Le pèlerinage du pape en Terre sainte se déroula du 4 au . C'est la première fois depuis le pape en 1814 que le souverain pontife quittait l'Italie pour participer à un voyage à l'étranger... Ce pèlerinage en Terre sainte contribua à donner à l'image d'un pape pèlerin..
Origines du pèlerinage Dans une lettre datée du mois d'août 1963, un prêtre-ouvrier établi en Israël invite le pape Paul VI à venir en Terre sainte afin de venir voir la communauté religieuse qu'il a fondée à Nazareth..
Dans une note personnelle du suivant, le pape trace les principaux traits que devra revêtir ce voyage : ..En octobre 1963, Pasquale Macchi, Jacques-Paul Martin et l'abbé Paul Casimir Marcinkus sont chargés de se rendre sur place afin d'étudier les modalités du voyage et d'insister sur le caractère uniquement spirituel et non politique du voyage, Israël et la Jordanie étant en conflit depuis vingt ans.
Outre la venue du pape sur les pas du Christ, ce pèlerinage aura aussi une vocation œcuménique, le patriarche Athénagoras (chef de l'Église orthodoxe) souhaitant rencontrer le pape en ce lieu sacré. Paul VI décide de répondre favorablement à cette invitation et envoie le père Duprey à Constantinople pour régler le protocole de cette rencontre œcuménique.
Déroulement Samedi 4 janvier 1964 Départ de Rome Le samedi au matin, le pape se rend à l'aéroport Léonard-de-Vinci de Rome Fiumicino, à Rome. Le président de la République italienne, Antonio Segni, vient saluer le souverain pontife avant que celui-ci ne monte dans l'avion. Le pape répond à ce salut par un discours dans lequel il affirme qu'il s'agit d'un ..
Puis, Paul VI prend l'avion, accompagné dans ce voyage par les cardinaux Tisserant, Cicognani (secrétaire d'État) et Testa, ainsi que son ami le Père Bevilacqua. Le cardinal Augustin Bea n'a pas pu y participer, son projet de déclaration sur les Juifs lors du concile ayant été fortement contesté dans les pays arabes.
La sécurité personnelle du pape est composée de soixante membres du Service des renseignements des forces armées, le renseignement militaire italien.
Dans l'avion qui l'emmène en Jordanie, le pape fait envoyer par radio des messages aux chefs des États que l'appareil survole. Cette coutume sera conservée pour les autres voyages.
Arrivée en Jordanie À 13 h 13 (heure locale), Paul VI descend de son avion à l'aéroport d'Amman, en Jordanie, où il est accueilli par le roi Hussein de Jordanie, qui lui adresse ses souhaits de bienvenue. Le pape répond que sa visite a Discours de Paul VI au roi de Jordanie.. Les patriarches catholiques d'Orient sont eux aussi présents à l'arrivée du Saint-Père.
D'Amman à Jérusalem Sur la route qui le mène à Jérusalem, le pape fait d'abord une première halte au bord du Jourdain à l'endroit où saint Jean-Baptiste donna le baptême à Jésus-Christ.Puis, le pape fait une seconde halte à Béthanie, où Jésus ressuscita Lazare.
Jérusalem Arrivée mouvementée Arrivant à Jérusalem par la porte de Damas, la voiture du pape est prise d'assaut par des groupes de pèlerins et d'autres voulant l'approcher. Le service d'ordre se trouvant débordé par cet imprévu, aucune cérémonie ne pourra avoir lieu à cet endroit et le pape ne peut prononcer l'allocution qu'il avait préparéeAllocution de Paul VI à la porte de Damas, qui n'a pas pu être prononcée compte tenu de l'agitation de la foule..thumb|left|Porte de Damas.
Montée de la Via Dolorosa On fraye à grand peine un passage à la voiture papale, laquelle arrive enfin à la Via Dolorosa, que le Christ gravit en montant au Calvaire. Là, à travers une cohue indescriptible, Paul VI descend de voiture pour monter cette voie à pied. Il était prévu à l'origine que le pape porte une croix de bois et s'arrête devant chaque station. Il ne put cependant ni porter de croix, ni prier devant chaque station, hormis à la sixième où des sœurs l'accueillirent pour lui faire reprendre son souffle. La cohue est telle que le pape trébuche sur les escaliers de la ruelle. Au terme de ce chemin de croix, le pape arrive au Saint-Sépulcre.
Messe au Saint-Sépulcre thumb|left|Édicule abritant le tombeau du Christ à l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre. Au Saint-Sépulcre, le pape s'arrête à l'autel dressé à cinq mètres devant le tombeau du Christ. Une file de policiers défile alors devant lui pour parvenir à la sacristie où sont placés les ornements que Paul VI portera pour célébrer la Messe. Le pape parvient enfin à commencer sa messe basse. Soudain, après la consécration, un incident survient : autour de la coupole du saint-sépulcre, à dix mètres au-dessus du tombeau du Christ, un court-circuit enflamme quatre ou cinq gros câbles. Des étincelles jaillissent, et des flammèches courent le long du sanctuaire. Les lumières s'éteignent brutalement et la télévision retransmettant l'événement est brusquement coupée. Impassible, le pape poursuit sa messe à la seule lueur des bougies. Les câbles enfumés sont finalement débranchés et quelqu'un éteint les flammes au moyen d'un extincteur à neige carbonique. Peu après, le pape termine sa messe. Puis, voyant que la lumière était revenue, le pape rétablit l'autorité en dirigeant une prière et une méditation pendant un quart d'heurePrière du Saint-Père au Saint-Sépulcre..
Délégation apostolique Après la Messe au Saint-Sépulcre, Paul VI se rend à la délégation apostolique de Jérusalem. Là, il y reçoit Benoît de Jérusalem, patriarche orthodoxe grec de JérusalemSalut au patriarche Benoît de Jérusalem., puis Yeghishe Derderian, patriarche orthodoxe arménien de Jérusalem Salut au patriarche Derderian..
Couvent Sainte-Anne Paul VI se rend ensuite à l'église Sainte-Anne, propriété de la France et où les Pères blancs français ont un séminaire grec melkite. Le pape y reçoit six des patriarches catholiques orientaux ainsi que les évêques catholiques orientaux venus à Jérusalem pour le voir.
Heure sainte à Gethsemani Tard dans la soirée, Paul VI se rend à la basilique de Gethsemani, à l'emplacement où Jésus a prié avant sa Passion, en vue d'y célébrer l'Heure sainte. Au cœur de la basilique, il s'agenouille devant la roche de l'agonie tandis que des franciscains lisent un récit de l'agonie du Christ en six langues successives (latin, grec, arabe, arménien, russe et copte). L'assistance récite ensuite le Pater puis le pape, après avoir donné sa bénédiction, échange le baiser de paix avec les cardinaux et les patriarches. Il quitte la basilique à 23 h 28 pour aller passer la nuit à la délégation apostolique.
Dimanche 5 janvier 1964 Israël Arrivée en Israël Dès 6 h du matin, Paul VI quitte la Délégation apostolique de Jérusalem pour se rendre en Israël (nous sommes avant la guerre des Six Jours). Après avoir franchi la frontière à Taanach, non loin de Megiddo, le pape est reçu par le président de l'État israélien, Zalman Shazar. Dans sa réponse à l'accueil du président, le pape insiste sur le caractère spirituel de son voyage, répétant qu'il vient pour .
Nazareth Le cortège pontifical se dirige ensuite vers Nazareth où il arrive à 9 h 45. Paul VI y célèbre la messe dans la crypte de la basilique de l'Annonciation. L'homélie que le pape y prononce est fortement axée sur la dévotion à la Sainte-ViergeHomélie de Paul VI à Nazareth.. Après la messe, le pape s'arrête au couvent des franciscains.
Cana Après avoir quitté Nazareth à 11 heures, le pape visite Cana, lieu où le Christ changea l'eau en vin.
Tabgha Puis, Paul VI se rend à Tabgha, lieu du Tu es Petrus, de la multiplication des pains, où saint Pierre jetait ses filets et où Jésus marcha sur les eaux.
Capharnaüm C'est ensuite à Capharnaüm que le pape se rend.
Mont des Béatitudes Après Capharnaüm, le pape passe sur le mont des Béatitudes, à l'endroit où le Christ prononça le sermon sur la montagne. Le souverain pontife s'arrête chez des religieuses italiennes.
Mont Thabor C'est enfin le mont Thabor, endroit de la Transfiguration, que Paul VI visite.
Retour à Jérusalem Le pape rentre à Jérusalem à 18 heures où il est accueilli par le maire de la ville, Mordechai Ish-Shalom. Le pape y visite le Cénacle puis l'église de la Dormition. Avant de quitter le territoire israélien, il prononce un discours de départ aux autorités locales et au président Shazar, discours dans lequel il prend la défense de Pie XII, faisant depuis peu l'objet d'une polémique sur son Salut de départ aux autorités israéliennes. La polémique en question a été soulevée par la pièce de théâtre Le Vicaire, sortie en 1963.. Au même moment, au nom du pape, le cardinal Tisserant se recueille au mémorial de Yad Vashem, dans la crypte érigée en mémoire des victimes juives du nazisme ; il allume six cierges en mémoire des six millions de Juifs disparus pendant la guerre.
Jordanie Paul VI revient en Jordanie par la porte Mandelbaulm.
Rencontre avec le patriarche Athénagoras thumb|alt=Sculpture de deux silhouettes élancées se rejoignant, à gauche Athénoras de profil avec sa grande barbe, à droite Paul VI avec un profil acéré ; la colombe du Saint-Esprit est représentée sur leurs mains s'étreignant|Sculpture commémorant la rencontre entre Athénagoras et Paul VI. De retour à la délégation apostolique, le pape reçoit le patriarche Athénagoras de Constantinople. Il s'agit d'une entrevue historique puisque c'est la première fois depuis 1439 (concile de Florence) que les primats des Églises de Rome et de Constantinople se rencontrent. Les deux hommes multiplient les gestes d'amitié : ils se prennent par la main, se montrent très émus. À l'issue de leurs allocutions respectivesAllocution (traduite en latin) de Paul VI au patriarche Athénagoras. a lieu un entretien en français entre les deux hommes ; décision est prise de créer une commission où théologiens catholiques et orthodoxes discuteront sur les questions qui les divisent. À la fin de cet entretien, le pape offre un calice en or au patriarche (symbole de la communion entre les deux Églises voulue par le pape) et ils récitent ensemble le Pater, l'un en latin et l'autre en grec.
Visite de Sargent Shriver La journée se termine par la visite de R. Sargent Shriver, chef du Corps de la Paix américain, qui remet au pape un message du président Johnson. Enfin, le pape reçoit un poliomyélitique de cinq ans, Samir Najjar, qu'il fait asseoir sur le siège même qu'avait occupé Athénagoras quelques minutes plus tôt.
Lundi 6 janvier 1964 Bethléem Pour son dernier jour de pèlerinage, jour de l'Épiphanie, Paul VI se rend à Bethléem où l'attend une foule aussi enthousiaste que les jours précédents. Pour éviter la bousculade de la porte de Damas survenue le , des barbelés et des barrières ont été installés.
Le pape célèbre d'abord la messe à l'autel des mages contigu à la grotte de la Nativité, au cours de laquelle il prononce une profession de foi puis une allocution orientée vers l'unité de l'ÉgliseDiscours du pape prononcé à la grotte de la Nativité.. Il termine enfin en s'adressant aux chefs d'État du monde entier pour promouvoir la paix.
Jérusalem Nouvelle rencontre avec le patriarche Athénagoras Après Bethléem, Paul VI retourne à Jérusalem, à la résidence du patriarche orthodoxe de la ville (sur la montagne de l'Ascension, pour rendre au patriarche Athénagoras la visite que ce dernier lui a faite la veille. Le protocole prévoit en effet que tout doit se passer sur un pied d'égalité entre les deux hommes. À la fin de l'entretien, le patriarche offre au pape un encolpion, croix pectorale portant une petite icône, symbole de l'autorité épiscopale chez les orthodoxes. Le pape n'hésite pas à le porter autour du cou. Puis les deux hommes lisent un passage de l'Évangile selon Jean, alternant le latin et le grec. Enfin, à l'initiative du pape, le patriarche et lui-même bénissent ensemble l'assistance.
Visite au patriarche Derderian Puis, le pape rend visite au patriarche arménien Yeghishe Derderian.
Passage à la résidence du patriarche latin de Jérusalem