thumb|right|300px|Localisation du Xinjiang.
Les émeutes au Xinjiang en ont éclaté dans la soirée du dimanche , à Ouroumtchi, la capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, à la suite d'une manifestation initiale rassemblant entre et Ouïghours et suivie plus tard d'attaques contre des civils, principalement des Hans Edward Wong, Migrants Describe Grief From China's Strife, The New York Times, Asia-Pacific, 8 juillet 2009.. Le bilan des morts s'élève à 197 (au ) Official: real purpose of Urumqi riot "Xinjiang's independence", www.chinaview.cn, 21 juillet 2009. et celui des blessés à (au ), selon des sources gouvernementales chinoises.
Le Congrès mondial des Ouïghours, une organisation d'exilés ouïghours basée à Munich, rapporte que selon des Ouïghours sur les lieux, 600 à 800 personnes auraient trouvé la mort dans les violences interethniquesViolences en Chine : entre 600 et 800 personnes tuées dans les émeutes., chiffre non repris par les journalistes occidentaux sur placePour citer le correspondant du Telegraph, Malcolm Moore, "Rebiya Kadeer's claims that 400 Uighurs were killed on Sunday were dismissed by my colleagues on the ground, who have neither seen nor heard any evidence to back up her accusation" (les allégations de Rebiya Kadeer selon lesquelles 400 Ouïghours ont été tués dimanche ont été rejetées par mes collègues, lesquels n'ont vu ni entendu quoi que ce soit qui corrobore cette accusation) voir article..
Les autorités chinoises considèrent que ces émeutes relèvent d'« une action criminelle violente, préméditée » qui était « pensée et dirigée depuis l'étranger, et commise par des hors la loi au sein du pays ». Ainsi les autorités chinoises accusent Rebiya Kadeer, dirigeante des Ouïghours en exil aux États-Unis, d’être l’instigatrice de ces violences et de les avoir orchestrées.
Le sinologue Jean-Luc Domenach indique qu'il s'agit de tensions entre l'ethnie Han et la minorité Ouïghour liées notamment à la sinisation de la région. Diverses sources précisent que le catalyseur des émeutes est le mécontentement suscité par la façon dont le gouvernement chinois a traité le meurtre des deux travailleurs ouïghours dans une usine du GuangdongRebiya Kadeer, la "mère des Ouïgours", qui fait peur au régime chinois.
Le Xinjiang : histoire, populations et religions
Vaste territoire de l'Asie centrale, le Xinjiang passe du statut de province du Xinjiang hérité de la République de Chine (1912-1949) au statut de région autonome ouïghoure de la république populaire de Chine depuis le .
En 1759 la dynastie Qing établit son pouvoir sur la région à la fin de la Guerre Dzoungar-Qing qui devient alors la province du Xinjiang. Les Mandchous seront confrontés entre 1815 et 1862 à plusieurs révoltes menées par les Khojas. Après le soulèvement de la population musulmane chinoise en 1862, les Mandchous perdent le contrôle du territoire en 1864. Entre 1864 et 1877, Yaqub Beg crée l’Émirat de KachgarSources : Perspectives chinoises.. En 1884, les Mandchous reconquièrent la région et l’intègrent de nouveau à l'empire comme province du Gansu-Xinjiang, comprenant également l'actuelle province du Gansu.
Par la suite, la région a connu deux périodes d'indépendance de facto de certaines de ses subdivision. D'une part pendant quelques mois entre 1933 et 1934 avec la République islamique du Turkestan oriental (autour de la ville de Kachgar)Opposition politique, nationalisme et islam chez les Ouïghours du Xinjiang par Rémi Castets(dans le bassin de Tarim, entre Alisu au nord et Khotan au sud) et d'autre part entre 1944 et 1948 avec la République soviétique du Turkestan orienta (dans trois districts du nord)Source : Thierry Kellner, doctorant spécialiste des relations entre la République populaire de Chine et les Républiques d'Asie centrale sur Diploweb.
Elle est peuplée de 21 millions d'habitants, dont 60 % sont des minorités ethniques. Il y a en tout 47 groupes ethniques (c.-à-d. communautés) : Ouïghours, Hans, Kazaks, Huis, Mongols (dans lesquels sont comptés les Touvains), Kirghizes, Ybes, Tadjiks, Ouzbeks, Mandchous, Daurs, Tatares et Russes. La région comporte cinq préfectures autonomes pour quatre groupes ethniques (Kazaks, Huis, Kirghizes et Mongols) et six comtés autonomes.
Les principales religions sont l'islam, le bouddhisme (le han et le tibétain), le protestantisme, le catholicisme et le taoïsme. Le chamanisme exerce encore une grande influence dans certains groupes ethniques , www.chinaview.cn, 7 juillet 2009..
La capitale régionale, Ürümqi (ou Ouroumtchi), comptait habitants en 2007.
Le 5 juillet
Causes immédiates supposées L'origine des émeutes aurait été, selon certaines sources, le décès de deux ouvriers ouïghours d'une usine de jouets lors de rixes avec des collègues hans à Shaoguan, dans la province côtière du Guangdong, le . Cette usine employant ouvriers aurait recruté 800 ouvriers d'origine ouïghoure deux mois avant, suscitant des tensions au sein de l'usineCaroline Puel, Ce qui s'est vraiment passé au Xinjiang, Le point, jeudi 16 juillet 2009, n°1922.. Une rumeur, lancée par un ancien collègue mécontent, prétendant que plusieurs Ouïghours avaient violé une femme han de cette usine, conduisit à une expédition punitive de plusieurs centaines d'ouvriers dans les dortoirs des Ouïghours.
D'après des dirigeants exilés, le nombre de morts dans l'incident de Guangdong est beaucoup plus élevé que celui indiqué. Bien que Xinhua ait rapporté que l'auteur des rumeurs avait été arrêté, des Ouïghours ont déclaré que les autorités n'avaient pas protégé les travailleurs ouïghours ou arrêté un seul des Hans impliqués.. Pourtant, les violences avaient été arrêtées par l'intervention de 400 policiers dépêchés sur place Malcolm Moore, China Riot-Watch, juillet 2009.. La police n’est cependant intervenue que 3 heures plus tard, et des vidéos, dont une montrant le lynchage d’un ouvrier ouïghour, furent transmises via l'Internet, avec des commentaires dénonçant une enquête policière bâclée.
Déroulement des événements
La manifestation du soir du 5 juillet Le New York Times cite un témoin oculaire déclarant que les émeutes ont démarré peu après 18h le dimanche 5 juillet. Les manifestants sont descendus dans la rue, brûlant et saccageant des véhicules tout en affrontant les forces de sécurité, après une manifestation sur place dénonçant la gestion par le gouvernement de l'affaire de Shaoguan dans le Guangdong.
Selon le Congrès mondial des Ouïghours en exil, les manifestations auraient débuté sous la forme d'un rassemblement pacifique de milliers de personnes criant pour demander la fin de la discrimination et une explication. Pour Alim Seytoff, secrétaire général de l'association américaine ouïghoure, la police aurait tiré aveuglément.
Selon le récit de la propriétaire d'un bar, appartenant à l'ethnie han, la confrontation a impliqué environ Ouïghours, dont certains étaient armés de bâtons et couteaux. Ilham Mahmut, chef de l'association japonaise des Ouïghours, déclare que quelque policiers auraient utilisé des bâtons électriques et tiré des coups de feu en l'air pour tenter de mettre fin à l'émeute, et 300 manifestants ont été arrêtés..
L'agence Xinhua affirme alors que plus de 800 personnes ont été blessées et que de nombreux véhicules ont été incendiés. Les forces de police ont tenté de mettre fin aux émeutes en utilisant du gaz lacrymogène, des jets d'eau à haute pression et en mettant en place d'importants barrages routiers.
La BBC rapporte le témoignage de Peter, un enseignant anglais vivant à Urumqi avec son épouse. Celui-ci déclare avoir vu la police bloquer l'avancée des manifestants « non pas de façon menaçante mais simplement pour leur signifier qu'ils ne devaient pas aller plus loin ». Les manifestants s'arrêtèrent à une trentaine de mètres puis au bout de quelques minutes certains d'entre eux se mirent à lancer des pierres. Voyant que les jets de pierre ne s'arrêtaient pas, les forces de l'ordre chargèrent.
Les violences de la nuit du 5 au 6 juillet
Pour le correspondant du Telegraph, les forces de l'ordre ont été apparemment prises au dépourvu après avoir dispersé la manifestation initiale qui avait eu lieu aux alentours de la place du peuple et de la porte sud entre et . Elles n'ont pas prévu les très graves violences qui allaient se dérouler dans les rues avoisinantes après Peter Foster, Urumqi: criticism and credit for the Chinese police, Telegraph.co.uk, 9 juillet 2009..
Selon la journaliste du Times Jane Macartney, les émeutes de cette journée ont consisté principalement en bandes de Ouïghours en maraude poignardant des Hans Jane Macartney, Riot police battle protesters as China's Uighur crisis escalates, 7 juillet 2009.. Pour Malcolm Moore, correspondant en Chine du Daily Telegraph, « il semble que la majorité des victimes aient été des Hans, brutalement assassinés par des bandes de Ouïghours rôdant dans les ruelles d'Urumqi » Malcolm Moore, Urumqi riots signal dark days ahead, Telegraph.co.uk, 8 juillet 2009.. Jane Macartney rapporte également que certaines victimes hans ont été décapitées et que même des gens âgés n'ont pas été épargnés Jane Macartney, Search for Han Chinese sister whose family were butchered by Uighurs, TimesOnLine, 10 juillet 2009.. Dans la soirée, selon l'agence Xinhua (Chine nouvelle), les spectateurs d'une salle de spectacle, craignant de se trouver confrontés à l'émeute, restèrent confinés à l'intérieur jusqu'au matin. Plusieurs personnes poursuivies par des émeutiers, s'y réfugièrent également Friendship, unity prevail despite violence in China's Xinjiang, China View, 11 juillet 2009.. De même, la Faculté islamique du Xinjianq à Urumqi, le seul institut religieux d'études supérieures da la région autonome, accueillit quinze personnes (six Hans, quatre Ouighours, quatre Kazakhs et un Tadjik) poursuivies par des émeutiers Islamic college thanked for sheltering civilians in Urumqi riot, China View, 13 juillet 2009..
Dans la nuit, les forces de l'ordre (ainsi qu'on l'apprendra 2 semaines plus tard) abattirent 12 émeutiers qui n'avaient pas répondu aux tirs de sommation Official says 12 mobsters in riot shot dead, Xinjiang confident of revival, China View, 19 juillet 2009.
Xinhua fait état, le , de 156 morts et blessés et précise que l'hôpital du peuple, principale structure médicale d'Urumqi, a admis 291 personnes dont 17 sont ensuite décédées. Parmi les victimes, 233 étaient des Hans, 39 des Ouïghours tandis que les autres appartenaient à d'autres minorités ethniques. Des sources externes au pays font également état de « centaines » de personnes blessées. Dans la nuit du 6 au , les autorités annoncent un total de arrestations..
Couvre-feu et coupure des communications
La police a imposé un couvre-feu et rétabli l'ordre dans la matinée du .
China Mobile a suspendu son service dans la région pour aider à sauvegarder la paix et éviter que l'incident se propage plus avant tandis que China Unicom déclare qu'il n'y a pas d'interruption de son service au Xinjiang. Les connexions Internet de la région ont été bloquées, et des censeurs sur des sites locaux ainsi que Google ont « harmonisé » beaucoup de messages interdits ; cependant, des images et vidéos des émeutes furent rapidement affichées sur Twitter, YouTube et Flickr.
Après le 5 juillet
Réactions du gouvernement chinois