La Nachtjagd (de l'allemand, littéralement : « chasse de nuit ») est une branche de la Luftwaffe chargée plus spécifiquement de la chasse de nuit dans la défense du Reich notamment contre les bombardiers du Royal Air Force Bomber Command conduisant les attaques de bombardement stratégique durant la Seconde Guerre mondiale. Elle ne doit pas être assimilée ou confondue avec les Nachtschlachtgruppen, unités chargées du bombardement et harcèlement nocturneDie Einzätse der Nachtschlachtgruppen 1,2 und 20 an der Westfront von September 1944 bis Mai 1945, Christian Möller Éd. Hélios.

Historique Le concept de bombardement stratégique nocturne avait déjà été amplement développé par l'aviation impériale pendant la Première Guerre mondiale (raids de Zeppelins sur Londres et bombardiers lourds Gotha). À titre préventif, elle avait aussi procédé à quelques expériences de chasse de nuit dite appuyée par des projecteurs. La Luftwaffe ressuscitée poursuivit le processus au cours des années 1930, sans toutefois pousser ses essais plus en avant.

À la veille du déclenchement du plan Jaune, le ministre de la propagande Joseph Goebbels fit paraître dans la presse des photos d'avions Heinkel He 100 prétendument affectés à « des » unités de chasse diurne/nocturne allemandes non identifiées. Il s'agissait en fait de désinformation : le Heinkel He 100 était un prototype (détenteur d'un record de vitesse resté sans suite) construit à une douzaine d'exemplaires seulement Histoire de ce mystérieux avion. En réalité, ni l'Allemagne, ni son principal adversaire la Grande-Bretagne, ne possédaient d'unités spécialisées dans la chasse de nuit au début de la Seconde Guerre mondiale, et d'une manière générale, très peu d'expérience dans le domaine de la guerre aérienne nocturne.

En raison du caractère résolument offensif de la doctrine militaire allemande et de ses stratèges, la défense aérienne, de nuit comme de jour, était loin d'être une priorité. En , la Luftwaffe ne compte que sept Nachtjagdversuchsstaffeln (escadrille expérimentales de chasse de nuit) équipées d'Arado Ar 68 et de Messerschmitt Bf 109D. Ces unités étaient surnommées les Mondlichtstaffeln (litt. ). En novembre de la même année, une poignée de ces avions seront utilisés pour des essais d'interception nocturne par la 10.(Nacht)/JG 26. En , une unité expérimentale commandée par le Major Blumensaat, est créée à Jever sous la dénomination IV./JG 2.

La chasse de nuit allemande au début de la guerre se réduisait donc à quelques unités expérimentales appartement à des escadres de chasse affectées essentiellement à la protection des ports du Nord-ouest de l'Allemagne (Lübeck, Brême...). Pour le reste du territoire, l'artillerie antiaérienne était censée suffire. Le réseau radar se réduisait, quant à lui, à une douzaine de stations réparties de la Frise à la Forêt-Noire. C'est le raid de la RAF du qui révéla les lacunes autant pour les Britanniques (qui perdirent près de la moitié de leurs avions) que pour les Allemands, à savoir un système de protection antiaérienne insuffisant et la vulnérabilité de leur complexe militaro-industriel de Rhénanie et de la Ruhr.

Prémices d'une nouvelle guerre aérienne

Entre avril et , les premières victoires sont adjugées au IV./JG 2 ainsi qu'à un équipage du KG 4. Ce ne sera finalement que le - en vue d'abord de la bataille d'Angleterre qui se préparait - que Hermann Göring fait appel au Hauptmann (dont le nom signifie d'ailleurs Biographie, en allemand) pour mettre sur pied la première véritable escadre de chasse de nuit, la Nachtjagdgeschwader 1 (NJG 1)Basée dans la zone occupée de la France, cette première unité du genre devait dans un premier temps protéger les aérodromes d'où partaient les bombardiers à destination du Royaume-Uni ainsi que les installations de l'opération Seelöwe, qui ne se concrétisa jamais.. La constitution d'une partie de la NJG 2 vint la même année, tout comme la NJG 3. On peut à partir de cette date distinguer deux périodes dans l'histoire de la Nachtjagd : celle d'avant (le raid massif et meurtrier sur Hambourg) et celle de la fin de la guerre History of the Nachtjagd.

La Nachtjagd nécessitait l'utilisation d'un bimoteur afin de permettre notamment l'installation de tout l'équipement destiné à la chasse de nuit. Il devait être rapide, lourdement armé et bénéficiant d'une bonne autonomie. À ces spécifications, le Bf 110 Littéralement dans la Luftwaffe. se révéla l'appareil tout désigné. On y adjoint un goniomètre pour la navigation, des moyens de télécommunication ainsi que des feux de position et un éclairage de cockpit particuliersTout cet éclairage devait en fait concilier deux contraires : ne pas être vu par l'ennemi tout en étant identifiable du sol, et ne pas éblouir les membres d'équipage (phénomène de persistance de l'impression lumineuse qui peut aveugler ou provoquer la désorientation spatiale).. Cette masse d'instruments sera complétée par la suite par des carénages spéciaux sur les pipes d'échappement afin que la lumière des flammèches ne trahissent la présence du chasseur ou n'éblouissent les membres d'équipage ; ils permettaient également que les suies des fumées n'encrassent les vitres de la verrière. Seuls les pilotes de Zerstörer montrant une aptitude à voler de nuit seront transférés dans la Nachtjagd.

C'est dans la nuit du 19 au que lOberleutnant Werner Streib enregistra la première victoire de la toute nouvelle Nachtjagd, en l'occurrence un bimoteur Whitley (serial VP5007 appartenant au No. 9 Squadron de la RAF) au-dessus d'OsnabrückWerner Streib deviendra le juillet 1943, Kommodore de la NJG 1 .. À la fin de l'année, ce même pilote sera promu Hauptmann et se verra décerné la seconde Croix de Chevalier de la chasse de nuit allemande., la première revenant cinq jours avant à son Kommodore le Major Wolfgang Falck pour la bonne conduite de son unité.. À ce stade, une coopération avec les projecteurs au sol et les unités de Flack demeurait indispensable pour mener à bien les interceptions.

Gain d'expériences

En 1941, les équipages allemands maîtrisaient raisonnablement l'interception nocturne. Le Bf 110, peu adapté à la chasse de jour, trouva finalement un second souffle dans son nouveau rôle. Il sera tellement efficace qu'il deviendra d'ailleurs la principale force de frappe de la Nachtjagd. L'emploi du très polyvalent Ju 88 comme chasseur de nuit s'avéra également un excellent choix. Disposant d'une autonomie supérieure, l'avion se montra particulièrement efficace pour les intrusions de nuit au-dessus du territoire britannique. Les pilotes comme lOberleutnant Kurt Hermann et le Leutnant Hans Hahn du I./NJG 2 s'illustrèrent notamment dans ce genre de mission. De son côté, Dornier reçut l'ordre en 1940 d'adapter le Do 17 à la chasse de nuitLe Do 17 comme le Ju 88 possédaient cependant le désavantage d'avoir deux sièges côte à côte, le pilote à gauche. Si le bombardier britannique esquivait en tournant en spirale à droite, le pilote perdait de vue sa cible, un problème qui n'affectait pas le Bf 110 dont les membres d'équipage étaient disposés en tandem .. S'ensuivra une modification analogue pour le Do 215 la même année et le Do 217 début 1941. LItalian Caccia Nottuna italienne reçut 50 exemplaires de ce dernier dans le but de défendre les pôles industriels de Milan, Gênes et Turin ; leurs résultats resteront cependant négligeables.

Le , le Leutnant Reinhold Knacke de la 2./NJG 1 abat peu avant minuit le tout premier quadrimoteur - en l'occurrence un Stirling. Dans la nuit du 9 au , la Nachtjagd enregistrait déjà sa quand lOberleutnant Prinz zur Lippe Weissenfeld de la 4./NJG 1 descendit le Wellington W5375 du Squadron au-dessus de l'Ijsselmeer. Bien d'autres pilotes feront la renommée de la chasse de nuit, tel le célèbre Helmut Lent, un ancien de la campagne de Pologne. Le seul problème majeur résidait à l'époque du manque d'équipement radar embarqué. Durant les sept mois qui suivirent apparut le Stab NJG 4, mais la mise sur pied de la NJG 4 dans son intégralité sera encore longue. Dans la nuit du , le Leutnant Hans Hahn déjà cité devient le premier grand as de la chasse de nuit allemande à périr après avoir percuté au-dessus d'Oxford, sa victime. Toutefois, Hitler considérait peu les succès au-dessus du territoire britannique, guère visibles aux yeux du grand public. Il délaissa ainsi une méthode pourtant prometteuse au profil du front méditerranéen : à la mi-octobre, le I./NJG 2 posa donc ses valise en Sicile.

Ligne Kammhuber et radars embarqués thumb|left|200px|Bf 110 équipé du radar Lichtenstein FuG 220 SN2 reconnaissable aux quatre grosses antennes extérieures et de la version FuG 212 C-1 plus petite fixée sur un mât central. En octobre 1940 déjà, lOberst Josef Kammhuber, avait mis en place une structure de défense coordonnée incluant quelques radars au sol Freya et Würzburg ainsi que des projecteurs. Il commença par équiper trois zones, l'une dédiée pour traquer les chasseurs de nuits adverses, les deux autres pour les bombardiers du Bomber Command. La précision de l'équipement radar était telle que des contrôleurs qualifiés étaient généralement en mesure d'amener les intercepteurs à portée visuelle de leurs cibles. Mi-1941, la zone fut étendue de l'ouest de la Ruhr jusqu'au nord de la côte danoise.

Cette barrière défensive, connu sous le nom de ligne Kammhuber, avait toutefois un sérieux inconvénient. Chaque station au sol ne pouvait contrôler qu'une interception à la fois. Tant que les équipages anglais volaient individuellement vers leur objectif plutôt qu'en formation comme ils le faisaient depuis le début de la campagne de bombardement, le système demeurait efficace. Par contre, les contrôleurs allemands pourraient bien se retrouver submergés si les bombardiers se mettaient à voler par boxe.

L'entrée en service du radar Lichtenstein vint compenser ce défaut. Dans la nuit du 8 au , lOberleutnant Ludwig Becker de la 4./NJG 1 remporta la première victoire aérienne avec ce radar embarqué en descendant un Wellington à bord d'un Do 215B. Cependant, cet équipement ne sera pas généralisé sur tous les avions avant le début de l'année 1942. Il sera décliné au cours de la guerre en plusieurs versions plus ou moins performantes (FuG 202, 212, 220 et 228Les Alliés étant peu à peu arrivés à plus ou moins neutraliser ces systèmes grâce à la capture d'avions intacts, des développements ultérieurs permirent la mise en service en petit nombre du modèle FuG 228 Lichtenstein SN-3 plus performant et le FuG 240 Berlin, ce dernier étant extrapolé de radars alliés capturés.) ce qui nécessita parfois l'utilisation de deux radars embarqués en même temps pour compenser leurs défauts respectifs. À la fois peu pratique et de faible porté, le radar se révéla peu populaire parmi les équipages à ses débuts, mais l'amélioration de la technologie inversa la tendance au fil des mois. Toutefois et durant toute la première phase de la guerre aérienne nocturne, la Luftwaffe utilisa essentiellement la combinaison radars terrestres/projecteurs pour guider ses chasseurs ; c'est l'époque de la Helle Nachtjagd (« chasse de nuit claire ») ou Henaja. Cette technique permet ainsi à l’Oberleutnant Kurt Martinek, pilote de la 9./NJG 4 alors basée à Florennes (Belgique) et équipée en Me 110, d'abattre six bombardiers britanniques entre le et le 13 août 1942 : Stirling serial ???? à au sud de Rotterdam selon cette source ou le serial BF329 tombé à 1 h 15 à au sud-est de Romedenne (Namur), est-sud-est de Philippville selon cette source 24/25 août 1942 : Stirling serial W7616 tombé à Berzee, au nord-ouest de Philippeville (appareil endommagé par la Flak ) selon cette source 28 août 1942 à 23 h 00 : Wellington serial DF665 tombé à Petit-Doische (Namur - B) à nord-ouest de Givet (F) source 3 septembre 1942 à 1 h 46 : Halifax serial DT487 tombé à Lesves, au sud-ouest de Namur source et photos 3 septembre 1942 à 2 h 15 : Lancaster Mk.I Serial R5763 tombé à au sud-est de Huy (B)source