thumb|Collège Stanislas en 1905. Vue générale d'après une aquarelle de H. Basin (carte postale ancienne). Le collège Stanislas est un établissement privé français catholique sous contrat d'association avec l'État fondé en 1804 par l'abbé Claude Rosalie Liautard (1774-1842) dans le quartier Notre-Dame-des-Champs à Paris.
Depuis 1804, cette institution a failli disparaître plusieurs fois ; son maintien dans le cadre de l'enseignement national et l'éducation catholique est dû à plusieurs de ses directeurs et anciens élèves.
Réputé pour ses excellents résultats au baccalauréat et son projet éducatif, au concours général et aux concours d'entrée aux grandes écoles, notamment scientifiques, Stanislas est considéré comme l'un des meilleurs établissements de France, faisant ainsi partie des lycées fournissant de nombreux élèves de l'École polytechnique. En outre, plusieurs personnalités françaises et européennes sont sorties de ses rangs.
Il est néanmoins critiqué par une frange de la presse nationale pour ses méthodes et une certaine rigidité face aux évolutions de la société ; il est aussi le cadre de plusieurs affaires d'agressions sexuelles et violences au début des années 2000. Des accusations d'homophobie, de sexisme et de racisme ont donné suite en 2023 à une enquête administrative classée sans suite disciplinaire ou pénale.
Histoire Débuts (1804-1821) vignette|Premier emplacement du collège Stanislas sur l'atlas de Jacoubet (vers 1830).
Fondation de la maison d'éducation de la rue Notre-Dame-des-Champs (1804-1810) La maison d'éducation de la rue Notre-Dame-des-Champs est fondée le par trois prêtres du diocèse de Paris, MM. Liautard, Augé et FromentVictor Chauvin, Histoire des lycées et colléges de Paris, Paris : 1866, .. La collaboration de ces trois prêtres, dont les deux premiers étaient d'anciens élèves de l'Université, tandis que M. Froment devait sa formation à la congrégation de l'Oratoire du collège de Juilly, commence à réaliser dès le début cette fusion des traditions de l'Université avec celle des congrégations enseignantes.
L'immeuble qu'ils occupent en 1804 est situé rue Notre-Dame-des-Champs, dans un ancien hôtel particulier qui se trouvait sur le tracé des actuelles rue Vavin et rue Bréa, à la limite sud de Paris : l'hôtel Traversaire. Quelques années plus tard, l'abbé Augé acquiert l'hôtel de Fleury, beaucoup plus vaste, et ancienne demeure du cardinal de Fleury. De magnifiques jardins entouraient cet hôtel et ses bâtiments, prolongés eux-mêmes par le jardin du Luxembourg et, au-delà du boulevard du Montparnasse, par la plaine de Montrouge.
Classes préparatoires et premières difficultés (1810-1821)
La maison d'éducation prospère rapidement et compte 500 élèves en 1810. Dès 1806, une succursale est fondée à Gentilly. On y donne l'enseignement secondaire intégral, et l'abbé Liautard, son premier directeur et ancien élève de l'École polytechnique, la complète de deux années d'études supplémentaires destinées à parachever la formation intellectuelle des élèves, et les préparer en même temps aux classes préparatoires aux grandes écoles. Entretemps, et son ministre Antoine-François Fourcroy promulguent la loi du instaurant l'Université de France et le corps enseignant de l'État. Puis, par le décret d'application du , ils créent le baccalauréat. À partir de 1810, cette nouvelle organisation contraint les vues de l'abbé Liautard, et l'oblige à envoyer ses élèves suivre les cours du lycée impérial Napoléon, l'actuel lycée Henri-IV. La maison qu'il a fondée se voit réduite au rang de simple pension, mais il doit se soumettre. La Restauration de 1814 et le retour de la dynastie des Bourbons sur le trône du royaume de France, qu'il soutient depuis le début, ne met pas immédiatement fin à cet état de fait.
Le collège de plein exercice (1821-1847) Reconnaissance de l'État (1821-1824) L'institution Liautard, nom usuel de lInstitution de la rue Notre-Dame-des-Champs, fut reconnue par le Conseil royal de l'instruction publique en tant que Collège de plein exercice en 1821, notion créée par l'ordonnance royale du .
La législation concernant les établissements privés est en effet modifiée en 1821. Cette cause, l'abbé Liautard y contribue, notamment par la préparation à la promulgation de l'ordonnance royale. Cette réintroduction des prêtres catholiques dans l'Université implique aussi que désormais les bases de l'éducation sont « la religion, la monarchie, la légitimité et la charte ». Elle permet également la conversion des collèges libres agréés en « collège de plein exercice ». L'abbé Liautard obtient ce privilège pour sa maison d'éducation. Cette reconnaissance donne également la permission aux élèves de participer au concours général, épreuves auxquelles de nombreux élèves sont couronnés depuis.
L'abbé Claude Liautard souhaite manifester sa reconnaissance au roi , duquel il était proche, en exprimant sa volonté de renommer son institution au nom de règne du roi, .
Il fut répondu en deux moments, d'une part l'institution est élevé au rang des collèges royaux de l'Université de France, d'autre part, Louis XVIII honore la mémoire de son arrière-grand-père Stanislas Leszczyński , en nommant l'institution collège de Stanislas.. L'ordonnance du déclare que le collège de plein exercice dirigé par le sieur Liautard portera à l'avenir le nom de collège de Stanislas, devenu rapidement dans l'usage « collège Stanislas »Le palmarès des prix de 1822 porte cette mention : « In ædibus Collegii a regis nomine Stanislai nuncupati »..
Le collège Stanislas devient alors indépendant du Conseil royal de l'instruction publique, les professeurs de l'Université peuvent y donner leurs enseignements et les élèves ne sont plus obligés de se rendre au lycée Henri-IV. Le collège est reconnu à la fois à caractère ecclésiastique et universitaire.
Les difficultés financières que connaît toutefois l'institution risquent de provoquer sa disparition, l'abbé Augé ayant dû se retirer de l'indivision en . L'abbé Liautard démissionne en 1824 pour assurer la survie de son œuvre plutôt que de lui faire perdre son autonomie. Il est nommé curé de Fontainebleau en 1825.
Direction de l'abbé Augé (1824-1838)
Malgré son âge, Jean Baptiste Augé accepte la succession, et se donne pour tâche de développer la tradition naissante à travers les difficultés que rencontre une œuvre qui doit compter sur elle seule pour vivre et prospérer. Après de longues discussions, la mairie de Paris est finalement autorisée à acquérir les bâtiments du collège. La vente du par Liautard et Froment comprend également les meubles et les jardins. L'abbé Augé reste toutefois propriétaire de sa partie personnelle. Un bail est alors signé avec la ville, concession renouvelable dont le régime dura vingt ans, jusqu'en 1845Sous la Restauration, le neveu de l'abbé Augé, Josué Alexis Augé, (1787-1850), notaire royal et maire de Passy, chevalier de la Légion d'honneur, est anobli par le roi par lettres patentes du , sous le nom d'Augé de Fleury, par référence à l'hôtel de Fleury..
Lacordaire
L'éclat des succès du Collège au concours général des lycées et collèges témoigne de la force de ses études. Son nom, d'autre part, se trouve mêlé à ceux qui étaient particulièrement chers aux hommes de la renaissance religieuse de 1830 : c'est dans la chapelle de Stanislas que Henri Lacordaire donne ses premières conférences en . Devant l'enthousiasme imprévu qui, de semaine et semaine, remplit pendant trois mois d'un joyeux trouble la paisible maison, Lacordaire découvre sa vocation d'orateur et d'apologiste. Mais, entre succès et critiques, elles sont suspendues. Le soutien de Hyacinthe-Louis de Quélen lui vaut cependant d'honorer les Conférences de carême en la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Direction de l'abbé Buquet (1838-1841) Âgé de quatre-vingts ans, l'abbé Augé est remplacé par l'abbé Charles-Louis Buquet, âgé de quarante-et-un an, préfet des études et sous-directeur. Inconditionnel de M. Liautard, Buquet y reprend ses directives, auxquelles l'abbé Augé n'a d'ailleurs rien changé, mais il en impose une observance stricte mais paternelle, où éducation et religion sont inséparables. L'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly laisse quelques notes sur lui, Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance, d'apr. G. Sauvé, Le Collège Stanislas. Deux siècles d'éducation, paris, 1994, .. L'abbé Buquet est alors secondé par l'abbé Ravinet, sous-directeur, ainsi que le père Louis Millériot, s.j., controversiste réputé, comme directeur du Petit Collège. En 1840, il attire Frédéric Ozanam, fraîchement agrégé de lettres, pour enseigner en classe de rhétorique de 1840 à 1844.
La première société civile (1839-1847) Le nombre des élèves étant toujours considérable, et, d'autre part, les difficultés de toutes sortes ne cessant d'augmenter, M. Buquet craint de ne pouvoir suffire à la direction du spirituel, s'il conserve en même temps la responsabilité du temporel. Il se décide à former une société civile qui prend pour elle les charges et les profits du collège, se déchargeant des soucis matériels. Il se réserve la direction proprement dite, c'est-à-dire le soin de la formation religieuse, morale et intellectuelle des élèves. Voyant d'ailleurs quelle force peut provenir d'un tel groupement de jeunes gens, il fonde également une association d'anciens élèves. La société civile s'engage d'une part à racheter les immeubles et jardins appartenant à l'abbé Augé depuis 1821, vente qui a lieu en 1838 et 1839, et d'autre part de reprendre le bail en cours avec la ville de Paris. Cette société est fondée pour une durée de vingt ans. Mais cette dernière année, le bail de la ville arrivant a expiration en 1845, la municipalité revend sans profit sa part à Léon Bérard de Chazelles et ses associés, MM. de Cacqueray, Gibon, Gouraud et LebaudyG. Sauvé, Le Collège Stanislas. Deux siècles d'éducation, Paris, 1994, ; Centenaire du Collège Stanislas (1804-1905), Paris, Dumoulin, 1905, ..
Avant , le premier collège Stanislas était situé dans la rue Notre-Dame-des-Champs, entre la rue Stanislas et la rue Bréa, à l'emplacement du boulevard Raspail.
Direction du père Joseph Gratry (1841-1846) vignette|Joseph Gratry. Après la retraite de l'abbé Buquet, les destinées de Stanislas sont confiées à l'abbé Joseph Gratry, philosophe, l'un des hommes marquants de l'histoire religieuse du .. C'est lui qui achève l'organisation des études au collège Stanislas, par la fondation de deux écoles préparatoires. L'une en 1841, l'école préparatoire aux travaux classiques, est destinée aux tout petits et a pour objet de leur rendre le collège attrayant en ne leur demandant que plusieurs travaux d'une extrême facilité, qui doivent les préparer à l'abord des études difficiles ; ce sont là les prémices des « cours d'enfants » qui se répandent par la suite. Mais, avant tout homme d'études de haut niveau, il se dévoue particulièrement à l'école spéciale préparatoire de Stanislas. Depuis longtemps, le Collège prépare ses élèves aux examens des écoles du gouvernement, mais l'École préparatoire proprement dite n'existe pas, faute d'un régime spécial. L'abbé Gratry le lui donne en 1842, en s'appliquant dans le choix sévère qu'il fait des professeurs et des élèves admis à cette nouvelle « école de mathématiques », dirigée par Paul Desains, et où enseigne Urbain Le Verrier. Le baccalauréat n'est pas encore exigé pour y être admis.
Le nouveau Stanislas (1847-1855) Direction du père Goschler (1846-1854)