Constantin Rossi, dit Tino Rossi, est un chanteur et acteur français, né le à Ajaccio (Corse) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Sa chanson Petit Papa Noël, sortie en 1946, demeure la chanson la plus vendue de l'histoire en France.

Biographie Premières années - Premiers succès Constantin Rossi naît à Ajaccio, au 43, rue FeschDevenu le comme en témoigne la plaque apposée sur la façade depuis le .. Son père, Laurent, est artisan tailleur. Sa mère, Eugénie, se consacre, en plus de l'atelier familial, à ses huit enfants. Constantin porte le prénom de l'un de ses frères, décédé en bas âge à la fin de l'année 1906. Dès son enfance, il passe son temps à chanter et préfère l'école buissonnière aux études.

À moins de vingt ans, il rencontre à Ajaccio Annie Marlan (1907-1981), l'une des violonistes venues donner un concert à la terrasse du Café Napoléon, en tombe amoureux, part avec elle pour la Côte d'Azur, l'épouse à Toulon et devient vite le jeune père de Pierrette (1927-2011)Le , elle fut inhumée au cimetière marin d'Ajaccio, dans la chapelle funéraire de son père, sur la route des Sanguinaires.. Tino ayant du mal à trouver un travail stable à Toulon, Annie demande rapidement le divorce.

De retour à Ajaccio, il devient (grâce aux relations de son père) changeur au casino, où il rencontre la secrétaire du directeur, Faustine Fratani (1912-1985), qui deviendra sa deuxième épouse en . À la suite de l'incendie du casino en 1929, ils retournent sur le continent dans l'espoir d'une embauche au casino d'Aix-en-Provence, sans succès. Le couple s'installe alors à Marseille dans une chambre miteuse du quartier des Réformés, en haut de la Canebière. De repas trop légers en boulots trop temporaires (voiturier, plongeur, portier de boîte de nuit…), Tino Rossi traverse les mois les plus pénibles de sa vie. Sa seule consolation : retrouver au bar « Le Terminus » les étudiants corses de la faculté de droit d'Aix-en-Provence (Raymond Filippi, Dominique Stefanaggi, Alfred Albertini, Jean Orsoni...) et chanter pour ces futurs ténors du barreau ou magistrats de renomTino Rossi, Tino, éd. Stock, 1974, ps 26-33.Tino Rossi aimait également retrouver chaque mois, devant un repas corse, Vincent de Moro-Giafferi (1878-1956), célèbre avocat (notamment de Landru) et homme politique..

« Chanteur de charme » thumb|left|alt=alternative à l'image|Une carrière ensoleillée commencée en Provence.

Le baryton-basse provençal Adrien Legros (1903-1993) le remarque alors, lui donne des conseils pour mieux respirer et poser sa voix, et le met en relation avec le producteur de tournées Louis Allione, dit « Petit Louis », qui le produit sur de petites scènes provençales (la toute première fois en 1930, dans le village vauclusien de LaurisL'établissement, avenue Joseph-Garnier - un hautboïste et compositeur natif de la commune (1755-1825) -, est devenu un fleuriste.) en le présentant comme « Le Roi des chanteurs de charme », une expression qui le suivra tout au long de sa carrière. Constantin choisit alors de devenir Tino en se rappelant la façon, qui lui avait été rapportée, avec laquelle l'évêque d'Ajaccio avait détaché les syllabes de son prénom en le chrismant lors de sa confirmation : « Constant-tino »..

En 1932, à Marseille, alors qu'il arpente avec son père la rue Saint-Ferréol, son attention est attirée par une pancarte sur la devanture d'un magasin : C'est-à-dire cinq francs de l'époque.. Tino enregistre ainsi un disque en fer blanc qu'il destine à sa mère. Un représentant de la maison de disques Parlophone, présent dans la boutique, l'entend et l'invite à Paris pour enregistrer, moyennant , son premier vrai disque (qui sera aussi le premier disque de chansons corses jamais gravé puisqu'il comprend O Ciuciarella et la berceuse Nini-Nanna).Second titre orthographié parfois Ninni-Nanna..

Toujours à Marseille, le , Tino est engagé « en qualité de ténorino » par Justin Milliard à l'Alcazar pour sept jours et quatorze représentations, avant de passer sur une autre scène mythique de la ville, le Théâtre des Variétés..

Son contrat avec Columbia La maison de disques Columbia EMI s'intéresse alors rapidement à lui. En 1933, séduit par le dynamisme de son directeur Jean Bérard dans le domaine novateur de la publicité, il s'engage à ses côtés et enregistre notamment La Sérénade de ToselliVersion inédite ; celle éditée est de 1938., J’ai rêvé d'une fleur, L'Aubade du roi d’Ys, Le Tango de Marilou (son premier tube) et Venise et Bretagne, qui berça l'enfance très francophile de la reine d'Angleterre Élisabeth IITémoignage de Mrs Margaret Rhodes, cousine germaine de la souveraine britannique, cité dans l’ouvrage d’Isabelle Rivère Elizabeth II – Dans l’intimité du règne, éd. Fayard, 2012, ..

Le succès de ces premiers enregistrements est prometteur. Un courrier abondant commence à arriver chez Columbia. La firme comprend qu'elle tient un « oiseau rare » et l'intègre dans ses tournées par le biais d'Émile Audiffred, où il côtoie les grands artistes Lucienne Boyer, Damia, Pills et Tabet, Mireille, Jean Sablon…

Encouragé par ses premiers succès, Tino Rossi, classé « Chanteur » et également inscrit à la rubrique « Ténor » des catalogues des disques Columbia des années 1930 répertoriant les interprétations classiques, souhaite l’accord de Reynaldo Hahn avant d’enregistrer ses mélodies D’une prison et Paysage. Confiant en son « poulain », Jean Richard, le directeur des studios Columbia à Paris61, rue Albert ()., décide d’organiser l’enregistrement à son insu, le . Tino Rossi ne connut jamais la réponse à sa requête, néanmoins la qualité de ses gravures fit dire à Reynaldo Hahn : Gisèle Parry, article du magazine Le Monde et la Vie, , .

De la scène à la radio Sa carrière prend une dimension essentielle au music-hall avec l’imprésario Émile Audiffred. Après l’ABC, où le public lui a réservé un honnête succès, il est engagé par Henri Varna et Audiffred au Casino de Paris pour la revue Parade de France, consacrée au folklore des provinces. En bottes, chemise et pantalon bouffants, guitare à la main et veste sur l'épaule, il campe un chanteur corse de carte postaleIl a lui-même dessiné son costume : . et obtient dès le premier soir de son engagement (le ) un triomphe inédit grâce à deux chansons que Vincent Scotto vient de composer pour lui, Ô Corse, île d'amour et Vieni… Vieni….

À partir du , il remonte sur la scène du Casino de Paris pour la revue Tout Paris chante, mais cette fois en tête d'affiche.

Parallèlement, il vend de plus en plus de disques, à savoir par mois quand la deuxième vente culmine à Gérard Trimbach, Tino Rossi, éd. Delville, 1978, .. Dans ces années 1930, l'industrie du disque balbutie et la radio n'est pas encore un objet familier. Elle va bientôt donner aux artistes une audience nouvelle, avec ce que cela représente sur les ventes de disques. Dans le cas de Tino Rossi, sa voix est tellement présente sur les ondes qu'en 1939, il demande lui-même, par écrit, aux stations de moins le programmer car il craint de lasser les auditeurs..

Sa fulgurante percée tient aussi à son physique à la Rudolph Valentino. Vincent Scotto rappelleSouvenirs de Paris, Éd. S.T.A.E.L., 1947. l'attraction qu'exerce son ami Tino sur la gent féminine : Et d'ajouter : Cette dernière phrase est gravée à l'avers de la médaille à l'effigie de Tino Rossi, signée Courbier et frappée par la Monnaie de Paris en 1970. Car Tino Rossi est devenu une idole, la première dans l'histoire de la chanson française. Familièrement désigné par son prénom d'artiste, il se trouve confronté à d'inimaginables manifestations d'affection amoureuse., dont il n'aimait guère parlerInterview à la Télévision suisse romande (TSR), ..

En toute logique, cette voix, que d'aucuns comparent à une chasse d'eau ou un robinet, d'autres à de l'or, du velours ou du miel, est promptement sollicitée par le cinéma car il n'existe alors que les films chantants pour donner au public l'occasion de découvrir le visage des vedettes.

Une voix plein écran Après quelques « apparitions » vocales et silhouettes, en , sort Marinella, un film écrit exprès pour « Tino », la nouvelle coqueluche du disque et de la TSF. C'est un triomphe. Les mélodies de Vincent Scotto qu'il interprète (Marinella, Tchi tchi, J'aime les femmes c'est ma folie, Laissez-moi vous aimer) sur des paroles signées Émile Audiffred, René Pujol et Géo Koger, accompagnent le Front populaire. Tino Rossi va d'ailleurs chanter pour les grévistes, notamment dans le hall des Galeries LafayetteChristian Plume et Xavier Pasquini, Tino Rossi, éd. Bréa, 1983, ..

Dans la foulée, il enchaîne avec les péripéties à l'accent corse de Au son des guitares (où il lance Tant qu'il y aura des étoiles), puis tourne dans Naples au baiser de feu (1937) d'Augusto Genina, avec Mireille Balin (1909-1968), actrice à la destinée tragiqueDaniel Arsand, Mireille Balin ou la beauté foudroyée, éd. de la Manufacture, 1989. qui, écrira-t-il, .Journal Paris Soir, article d'Antoine Moulinier, 11 octobre 1968..

Tino Rossi, qui ne divorcera de Faustine Fratani qu'en , vit alors un amour passionné avec l'actrice. La presse ne perd pas une occasion de narrer le quotidien du couplePar exemple Match du 17 novembre 1938 ou Vedettes du 19 avril 1941....

Il donne quelques récitals aux États-Unis, où sa chanson Vieni… Vieni… est reprise par Rudy Vallée (reprise qui se classe une semaine en 1937.On peut aussi entendre ce tube dans le film de Frank Capra La vie est belle, de 1946, avec James Stewart et Donna Reed.). Mais le chanteur ne se plaît pas en Amérique et refuse les offres financièrement alléchantes d'Hollywood, qui le verrait bien en prince russe reconverti en danseur mondain dans une superproduction de la 20th Century Fox baptisée Balalaïka. Mireille Balin, en contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer, fait de même, pour les mêmes raisons. Il poursuit alors sa tournée au Canada où, dans les gares, la foule se masse pour essayer de l’apercevoir à une fenêtre de son train.

De retour en France, il continue de chanter au cinéma ses plus grands succès, tant dans le domaine de la variété que des airs classiques. Ainsi, pour les besoins de Lumières de Paris de Richard Pottier en 1938, il chante l'Ave Maria de Gounod, dont la Callas dira que personne ne l'a jamais chanté aussi bien.

En , il est acclamé un mois en Allemagne dans le plus célèbre cabaret de la capitale la Scala de Berlin, mais refuse de prolonger cette série de galas à Hambourg et VienneEntretien au magazine Pour vous, , 19 avril 1939, ps 2-3.. Quelques semaines plus tard, Tino Rossi retrouve Jean Renoir, à Rome où tous deux doivent tourner un film : La dernière corrida pour l’un (qui ne verra jamais le jour), La Tosca pour l’autre. Pendant son séjour en Italie, Tino enregistre en napolitain, dans les studios Columbia de Milan, quatre titres inédits en FranceSerenatella, Gelusia, Perche non mami piu et Canta ancora nella notte, 78 tours DQ3207 et DQ3208..

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, ses enregistrements se font alors au ralenti (aucun en 1940 car l'artiste, qui a effectué 18 mois de service militaire au 22e bataillon de chasseurs alpins, est mobilisé) et sa carrière cinématographique se poursuit en zone libre, en particulier avec Le Soleil a toujours raison (tourné en 1941, sorti en 1943), de Pierre Billon, adapté d'une nouvelle de Pierre Galante, dialogué par l'auteur et Jacques Prévert. La distribution en est prestigieuse : Micheline Presle, Pierre Brasseur, Charles Vanel, Édouard Delmont, Charles Blavette et Germaine Montero. Dans ce film, mis en musique par Joseph Kosma, il interprète Le Chant du gardian de Louis Gasté et Jean Féline.