Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen () est une autobiographie de l'écrivain autrichien Stefan Zweig parue en 1943Stefan Zweig, The World of Yesterday : An Autobiography, New York, Viking Press, 1943 [Die Welt von Gestern, Stockholm, Bermann-Fisher Verlag B, 1944, traduction française de Jean-Paul Zimmermann, Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, Paris, Albin Michel, 1948]..
L'ouvrage commence par la description de Vienne à la fin du et celle du milieu familial qui a vu naître Stefan Zweig et se poursuit jusqu'à l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale en Europe, en .
Historique Stefan Zweig commence à rédiger Le Monde d'hier en 1934 quand, face à la persécution nazie, il décide de s'enfuir vers le Royaume-Uni puis vers le Brésil. Il poste à l'éditeur le manuscrit, tapé par sa femme, un jour avant leur suicide, en . Le livre, paru en 1943 à New York, est parfois considéré comme le de l'auteur..
Sommaire
+Chapitre de l'œuvre Chapitre Titre1Préface2Le monde de la sécurité3L'école au siècle passé456Paris, ville de l'éternelle jeunesse7Détours sur le chemin qui me ramène à moi8Par-delà les frontières de l'Europe9Les rayons et les ombres sur l'Europe10Les premiers jours de la guerre de 191411La lutte pour la fraternité spirituelle12Au cœur de l'Europe13Retour en Autriche14De nouveau par le monde15Coucher de soleil16Incipit Hitler17L'agonie de la paix
Résumé Le Monde d'hier décrit avec nostalgie la Vienne et l'Europe d'avant 1914 : une Europe insouciante, traditionnelle, conventionnelle, artistique, à l'apogée de sa richesse et de sa puissance dont Zweig est un témoin privilégié, fréquentant Freud, Verhaeren, Rilke ou Valéry. Le livre décrit une époque de stabilité et de liberté d'esprit, qui va voir cet s'effondrer avec les deux guerres mondiales et la disparition des monarchies européennes. En bref, la mort d'une civilisation qui avait pourtant une si grande confiance en l'avenir.
Préface À la suite des nombreux événements bouleversants qu'a vécus sa génération, Stefan Zweig entreprend de rédiger son autobiographie. Il ressent le besoin de témoigner à la génération suivante ce qu'a traversé la sienne, d'autant plus que celle-ci a presque tout connu du fait de la meilleure diffusion de l'information, et l'implication totale des populations dans les conflits : guerres (Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale), , épidémie, crise économique Mais il s'est rendu compte que son passé était comme et qu'il n'a pas eu une vie, mais des vies. Zweig annonce que sa biographie repose entièrement sur ses souvenirs, car toutes autres sources d'information lui étaient inaccessibles au moment de la rédaction ; il voit cela comme un avantage, car seul ce qui est digne d'être retenu reste, selon lui, dans la mémoire.
Le monde de la sécurité Stefan Zweig revient sur la société autrichienne d'avant-guerre, et la décrit comme profondément marquée par un sentiment de sécurité, sentiment partagé par l'ensemble de la population. À cette époque, la visibilité de long terme permise par un système politique stable et une monnaie adossée à l'or rend possible à chacun de se projeter dans l'avenir de manière confiante. La croyance en un progrès inévitable et irréfrénable évince les autres croyances. C'est à cette époque que beaucoup d'inventions révolutionnent les vies : téléphone, électricité, voiture
Son père, originaire de Moravie, a progressivement fait sa fortune en gérant une petite usine de tissage. Sa mère est issue d'une riche famille bancaire italienne, née à Ancône. Sa famille représente typiquement la cosmopolite. Mais si celle-ci aspire à s'enrichir, il ne s'agit pas de leur finalité. L'ultime finalité consiste à s'élever moralement et spirituellement. Aussi, c'est la bourgeoisie juive qui s'est largement faite mécène de la culture viennoise. Grâce à leur soutien, Vienne était devenue la ville de la culture, une ville où la culture était la principale préoccupation. Tous les Viennois avaient des goûts recherchés, et étaient capables d'émettre des jugements de qualité. Les artistes, et notamment les acteurs de théâtre, étaient les seuls grands personnages célèbres d'Autriche. Leurs inquiétudes concernaient des futilités au regard des événements qui suivirent ; les guerres, les famines qui ont frappé leur vie, étaient impensables à cette époque. Stefan Zweig estime que sa génération a une conscience plus juste de la réalité que la génération précédente, mais qu'elle a payé cher cette prise de conscience.
L'école au siècle passé Son passage à l'école a été assez déplaisant. Passage obligé pour tous les jeunes garçons de son âge et de sa situation, il apprend, en plus de l'enseignement traditionnel et de ses devoirs à faire en dehors de l'école, cinq langues (français, anglais, italien, grec ancien et latin), ainsi que la géométrie et la physique. Le sport avait une place minimale, effectué dans un gymnase poussiéreux. Stefan Zweig critique amèrement la vieille manière d'enseigner, impersonnelle, froide et distante. Les professeurs, tout comme les élèves, subissent une procédure.
Dans la société régnait une certaine méfiance vis-à-vis de la jeunesse. Son père n'embauchait jamais de jeunes ; chacun faisait en sorte de paraître plus mature, par exemple en se laissant pousser une barbe . Le respect des anciens était le mot d'ordre, et l'école se chargeait d'inculquer les valeurs du régime. Stefan Zweig affirme même que le but de l'école était de discipliner et de calmer les ardeurs de la jeunesse.
Toutefois, face à cette pression, les élèves nourrissaient une haine profonde envers l'autorité verticale. Un tournant s'opéra à leur quinzaine : l'école ne satisfaisait plus leur passion qui se déporta sur l'art dont Vienne était le cœur. Tous les élèves se tournaient tout entier vers l'art : lecteurs assidus de littérature et de philosophie, auditeurs de concerts, spectateurs de pièces de théâtre Les cafés viennois jouaient à ce moment un rôle important dans la vie de ces jeunes élèves en tant que centre culturel. Les artistes étaient placés au sommet, ainsi que tout leur entourage. Leur passion se porta ensuite progressivement loin des classiques et ils s'intéressèrent davantage aux étoiles montantes, notamment les jeunes artistes. Un exemple typique de cette aspiration est le cas de Rainer Maria Rilke : un jeune poète prodige dont la précocité était suffisamment tardive pour que la plupart des élèves puissent s'identifier à lui, symbole de tout le mouvement d'une jeunesse victorieuse, complétant le génie précoce Hugo von Hofmannsthal.
L'obsession artistique que nourrissait la jeunesse dorée viennoise se faisait au détriment de son sommeil, de sa santé physique (la vague sportive venue des pays anglo-saxons n'avait pas encore déferlé sur l'Europe), de ses relations avec le sexe opposé, et de la politique.
Pendant ce temps, les premiers mouvements de masse commencèrent à toucher l'Autriche, à commencer par le mouvement socialiste, puis le mouvement chrétien-démocrate et enfin le mouvement pour l'unification du Reich allemand. La tendance antisémite commença à prendre de plus en plus d'ampleur, bien qu'elle restât assez modérée à ses débuts. Petit à petit, le mouvement nationaliste allemand commença à prendre possession des universités en lynchant étudiants catholiques, italiens, juifs, slaves Les jeunes gens, dont Stefan Zweig faisait partie, ignoraient ces tendances sanglantes et se désintéressaient des problèmes sociaux en se réfugiant dans les bibliothèques, tandis que le paysage politique gagnait en brutalité.
Dans ce chapitre, Stefan Zweig relate le passage à l'âge adulte, la puberté. C'est durant cette phase que les jeunes garçons, qui acceptaient jusque-là les règles coutumières, rejettent les conventions dès lors qu'elles ne sont pas sincèrement suivies. Bien que son siècle ne puisse plus être considéré comme pieux, et que la tolérance soit désormais une valeur centrale, la sexualité reste entachée d'une aura anarchique, perturbatrice. La société se garde à cette époque d'évoquer ce sujet tabou, tant au niveau politique que médical.
Selon Zweig, les vêtements de la femme avaient alors pour but de déformer sa silhouette, ainsi que briser sa grâce. Mais, en voulant contraindre le corps, en voulant masquer l'indécent, c'est l'inverse qui se produit : est exhibé ce que l'on tente de cacher. Les jeunes filles étaient constamment surveillées et occupées, afin qu'elles ne puissent jamais penser à la sexualitéIl raconte que sa tante avait fui son de mari, parce qu'il avait voulu, avec le plus grand sérieux, qu'elle se déshabille..
Contrairement aux femmes, pour qui vivre sa sexualité avant le mariage était immoral, les hommes se voyaient reconnaître ce besoin par la société ; elle réclamait simplement que ces derniers satisfassent ce besoin dans le plus grand secret. Aussi, les prostituées et les maisons closes étaient nombreuses. Certains pères de famille confiaient la tâche de l'éducation sexuelle à un médecin, qui rappelait tous les dangers des relations sexuelles. Et d'autres pères engageaient une bonne afin que le jeune garçon reste hors de danger et ne tombe pas amoureux d'une jeune fille.
Stefan Zweig constate que la situation s'est grandement améliorée, aussi bien pour les femmes que les hommes. Les femmes sont désormais beaucoup plus libres, et les hommes ne sont plus obligés de vivre leur sexualité dans l'ombre. Il rappelle également que les maladies vénériennes – très répandues et très dangereuses à cette époque – nourrissaient une vraie peur de l'infection. Par ailleurs, il remarque que la sexualité avait éclipsé l'érotisme. Selon lui, la génération qui vient après lui a bien plus de chance que la sienne sur ce plan.
Après ces années de lycée, Stefan Zweig relate sa transition vers l'université. L'université est à cette époque auréolée d'une certaine gloire héritée d'anciens privilèges liés à sa création au Moyen ÂgeEn Autriche, pour inciter les jeunes gens à faire des études universitaires, un ensemble de privilèges leur avaient été accordé.. À en croire Zweig, l'étudiant idéal était une brute balafrée, souvent alcoolisée, membre d'une corporation d'étudiants, corporation qui allait ensuite lui permettre d'investir les plus hauts postes et d'avancer rapidement dans sa carrière.
Zweig est allé à l'université dans l'unique but de décrocher un titre de doctorat dans un domaine quelconque et non pour apprendre ; paraphrasant Ralph Waldo Emerson, de . Aussi décide-t-il de suivre des études de philosophie pour se laisser le maximum de temps possible pour découvrir d'autres choses. Ce chapitre est donc essentiellement consacré à ce qu'il a fait en dehors de l'université durant ses études.
Il commence par réunir ses premiers poèmes et cherche une maison d'édition afin de les publier. Il connaît très tôt un certain succès, au point que Max Reger lui demande l'autorisation de mettre certains de ses poèmes en musique. Plus tard, il propose l'un de ses travaux aux et eut l'honneur d'être publié à l'âge de 19 ans. Il y rencontre Theodor Herzl pour lequel il nourrit une profonde admiration. D'origine juive, tout comme lui, Herzl qui a assisté à la destitution publique de Dreyfus, avait publié un texte promouvant la création d'un État juif en Palestine ; le texte fut l'objet de vives critiques en Europe de l'Ouest, mais fut assez bien accueilli en Europe de l'Est .