Gérard Manset, né le à Saint-CloudPhilippe Brochen, « Gérard Manset, voyageur solitaire » sur Libération, 28 janvier 2016, est un chanteur, auteur-compositeur-interprète. Il est par ailleurs peintre, photographe et écrivain.

Enfance, formation et vie privée Né d'un père ingénieur dans l'aviation et d'une mère violoniste, Gérard Manset passe son enfance dans la banlieue parisienne, à Saint-Cloud, puis dans le de Paris. Il échoue au baccalauréat à cause d'une mauvaise note en français.

En 1964, il est lauréat du concours général (en dessin) et entre à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Le Salon d'automne l'accueille dans sa section « gravure » en 1966, année pendant laquelle il expose également au Salon des artistes français. Parallèlement, il démarche des agences de publicité avec ses dessins - sans résultat.

Il commence à jouer de la guitare, s'intéresse aussi à la batterie. Puis il emprunte à sa sœur sa méthode de piano et commence seul l'apprentissage de cet instrument.

Il est père de deux filles.

Parcours artistique Les premiers disques À cette époque, il a déjà écrit quelques chansons pour d'autres artistes français et québécois mais, n'aimant pas sa voix, se pense plus auteur et compositeur qu'interprète. Éconduit par plusieurs maisons de disques, il décide en 1968 de produire lui-même son premier 45 tours, Animal on est mal :

Pathé Marconi sort le titre en mai 68, au moment du mouvement protestataire. Dans ces circonstances peu favorables, le nombre d'exemplaires vendus est minime. Pourtant, son passage en boucle à la radio, pour cause de grève radiophonique, permet de repérer ce nouveau talent.

Quelques mois plus tard, toujours en 1968, sort son premier album. Certains ont pu y déceler une sorte de recherche mystique (de Je suis Dieu à On ne tue pas son prochain). Le disque obtient un succès d'estime et il sera réédité en 1971.

L’année 1969 est marquée par plusieurs collaborations de Gérard Manset avec d’autres artistes : Il écrit l'intégralité des textes de l'album Chimène de René Joly (qui signe les musiques) et s'occupe aussi des arrangements de l'album. Le titre Chimène est un succès durant l'été. Il sera repris en 2003 par Jeanne Mas sur son album Les Amants de Castille. Dick Rivers décide de s'associer à lui pour L'Interrogation, un concept-album en forme de comédie musicale avec formant un orchestre symphonique, dirigé par Paul Piot. Dans cet album, devenu culte avec le temps, Gérard Manset écrit et déclame les textes, une partie des chansons est écrite par Bernard Ilous et Alain Le Govic. Cependant, ce disque désarçonne les fans de Dick Rivers par la variété des styles musicaux abordés : bossa nova et flamenco dans La Couleur de l’amour et La Ville nue ; blues dans Le Condamné (au matin) ; folk dans J’aime une fille. En 2016, lors de la réédition de l'album, Dick Rivers dit que c'est celui dont il est « le plus fier ».

L’année suivante, en 1970, La Mort d'Orion, un oratorio rock-symphonique aux arrangements élaborés, révèle l'originalité de Gérard Manset. Les parties de cordes très développées confèrent à l'enregistrement un certain lyrisme. Vendu (à l'époque) à , nombre remarquable pour un album de ce genre, c'est l'un des premiers concepts-albums français, à l'instar des Anglo-Saxons Pink Floyd ou Beatles.

Il compose la même année le générique de la série Rendez-vous à Badenberg pour l'ORTF..

En 1972, sa nouvelle production, qui porte le titre Manset (avec, au verso de la pochette, la mention « Gérard »), va être à l'origine du « mythe Manset ». Surnommé parfois Long long chemin ou l'album blanc (en référence aux Beatles), on y trouve de longues plages aériennes, toutes reliées entre elles : L'Oiseau de Paradis, Donne-moi et Jeanne, par exemple, qui forment la face 2 de ce 33 tours. Cet album ne sera réédité qu'en 2017.

La même année, il écrit et compose l'album d'Herbert Léonard Trois pas dans le silence qui passe inaperçu.

À cette époque, Manset est un des rares auteurs-compositeurs-producteurs à posséder son propre studio d'enregistrement. Il y produira de nombreux artistes, dont William Sheller (Couleurs) ou Ange (Tout feu, tout flamme).

Premier tournant Le titre Il voyage en solitaire, en 1975, marque un tournant dans cette œuvre naissante et pourtant déjà riche et variée. En effet, le 45 tours se vend à presque et figure en bonne place parmi les plus grands succès de l'époque. Ce succès dérange l'artiste, qui ne voit pas sa médiatisation d'un bon œil. En réaction, il enregistre en 1976 l'album Rien à raconter. Le titre Il voyage en solitaire, qui fut le seul à connaître un grand succès médiatique, a fait oublier de quoi était constitué l'album : des titres rock comme On sait que tu vas vite ou des titres émouvants comme Attends que le temps te vide qui, à lui seul, peut résumer l'esprit Manset.

Ce virage prend l'allure d'une rupture en 1978, avec l'album très électrique intitulé 2870. La pochette est réalisée par Hipgnosis, l'agence de design qui a signé de nombreuses pochettes, dont certaines des Pink Floyd ou de Alan Parsons Project. Il faut ouvrir un écrin de trois pochettes imbriquées pour découvrir le disque. Cet album occupe une place très à part dans l'univers de Manset. En effet, son titre éponyme 2870, de plus de 14 minutes, ne ressemble, dans la forme, à aucun autre morceau de sa carrière. Ce titre est incontestablement un des plus rock de sa discographie, à la fois par ses aspects rock progressif ou carrément avant-gardistes. Au-delà de ce titre emblématique, l'album révèle des morceaux d'anthologie comme Le Pont, Un homme une femme, Jésus, Amis....

L'aventure Dès lors, inspiré par ses voyages en Asie et en Amérique latine, l'artiste diversifie ses expressions artistiques : le dessin, la peinture, la photographie et la littérature sous forme de carnets de voyages et de romans.

Lors de ses escales à Paris, il enregistre ses albums : Royaume de Siam (considéré par beaucoup comme son meilleur album) sort en 1979 et qui contient le titre Seul et chauve, très représentatif de sa première période ; L'Atelier du crabe (1981), qui contient le mini-tube Marin'bar (titre que Manset considérera comme trop commercial par la suite et dont il ne permettra la réédition en CD qu'en 1999) ; Le Train du soir, en 1981 ; et Comme un guerrier, en 1982.

Cette même année, il expose de nouvelles toiles, pour la première fois depuis seize ans, à la Maison de la culture de Bourges, puis, trois ans plus tard, à la galerie Étienne de Causans, à Paris.

1984 marque une nouvelle évolution musicale, ayant décidé de se passer de violons dans les arrangements. La place du violon dans sa musique, plutôt rock, est pourtant comme sa marque de fabrique. Tantôt plaintifs et lancinants, tantôt nappes sonores planantes, les violons confèrent à ses titres une dimension caractéristique. Il en va de même pour sa voix, qu'il transforme avec des effets de réverbération, de re-recording et autres effets sonores.

Lumières (1984) et Prisonnier de l'inutile (1985) sont issus de ces séances d'enregistrement. À l'origine, les deux albums ne devaient en faire qu'un (double) et s'appeler Ténèbres et Lumières. La nostalgie de l'enfance, la solitude, la mélancolie constituent la trame de ces deux opus qui forment un moment charnière dans la carrière de Manset. Le titre Prisonnier de l'inutile, qui donne son nom à l'album, est presque à lui seul un concentré du style de Manset depuis le début des années 1980. L'album Lumières, qui le montre sur la pochette en enfant communiant, regorge quant à lui de morceaux devenus cultes pour nombre de ses fidèles, comme le titre éponyme Lumières, de 12 minutes, qui évoque la nostalgie d'une foi perdue, l'étoile de l'enfance. Un jour être pauvre, Finir pêcheur ou encore Que deviens-tu ?, au-delà de leurs évocations, sont de celles qui accompagnent et illustrent bien le personnage à cette époque.

Exposant ses peintures en 1985, puis ses photos au printemps 1986, il prend ses distances avec la production musicale, affirmant même vouloir « être classé au rang des cadavres ». Il publie en 1987 son premier roman, Royaume de Siam, puis, dans la foulée, un livre-carnet de voyages, Chambres d'Asie. Ces deux recueils révèlent une esthétique du voyage, un regard singulier – et parfois troublant dans Royaume de Siam – sur l'exotisme et l'enfance, qui évoquent Paul Gauguin.

En 1988, à l'occasion de l'arrivée du CD, il fait savoir que l'absence de réédition de certains de ses 33 tours relève d'une démarche personnelle et volontaire. C'est l'occasion, pour lui, de retourner en studio. Il se lance dans le remixage numérique de son œuvre, écarte plusieurs anciens titres, en particulier ses trois premiers albums dans leur intégralité. Il ne conserve que cinq CD compilations, qui reprennent plus ou moins fidèlement le contenu des sept albums parus entre 1975 et 1982. Parmi les albums sacrifiés se trouve La Mort d'Orion, qui ressortira cependant en 1996.

Gérard Manset sort en 1989 un nouvel album, Matrice, œuvre résolument rock, réaliste et plus noire que jamais : « D'une époque à vomir, l'histoire dira ce qu'il faut retenir… ». Les critiques sont élogieuses et le public suit. Matrice est ainsi considéré comme l'un des meilleurs albums français de la décennie. Plus de cent mille exemplaires sont vendus.

Dix-huit mois plus tard, Manset publie Revivre. La pochette, sobre, tranche avec les thèmes abordés : les tropiques, les Indiens, l'Amazonie, etc. Le titre d'ouverture Tristes Tropiques, en est un des titres remarquables, avec notamment la chanson éponyme Revivre.

En 1994, il publie un nouveau récit, intitulé Wisut Kasat, puis La Vallée de la Paix, son quinzième album. La pochette, quasi psychédélique, est très colorée. Manset développe ses thèmes favoris et continue à ciseler des textes comme Paradis, le single extrait de l'album. Manset décrit son album comme positif, cherchant à se défaire de l'image triste qui lui colle à la peau.

Reconnaissance En 1983, Danielle Messia enregistre Il voyage en solitaire.. À partir de 1992, Catherine Ribeiro intègre la chanson Vies monotones à la plupart de ses récitals et l’enregistre en public à trois reprises....

En 1996 sort l'hommage de ses pairs, Route Manset. Le projet, mené à terme grâce à l'acharnement de Bayon et d'Yves Bigot, est illustré par un dessin d'Enki Bilal et comprend les interprétations de Dick Annegarn, Salif Keita, Cheb Mami, Brigitte Fontaine, Alain Bashung, Pierre Schott, Jean-Louis Murat, Francis Cabrel, Françoise Hardy, Nilda Fernandez...

En 1998 paraît son nouvel album, Jadis et naguère. Comme le buvard boit l'encre est le single extrait de l'album. Pour la promotion, Manset se contente d'accorder des entretiens à la presse écrite. Il ne fait plus de télé depuis longtemps, et encore moins de scène. Il déclare à ce sujet : ..

L'année suivante, il supervise la sortie de quatre doubles CD de rééditions. L'un contient Bergère, qui devait initialement figurer sur l'album Matrice, Pavillon sous la neige, sur Comme un guerrier, et Artificiers du décadent, sur Jadis et naguère. Il sort aussi un Best of qui permet notamment de retrouver le rare titre Marin'bar.

Du au , la galerie >Auteurs a accueilli l'exposition photo La vallée de la paix. Le livre 72 heures à Angkor paraît en aux Éditions Les Belles Lettres, suivi d'une nouvelle exposition de photographies : Gérard Manset, De Siem Reap à Khajuraho.