Le Vison d'Europe, anciennement connu sous les noms de Loutrelle ou Petite loutre (Mustela lutreola), est une espèce de mammifères carnivores de la famille des mustélidés. Caractérisé par sa fourrure d’un brun foncé marquée d'une à deux taches blanches sur le museau, le Vison d'Europe est inféodé aux écosystèmes aquatiques. Il vit dans les petites rivières, les marais et les ruisseaux où il se nourrit de petits mammifères, de poissons et d'amphibiens. La saison de reproduction se produit à la fin de l'hiver ; la femelle donne naissance à de deux à sept petits dont elle s'occupe seule jusqu'à leur indépendance en automne. L'hybridation naturelle avec le Putois d'Europe (Mustela putorius) est bien documentée.

Autrefois présent du golfe de Gascogne jusqu'à Moscou, l'aire de répartition du Vison d'Europe s'est réduite au cours des siècles, avec une accélération au et . Dans les années 2010, l'espèce n'est plus présente que dans le Nord de l'Espagne, dans le Sud-Ouest de la France, en Roumanie dans le delta du Danube, en Ukraine et en Russie. Dans les années 2020, l'espèce a encore fortement régressé en France, où elle n'est plus présente que dans deux départements.

Avec une diminution de 90 % des populations depuis le début du , le Vison d'Europe est l'espèce de mammifère européen la plus menacée de disparaître. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l'espèce en « danger critique » (CR).

Les causes du déclin sont multiples. Le piégeage pour la fourrure est la principale cause de disparition au . L'artificialisation des cours d'eau, qui s'est fortement accélérée au , participe fortement à la diminution des populations en détruisant l'habitat favorable au Vison d'Europe. L'introduction du Vison d'Amérique (Neovison vison), échappé de visonnières, a aggravé le déclin des populations.

Petit mustélidé des cours d'eau, le Vison d'Europe ne marque pas la culture européenne. Il est confondu avec le Putois d'Europe depuis au moins le . Il apparaît sur des timbres et des pièces commémoratives.

Dénominations Nom scientifique valide : Mustela lutreola (Linnaeus, 1761) selon ; Protonyme : Viverra lutreola Linnaeus, 1761 selon ; Nom vulgaire (vulgarisation scientifique) typique en français : Vison d'Europe ; Autres noms vulgaires : Loutrelle (également écrit Petite loutre ; vieilli), Putois d'eau, Putois des rivières du Nord, Putois vison, Putois à pieds palmés, Putois à tête de loutre, Putois des marais, Vison de Russie, Vison d'Eurasie ; Noms vernaculaires (langage courant) : Vison, Foutreau ; Noms vulgaires et vernaculaires régionaux (France) : bisoi europar (basque), bisoi europarra (basque), ur-ipurtats (basque), visó europeu (catalan), visonne, visonneau, vizon Europa (breton) ;

Au début du , le naturaliste Armand de Montlezun note que les chasseurs, peu habitués à voir l'espèce, la confondent avec le putois (Mustela putorius). L'animal était tellement rare, que les naturalistes de l'époque ne pensait pas qu'elle vivait autre part qu'en Scandinavie ou dans le Nord de l'Europe, et était alors désignée sous les noms étrangers de Norez ou Norek.

Dans les premiers documents scientifique référençant l'espèce comme le Systema Naturae de 1793, le détenteur du mot « vison » au sens strict, est attribué au Vison d'Amérique (Neogale vison) dans la continuité de sa description dans l'Histoire naturelle de Buffon, là où l'espèce M. lutreola était désignée suivant son nom latin sous le nom de « loutrelle ». Taxinomie gauche|vignette|Illustration de la Belette vison dans Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910. La classification systématique du Vison d'Europe a subi de nombreux changements, l'espèce ayant été rangée dans une dizaine de genres différents, incluant un rapprochement avec le putois, les loutres et même les genettes, sous le nom de Viverra lutreola, cela est dû au fait que le Systema Naturæ était encore assez mal compris par les autres auteurs que Carl von Linné lui-même. Ce dernier place définitivement l'espèce dans le genre Mustela dans la douzième édition de Systema naturae en 1766, sous le nom définitif.

Dans la littérature scientifique, il arrivait que l’espèce soit décrite comme habitant l’Amérique, prenant alors des éléments du vison de l’espèce américaine N. vison, et soit alors désignée sous le nom de Mink. Les deux espèces seront rattachées taxinomiquement entre elles à partir de la classification du Britannique John Edward Gray en 1865 sous le nom de genre Vison. Depuis cette période et au cours du , l’espèce du vison d’Europe (Mustela lutreola) fut rangée plus précisément avec le Kolonock (Mustela sibirica) et l’Itatsi (Mustela itatsi) dans le sous-genre Lutreola « les visons », en oppositions aux « putois » (Putorius) et aux « petites belettes » (sous-genre Mustela).

L'espèce fut placée dans la sous-famille des Mustelinés par George Gaylord Simpson en 1945. Les fossiles de mustélidés montrent que cette famille de carnivores est marquée par de nombreuses dispersions intercontinentales. Le fossile le plus ancien de mustélidés a été découvert en Allemagne et date de l'Oligocène.

Des études génétiques ont permis de comprendre que les mustélinés forment un clade comprenant les genres Mustela et le vison d’Amérique, appelé Neovison avant 2021. Les sous-familles des mustélinés et des loutres ont divergé il y a 8,7 à d'années, durant la première explosion de diversité des mustélidés entre le milieu et la fin du Miocène. Les différentes espèces de Mustela ont commencé à diverger durant la seconde explosion de diversité qui s'est déroulée durant le Pliocène, majoritairement en Eurasie. Les explosions de diversité coïncident avec des glaciations, ayant fortement modifié l'environnement des mustélidés. Parmi les membres du genre Mustela, le Vison d'Europe diverge il y a 1,2 à .

Si l’étude de 2008 a bien montré qu'il existe des différences génétiques entre le groupe des putois, des grandes, et des petites belettes, la position du vison d’Europe à déjoué les pronostics, puisqu’il s’avérait qu’il était rangé à la base de l’embranchement comptant les espèces classées dans le sous-genre Putorius, comme le Putois d'Eversmann (Mustela eversmanni), le Putois d'Europe (Mustela putorius), notamment. Le Kolonok et l’Itatsi étant rangé dans un groupe proche, mais sur un embranchement totalement distinct, pas liés ni aux belettes ni aux putois, mais intermédiaire.

Le Vison d'Amérique, bien que très proche physiquement, est très éloigné phylogénétiquement : leur ressemblance est le résultat d'une convergence évolutive. Cela fut d’aventage confirmé en 2021, aboutissant à la création du genre Neogale, regroupant les espèces endémiques du Nouveau monde.

Une étude de génomique comparative publiée en 2025 par Totikov et al. a révisé la phylogénie du vison d'Europe au sein du genre Mustela. Contrairement aux classifications antérieures basées sur la morphologie ou l'ADN mitochondrial, l'analyse de son génome nucléaire complet démontre qu'il ne fait pas partie du clade des putois, mais qu'il est en réalité le groupe frère phylogénétique du Kolonok (Mustela sibirica). L'étude a mis en évidence une forte discordance mito-nucléaire : la présence d'ADN mitochondrial de vison d'Europe chez certains putois d'Europe s'explique par des hybridations interspécifiques passées (introgression), un phénomène fréquent chez les Mustélidés. L'étude montre également l'urgence des mesures de protection pour l'ensemble du genre, révélant de sévères goulots d'étranglement et une érosion génétique critique chez d'autres espèces apparentées, notamment les putois.

Phylogénie des Mustélinés Phylogénie des Mustélinés selon l’étude de génomique comparative de Law et al. (2025) :

Sous-espèces Les populations françaises et espagnoles sont très proches génétiquement et partagent le même haplotype mitochondrial. En 1974, cinq sous-espèces sont listées, réparties en Union soviétique et dans les pays voisins (M. l. lutreola, M. l. novikovi, M. l. turovi, M. l. cyclipena et M. l. transsylvania), toutefois, les deux dernières étaient considérées comme de validité douteuse par les auteurs de la proposition. En 1982, Youngman considère que l'espèce ne peut être subdivisée en aucune sous-espèce. Les populations françaises ont été parfois découpées en deux sous-espèces en 1912 , mais celles-ci ont été invalidées. Mammal Species of the World liste sept sous-espèces :

Taxon Description Répartition Synonymes Mustela lutreola lutreola Linnaeus, 1758(Sous-espèce type) Pelage châtain-brunâtre foncé ou brun foncé avec une large bande diffuse sur le dos. L'extrémité de la queue est noire et la bourre est gris-bleu foncé. La fourrure est longue, dense et soyeuse. Les mâles adultes mesurent 365 à 380 mm (corps) avec une queue de 36 à 42 mm. Nord de la Russie européenne et Finlande. alba, alpinus, europeae, fulva, minor, wyborgensis Mustela lutreola biedermanni Matschie, 1912 Non renseignée. France. armorica Mustela lutreola binominata Ellerman et Morrison-Scott, 1951 Non renseignée. Inconnue. caucasica Mustela lutreola cylipena Matschie, 1912 Sous-espèce de très grande taille, à peine plus petite que M. l. turovi. La fourrure est assez sombre, similaire à celle de M. l. novikovi. Les mâles mesurent 420–430 mm. La queue mesure 160 mm chez le mâle. Oblast de Kaliningrad, Lituanie, ouest de la Lettonie, Europe centrale (sauf France, Hongrie, Roumanie, ex-Yougoslavie et Pologne). albica, budina, glogeri, varina Mustela lutreola novikovi Ellerman et Morrison-Scott, 1951 Taille modérée, légèrement plus grande que la forme nominale. Pelage plus clair, fauve foncé ou brun foncé avec des reflets roussâtres. La bande dorsale sombre est peu définie ou absente. Mâles : 360–420 mm (corps). Zone centrale de l'ex-Union soviétique (Pays Baltes, Biélorussie, est de l'Ukraine, bas Don et basse Volga). borealis Mustela lutreola transsylvanica Éhik, 1932 Plus petite que M. l. turovi, avec une fourrure fauve foncé. Moldavie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie et ex-Yougoslavie. ehiki, hungarica Mustela lutreola turovi Kuznetsov in Novikov, 1939 Grande taille. Pelage assez long mais clairsemé et rude. Fourrure fauve clair avec des reflets roux marqués. Bourre gris-bleu clair. Taches blanches fréquentes sur la poitrine. Mâles : généralement plus de 42 cm. Caucase, bas Don et basse Volga, probablement est de l'Ukraine. —

Description Morphologie thumb|gauche|alt=Tête de Vison d'Europe dépassant d'un nid de paille.|Portrait d'un Vison d'Europe. thumb|alt="Vison debout de profil"|Le Vison d'Europe a une fourrure uniformément brune, plus foncée aux extrémités, avec un museau blanc pur. La morphologie du Vison d'Europe est typique des mustélidés : corps souple et élancé, cou peu différencié, pattes courtes, tête légèrement aplatie aux oreilles peu saillantes. Il possède . Seules les pattes arrière sont semi-palmées ; la semi-palmure ne se distingue pas sur les empreintes. Le mâle est généralement de plus grand gabarit que la femelle. La longueur de la tête et du corps est de 230 à pour le mâle et de 320 à pour la femelle. La longueur de la queue est de 90 à pour les mâles et de 80 à pour les femelles. Le poids est de 700 à pour les mâles (plus fréquemment de 800 à ) et de 450 à pour les femelles (plus fréquemment de 500 à ).

La couleur du pelage présente une faible variabilité. À l'exception de la tache blanc pur sur le museau, il est uniformément brun sur l'ensemble du corps, avec parfois des reflets roussâtres. Les pattes et la queue du corps peuvent être légèrement plus foncées, presque noires. L'espèce est adaptée à une vie semi-aquatique : le sous-poil est dense et hydrofuge, ce qui permet de l'isoler de l'eau lorsqu'il nage et les pattes arrière sont palmées ; toutefois, la vue est imparfaitement adaptée à la perception sous l'eau et l'odorat reste prédominant afin de permettre la chasse d'animaux terrestres.