiques se soient poursuivies après l'accord.
L'économie de l'Irlande du Nord était la plus industrialisée d'Irlande au moment de la partition de l'île, mais elle déclina en raison des troubles politiques et sociaux causés par le conflit nord-irlandais. Son économie s'est considérablement développée depuis la fin des années 1990. La croissance initiale, venue du « dividende de la paix » et de l'augmentation des échanges avec la république d'Irlande, se poursuivit avec une augmentation significative du tourisme, des investissements et des affaires avec le reste du monde. Le chômage en Irlande du Nord culmina à 17,2 % en 1986 et il tomba à 6,1 % durant l'été 2014, ce qui constitue un taux similaire à celui du chiffre britannique de 6,2 %.
Les liens culturels entre l'Irlande du Nord, la république d'Irlande et le reste du Royaume-Uni sont complexes, l'Irlande du Nord partageant à la fois la culture de l'Irlande et du Royaume-Uni. Dans de nombreux sports, l'île d'Irlande n'aligne qu'une seule équipe, excepté au football. L'Irlande du Nord concourt séparément aux Jeux du Commonwealth, et les Nord-Irlandais peuvent concourir pour la Grande-Bretagne ou l'Irlande aux Jeux Olympiques.
Géographie
L'Irlande du Nord était couverte de glaciers pendant la majorité de la dernière ère glaciaire et durant les périodes froides précédentes. On en retrouve des traces visibles dans plusieurs drumlins dans les comtés de Fermanagh, Armagh, Antrim et surtout dans le .. La géographie de l'Irlande du Nord est marquée par le Lough Neagh, le plus grand lac d'eau douce des îles Britanniques (et troisième plus grand lac d'Europe occidentale) avec de superficie, est situé presque au centre du territoire. Deux autres lacs importants se trouvent sur le cours du fleuve Erne dans le Fermanagh : les Lough Erne inférieur et supérieur. La plus grande île et également la seule île habitée dépendant de l'Irlande du Nord est l'île de Rathlin, au large du côté d'Antrim. Strangford Lough, avec est la plus grande baie des îles Britanniques est. thumb|La Chaussée des Géants, dans l'Antrim.
Les montagnes Sperrins possèdent des altitudes relativement importantes avec une altitude maximale de . Elles sont une extension des montagnes plissées de la chaîne calédonienne. Elles recèlent des gisements importants d'or.. Il est également possible d'en trouver dans les montagnes granitiques de Mourne et dans le plateau basaltique d'Antrim, ainsi qu'au sein des chaînes plus petites dans le sud d'Armagh et sur la frontière de Fermanagh et Tyrone. Les collines sont peu élevées, le Slieve Donard, dans les montagnes de Mourne est le plus haut sommet avec .. L'activité volcanique qui est à l'origine du plateau d'Antrim a aussi formé la Chaussée des Géants sur la côte nord d'Antrim. Au nord d'Antrim, se trouvent aussi le pont de corde de Carrick-a-Rede, le temple de Mussenden et les Glens d'Antrim.
La haute et la basse rivière Bann, ainsi que la rivière forment des basses terres fertiles et cultivées de manière extensive. Il y a de même de bonnes terres arables dans le nord et l'est du , mais la plus grande partie des collines n'est exploitable que pour l'élevage d'animaux. Le climat humide et la déforestation aux ont créé beaucoup de prairies dans la région.
La vallée de la rivière Lagan est dominée par Belfast. Sa zone métropolitaine inclut un tiers de la population de l'Irlande du Nord. Elle est fortement industrialisée le long de vallée Lagan et des deux côtés du Lac de Belfast.
Le climat de l'Irlande du Nord est tempéré océanique, plus humide à l'ouest qu'à l'est, mais la présence d'une couverture nuageuse est fréquente partout dans la région à cause des reliefs. Les pluies y sont fréquentes et particulièrement d’août à janvier. Le temps est imprévisible pendant toute l'année et, bien que les saisons soient distinctes, elles sont moins prononcées que sur l'Europe continentale ou l'est de l'Amérique du Nord. La température maximale moyenne à Belfast est en janvier et en juillet. La température la plus haute enregistrée fut à Knockarevan, dans le Fermanagh le et à Belfast le . La plus basse était à Magherally, dans le le .
Histoire
300px|thumb|Carte de l'Irlande du Nord.
L'histoire de l'Irlande du Nord commence en 1920 lorsque l'île d'Irlande est scindée en Irlande du Sud (qui deviendra l'État d'Irlande indépendant que l'on connaît aujourd'hui) et Irlande du Nord.
Partition de l'Irlande Le gouvernement britannique libéral du Premier ministre Herbert Henry Asquith, dépendant du soutien du Parti parlementaire irlandais (PPI, nationaliste) à la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni, entend au début des années 1910 conférer un statut d'autonomie à l'île d'Irlande. Ce projet rencontre une très vive hostilité de la part de la communauté unioniste de l'Ulster. En 1912, un demi-million de protestants y signent le Covenant d'Ulster, jurant de lutter par les armes si nécessaire contre leur subordination à un éventuel gouvernement autonome catholique à Dublin.
Pour autant, le Parlement britannique adopte en 1914 la loi d'autonomie pour l'Irlande. Sa mise en œuvre est retardée par le début de la Première Guerre mondiale. La « Grande guerre » permet de mettre un temps de côté les désaccords entre les communautés en Irlande : les nationalistes catholiques, tout comme les protestants de l'Ulster, sont nombreux à se porter volontaires pour rejoindre les forces armées britanniques. En 1916 toutefois, avec le soutien clandestin de l'Allemagne, une minorité radicale du mouvement nationaliste irlandais orchestre l'insurrection de Pâques à Dublin. Cette révolte violente, condamnée avec dégoût par le PPI et par la majorité du mouvement nationaliste, est réprimée dans le sang par les autorités britanniques, ce qui radicalise l'opinion publique irlandaise. En 1919, la guerre d'indépendance irlandaise débute avec la création de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) par les nationalistes radicaux, le Sinn Féin. Dans le nord, certains des unionistes sont constitués en une milice armée appelée « Volontaires de l'Ulster », pour y résister. Par ailleurs, les sacrifices des unionistes pendant la Première Guerre mondiale rendent inconcevable pour Londres de les soumettre contre leur gré à un gouvernement du Sinn Féin.
Les négociations entre le gouvernement britannique de David Lloyd George et le Sinn Féin, représenté principalement par Michael Collins, aboutissent à un traité en décembre 1921. Celui-ci partage l'île d'Irlande en deux entités politiques ayant chacune ses propres institutions : l'Irlande du Nord, constituée de six comtés de l'Ulster majoritairement peuplés de protestants ; l'Irlande du Sud, formée des comtés, en majorité catholiques.
En 1922, comme le prévoit l'accord signé avec Londres, les nationalistes proclament la création d'un État libre d'Irlande dans la partie méridionale, possédant Parlement et ministères, en échange d'un serment d'allégeance symbolique à la Couronne britannique et de son adhésion en tant que Dominion indépendant au Commonwealth. Cet accord ne fait pas l'unanimité chez les nationalistes et ce désaccord interne au Sinn Féin sera à l'origine de la guerre civile irlandaise qui débute en 1922 et déchire le camp nationaliste. Dans le même temps, dans la partie septentrionale de l'île, le Parti unioniste d'Ulster a largement remporté les élections législatives de 1921 et a été ainsi porté au pouvoir par la majorité protestante de la population. Cette victoire permet aux unionistes d'obtenir le maintien de l'Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, avec un statut d'autonomie politique Ged Martin, « The Origins of Partition », in Malcolm Anderson et Eberhard Bort (dir.), The Irish Border: History, Politics, Culture, Liverpool University Press, 1999, . : .. La minorité catholique subit quant à elle un statut de subordination (par les discriminations à l'emploi, au logement et au vote pendant le régime dit « de Stormont », entre 1921 et 1972).
Le parti unioniste domina continuellement la région jusqu'en 1972 (quand l’Irlande du Nord repasse sous le contrôle direct de Londres). À chaque élection, le parti parvenait à rassembler une majorité de suffrages protestants, quitte à attiser les tensions religieuses afin que le clivage interconfessionnel demeure prioritaire. La plupart de ses dirigeants étaient issus de l’ordre d’Orange, une puissante association maçonnique fondée dans le but de contrer la propagation du catholicisme..
Conflit nord-irlandais