Le château de Mortefontaine est un château français du situé à Mortefontaine, dans le département de l'Oise et la région Hauts-de-France. Construit pendant la période entre 1600 et 1630 pour le seigneur de Plailly-Montmélian, Philippe Hotman, il devient le centre de pouvoir du marquisat de Plailly-Montmélian, érigé en 1654, dont le siège administratif reste toutefois à Plailly. Le château est surtout connu pour avoir été la résidence de campagne de Joseph Bonaparte de 1798 à 1814, ce qui en fit, à l'époque, un haut lieu de la vie de société. C'est aujourd'hui une résidence privée, qui a perdu sa splendeur après avoir servi d'école entre 1949 et 1958, puis d'hôtel de luxe à partir de 1987. Du parc à l'anglaise dessiné en 1770, ne reste rien de significatif sur cette partie du domaine.
Histoire Les origines
Au Moyen Âge central, la châtellenie de Montmélian, dont dépend Mortefontaine, appartient à la couronne, jusqu'à ce que le roi Philippe-Auguste la donne en échange contre la seigneurie de Vernon à Richard de Vernon et son fils Richard. Une partie importante des terres appartiennent à la famille des Bouteiller de Senlis. Richard II de Vernon n'a pas de descendance mâle. Sa fille Marie épouse le chevalier Guillaume Calletot, qui décide de donner toutes ses possessions en pays de France à l'abbaye de Saint-Denis en 1283. Mortefontaine a donc deux seigneurs, l'abbaye de Saint-Denis représentée par un prévôt appelé procureur et châtelain, et Jean le Bouteiller, seigneur de Chantilly. En 1345, Guillaume IV le Bouteiller, fortement endetté, abandonna tout le domaine de Montmélian à son beau-frère Robert de Clermont, et ne garda que la « tour carrée » comme résidence.
Cependant, les deux seigneurs mentionnés ne possèdent pas toutes les terres de Mortefontaine, où les fiefs sont nombreux. La famille de Laillier, alliée à celle de Plailly, parvient à en réunir un certain nombre, peut-être également des terres ayant appartenu aux de Clermont. Autant est-il que Jean de Lallier, qui se fait appeler Christophe de Plailly, seigneur de Bertrandfosse, se fait aussi appeler seigneur de Mortefontaine dans un acte de 1500. Fort âge, il meurt en 1518 et laisse ses biens à Jean de Lallier (qui n'est pas son fils). Ce dernier désigne comme héritiers quatre de ses écuyers, les trois frères Parent et Adrien Le Fèvre, dit du Fay. Ils ne tardent pas à tout revendre à Germain II Le Rebours, conseiller au Parlement de Paris. À sa mort avant 1547, ses fils Guillaume et Germain III se partagent la seigneurie, qui est donc divisée entre Bertrandfosse et Mortefontaine. C'est Germain III Le Rebours qui récupère la seigneurie de Mortefontaine, mais il disparaît jeune, et sa veuve et cousine Madeleine Brachet la laisse à son parent Jerôme Brachet. Il n'y a, à cette époque, pas encore question d'un château à MortefontaineCf. ; p. 115-133..
La seigneurie de Mortefontaine est vendue à François Hotman en 1570, alors que celle de Bertrandfosse demeure dans la famille Le Rebours jusqu'en 1737. L'abbaye de Saint-Denis ayant subi de lourdes pertes lors des guerres de religion et des troubles de la Ligue, elle décide de vendre sa seigneurie de Montmélian-Plailly à François Hotman également, en 1599. Désormais, la plupart des terres de Mortefontaine sont à un seul homme, à l'exception notamment du fief de Vallière. Cependant, l'abbaye reste suzeraine. L'administration se fait toujours depuis l'hôtel du Four à Plailly, où se rend également la justice seigneuriale. Hotman, ambassadeur en Suisse, meurt dès 1600 et lègue la seigneurie à son troisième fils PhilippeCf. Gustave Macon et Edmond Paulmier, Montmélian, Plailly, Bertrandfosse et Mortefontaine, , p. 133-138..
Étant donné que le château a été bâti entre 1600 et 1630, le commanditaire doit être Philippe Hotman, qui ne possède pas d'autres seigneuries, ni d'un manoir ou château sur place. La tour carré de Montmélian appartient au duc de Montmorency et est déjà complètement ruinée en 1621. - Le château de Mortefontaine et la seigneurie ainsi que le fief de Vallière sont acquis par le président du Parlement Jacques le Coigneux en 1652, qui obtient l'érection de la seigneurie et châtellenie en marquisat en 1654. Ce marquisat est vendu à Louis II le Peletier (fils de Claude Le Peletier) en 1680. À l'instar de son père, Louis le Peletier fait une belle carrière au Parlement dont il devient le premier président en 1707. Le troisième fils issu de son second mariage, Jacques-Louis, hérite du marquisat à la mort de son père en 1736. Il parvient encore à l'agrandir par le rachat de BertrandfosseCf. Gustave Macon et Edmond Paulmier, Montmélian, Plailly, Bertrandfosse et Mortefontaine, , p. 138-143..
Les années de gloire de Mortefontaine
Louis III Le Peletier est né le et devient conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant de La Rochelle et Soissons, prévôt des marchands de Paris, conseiller d'État, Grand trésorier et commandeur des ordres du Roi. Il épousa en premières noces Catherin-Charlotte du Cluzel de la Chabrerie, en 1754, et en secondes noces Françoise-Élisabeth-Suzanne de la Cropte de Bourzac, en 1768. Une cloche en l'église de Mortefontaine est baptisée de son nom en 1773. Après la disparition de son père Jacques-Louis en 1770, Louis prend la gestion du domaine en main. Ami de René-Louis de Girardin, il décide d'aménager le parc de Mortefontaine en jardin anglo-chinois suivant l'exemple d'Ermenonville. « Monsieur de Morfontaine » commence par le Petit parc près du château, où un ruisseau artificiel est créé, s'élargissant en un chapelet d'étangs minuscules. Un pavillon chinois, un obélisque, une colonne et une « vallée des tombeaux », une glacière surmontée d'un pavillon et une prairie tiennent lieu de fabriques. Le parc est encore orné d'un grand nombre de statues d'animaux, d'un théâtre, une orangerie, une volière. Le Peletier fait également aménager plus sommairement le Grand parc. C'est apparemment lui qui fait graver le rocher Delille, en hommage à l'abbé Delille, auteur d'un célèbre poème descriptif intitulé Les Jardins (1782). Parmi les autres amis de Monsieur de Morfontaine, on compte les artistes Élisabeth Vigée Le Brun et Hubert Robert. Pour faciliter l'accès des habitants de Mortefontaine à l'eau potable, le seigneur fait construire la fontaine monumentaleCf. Repères dans l’Histoire du domaine de Mortefontaine, dans : ; p. 53-54..
thumb|Signature du traité d'amitié entre la France et les États-Unis, le 30 novembre 1800 au château de Mortefontaine. À la Révolution, Louis le Peletier prend le chemin de l'exil. En décembre 1790, il vend ses biens avant qu'ils ne soient saisis. L'ensemble de l'ancien marquisat de Montmélian est acquis par Joseph Duruey, conseiller d'État et seigneur de Sannois, et sa femme, Jeanne Morin. L'acte de vente donne une description assez détaillée du château de Mortefontaine, du parc et des multiples dépendances, dont le moulin de Vallière, la ferme à côté de l'église Saint-Barthélémy et l'hôtel du Four à Plailly. Mais dès le , Duruey est condamné à mort et guillotiné le jour même. Le domaine est confisqué et enregistré comme bien national. Le frère de Napoléon Bonaparte, Joseph Bonaparte, rachète Mortefontaine par acte du . Les autres parties de l'ancien marquisat avaient cependant été vendues séparémentCf. Gustave Macon et Edmond Paulmier, Montmélian, Plailly, Bertrandfosse et Mortefontaine, , p. 145-146.Cf. Repères dans l’Histoire du domaine de Mortefontaine, , p. 55.. vignette|Vue du château de Mortefontaine, du côté du jardin, 1805 Le , le château est le théâtre de la signature du traité d'amitié entre la France et les États-Unis, dit traité de Mortefontaine, qui met fin à la quasi-guerre. C'est l'occasion de célébrer une grande fête avec convives, immortalisée par une gravure de Francesco Piranesi. Puis, l'on négocie les préliminaires de la paix d'Amiens au château de Mortefontaine, le . Deux mariages y sont célébrés : celui de Joachim Murat et Caroline Bonaparte le , et celui du prince Camille Borghèse et de Pauline Bonaparte le . Lucien Bonaparte, propriétaire du château du Plessis-Chamant relativement proche, et Napoléon Bonaparte avec son épouse Joséphine de Beauharnais viennent souvent en visite. Joseph Bonaparte aime beaucoup Mortefontaine et y séjourne fréquemment. Il se consacre à l'embellissement du grand parc où il fait construire une dizaine de fabriques (ponts, tours, ruines, souterrain entre les deux parties du domaine...). Sa femme Julie Clary réside presque en permanence au château de Mortefontaine, sa santé fragile la tenant le plus souvent à l'écart de la vie publique. Des grands travaux sont conduits au château à partir de 1808, sous la direction de l'architecte Jacques Cellerier.
Pour éviter la confiscation du domaine à la chute de l'Empire, il est mis sous le nom de de Villeneuve, parente de Julie Clary. Le château de Mortefontaine est loué au baron allemand von Schickler, passionné de chasse, qui y mène un grand train de vie. Mais finalement, Joseph Bonaparte décide de le vendre depuis son exil. C'est ainsi qu'en 1827, le dernier prince de Condé, père du duc d'Enghien, acquiert Mortefontaine, sans toutefois s'y installer. Après son décès mystérieux en 1830, sa maîtresse baronne de Feuchères en hérite, mais n'en obtient la jouissance qu'en 1832Cf. Gustave Macon et Edmond Paulmier, Montmélian, Plailly, Bertrandfosse et Mortefontaine, , p. 146-147.Cf. Repères dans l’Histoire du domaine de Mortefontaine, , p. 55-57.. La baronne de Feuchères meurt en 1840 sans postérité directe en léguant Mortefontaine à sa filleule, Sophie Thanaron (†1901), par son mariage Madame CorbinMarie Charlotte Sophie Thanaron, née à Londres vers 1829-1830, était la fille présumée d'une sœur cadette de la baronne de Feuchères, Charlotte Mary Dawes (1795-1841), et d'un capitaine d'infanterie français, Jean-Baptiste Paul Augustin dit Justin Thanaron, dit également Thaneron. Selon certaines sources, elle aurait été la fille naturelle d'un prince d'Orléans. Filleule de la baronne de Feuchères, elle eut pour tuteur l'ancien ministre Odilon Barrot. En 1849, ce dernier lui fit part de la demande en mariage faite auprès de lui par le prince Napoléon-Jérôme Bonaparte, mais le choix de Sophie Thanaron s'était déjà porté sur un haut fonctionnaire orléaniste, Henri René Corbin, préfet de l'Aisne de 1848 à 1851 et membre du Conseil d'État, qu'elle épousa à Mortefontaine le . Ils eurent deux filles : Marguerite Camille (née v. 1852), qui épousa en 1873 à Mortefontaine Philippe Auguste Boyer de Fonscolombe de Meyronnet-Saint-Marc (1849-1929) ; Alice Mathilde (1854-1937), qui épousa en 1874 à Mortefontaine le comte Jean Charles Amelot de La Roussille (1844-1921), diplomate..
La division du domaine de Mortefontaine
L'entretien du grand domaine était fort onéreux et c'est pour cette raison qu'en 1894, Sophie Corbin décida de vendre le « Grand parc » au nord à Agénor de Gramont (1851-1925), duc de Gramont et à la duchesse née Marguerite de Rothschild (1855-1905), qui y font construire le château de Vallière en style néogothique et néorenaissanceCf. ; p. 78-79.. Toutefois, les deux domaines seront de nouveau réunis, dans cette même famille de Gramont, entre 1928 et 1949.
Destin du château au thumb|Les deux pavillons de garde encadrant l'ancienne entrée du château sont inscrits Monuments historiques.