Le raid de Morgan est une incursion de la cavalerie confédérée dans les États nordistes de l'Indiana et de l'Ohio, qui se déroula du au , sur le théâtre occidental de la guerre de Sécession. Ce raid porte le nom de l'officier qui le commanda, le brigadier-général confédéré John Hunt Morgan.

Pendant quarante-six jours, parcourant , Morgan et ses troupes traversèrent une région allant du Tennessee jusqu'au nord de l'Ohio. Sans qu'il y ait de relation stratégique avec les autres opérations militaires en cours, le raid coïncidait avec la campagne de Vicksburg et la campagne de Gettysburg. Dans les faits, le raid fut une opération de diversion particulièrement efficace, obligeant le commandement de l'Union à déployer quelques milliers d'hommes contre les troupes de Morgan. De plus, le raid sema la terreur parmi les populations de plusieurs États du Nord. Empêché à plusieurs reprises de revenir sur ses pas par les forces fédérales mobilisées à la hâte et par les milices des États concernés, Morgan se rendit finalement, avec ce qui restait de ses unités, dans le nord-est de l'Ohio. Emprisonné, il s'échappa avec quelques-uns de ses officiers et regagna le Sud, où il fut tué, un an plus tard, par un cavalier de l'Union lors d'une tentative de fuite.

Cette expédition audacieuse derrière les lignes ennemies, célébrée par la presse, passa dans la mémoire de nombreux Sudistes comme « le grand raid de 1863 ». Avec Vicksburg et Gettysburg, le raid de Morgan appartient à la série de défaites subies par la Confédération à l'été 1863. Les journaux du Nord ironisèrent sur le « Calico Raid », en référence à la propension des cavaliers de Morgan à piller les boutiques (de tissu, notamment) qu'ils rencontraient sur leur route.

Tennessee et Kentucky

Le général Morgan, accompagné de cavaliers confédérés soigneusement sélectionnés et de quatre pièces d'artillerie Indiana in the War of the Rebellion : Report of the Adjutant General. W. H. H. Terrell. Chap. The Hines and Morgan Raids. , . 1869 (éd. 1960). partit de Sparta, le , avec l'intention de détourner l'attention des Nordistes de l'armée de l'OhioOfficial Records et soulever les sympathisants de la cause confédérée présents dans les États du Nord. Le général Braxton Bragg, qui commandait les forces rebelles dans la région, souhaitait que les cavaliers de Morgan fassent diversion en pénétrant au Kentucky. De son côté, Morgan avait confié à ses officiers qu'ils rêvait depuis longtemps d'envahir l'Indiana et l'Ohio pour porter dans le Nord la terreur de la guerre. Bragg lui avait donné carte blanche pour un raid à travers le Tennessee et le Kentucky, mais lui avait ordonné de ne franchir le cours de l'Ohio sous aucun prétexteKelsey, page 323 ; Official Records.. Le , quand les Fédéraux de l'armée du Cumberland entamèrent leurs opérations contre l'armée confédérée du Tennessee commandée par le général Bragg (campagne de Tullahoma), Morgan décida que le moment était venu pour lui de faire mouvement au nord, vers le Kentucky.

Le , dans le but de détruire les lignes de communications de l'Union, Morgan passa la frontière et entra au Kentucky, où les citoyens admiratifs accueillirent à bras ouverts ses cavaliers. Traversant la rivière Cumberland, grossie par les pluies, à hauteur de Burkesville (Kentucky), la division de Morgan s'avança jusque sur les rives de la Green River, mais il dut infléchir sa course après avoir affronté la moitié d'un régiment fédéral (le 25th Michigan Infantry) à la bataille de Tebbs Bend le . Morgan prit par surprise et captura la garnison de Lebanon. Il prit au piège du 20th Kentucky, enfermés dans le dépôt de chemin de fer, mais le bâtiment leur offrait une solide protection. Après un combat acharné de plus de six heures, au cours duquel Thomas, le frère cadet de Morgan, avait été tué, les Fédéraux furent finalement capturés, pour être ensuite libérés sur parole.

Endeuillé par la mort de son jeune frère, Morgan poursuivit vers le nord en direction de Louisville, traversant Springfield, Bardstown, et Garnettsville. Sur leur route, les Confédérés furent accrochés à plusieurs reprises par les Fédéraux et par des unités de la milice d'État du Kentucky. Arrivé au sud de Louisville, il fit obliquer son effectif vers le nord-ouest et se dirigea vers les rives de l'Ohio. Arrivé à Springfield, Morgan envoya un détachement vers Louisville, afin de tromper les Nordistes quant à sa destination réelle. Le détachement franchit l'Ohio à la hauteur de Twelve Mile Island, mais fut fait prisonnier à New Pekin (Indiana), avant d'avoir pu rejoindre Morgan. Toujours dans le but de semer le trouble, Morgan demanda à George « Lightning » Ellsworth (l'Éclair), son télégraphiste, de se brancher sur les lignes et, se faisant passer pour un opérateur nordiste, d'envoyer des messages donnant des directions différentes et des rapports erronés concernant la taille du contingent de Morgan (faisant état de forces allant jusqu'à ). Ellsworth s'y employa tout au long de l'expédition, particulièrement pendant son passage dans l'IndianaRécit de Mosgrove dans Southern Historical Society Papers..

Indiana Au mois de juin, Morgan avait envoyé Thomas Hines, un de ses espions, ainsi qu'un groupe de vingt-cinq Confédérés se faisant passer pour une patrouille nordiste, en mission secrète sur le territoire de l'Indiana, afin de sonder les Copperheads sur leurs intentions en cas d'invasion sudiste. Après avoir pris attache avec le leader local des Copperhead, Hines comprit qu'aucun soutien n'était à attendre. Ses éclaireurs et lui-même furent d'ailleurs rapidement démasqués et, à l'occasion d'une escarmouche du côté de Leavenworth (Indiana), il dût abandonner ses compagnons pour se mettre en sûreté en retraversant l'Ohio à la nage sous le feu de ses ennemis. Il erra ensuite pendant une semaine au Kentucky pour retrouver la trace de Morgan.

Le , suivi par un effectif désormais réduit à , Morgan arriva Brandenburg (Kentucky), une petite cité bâtie sur le cours de l'Ohio, où Hines les rejoignit. Les rebelles décidèrent de s'emparer de deux bateaux à vapeur, le John B. McCombs et la Alice Dean. Morgan, en dépit des ordres formels de Bragg, fit transporter ses hommes sur l'autre rive, sur le territoire de l'Indiana, et toucha terre à l'est de Mauckport. Un petit détachement de la milice locale s'opposa à la traversée en utilisant une pièce d'artillerie, ainsi qu'un bateau muni d'un canon de six livres qui croisait sur la rivière. Morgan dispersa ses agresseurs et en captura un bon nombre, avec leur unique canon. Il incendia la Alice Dean et coupa les amarres du John B. McCombs, puis s'éloigna de la rivière.

Le gouverneur de l'Indiana, Oliver P. Morton tentait frénétiquement d'organiser la défense de son État, appelant tous les hommes valides en âge de prendre les armes à se mobiliser et à former des milices. Des milliers d'habitants répondirent à son appel et se formèrent en compagnies et en régiments. Le colonel Lewis Jordan prit le commandement des de la Home Guard de Harrison County ( Regiment, Indiana Legion), composée de civils mal entraînés et équipés d'armes disparates. Son objectif était de retarder Morgan suffisamment longtemps pour permettre aux renforts de l'Union d'arriver sur place.

Le major-général Ambrose Burnside, qui commandait le Département militaire de l'Ohio basé à Cincinnati, organisa rapidement les troupes fédérales présentes sur place, ainsi que la milice locale pour couper une éventuelle retraite de Morgan vers le Sud. Morgan se dirigea vers le nord en empruntant la route de Mauckport, en compagnie d'un autre de ses frères, le colonel Richard Morgan, qui conduisait l'avant-garde. Le , à un kilomètre et demi au sud de Corydon, siège du comté de Harrison, son avant-garde vint buter sur les miliciens de Jordan, rangés en ligne derrière une barricade improvisée avec des troncs d'arbres. Le colonel et ses Confédérés attaquèrent et, en moins d'une heure, ils prirent en tenaille leurs adversaires et les mirent en déroute. Le nombre de victimes de la bataille de Corydon varie selon les sources, mais il semble que quatre miliciens furent tués, dix à douze blessés et . Les Confédérés déploraient onze morts et quarante blessés. Parmi les victimes nordistes figurait un civil, le gardien de barrière de péage contrôlant la route, tué à son poste de travail. Les rebelles tuèrent également le révérend Peter Glenn, un pasteur luthérien, sur ses terres situées à six kilomètres environ du champ de bataille, et volèrent des chevaux à plusieurs autres fermiers.

Le général Morgan fit entrer sa division dans Corydon, où il libéra sur parole ses prisonniers et rançonna la ville pour en obtenir des espèces et du ravitaillement. Ses soldats incendièrent alors le pont et le dépôt de chemin de fer, puis se branchèrent sur les fils télégraphiques. Après avoir passé la nuit à Lexington, ils se dirigèrent vers le nord-est, terrorisant les localités qui se trouvaient sur leur route : Vernon, Dupont, New Pekin, Salem, et Versailles.

À Versailles, les soldats transformés en pillards envahirent la loge maçonnique locale et y dérobèrent des bijoux d'argent. Morgan, qui appartenait lui-même à la maçonnerie, ordonna à ses hommes de restituer leur butin et les sanctionna.

Le , alors qu'il traversait la Blue River à proximité de New Pekin, le capitaine confédéré William J. Davis et ses hommes furent capturés par 73rd Regiment Indiana Infantry et un détachement du U.S. Regulars. Ils furent conduits à New Albany et emprisonnés.

Le , Morgan arriva à Dupont (Indiana), où ses hommes incendièrent l'entrepôt de la ville et s'emparèrent de fumés. Quittant la ville le jour suivant, ils s'aperçurent vite que leur butin attirait une quantité de mouches et ils s'en délestèrent en laissant derrière eux un sillage de jambons que les Fédéraux lancés à leur poursuite pouvaient suivre à la trace.

Morgan se dirigea alors vers Salem, dont il s'empara, plaçant ses hommes sur les toits et dans les rues. Ses cavaliers incendièrent un grand dépôt ferroviaire, les locomotives et les wagons ainsi que les deux ponts de chemin de fer à chaque extrémité de la ville. Ils exigèrent de percevoir des taxes sur le blé et la farine des environs. Après avoir pillé les boutiques et dérobé quelque , ils partirent dans l'après-midi. Morgan passa finalement la frontière à Harrison, et quitta l'Indiana, talonné par la cavalerie fédérale.

Ohio et Virginie-Occidentale

Le , les Confédérés pénétrèrent sur le territoire de l'Ohio. Ils y détruisirent des ponts, des lignes de chemin de fer et les dépôts du gouvernement. Leur raid sema la terreur dans le sud et le centre de l'Ohio, où les rumeurs les plus folles circulaient quant à sa destination. Harper's Weekly, un journal nordiste influent, écrivait :

Le raid du rebelle Morgan en Indiana, qu'il semble accomplir avec une grande audace, a fait brutalement sentir aux habitants de cet État et à ceux de l'Ohio le sentiment du danger. Le 13, le général Burnside a instauré la loi martiale à Cincinnati, ainsi qu'à Covington et à Newport du côté du Kentucky. Toutes les affaires sont suspendues jusqu'à nouvel ordre, et tous les citoyens doivent s'organiser en fonction des directives de l'État et de leurs autorités municipales. On ne sait rien des mouvements de Morgan, mais on suppose qu'il va tenter de contourner la ville de Cincinnati pour franchir la rivière entre Cincinnati et Maryville. La milice se rassemble, comme le lui a ordonné le gouverneur Tod.

— Harper's Weekly, .