L’église Saint-Pierre (officiellement Saint-Pierre de la Tour) est la principale église paroissialeL'autre église est sise à Salles lès Aulnay, ancienne commune ayant fusionné avec Aulnay en 1972. de la commune d'Aulnay, une ville du nord-est du département français de la Charente-Maritime.

Édifiée sans doute au cours des années 1120-1140 à la demande des chanoines de Poitiers, elle s'élève sur un site occupé à l'époque gallo-romaine par un temple païen, puis par au moins un sanctuaire chrétienInventaire du patrimoine culturel de Poitou-Charentes.

Durant une partie du Moyen Âge, elle est une étape pour les pèlerins en partance vers Saint-Jacques-de-Compostelle, avant de sombrer dans une certaine léthargie au cours des siècles suivants. Redécouverte au cours du , elle est parmi les premiers édifices français à obtenir un classement aux Monuments historiques en 1840.

Étape remarquable sur la route des Trésors de SaintongeTrésors de Saintonge, elle est avant tout l'un des quatre sites du département à être inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en FranceAulnay, chef-d'œuvre de l'art roman, site du département de la Charente-Maritime.

Située aux confins des diocèses de Saintes et de Poitiers, Saint-Pierre d'Aulnay tient à la fois de l'art roman poitevin et saintongeais, et doit sa réputation à la richesse de son décor sculpté et à l'équilibre de ses proportions.

Situation géographique thumb|alt=Carte de la commune d'Aulnay au sein de la Charente-Maritime|Position d'Aulnay en Charente-Maritime

L'église paroissiale d'Aulnay est établie au carrefour de deux anciennes routes particulièrement fréquentées au Moyen Âge, l'une reliant Melle à Cognac, l'autre reliant Melle à Saintes. Cette dernière se confond avec la voie de Tours (Via Turonensis) qui sera durant plusieurs siècles un axe majeur emprunté par des milliers de pèlerins en partance pour Saint-Jacques-de-Compostelle.

Bien que la commune d'Aulnay (aujourd'hui chef-lieu de canton de la Charente-Maritime) soit fréquemment appelée Aulnay-de-Saintonge, cette ancienne vicomté était située en Poitou sous l'ancien régime, l'église dépendant par ailleurs du diocèse de Poitiers à cette époqueL'histoire du diocèse de Poitiers.

Historique thumb|left|Aulnay sur la Via Turonensis. Dès avant le milieu du , le sanctuaire d'Aulnay — un édifice antérieur à l'actuel — relève du monastère bénédictin de Saint-Cyprien de Poitiers, comme l'atteste le cartulaireCartulaire de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers 931-1155, édité par Louis François Xavier Rédet, Société des archives historiques du Poitou, 1874 de cette abbayeRémy Prin, Aulnay d'ombre et de lumière, p. 169, Éd. Bordessoules, 2009. Cette appartenance est encore confirmée en 1119 par le pape Calixte II. En 1122 (date d'une nouvelle bulle du pape) ou un peu avant, le lieu est transféré au chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de PoitiersEugène Lefèvre-Pontalis, Mémoire du Congrès archéologique de France à Angoulême en 1912, tome I, imp. Delesques, Caen, 1913. Ce sont les chanoines de Poitiers qui vont décider d'édifier l'église actuelle, en lançant sans doute le chantier peu après leur acquisition, même si aucun écrit ne mentionne cette construction. Ils garderont la jouissance du lieu jusqu'à la Révolution.

thumb|Le mur sud de la nef. L'église n'est que peu touchée par les aléas de l'histoire. Placée sur l'une des principales routes conduisant à Saint-Jacques-de-Compostelle (la via Turonensis), elle reste longtemps une étape sur le chemin des pèlerins, à mi-chemin entre Poitiers et Saintes.

Au contraire de nombre d'églises de la région, le sanctuaire sort indemne des combats qui opposent durant plus d'un siècle armées françaises et anglo-aquitaines. Il doit cependant subir d'importants travaux de soutènement à partir du , la pression exercée par le clocher (imprudemment augmenté d'un étage et d'une flèche en pierre au ) faisant craindre pour l'intégrité de l'édifice. C'est vers cette époque que sont ajoutés une série de contreforts aux angles de la façade occidentale ainsi que de part et d'autre du portail principal.

Dans le même temps, deux chapelles seigneuriales sont édifiées aux abords du portail. L'une d'elles, aménagée pour accueillir les fonts baptismaux, reste en place jusqu'au tout début du .

Au moment des guerres de Religion, les huguenots, suivant l’iconoclasme prôné par Jean Calvin, suppriment quelques têtes sculptées au portail ouest. À peu près à la même époque, l'accès principal (porte occidentale) est condamné afin de renforcer la structure de l'édifice. Le portail sud devient l'unique entrée du sanctuaire jusqu'à ce que l'évêque de Poitiers Martial-Louis de Beaupoil de Saint-Aulaire décide d'entamer une campagne de restauration radicale à partir de 1756, campagne poursuivie jusque vers 1769-1770 par son successeur Jean-Baptiste-Luc Bailly. C'est durant cette période que le clocher est amputé d'un étage et de sa flèche en pierre, au profit d'une couverture plus légère. En 1758, il accueille une nouvelle cloche.

L'église est de nouveau victime de quelques déprédations durant la période révolutionnaire. Le , les autorités municipales décident d’ôter la statue équestre de l'empereur Constantin qui ornait jusque-là la façade occidentale. Rendu au culte au moment du concordat de 1801, le sanctuaire apparaît comme « très insalubre » et doit faire l'objet de nouveaux travaux de restauration.

Architecture et annexes Enclos, cimetière et contexte du lieu thumb|left|Pierres tombales du cimetière.

L'édifice est entouré d'un vaste enclos où l'on pénètre d'abord, et qui permet, en laissant toute liberté de déplacement, d'apprécier à différents niveaux de regard l'architecture et la sculpture.

Cet enclos est un ancien cimetière, peuplé de nombreuses pierres tombales à l'allure de sarcophages, mais dont les inscriptions gravées datent du . Il est pourtant probable que cet endroit est une nécropole très ancienne, puisqu'on y a retrouvé au , durant une restauration du pavement de l'église, trois stèles funéraires de légionnaires romains, conservées actuellement au musée archéologique de Saintes. Ces légionnaires étaient en service au camp militaire romain d'Aunedonnacum, tout voisin de l'emplacement de la future église romaneLa Charente-Maritime, pré-inventaire archéologique, Fondation Maison des sciences de l'Homme, Louis Maurin, p.76.

thumb|Croix hosannière, partie ouest du cimetière. En bas de la prairie qui jouxte l'église au sud, un chantier de fouilles récent (à partir de 2001) a remis au jour les restes d'un temple celtique, daté des C. Doulan, « Le sanctuaire gallo-romain de La Garenne à Aulnay de Saintonge », Université de Bordeaux 3, Bull. , AAHAR, 2005. C'est peut-être ce temple, encore en partie visible à la fin du , qui a donné à l'église son nom complet de Saint-Pierre de la Tour.

Dans la partie ouest du cimetière, face à la principale façade de l'église, est érigée une croix hosannière, datant du et inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1929.

Les croix hosannières sont des monuments que l'on retrouve souvent à proximité des églises dans les anciennes provinces du Poitou et de la Saintonge, là où s'étendent ou s'étendaient autrefois les cimetières paroissiaux.

Celle d'Aulnay prend la forme d'une colonne, surmontée d'une croix, ornée de statues de quatre apôtres disposés en fonction des quatre points cardinaux : Jean, au nord ; Paul, au sud ; Jacques le Majeur, à l'est et Pierre, à l'ouest. La figure de saint Jacques, avec en bandoulière la besace du pèlerin, atteste qu'Aulnay fut une étape sur le chemin de Compostelle, à mi-chemin entre Melle et Saint-Jean-d'Angély.

L'emplacement de l'édifice, très à l'écart du bourg actuel, s'explique donc par son appartenance probable à la petite agglomération gallo-romaine et au fait que des édifices religieux aient été implantés là bien avant le .

Style et architecture thumb|left|La façade méridionale. Le plan de l'édifice est conforme aux dispositions classiques du style roman poitevin : formant une croix latine, l'église se compose d'un triple vaisseau. La nef principale est voûtée en berceau brisé, la voûte reposant sur des arcs doubleaux aux limites de chaque travée. De chaque côté, presque à la même hauteur, deux bas-côtés viennent contrebuter la nef principale. Eux aussi sont voûtés en berceau brisé et dotés d’arcs doubleauxR. Oursel, Haut-Poitou Roman, collection zodiaque, pp 305-331.

Ce vaisseau s’articule en cinq travées. Les fortes colonnes qui les délimitent font point d’appui aux arcs doubleaux, à travers des doubles colonnettes qui remontent en partie supérieure, rythmant ainsi précisément l’espace.

Ces colonnes supportent aussi les grandes arcades latérales qui laissent entrer dans la partie centrale la lumière fournie par les cinq fenêtres en plein cintre de chaque bas-côté. Celles-ci, de dimensions modestes, préservent dans l'espace, même un jour d’été ensoleillé, la pénombre qui sied au recueillement.

Au-delà, le transept bien saillant est flanqué à l’est de deux absidioles peu profondes, voûtées en cul-de-four. Le chœur comprend une travée droite, suivi d’une abside en hémicycle voûtée aussi en cul de four. Il est directement éclairé par cinq fenêtres semblables à celles des bas-côtés, dont trois sont percées dans l’abside, accentuant l’axe central de l’édifice tourné comme il se doit vers l’est. La largeur de l’abside est légèrement inférieure à celle de la nef principale, lui donnant de tout le vaisseau une bonne visibilité. D’autre part, l’axe du chœur n’est pas en prolongement exact de celui de la nef, il est légèrement décalé vers le nord.

De puissants faisceaux de colonnes marquent la croisée du transept. Ils supportent au sud et au nord deux arcs brisés qui ouvrent sur les deux bras du transept. De leurs sommets, aux angles de la croisée, partent quatre pendentifs qui se rejoignent pour former l’assise circulaire de la coupole hémisphérique. Celle-ci, nervée de huit branches toriques, sert d'assise au clocher rectangulaire au-dessusRené Crozet, Aulnay de Saintonge, Nouvelles Éditions Latines, 1962, p.10.

On ne sait pas précisément d’où les bâtisseurs romans ont extrait les pierres pour la construction, mais la qualité du calcaire utilisé était excellente. Ceci s’est traduit par un appareil de construction en tout point remarquable, et a permis la création d’un décor sculpté qui garde aujourd’hui encore toute sa lisibilité, à de rares exceptions près.

Influences orientales thumb|Influences orientales sur le premier arc de l'entrée. Certaines influences orientales sont visibles dans les décorations de l'église. Par exemple, le premier arc de l'entrée est inspiré de motifs orientaux"Sculptée en faible relief, la première voussure du portail d'Aulnay-de-Saintonge est couverte de rinceaux peuplés de griffons et de centaures d'inspiration orientale." in Cité de L'Architecture et du Patrimoine, Guide du Musée p.48, . Un chapiteau représentant des éléphants est aussi inspiré de motifs d'origine orientale"Les représentations d'éléphants sur un chapiteau de l'église d'Aulnay puisent ainsi leurs modèles dans le décor des coffrets d'ivoire des tissus et des soiries d'Orient" in Cité de L'Architecture et du Patrimoine, Guide du Musée p.48, .

Des moulages de ces décors sculptés, avec une description des influences dont ils sont le résultat, sont visibles à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine à Paris.

Dimensions L’analyse des dimensions conforte l’impression d’harmonie qui émane de l’édifice et qui impressionne tous les visiteurs. Celle-ci tient aussi à l'équilibre des masses, des lignes horizontales et verticales, à la rigueur épurée des lignes et des courbes d’arcs, et ceci, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment.