Alain du Mesnil de Maricourtaussi pour l'état-civil : Alain Dumesnil de Maricourt., né le à Paris et mort le à Perrigny-lès-Dijon., était un général de corps aérien, ancien élève de Saint-Cyr, aviateur, qui a participé aux opérations de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie. Également officier d'état-major, notamment dans les forces aériennes tactiques, il a aussi contribué à la reconstruction, après-guerre, de l'École de l'air (à Salon-de-Provence) et est à l'origine des commandos de l'air.

Biographie Sa formation et ses premières affectations

René Arthur Marie Alain Dumesnil de Maricourt nait le à Paris dans une famille de vieille noblesse. Il est le neveu de l'écrivain André Fernand Marie de Maricourt. Après une préparation au collège Stanislas de Paris (la « corniche Stan »), il entre en à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr ( « Maréchal Galliéni »)Il est d’abord affecté à la (1927-1928) puis, en tant que caporal, rejoint la la seconde année (1928-1929).. À sa sortie en 1929, il choisit la voie de l'aviation (alors encore dépendante de l'Armée de terre), passe par l’École militaire et d’application de l'aéronautique de Versailles et suit un stage de pilotage à Avord (brevet de pilote en ). De à , il est affecté au d’aviation d’observation basé à Tours, d'abord à la puis à la . Volontaire pour les opérations extérieures, il rejoint le d’aviation au Maroc (au sein de l'escadrille « Bou Denib »). Il participe alors aux missions dans le sud du pays, notamment lors de la prise de Tindouf (1934), et accomplit des liaisons sahariennes en AOF au départ d’Agadir. En 1936, revenu en France, il commande une escadrille de la de reconnaissance. Puis, il devient navigateur en chef de la « Croisière Impériale » du lieutenant Louël, voguant à travers Tunisie, Soudan, Guinée, Mauritanie et Maroc sur un Bloch 120. Toujours en Afrique, il commande en 1938 la de GaoMichel de Wailly, L'escadrille du désert, CEHS Athanor, 1988.. À la veille du conflit, face à la présence italienne en Libye, le général Bührer, chef d'état-major général des colonies, installe une base à Dirkou, au Kaouar (Niger) ; le capitaine de Maricourt est chargé d'y aligner ses vieux appareils (Potez 25 et Potez 29).

Pendant la Seconde Guerre mondiale En 1940, lors de la campagne de France, il ne peut donc participer aux opérations en métropole en raison de la menace italienne contre les colonies françaises d’Afrique. De sa propre initiative, le , il entreprend une mission aérienne dans le sud libyen. Il effectue un assaut contre les postes italiens de Tedjéré et de Gatroun (ou Al Qatrun), près de Mourzouk, dans le Zeila libyen ; cela lui vaut une sanction de quinze jours d’arrêts de rigueur. Le , lors de l'inspection du général Gama, nouveau commandant des forces aériennes d'AOF, Maricourt lui avoue que : « son personnel ne peut accepter la défaite et demande à combattre, par conséquent à rallier toute formation militaire qui n'accepte pas l'armistice ». Le général est désagréablement surpris par cette révélation : il ne s'y attendait pasDéposition du général de division aérienne Gama le 19 avril 1944 cité par Vincent Joly, Le Soudan français de 1939 à 1945, Karthala, 2006.. Plus tard, affirmant imprudemment vouloir rejoindre le Nigéria britannique pour poursuivre la lutte, il est muté au SénégalIl affirme avoir été « méchamment reçu par les navires de Sa Majesté repliés sur Freetown après leur mauvais coup de Dakar ». et reste donc encore un temps, malgré ses premières velléités, au service de l'Armée de Vichy. En 1942, il rejoint la métropole et s’y marie. Puis, de retour en Afrique du Nord (A.F.N.), il est nommé commandant en second du groupe de bombardement (GB) de Blida. Rappelé à Thiès, au Sénégal, il prend la tête du groupe GB II/62. Après le débarquement allié de novembre 1942, il reçoit à Meknès le commandement du groupe de chasse GG I/32 et part s’entraîner avec ses pilotes avec des avions américains à Telergma. Fin 1943 et début 1944, il participe, depuis une base de Sardaigne, à la campagne d’Italie avant d’appuyer le débarquement de Provence (). Lieutenant-colonel, il devient commandant de la de bombardement opérant en B26 Marauder. Ses missions l’amènent au-dessus du sol allemand. À la fin de la guerre, il travaille à l’État-major du Corps Tactique Aérien (CATac) de Lahr.

Sa carrière d'officier dans l'après-guerre (1946-1962)

En , le colonel de Maricourt est chargé de rétablir l’École de l'air. Il y forme les promotions 1944, 1945, 1946 et en partie 1947. Plus tard, il a été dit que Maricourt y a transposé, en les adaptant, les traditions saint-cyriennes dont il était imprégné. De 1948 à 1950, il est chef d’état-major de la Région aérienne à Bordeaux. Pendant la guerre d’Indochine, il est commandant en second de l’Air, puis chef du Groupement aérien tactique Nord (GATac Nord) basé à Hanoï. À ce poste, il propose d'utiliser des Ju 52, par groupements de seize, pour bombarder les zones ennemies (le GATac souhaitait des « tapis de bombes » à l'instar des bombardements stratégiques de la dernière guerre) : les contingences et l'inadaptation du matériel font échouer le projetRapporté dans la note GATac Nord/3/S du 3 septembre 1952 citée par Philippe Gras, L'Armée de l'air en Indochine (1945-1954), l'impossible mission, L'Harmattan, 2001, 613 p. (). Les relations de cet aviateur au fort caractère n'y sont pas toujours excellentes avec l'Armée de terreAffaire du refus de prêt d'un Morane-Saulnier MS.500 "Criquet" à l'Armée de terre (Phu Luu, mars 1951) : note GATac/3/S du 23 mars 1951 citée par Philippe Gras, op. cité ().. Lors de l'évacuation de That Khé, après la bataille de la RC 4 (), il songe à remplacer les « convoyeuses de l'air » par des médecins-officiers. Il s'oppose à Valérie de la Renaudie qui défend les avantages de ses consœurs : c'est elle qui a le dernier mot. De même, en tolérant les survols frontaliers de la Chine, il attire des protestations diplomatiquesProtestation chinoise du 24 novembre 1950 (note GATac du 26 novembre 1950) citée par Philippe Gras, op. cité, (). De Maricourt parlera de « petite erreur professionnelle » ayant de « graves conséquences diplomatiques » avec une Chine « qui cherche visiblement une querelle d'Allemand ! ». Abattu lors d'un vol par le Viêt Minh, il parvient à rejoindre le camp françaisIl précisera : « après un cross époustouflant dans les rizières de Thaï Nguyen ».. De retour en métropole en 1951, il dirige pour la seconde fois l’École de l'air de Salon-de-Provence jusqu’en 1953Toujours en le citant, il « y torture les promotions de l’École de l’air 50 et 53 à mi-temps, 51 et 52 à temps complet ».. En 1954, affecté à l’État-major de Paris, il devient inspecteur du transport et de l’outre-merUne autre source, Patrick Facon (cf. bibliographie), parle de l'inspection du bombardement et du transport.. Il est nommé général (de brigade aérienne) le de la même année, ce que, avec son humour habituel, il apprécie grandement. En , il retourne en Algérie française où il dirige le GATac (groupement aérien tactique) de Constantine. De à , il est commandant de l’Air en Algérie, avec près de sous ses ordres. Il est alors à l'origine de la création, en , des commandos parachutistes de l'air ; ceux-ci sont regroupés dans le GCPA 541 confié au lieutenant-colonel Coulet. C'est aussi sous son commandement qu'est effectué, le , le détournement de l'avion civil marocain menant en Égypte la délégation des principaux dirigeants du FLN qui seront ainsi arrêtés (Khider, Lacheraf, Aït Ahmed, Boudiaf et Ben Bella).

Promu général de division aérienne le , il reçoit le commandement de la Région aérienne à Dijon. Puis, il dirige la Défense aérienne du territoire, reçoit une quatrième étoile () et devient major général de l’Armée de l’air« La chèvre de M. Stehlin », dira-t-il, en référence au général d'armée aérienne Paul Stehlin, chef d'état-major de l'Armée de l'air du 15 mars 1960 au 30 septembre 1963.. Son dernier poste est celui de commandant des forces aériennes tactiques (FATac) en . Le , miné par le drame algérien, il est admis par anticipation et à sa demande, à faire valoir ses droits à la retraiteCette demande de retraite anticipée fait, selon lui, « suite à un certain 19 mars » (le 19 mars 1962 est la date officielle d'entrée en vigueur du cessez-le-feu en Algérie selon les Accords d'Évian : cette date marque aussi la marche inéluctable vers l'indépendance algérienne)..

La retraite

Il se retire dans sa propriété de Perrigny-lès-Dijon, près de la capitale bourguignonne, et surtout proche de la base aérienne 102 « Guynemer » de Longvic, tout en continuant à s’intéresser au domaine aérien militaire. Il se présentait lui-même comme « connaisseur en rencontres internationales (Maroc, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, Viet-Minh, FLN), totalisant 150 heures de chameau » (ainsi que plus de heures de vol). À la fin de sa vie, il milite opiniâtrement et souvent très efficacement auprès des anciens de l'Armée de l'air comme des civils en faveur de l'Association de Soutien à l'Armée Française (ASAF). Atteint par des soucis de santé aux jambesIl dit avoir « subi des ennuis dans son train d'atterrissage »., il s’éteint le à l’âge de 89 ans. L’Armée de l’air lui organise des obsèques solennelles à la base aérienne de Dijon-Longvic ()La messe a été dite entre deux avions, dans un immense hangar rempli d’une assistance considérable et où « l'odeur de l'encens a chassé les vapeurs d'essence »..

Alain Dumesnil de Maricourt était général de corps aérien, grand officier de la Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre national du Mérite et avait reçu dix citations. Marié en 1942 avec Marie d'Argouges (1921-2017), ils étaient parents de sept enfants.

Hommages Le général de Maricourt a été choisi comme parrain des promotions 1999 de l'École de l'air et de l'École militaire de l'air.

Maricourt et les commandos parachutistes de l'air L'Armée de l'air face à l'insurrection terrestre

En , le commandement de l'Armée française décide de quadriller le terrain algérien avec ses troupes afin de protéger les biens et les personnes. L'Armée de l'air participe à cet effort qui nécessite le maintien des appelés et le rappel des disponibles. Le général de Maricourt, qui commande le GATac (groupement aérien tactique) de Constantine en , estime que son arme doit pleinement prendre part au conflit, même en l'absence de bataille aérienne. Resté proche de ses anciens camarades saint-cyriens de l'Armée de terre, il regrette l'incompréhension réciproque des deux univers. S'il refuse que les aviateurs ne soient que des auxiliaires au service des troupes sur le terrain, il ne peut pourtant accepter de laisser ces derniers seuls au combat. Il résume cette opinion par l'une de ses célèbres formules lapidaires : « Jamais à la botte, toujours botte à botte »H. Féraud, op. cité.. Selon lui, l'Armée de l'air doit aussi prouver sa capacité à intégrer les formes nouvelles de la guerre. Comme tout ancien d'Indochine, il a pressent les modalités de la guerre subversive. Lorsqu'il était à Hanoï, il avait ainsi encouragé la création de la BRCS, ou brigade de renseignement et de contre-sabotage, ayant pour mission l'arrestation des rôdeurs potentiellement dangereux que l'on rencontrait aux abords des terrains d'aviation ; il reconstitue cette brigade en Algérie (1956)Le 28 mai 1956, après accord du gouvernement général, des services de police et du commandement de la Région militaire, le général commandant l’Air en Algérie charge le chef de la Sécurité air de la Région aérienne, le lieutenant-colonel Émile Andrès, de la mise sur pied de deux unités de ce type sur les bases de Maison-Blanche et de Télergma..