vignette|upright=1.3|Pain et poisson (symboles paléochrétiens), Catacombe de Saint-Calixte, Rome.

L'histoire du christianisme commence au au sein de la diaspora juive après la crucifixion de Jésus de Nazareth, dont la date probable se situe vers l'année 30. Les premières communautés, qui ne se définissent pas encore comme chrétiennes, sont fondées par plusieurs disciples de Jésus, en particulier dans les villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie mais aussi en Perse et en Éthiopie. Quand il devient une religion admise puis la religion officielle de l'Empire romain au , les premiers conciles définissent peu à peu un ensemble de dogmes. Mais les christologies déclarées hérétiques dans l'Empire ne disparaissent pas pour autant. Parmi elles, l'arianisme et le nestorianisme perdurent pendant plusieurs siècles.

Au , le passage d’une grande partie des chrétiens du Moyen-Orient et d'Espagne sous domination musulmane modifie le paysage du christianisme. Au la querelle des images puis le débat sur le Saint-Esprit donnent lieu à de nouvelles controverses qui, ajoutées aux rivalités politiques, aboutissent à la séparation des Églises d'Orient et d'Occident.

Le christianisme européen, parvenu à son apogée, s'étend jusqu'en Amérique à partir du , au moment même où il se fractionne de nouveau, cette fois en raison de la Réforme protestante. Les guerres de religion qui s'ensuivent mettront plusieurs siècles à s'estomper au profit d'une rivalité plus feutrée, puis d'une recherche d'unité et de tentatives d'œcuménisme.

Les trois grandes confessions chrétiennes, le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme, regroupent au près de 2 milliards et demi de fidèles répartis sur tous les continents.

Historiographie vignette|L'Ichtus (du grec ancien , « poisson ») est un symbole chrétien utilisé du au .

Longtemps, dresser l’histoire du christianisme fut une entreprise difficile. En effet, elle était cantonnée dans l’apologie de l’Église dominante dans le contexte géopolitique où se situait le candidat historienFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. CERF, coll. Initiations, 2001 cf. introduction. Par exemple, des ouvrages fondamentaux comme Oriens Christianus de Michel Le Quien ou l’Encyclopédie catholique de Charles George Herbermann utilisent le mot « catholique » dans le sens actuel du terme pour désigner toute l’église des cinq premiers patriarcats d’avant 1054 faisant ainsi apparaître l'Église de Rome comme seule héritière légitime de l’église primitiveC’est aussi le cas de nombreux films documentaires tels de Les Romains en Germanie de Christian Twente (2015) dans le troisième épisode Le centre de l’Empire ; les auteurs grecs, russes, des Balkans, du Caucase ou du Proche-Orient en font de même avec les églises orthodoxes. Depuis Walter BauerWalter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, éd. Sigler Press, 1996 (rééd.) ; Traduction originale en anglais (1934) en ligne, on admet qu’aucune unité doctrinale n’existait dans le christianisme ancien ; et depuis Adolf von HarnackAdolf von Harnack, Histoire des dogmes, éd. Le Cerf, éd. corr., 1993 , que le dogme cause le schisme et que l’hérésie et l’orthodoxie font système. Ainsi, l’histoire du christianisme est une longue suite de fractures mais, si son élaboration a souvent relevé de la justification anachronique a posteriori (sans rapport avec une stricte recherche de la restitution de faits), la méthode historique scientifique et l’évolution de disciplines telles que les sciences des religions, permettent désormais d’en cerner les vicissitudes et d’éclairer les enjeux qui ont présidé à son développement.

vignette|Stèle funéraire de Licinia Amias sur marbre, au Musée national romain. L'une des premières inscriptions chrétiennes trouvées, elle provient de la zone de la nécropole du Vatican au début du à Rome. Il contient le texte ΙΧΘΥϹ ΖΩΝΤΩΝ ("poisson des vivants"), un prédécesseur du symbole Ichthys.

La question des racines juives du christianisme est problématique en soi, selon qu’on se réfère à la théologie dogmatique de telle ou telle Église ou bien aux diverses écoles d’historiensEn particulier l'école anglo-saxonne, telle que réunie au colloque d'Oxford Princeton The ways that never share qui conclut que le christianisme ne commence qu'avec la dogmatisation du considérant Jésus-Christ comme l’unique Sauveur : Karl-Heinz Ohlig (dir), Christologie (2 tomes). Tome 1 : Des origines à l'Antiquité tardive, textes en main, Cerf;. Les Pères de l'Église fondent leurs réflexions sur les textes de la Bible, regardés comme un ensemble cohérent dont les différentes parties se complètent. À l’inverse, les chercheurs biblistes contemporains les regardent comme des textes indépendantsVoir par exemple le travail d'Adrian Schenker o.p. et alii, portant sur l'Ancien Testament dans L'Enfance de la Bible hébraïque, Labor et Fides.. Durant plusieurs siècles, l’alternance des opinions et des doctrinesKarl-Heinz Ohlig (dir), Christologie, I, Des origines à l'antiquité tardive, CERF 1996. amène les théologiens à définir avec une précision de plus en plus fine le dogme de l’Église.

Pour l’antiquité tardive, l’historiographie occidentaleRevue de l'antiquité tardive EPHESS.Paul Veyne, Peter Brown, Aline Rousselle, Genèse de l'Antiquité tardive, Gallimard 1983., héritière de Hieronymus Wolf, préfère envisager l’affirmation d’un christianisme spécifiquement occidental en tant que « nouvelle civilisation » née sous l’impulsion des Francs, comme « synthèse entre la civilisation romaine et celle des Barbares », et dont la forme particulière deviendra le catholicisme romain par opposition au christianisme byzantin décrit comme un christianisme oriental plus ou moins dissident, décadent ou déviant. Mais pour l’historiographie des pays orthodoxesNikolaos Svoronos, Ιστορία τών Μεσών χρονών (Histoire du Moyen Âge, en grec), ed. Λykeioy, Athènes 1963, c’est l’ensemble du monde romain puis « barbare » qui, au fil des sept premiers conciles, a été orthodoxe (« Pentarchie »), avant que les suites du schisme de 1054, et notamment les innovations de l’église de Rome au fil de ses 14 conciles ultérieurs (Filioque, purgatoire, primauté de Pierre, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition et bien d’autres nouveautés doctrinales ou canoniques) fassent naître, non pas une nouvelle civilisation, mais simplement une église séparée ; quant aux églises restées « orthodoxes » (patriarcats de Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople, puis ceux apparus ensuite), elles n’ont rien de spécifiquement « oriental » dans cette vision, mais sont la continuation après 1054 de l’église du premier millénaire, de sa doctrine et de ses pratiques.

Christianisme des premiers temps Premiers disciples et premiers chrétiens

La rencontre de Jésus de Nazareth avec ses premiers disciples est située par le Nouveau Testament au bord du lac de Tibériade. Ses rives abritent à cette époque des villages de pêcheurs où se déroulent de nombreux épisodes de la vie de Jésus, rapportés dans les Évangiles : la pêche miraculeuse (Lc 5, 1-11), la tempête apaisée (Lc 8, 12-25) et la dernière apparition aux disciples (Jn 21, 1s). Les quatre premiers apôtres nommés par l'Évangile de Marc sont des pêcheurs : André et son frère Simon-Pierre, ainsi que Jacques et son frère Jean, tous deux fils de Zébédée.

André, Simon-Pierre, Philippe, Nathanaël semblent venir de l'entourage de Jean le Baptiste(Jn 1, 35-51)François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 217.. Jésus a une trentaine d'années lorsqu'il se joint aux disciples du Baptiste. Il exerce son ministère essentiellement en Galilée, où il pratique guérisons et exorcismes pendant un ou deux ansPierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, « Introduction », p. XVII..

La première communauté chrétienne est constituée par les premiers juifs de Jérusalem qui ont reconnu le Messie en Jésus de Nazareth, puis par leurs successeurs au-delà de la ville sainte. Elle est dirigée d'abord par Pierre jusqu'en 44 puis par Jacques le Juste, « frère du Seigneur », jusqu'en 62Simon-Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin éd. Puf/Nouvelle Clio, 2007, .

Les premières prédications se fondent sur une proclamation de foi : Jésus est le Messie, le Fils de Dieu ; il est ressuscité, et celui qui parle en rend témoignage personnellement ; il appelle à la conversion.

Le mot n'est pas utilisé par les disciples de Jésus pour parler d'eux ; ceux-ci sont habituellement appelés les . Les Actes des Apôtres indiquent que le nom de , dérivé de , fut attribué aux disciples de Jésus de Nazareth à Antioche, qui était à l'époque une ville de langue grecque. Les deux autres références les plus anciennes connues pour le terme se trouvent au : d'abord dans une citation de Tacite relatant les lendemains de l'incendie de Rome en 64Tacite Néron XV 44 : vulgus christianos appelabat, où l'auteur rapporte les tortures infligées par l'Empereur à ceux qu'il accuse de l'incendie., puis, dans la lettre d'Ignace d'Antioche aux Magnésiens à la fin du Lettre d'Ignace d'Antioche aux Magnésiens, note 14, dans Les Pères Apostoliques, Coll. Foi Vivante, Cerf, 1998 174..

Controverses théologiques du

Le christianisme est marqué par des controverses théologiques du Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity. Philadelphia : Fortress (1932 en allemand, 1971 en anglais, 2009 en français) au Proche-Orient.

Création du canon biblique

L’Apôtre Paul joue un rôle important dans le développement du christianisme. Sous le nom de Saül, ce Juif originaire de Tarse aurait d’abord persécuté le mouvement de Jésus et ensuite connu une spectaculaire conversion après que le Christ lui fut apparu sur le chemin de Damas. Il consacre le reste de son existence au prosélytisme. Dans un premier temps, l'enseignement de Jésus n'est transmis qu'au sein de la communauté juive, puis, à la suite de difficultés avec les responsables des synagogues, l'enseignement s'oriente vers les non-juifs, les païens, aussi appelés les . Parmi ceux-ci, il en est, nombreux, sensibles à la voie du judaïsme, on les appelle les « craignant-Dieu », mais qui ne franchissent pas, pour la plupart, le pas de la conversion, en particulier celui de la circoncisionQuand le christianisme a changé le monde, chapitre09, Maurice Sachot, Édition Odile Jacob. La question est débattue lors d’une réunion qui se tient à Jérusalem vers l’an 50 appelée rétrospectivement . Il y est entériné que les prosélytes « chrétiens » n'auront pas à passer d'abord par une conversion au judaïsme.

Une grande partie de cette littérature se fait sous forme d'Épîtres qui sont de courts traités de caractère moral ou philosophique, dont les auteurs ne sont pas toujours assurésRégis Burnet, Épîtres et lettres -. De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne, Paris, éd. Cerf, coll. « Lectio divina » , 2003.

Premiers théologiens Les sources contemporaines concernant cette période sont peu nombreuses. Les Actes des Apôtres (datés des années 80-90) se veulent l’histoire du mouvement au cours des premières années après la mort du Christ. Leur pertinence est toutefois remise en cause par les historiens, notamment à propos de l'« incompatibilité de la figure du Paul des Actes avec celle qui se dégage de ses lettres »Régis Burnet, Paul, le bretteur de l’Évangile, éd. Desclée de Brouwer, 2000, Consultable en ligne , ce qui les rend difficilement exploitables. En effet, les lettres de Paul de Tarse (datées des années 50) sont les plus anciens documents du christianisme. Elles fournissent des indications sur les tendances qui parcourent le mouvement à ses débuts et ne correspondent pas toujours à la description qu'en donnent les Actes.