La farandole est une danse traditionnelle, considérée comme la plus ancienne des danses ainsi que comme la plus caractéristique et la plus représentative de la Provence. Si son nom n'est attesté qu'à partir du , elle a été représentée depuis la préhistoire par des gravures rupestres puis au cours de l'Antiquité sur des céramiques ou des fresques. Danse des rites agraires, elle était à la fois une danse de la vie et de la mort. Elle a intéressé les plus grands compositeurs tels Georges Bizet, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Charles Gounod, Vincent d'Indy, Henri Casadesus et Darius Milhaud. Aujourd'hui en Provence, elle est dansée sur les airs joués par les tambourinaires qui l'accompagnent de leurs galoubets et de leurs tambourins. Sa popularité l'a faite entrer dans la crèche et elle est l'un des éléments les plus caractéristiques de la tradition provençale.

Étymologie

Elle reste incertaine. Il a été suggéré que farandole puisse être une altération du provençal barandello, à partir de brandello (dérivé de branda : remuer), sous l'influence de dérivés occitans tels que flandina (cajoler) et flandrina (lambiner)Farandoulo, étymologie occitane.Étymologie de farandole.. Pourtant cette hypothèse est peu convaincante car elle se heurte au fait que b(a)randello est définie comme étant une farandole languedocienne.

Farandole se disant farandoulo, en provençalDéfinition de farandole de source académique. et farandola, en catalan, il a été proposé que ce mot tirerait son origine de l'espagnol farándula (métier de comédien, troupe de comédiens ambulants). Origine aussi incertaine que problématique puisque ce terme supposerait un primitif faranda. Il n'existe pas en espagnol mais en allemand où fahrende, désigne des gens qui voyagent et des comédiens ambulants.

Si Jean Joseph Marius Diouloufet, en 1816, et Frédéric Mistral, en 1878, ont tous deux relié la farandole à la civilisation grecque, ils ne disent rien sur son étymologieFarandole, sur Encyclopædia Universalis.. Simon-Jude Honnorat, quant à lui indique que ce nom signifie que , ce qui n'est pas une étymologie.

Dénomination et caractérisation de la danse

Le nom farandole n'est pas attesté avant le et n'est passée dans le Dictionnaire de l'Académie qu'en 1835. Il est cité pour la première fois par Schmidlin, en 1776, sous la forme de farandoule, puis dans le Rapport de Lefébure, en 1793, sous sa graphie française actuelle farandole. Quant à l'Académie française, elle indiquait . Un siècle plus tard dans l'édition de leur dictionnaire de 1932-1935, les académiciens précisaient : .

En 1986, l'Académie indique : . Quant au dictionnaire d'Émile Littré, il résume : . Il ajoute, toutefois, une indication d'importance : .

Ces indications sont reprises tant par le Centre national de ressources textuelles et lexicalesDéfinition de farandole, sur cnrtl.fr., que par le Trésor de la langue française)Farandole, sur le Dictionnaire vivant de la langue française.. Seule l'Encyclopédie Universalis développe : .

Danse de la vie

La danse de la vie est représentée dès l'âge du Bronze et dans les fresques des tombeaux des pharaons, ainsi que sur tout le pourtour méditerranéen sur les bas-reliefs et des poteries antiquesLa farandole : danse traditionnelle typique de la Provence.. L'Antiquité grecque et crétoise la désignait sous le nom de ou géranos. Dans ces représentations, elle prend toujours l'aspect d'une . Elle était primitivement exécutée en cercle autour d'un feu puis se finissait en spirale pour appeler au retour du soleil.

Dans la danse, le cercle symbolise le cours de la vie et synthétise toutes les oppositions : le début et la fin, la naissance et la mort, l'origine et l'éternité. Ce cercle forme le serpent qui se mort la queue, l'OuroborosLaurent Sébastien Fournier, La fête au présent : mutations des fêtes au sein des loisirs, p. 363.. La farandole, qui unit et oppose le thème de la mort et de la renaissance, a hérité de cette symbolique de la mythologie grecque reproduite sur le vase François : .

Fabienne Potherat a analysé cette danse à travers une œuvre de Matisse : . Expliquant que c'est cette même serpentine que Matisse chante et peint dans La Joie de vivre et La Danse après avoir vu une farandole au Moulin de la Galette, elle souligne .

Farandole de la mort thumb|center|700px|Danse macabre de Tallinn. La période du bas Moyen Âge, plus que toute autre, fut celle où les questions sur les suites de la mort furent les plus cruciales. Qui ira au paradis, qui ira en enfer ? Éternelle question à laquelle il fut donné une réponse par l'intermédiaire de la danse macabre, puissants et misérables tous sont égaux devant la mortLes fresques macabres, revue Acropolis.. Plus que le Dit des trois morts et des trois vifs, c'est sans doute l'Office des Ténèbres, du vendredi saint, où juste avant que la dernière bougie, celle du Christ, ne soit masquée d’un dais noir, la foule réagissait en tapant des pieds pour ponctuer le Miserere. En catalan, ce piétinement, prémices de la danse, s'appelle le patrica-patroca (ferveur populaire et méditation)La danse macabre. ou des récits comme le Vado Mori (je me prépare à mourir), poème en latin d'origine française remontant au qui en sont à l'origine. Après la Peste noire, ce mal contagieux qui tua des centaines de milliers de gens dans toute l’Europe, apparurent de nombreux rites d'exorcisme qui visaient à apprivoiser la camarde, sinon à la faire reculer. Dans ces rituels la musique et la danse jouèrent les premiers rôles. Mais puisque nul ne pouvait y réchapper, des fresques murales décrivirent cette réalité. Dès le début du , des peintures sur le thème de la danse macabre s'étalèrent sur les murs extérieurs des cloîtres, à l'intérieur des églises, sur les charniers et les ossuaires. La première danse macabre a été peinte à Paris en 1424 au Cimetière des Innocents et marque le début d'une farandole infernale qui va se répandre dans toute l'Europe.

Dans cette farandole alternent squelettes et vivants, disposés dans un ordre hiérarchique décroissant. Ce sont le pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l'archevêque, le chevalier, l'évêque, l'écuyer, l'abbé, le bailli, l'astrologue, le bourgeois, le chartreux, le sergent, le médecin, la femme, l'usurier et le pauvreMathieu Dhennin, La Danse macabre.. Le nombre des personnages et la composition de la danse dépendent du lieu de créationDanse macabre : la mort dans l'art.. La Mort, le plus souvent représentée avec un instrument de musique, entraîne tout le monde dans la danse en ne regardant ni le rang, ni les richesses, ni le sexe, ni l'âge. En dessous ou au-dessus de l'illustration sont peints des vers par lesquels s'adresse la Mort à sa victime, souvent d'un ton menaçant et accusateur, parfois sarcastique et empreint de cynisme. Puis suit la supplique de l'Homme, plein de remords et de désespoir, mendiant la pitié. Espoir déçu face à des squelettes en train d'exécuter une sarabande effrénéeLes danses macabres : ronde, farandole ou procession ?., le plus souvent la forme d'une farandole. C'est parfaitement explicite lorsqu'il y a juxtaposition continue des corps aggripés par les mains des squelettes qui les saisissent par le coude ou la main, transformant une simple procession ou une ronde ouverte en une véritable chorégraphie.

Farandole moderne

Arles et Avignon sont les deux foyers principaux de la farandole en Provence. Mais tout le midi de la France connaît la farandole. Elle fut même pratiquée en Catalogne selon cette note :. Elle peut être chantée, mais elle est ordinairement accompagnée, en Provence, de galoubets et de tambourins. Le marque l'apogée des tambourinaires puisqu'on les retrouve indifféremment à l'opéra de Paris,dans les balèti ou menant les farandolesTambourin et galoubet contre cornemuse..

Ce ne fut pas toujours le cas puisque quelques auteurs comme Hector Rivoire, en 1842, indiquent d'autres instruments : . Quant à Chateaubriand, il notait, en 1848, dans le de ses Méloires, à la : . Mais le grand rival des tambourinaires, dans les festivités populaires, furent les joueurs de cornemuse. Pourtant celle-ci cantonnée, en tant qu’instrument diatonique, a ne jouer le plus souvent que des morceaux réécrits, se vit supplanter, au milieu du , par le galoubet-tambourin qui joue dans la gamme chromatique et interprète des partitions écrites.

Ce qui fait que l'accompagnement musical actuel est toujours réalisé par un ou des tambourinaires. Les danseurs se donnent la main pour former une chaîne ouverte errante et marquent chaque temps par des sautillements. Le meneur ou la meneuse guide la chaîne en dessinant une forme de serpent. Son rôle est d'articuler la farandole, danse des rites agraires, en ses deux grands thèmes : celui de la spirale (dit encore escargot ou labytinthe) et celui du passage sous la voûte (dit du serpent).

Toujours en Provence, d'autres danses apparentées à la farandole étaient pratiquées sur des pas plus libres : le brandi, la mauresque (ou mourisca), les passa cariera (passe-rues, cf. les passa calle espagnoles et la passacaille). Elle a donné naissance à certaines danses médiévales aux pas répétés, comme les caroles des et s, les branles des et sDanses médiévales et Renaissance..

Farandole des santons de Provence Les santons dansant la farandole sont un des classiques de la crèche provençale. Les farandoleurs forment une longue file qui se déplace en serpentant. Les tours et détours de cette danse dans la crèche doivent figurer un labyrintheLa farandole de la crèche, sur santons-et-creches-de-provence.over-blog.fr.. Les farandoleuses sont soit vêtues en arlésienne, soit en provençale ou comtadine avec les différentes nuances vestimentaires qu'apporte le santonnier local.

Les farandoleurs et le tambourinaire portent un costume quasi identique composé d'un pantalon blanc serré par une taiole, ceinture typique de Provence constituée par une bande de tissu en laine rouge, et d'une chemise blanche nouée au col par un cordonLe Tambourinaire, sur lacrechedefloflo.free.fr..

Comme le tambourinaire est un notable, il a revêtu son costume le plus élégant, porte un chapeau de feutre à larges bords, et sous sa veste de velours apparaît son gilet brodé sur sa chemise blanche. Surnommé « Guillaume », par tradition, c'est lui qui mène la farandole avec son tambourin et son galoubet. Cette scène est l'un des sujets majeurs de la crèche provençale à laquelle elle est indispensableLe tambourinaïre, sur santons-et-creches-de-provence.over-blog.fr..

Dans les arts

Dans la suite L'Arlésienne de Georges Bizet, le dernier tableau (Suite , IV) est une farandole. Dans le ballet La Belle au bois dormant de Piotr Ilitch Tchaïkovski, les dames proposent une farandole dans la du deuxième acte. Charles Gounod (Mireille), Théodore Dubois (La Farandole), Vincent d'Indy, Gabriel Pierné, Claude Delvincourt, Henri Casadesus et Darius Milhaud ont écrit des farandoles.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Dubrana-Lafargue. Le trésor des danses provençales, Éd. Roumanille, Avignon. Eugène Kohler, Mélanges de philologie romane et de littérature médiévale: offerts à Ernest Hoepffner, Publications de la Faculté des lettres de l'université de Strasbourg, 1949, Fasc. 113, en ligne

Articles connexes Histoire de la danse Carmagnole (danse) Tresque Tradition provençale

Liens externes Farandole de la Bèra adromida de Piotr Ilitch Tchaïkovski, sur YouTube Farandole de Georges Bizet dans L'Arlésienne, sur YouTube

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