thumb|La résilience permet à un individu affecté par un traumatisme de se reconstruire (comme cet arbre qui a absorbé le panneau).
La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique de manière à ne pas, ou plus, vivre dans le malheur et à se reconstruire d'une façon socialement acceptable. La résilience serait rendue possible grâce à la structuration précoce de la personnalité, par des expériences constructives de l'enfance (avant la confrontation avec des faits potentiellement traumatisants), l’accès à un réseau de soutien social - amis, communauté, famille élargie - et parfois par la réflexion, ou la parole, plus rarement par l'encadrement médical d'une thérapie.
Étymologie Le nom français résilience vient du verbe latin resilio ., par l'anglais resilience..
Histoire Le concept de résilience psychologique commence à se structurer dans la seconde moitié du xxᵉ siècle. Des travaux antérieurs en psychiatrie de l’enfant, psychologie du développement et psychopathologie mettent en lumière que certains individus exposés à des adversités (pauvreté, maladie mentale parentale, séparation, stress environnemental…) ne suivent pas les trajectoires prédites et manifestent des capacités d’adaptation remarquables.
Parmi les pionniers figure Norman Garmezy (1918-2009), souvent considéré comme l’un des fondateurs de la recherche moderne sur la résilience. Garmezy identifie dès les années 1960-70 des enfants « à risque » qui malgré tout maintiennent des compétences sociales, cognitives ou scolaires élevées. Il étudie les facteurs protecteurs (qualité des relations, habiletés sociales, capacités cognitives) qui modèrent les effets des stress. vignette|Emmy E. Werner, psychologue du développement, pionnière dès les années 1950 dans l’étude scientifique de la résilience chez l’enfant. Dans les années 1970-80, Emmy Werner, psychologue du développement, lance une étude longitudinale majeure sur les enfants nés en 1955 à Kauai (Hawaï). Son étude dite de Kauai porte sur 698 enfants nés en 1955 sur l’île de Kauai à Hawaï. L’équipe de Werner les suit à différents âges : à un an, deux ans, dix ans, dix-huit ans, trente et un/trente-deux ans, et quarante ans. Parmi ces enfants, 201 sont identifiés comme étant “hautement à risque” du fait de stress périnatal, de pauvreté persistante, ou de parents ayant moins de huit années de scolarité, ainsi que de conditions familiales difficiles (alcoolisme, maladie mentale, divorce, conflit). Environ un tiers des enfants du groupe très à risque deviennent des adultes compétents, sans troubles sérieux d’apprentissage ou de comportement pendant l’enfance ou l’adolescence. Werner identifie aussi des caractéristiques individuelles fréquentes chez ceux qui résistent : niveau d’activité élevé, faible irritabilité, adaptabilité sociale, compétences de résolution de problèmes, capacité à évaluer les situations de façon réaliste, faible tendance à l’anxiété.
En outre, les facteurs externes jouent un rôle déterminant : liens stables avec des adultes bienveillants, soutien familial ou communautaire, valorisation dans des rôles de responsabilités dès l’enfance. Werner insiste sur le fait que la résilience n’est pas innée ou exceptionnelle, mais dépend de conditions qui peuvent être encouragées ou renforcées dans les contextes familiaux et sociaux. Cette étude de Kauai, par sa méthode longitudinale très longue, sa rigueur dans l’évaluation des risques et des protections, a profondément remis en question les visions trop statiques de la vulnérabilité.
Parmi les autres contributeurs essentiels : Michael Rutter considéré comme le père de la psychiatrie infantile, qui étudie les effets du risque environnemental, des séparations mère-enfant ou des infections sur le développement ultérieur de psychopathologies. Ann S. Masten (États-Unis) propose le concept d’ « ordinary magic » (magie ordinaire) pour souligner que la résilience n’est pas un phénomène rare ou exceptionnel, mais dépend de systèmes adaptatifs humains normaux — attachement, régulation émotionnelle, compétences cognitives et soutien social.
En France, le concept est popularisé auprès du grand public par le psychiatre Boris Cyrulnik. Cependant, il ne compte aucune publication scientifique originale indexée à son nom dans les bases internationales majeures (PubMed, Web of Science).
Processus vignette|redresse|Processus de la résilience (cliquer pour agrandir).
La résilience est dynamique. À partir de problèmes, qui peuvent relever du quotidien ou de chocs très graves, l'individu va déclencher des mécanismes qui vont l'amener tout d'abord à résister, puis possiblement à s'adapter, et parfois à connaître une croissance post-traumatique. Parmi les processus qui contribuent à la résilience, il en existe neuf : la défense-protection, l'équilibre face aux tensions, l'engagement-défi, la relance, l'évaluation, la signification-évaluation, la positivité de soi, la création, et le dépassement de soi. Cette résilience peut être aidée, notamment par des professionnels; on parle alors de résilience assistée. Toutefois, les recherches montrent que les personnes qui ont surmonté un choc manifestent bien souvent à la fois des signes de résilience et d'altération de leur vision de l'avenir ou du monde .
La résilience repose sur l’activation de plusieurs processus psychologiques d’adaptation. Parmi eux, on retrouve la régulation émotionnelle — c’est-à-dire la capacité à moduler ses émotions négatives pour préserver un fonctionnement efficace — ainsi que la reformulation cognitive, qui consiste à reconsidérer un événement stressant sous un angle plus constructif ou porteur de sens. La clarification des valeurs personnelles peut également aider les individus à mobiliser des ressources internes lors de situations difficiles.
Selon Tugade et Fredrickson, les personnes résilientes utilisent plus fréquemment les émotions positives pour favoriser leur rétablissement après une épreuveTugade, M. M., & Fredrickson, B. L. (2004). Resilient individuals use positive emotions to bounce back from negative emotional experiences. Journal of Personality and Social Psychology, 86(2), 320–333. https://doi.org/10.1037/0022-3514.86.2.320.
Domaines Dans le cadre du couple
Dans son ouvrage Parler d'amour au bord du gouffre Éd. Odile Jacob, Paris, 2004., Boris Cyrulnik affirme que le « couple peut panser les blessures de l'enfance ». À condition de trouver la « conjugaison affective » adéquate, l'amour peut agir comme moyen de gommer des représentations négatives de soi et constituer une thérapie reconstructrice. Dans cette conjugaison, le hasard aurait moins de place qu'il n'y parait : le fondement du couple se construisant dans la réponse à la question : « Qui suis-je pour me faire aimer ? ». Ainsi « Monsieur Peurdeperdre aime Madame Jaimelavie : la présence de Madame sécurise Monsieur qui dynamise Madame »« Le ressort de la Résilience », La Croix, 30 novembre 2012, .. « Est-ce l'amour qui permet la résilience ou la résilience qui permet l'amour ? » Boris Cyrulnik explique que finalement les deux se renforcent mutuellement : « L'humain ne peut vivre et se développer que si un autre met son empreinte sur lui ».
Le premier amour est important lorsqu'il survient à l'adolescence, lorsque le jeune éprouve sa capacité de sensibilité à de nouvelles informations : ce premier amour peut être pour certains adolescents l'occasion de réparer une représentation négative de soi. Les schémas initiaux ne sont davantage répétés comme une malédiction implacable. Cette première expérience de l'amour pourra constituer une thérapie réparatrice. Plus tard, d'autres (famille, enfants, amis) pourront relayer et compléter cette fonction tutorale. Pour Boris Cyrulnik, l'adulte est celui qui aura appris « à aimer dans la gaieté et le respect de l'autre dans un système à poly-attachement : papa, maman, mais aussi les grands-parents, les cousins, les amis des parents. »
Dans l'enseignement La résilience est au cœur du projet enseignant, en ce qu'elle permet à l'élève de surmonter ses difficultés personnelles pour s'appuyer sur les ressources que lui apporte l'école et s'épanouir. Mais l'école doit de son côté favoriser la résilience pour accomplir sa mission d'émancipation. Cela suppose que les enseignants s'appuient sur les forces de leurs élèves plutôt que de pointer leurs faiblesses, sans rien renier de leurs exigences, car elles seules montrent la valeur de chaque victoire obtenue par l'élève. L'école peut aussi être un lieu de réinsertion dans une société dans laquelle l'élève pourrait reconstruire sa confiance en les autres. La difficulté est d'impliquer dans ce parcours les autres acteurs de l'entourage de l'élève, notamment sa famille.
Plusieurs dispositifs ont été testés, bien que la prise en compte de cette dynamique dans l'enseignement n'en soit encore qu'à ses débuts.
La résilience scolaire est ainsi analysée comme un processus dynamique où l'école agit en tant que « partenaire majeure » du développement de l'enfant. Ce mécanisme repose sur des binômes relationnels structurants : d'une part la relation « famille-école », le soutien familial étant un facteur primordial, et d'autre part la relation « école-élève », moteur essentiel de la confiance en soi.
Pour favoriser ce « rebond avec succès », l'enseignement s'appuie sur la présence de « tuteurs de résilience » au sein de l'équipe pédagogique, capables de renforcer les facteurs de protection de l'élève. Ce processus peut mobiliser le concept du « mythe du héros » théorisé par Boris Cyrulnik : cette figure d'identification permet à l'élève de s'extraire d'un contexte de vulnérabilité par la projection vers un avenir possible, évitant ainsi qu'il ne reste « prisonnier de son contexte » ou de son passé. L'enjeu pour le système éducatif est de créer un environnement écosystémique capable de transformer les épreuves personnelles en leviers d'épanouissement scolaire, en valorisant les compétences psycho-sociales et la créativité des élèves.
Dans la littérature d'enfance et de jeunesse Peu d'ouvrages destinés à la jeunesse évoquent ce thème de résilience. En 2018, le Prix Sorcières, décerné par l'Association des librairies spécialisées jeunesse (ALSJ), en partenariat avec l'Association des bibliothécaires de France (ABF) récompense, dans la catégorie Carrément sorcières - FictionLauréats 2018 du Prix Sorcières, site officiel abf.asso.fr.., l'album de fiction Cœur de bois (éd. Notari, 2016), écrit par Henri Meunier, et illustré par Régis Lejonc. Cet album est leur cinquième collaboration en quinze ans. Pour Régis Lejonc : « Régis Lejonc et Henri Meunier : «Nous avons une confiance totale l'un envers l'autre.» », article du site des Librairies Sorcières, du 29 août 2017.. L'ouvrage est également « coup de cœur » 2017 du Centre national de la littérature pour la jeunesse - La Joie par les livres, qui écrit dans son avis critique : « Dans un langage subtil à décoder, justement parce qu'ils se jouent des codes, les auteurs nous entraînent sur les terres de l'intime. L'illustration est puissante, sombre »Notice de l'ouvrage Cœur de bois, et avis critique (« coup de cœur ») du Centre National de Littérature pour la Jeunesse (CNLJ), sur le site de la BnF.. Selon l'avis critique du site de référence Ricochet, Emmanuelle Pelot, avis critique de l'ouvrage Cœur de bois, site ricochet.jeunes.org...
Symbolique L'art du kintsugi, l'art traditionnel japonais qui consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses cicatrices avec de l'or au lieu de les cacher, est souvent utilisé comme métaphore de la résilience en psychologie et en développement personnel.... Mais l'on peut percevoir une antinomie entre cet art et la logique dominante de la résilience, car assumer ses failles tout en les sublimant ne correspond pas à la volonté classique de les dépasser en les effaçant.
Critique