William Baranes, plus connu sous son nom de plume Guillaume Dustan, né le à Paris et mort dans la même ville le Relevé des fichiers de l'Insee ., est un écrivain, éditeur et magistrat administratif français.

Conseiller de tribunal administratif, il est en parallèle l'auteur d'une œuvre littéraire, pour l'essentiel autobiographique, en grande partie centrée sur les pratiques et les problématiques concernant l'homosexualité.

Biographie

L'énarque Fils d'une architecte d'intérieur d'origine juive ashkénaze (Lisa Rynkowska) et d'un psychiatre d'origine juive sépharade (Jean-José Baranes), William Baranes obtient les premiers prix de français et d'anglais au concours général. Élève au lycée Henri-, où il effectue sa khâgne, il décide de ne pas passer le concours d'entrée de l’École normale supérieure.

Admis ensuite à Sciences Po, il y présente le concours de l'ENA. Admis, il effectue sa scolarité au sein de la promotion Victor Hugo. Il sort de l'école comme juge administratif.

Il dirige, en 1994 et 1995, avec Marie-Anne Frison-Roche, La Justice : l'obligation impossible, pour la collection « Valeurs » des éditions Autrement ainsi que De l'injuste au juste, aux éditions Dalloz. Il est conseiller au tribunal administratif de Versailles et rédige des articles pour les éditions Dalloz.

Vie sexuelle Il expérimente la « drague » sur Minitel rose, les et les rapports avec des partenaires multiples. Il connaît ses premières expériences avec la drogue. En 1990, il apprend sa séropositivité .

Écriture et médiatisation

Le nom de plume « Guillaume Dustan » a été choisi en 1994 en référence à saint Dunstan de Cantorbéry dont la biographie avait été écrite dans La Sainte Lettre, revue confidentielle à laquelle participait William Baranes (Guillaume étant la traduction de William en français)Raffaël Enault, Dustan Superstar. Biographie, Paris, Robert Laffont, 2018, ..

En 1994, à Paris, il rédige son premier roman, Dans ma chambre, qu'il corrige sur épreuves à Tahiti où, entre-temps, il avait demandé son affectation en tant que magistrat à Papeete. Dans ma chambre est publié aux éditions POL en 1996. Judith Perrignon, journaliste à Libération, écrit : « [Guillaume Dustan] laisse tomber la défroque de l'élite bourgeoise, troque ses prestigieux diplômes contre les tares d'une époque puritaine : il est pédé, séropositif, drogué et le fait savoir. »

En 1997, il quitte Tahiti, se met en disponibilité de son administration. Revenu en métropole, il rédige un second récit, Je sors ce soir, publié chez le même éditeur en 1997 ; c'est dans ce livre que le mot sida apparaît pour la première fois sous la plume de Guillaume Dustan. Jusque-là anonyme et caché derrière son nom de plume, il commence alors à apparaître à visage découvert dans les médias, tout en évitant encore de révéler son véritable nomGuillaume Dustan, c'est qui ?, Têtu , .. En 1998, toujours chez POL, il publie Plus fort que moi, dernier tome de ce qu'il considérait comme une trilogie « autopornographique ». La même année, il collabore au dixième numéro de la revue Écritures, consacrée à Renaud CamusGuillaume Dustan, « Tribu(t) », Écritures, , 1998..

Il crée alors aux Éditions Balland la collection « Le Rayon gay », dans laquelle il publie, en 1999, pour la première fois en France, Les Monologues du vagin. « Le Rayon gay » deviendra par la suite « Le Rayon ». Ce sera la première collection entièrement LGBT éditée en France.

Une cinquantaine de titres y seront publiés jusqu'à sa fermeture en 2003., dont trois titres de Guillaume Dustan : Nicolas Pages (1999, titre qui fait référence à l'écrivain et plasticien Nicolas Pages), Génie Divin (2001) et LXiR ou Dédramatison La Vi Cotidièn (2002).

Il reçoit le prix de Flore, en 1999, pour son roman Nicolas Pages. La même année, de à , il dirige le magazine gay hebdo gratuit e-m@le rebaptisé CQFG pour le compte de radio FG sur proposition d'Henri MaurelGuillaume Dustan, Génie Divin, Balland, , 2001, .. lui consacre un reportage : « , YouTube, consulté le . ».

Il fait quelques apparitions au cinéma., en 2001, dans le court-métrage Les Éléphants de la planète Mars, de Philippe Barassat, et en 2003, dans Process, de C.S. Leigh.

En 2001, il intègre le jury du Prix Sade. La même année, il se présente aux élections municipales, dans le de ParisSéverine Pierron, « Cartographie : bazar à l'hôtel de ville », Technikart, ..

Entre 2000 et 2004, il réalise une vingtaine de vidéos expérimentalesGuillaume Dustan, Premier Essai, Paris, Flammarion, 2005, ., non commercialisées, et dont la distribution (restreinte) s'organisera après sa mort.

En 2003, il participe à la revue littéraire Bordel, dirigée par Frédéric Beigbeder et Stéphane MillonGuillaume Dustan, « Bons baisers du réel », Bordel, , Flammarion, 2003..

Ses apparitions médiatiques sont souvent remarquées : Guillaume Dustan se présente sur les plateaux avec une perruque verte ou argentée, notamment à deux reprises chez Thierry Ardisson, dans Tout le monde en parle vidéos, dans la partie « liens externes » de l'article., militant pour une « cohabitation pacifiste de l'homme et de la femme au sein d'un même corps ».

Génie divin

Génie divin est un livre de Guillaume Dustan, paru chez Balland, dans la collection Le Rayon en 2001, puis dans le deuxième volume de ses œuvres complètes chez P.O.L en 2021. Il y théorise la pratique du barebacking comme défense du libre arbitre et les politiques queer en tant que résistances au capitalisme.

Polémique sur le bareback La médiatisation de Guillaume Dustan s'accroît avec la polémique sur le . Act Up-Paris s'oppose à lui parce qu’il défend les relations sexuelles non protégées entre adultes consentants (). Cela lui vaut d'être, à partir de 2001, attaqué violemment par Didier Lestrade, membre historique d’Act Up-Paris qui juge les positions de Dustan « criminelles »Albert Le Dorze, La politisation de l'ordre sexuel, L'Harmattan, 2009, .. Mais après la mort de Dustan, il écritin : . :

Dustan avait affirmé, chez Thierry Ardisson : . Ces propos sont perçus comme politiques. , affirme Wilfried Salomé dans est publié sur le site de la revue Arès. : Salomé poursuit :

Thomas Dreneau, dans Libération, écrit quant à lui :

Mais cela n’a pas suffi. , écrivent les auteurs de Une perruque et un stylo. Légender DustanAnne-Marie Ringenbach, Mayette Viltard, in .. Wilfried Salomé continue :

Retrait du milieu culturel

Après la fin de sa collaboration avec Balland, Guillaume Dustan réintègre la magistrature. Nommé à Douai, il continue de publier mais se tient désormais éloigné du milieu littéraire et des médias.Têtu, . . Dans un texte paru dans Technikart, il évoque une vie « d'un ennui mortel . ».

En 2004, la revue Écritures lui consacre un numéro spécial intitulé « Danger Dustan / Engagement », constitué de textes inédits de l'auteur et d'articles critiques« Danger Dustan / Engagement », nombreux textes inédits de l'auteur, collectif, Écritures, , éd. La Cinquième Couche, 2004... La même année, il publie Dernier roman chez Flammarion et, en 2005, Premier essai. Ces deux textes sont ignorés par la critique littéraire, qui les juge « illisibles ».

Décès et postérité vignette|Immeuble où meurt Guillaume Dustan.

Guillaume Dustan meurt à , en 2005, au 18 rue des Feuillantines dans le 5 arrondissement de Paris, d'une intoxication médicamenteuse involontaire liée à une consommation excessive de médicaments pour contrer les effets secondaires du traitement anti-VIH et d'antidépresseursThierry Ardisson, Cyril Drouet et Joseph Vebret, « Guillaume Dustan : agitateur gay », Dictionnaire des provocateurs, Plon, 2010. ayant entraîné une embolie pulmonaireThomas Clerc, préface aux Œuvres de Guillaume Dustan, P.O.L, 2013, . Il est enterré au cimetière du Montparnasse (, petit cimetière). Comme épitaphe, sur sa tombe, on peut lire : Il a été dit après sa mort : « Écrivain maudit, sans penser à l’étymologie de “maudit”. Celui qui dit mal, toujours… ».

Des personnalités lui rendent hommage. Thomas Clerc, universitaire, publie dans le journal Libération un article intitulé « Mon cœur est mort (pour Guillaume Dustan) », dans lequel il déclare : Il voit en lui un écrivain qui .

Des écrivains réagissent également à sa disparition. Michel Houellebecq écrit : Érik Rémès rend quant à lui hommage à un

Dans une lettre posthume adressée à Dustan, Virginie Despentes écrit :

En 2007, la Fémis projette , un film réalisé par Guillaume Dustan.

En 2008 parait en France le livre Testo Junkie : sexe, drogue et biopolitique de Paul B. Preciado qui rend un hommage posthume à Guillaume Dustan, ami proche de l'auteur.

En 2012, des textes inédits de Guillaume Dustan paraissent dans la revue Monstre (). La même année, POL Éditeur annonce la publication de ses Œuvres complètes (en trois tomes) accompagnées d'inéditsThomas Clerc, « Oublier Dustan ? », Monstre, , 2012., dans une édition dirigée par Thomas Clerc. Le premier tome, , paraît en sur le site des éditions P.O.L, consulté le .. La même année, le jury du prix Sade lui décerne un prix spécial, à titre posthume .

En 2021, le deuxième des trois tomes de ses œuvres paraît aux éditions P.O.L.

Le samedi , le prix Sade célèbre ses vingt ans. Lors de la remise du prix, un hommage est rendu à Guillaume Dustan (juré du Prix Sade) à l’occasion de la parution du volume Œuvres II (P.O.L)..

Guillaume Dustan est mentionné dans l'exposition Exposé·es au Palais de Tokyo du au ..

Biographies En 2018, Raffaël Enault publie une biographie de Guillaume Dustan, Dustan Superstar., dont une édition augmentée et corrigée, sous un nouveau titre, est annoncée pour .

Colloques universitaires En 2019, un colloque sur Guillaume Dustan, organisé par , se tient à Paris. avec la participation entre autres de Marie-Anne Frison-Roche, Julie Wolkenstein et Philippe Di Folco.

Le colloque, Les corps de Guillaume Dustan, organisé par Flavia Bujor, Thibaut Casagrande et Geoffrey Gilbert, se tient les 22 et , à Paris avec la participation entre autres de Thomas Clerc et .

Thèses Justine Brisson soutient en 2025 une thèse intitulée « Une histoire du neutre. Politique et langage, de Paul Valéry à Guillaume Dustan », sous la direction d’Astrid von Busekist et de Tiphaine Samoyault. Elle est est lauréate de la 4e bourse Imec – Olivier Corpet pour l’histoire de l’édition avec un projet nommé « Guillaume Dustan, éditeur-édité : politique du geste éditorial au tournant du XXIe siècle ».

Expositions En , Guillaume Dustan est évoqué dans l'exposition « Au temps du Sida », au Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, sous le panneau « Je sors ce soir ».

Ouvrages Un livre collectif, Dustan : L'héritage, paru chez Paulette Éditrice en 2025, donne la parole à treize autrices et auteurs de Suisse et de France, dont la création littéraire est, ou a été marquée par Dustan. Une présentation de l'ouvrage est organisée le vendredi à la librairie queer Les Mots à la Bouche, à Paris.

Articles La journaliste Julie Vergely a écrit trois pages, pour les 20 ans de sa mort, dans le Télérama du 29/11 au 5/12/2025.

Hommages Le dimanche 5 octobre 2025, un hommage est rendu devant sa tombe au cimetière du Montparnasse, par l'association Les amis de Guillaume Dustan, association créée pour les 20 ans de sa disparition.

vignette|Tableau pastel de Guillaume Dustan (), par Céleste, 2024, collection particulière.

Prix

Prix de Flore 1999 Prix Sade 2013 (posthume)

Écriture

Influences et style

Guillaume Dustan reconnaît plusieurs influences. Son style s'inspire incontestablement de la littérature anglo-saxonne, qu'il préfère au classicisme français, qu'il qualifie de « bourgeois ». Il écrit :