vignette|Jeanne de Naples (1326-1382), dite la reine Jeanne, reine de Naples et comtesse de Provence. Ses droits sur la Provence puis sa mort occasionnèrent une guerre de succession appelée guerre de l'union d'Aix. L’union d’Aix, créée en 1382, était une confédération de villes provençales. Elle soutint le parti de Charles de Duras contre celui du valois Louis d'Anjou lors des troubles qui suivirent la capture puis la mort de la reine Jeanne, comtesse de Provence. À la suite des choix ambigus de celle-ci, désignant comme successeur au comté Louis d'Anjou, une guerre civile s'installait en Provence jusqu’à la reconnaissance du nouveau comte, Louis II, le fils de Louis . La défaite de l'union d'Aix assit définitivement la seconde dynastie d'Anjou sur le comté de Provence (1387) et entraîna la dédition de Nice à la Savoie (1388).
Origines vignette|Charles III de Naples, dit Charles de Duras (Enluminure hongroise de 1488). Des héritiers successifs En 1373 à Naples, Jeanne sans enfants désigne Charles de Duras, son neveu par alliance, comme son héritier. Mais Jeanne va bientôt s'aliéner Charles.. En effet, avec l'accord du pape Grégoire XI, elle épouse le le capitaine Othon de Brunswick, ce qui, en dépit du rôle effacé (prince consort) de ce dernier, irrite Charles III qui se rapproche de Louis de Hongrie, ennemi de la reine Jeanne. Sur les conseils du pape d'Avignon Clément VII à qui elle fait appel, elle se tourne alors vers le valoisLouis, duc d'Anjou et deuxième fils de Jean II roi de France, qui déjà en 1367-1368 avait eu des visées sur la Provence.
En échange de l'aide qu'il doit lui apporter, elle l'adopte le , à la place de Charles de Duras. L'adoption est ratifiée par le pape les 22 et . Cependant, cette information qui devait rester secrète, au moins jusqu’au moment où le duc d’Anjou pourrait aider militairement Jeanne, sortit rapidement des cercles autorisés. Elle arrive ainsi à Tarascon le , ce qui compromet immédiatement la réussite de l’alliance..
La reine Jeanne prisonnière gauche|vignette|Château Neuf de Naples. vignette|Château de l'Œuf - Naples. Dans ces conditions, Charles III n'hésite plus et en novembre 1380 descend vers Naples à la tête d'une armée composée surtout de Hongrois. Il parvient à Rome le . Il semble que la reine Jeanne ait mal mesuré l’ampleur du danger, ou ses forces pour le combattre : elle ne recourt pas à l’aide que ses sujets provençaux auraient pu lui apporter, et se contente en d’appeler Louis d’Anjou à l’aide.. Othon de Brunswick ne peut arrêter les troupes de Charles qui franchissent les frontières du royaume de Naples le . Un mois plus tard, le , Charles pénètre dans Naples et assiège la reine retirée dans le Château-Neuf où, privée de secours, Jeanne doit capituler le . En effet, Othon de Brunswick a été vaincu dans Naples alors qu'il descend du Château de Saint Elme (Sant'Elmo) au secours de la reine Jeanne, le 24 ou le .E.G. Léonard, La captivite et la mort de Jeanne Ière de Naples in Mélanges de l'école française de Rome Année 1924 | page 49.
Elle est placée en détention au Château de l'Œuf le , puis à celui de Nocera. La flotte marseillaise arrive le .
Louis d'Anjou se décide enfin à agir et descend en Provence.
L’union d’Aix Naissance du mouvement
Dès le mois de , les communautés provençales réagissent à l’emprisonnement de la reine Jeanne : Marseille décide une expédition de secours le ; quelques jours plus tard, les États de Provence protestent également. Enfin, en février 1382, la communauté d’Aix accueille une réunion de représentants des communautés des villes et villages de Provence, qui créent l’union des villes contre les ennemis de la reine et de la patrie., . Dans la plus grande ignorance du sort réservé à la reine Jeanne, les États décident en mai d’envoyer une ambassade, qui revient bredouille. En juillet, réunis à Brignoles, ils en envoient une seconde, qui ne connait pas plus de succès. L’union d’Aix se déclare en faveur de Charles de Duras. .
Le , lorsque Louis d'Anjou se rend à Avignon pour recevoir le serment des seigneurs et des villes de Provence, la communauté d'Aix refuse de le reconnaitre Étienne Charles Rouchon-Guigues, Louis Saudbreuil - Résumé de l'histoire de l'état et comté souverain de Provence ici . Pendant ce temps, à la réunion des États de Provence d’avril, la noblesse et une partie du clergé lui accordent leur soutien, mais la communauté d’Aix refuse. De plus, ce soutien est conditionné à une expédition de soutien pour délivrer la reine Jeanne..
Face à Aix, Arles et surtout Marseille intéressée par la fourniture de bateaux et d’équipements destinés à l’expédition de Louis Édouard Baratier (sous la direction de), Histoire de la Provence, 194., seules villes importantes, rejoignent Louis , leur ennemi de la veille (Louis avait essayé en 1368-1370 de s'emparer de la Provence et à cette occasion les villes de Marseille et d'Arles s'y étaient farouchement opposées.). À ces conflits politiques s’ajoute un contexte religieux troublé : le Grand Schisme de l’Église catholique cristallise les oppositions en Provence, les Angevins choisissant le pape d'Avignon Clément VII et les Duras celui de Rome Urbain VI.
Assassinat de la reine Jeanne Louis part d'Avignon à la tête d'une puissante armée le pour secourir la reine prisonnière. Charles de Duras, , avait fait transférer la reine au château de Muro où il la fait assassiner, probablement par étouffement afin de faire croire à une mort naturelle, le . Le , sa dépouille arrive à Naples, où elle est exposée une semaine à l’église Santa Chiara, afin que chacun constate sa mort et puisse conclure à l’apparente mort naturelle.. L’ambassade des États, arrivée en septembre à Naples, rapporte la nouvelle aux États. L’union d’Aix reconnaît donc Charles de Duras comme l’héritier légitime de Jeanne pour le comté de Provence.
Cependant, cette nouvelle n’est pas admise sans réticences : le registre des délibérations du conseil de Draguignan note un doute, par exemple. Plus grave, à Grasse, on refuse l’annonce de la mort de Jeanne, et la ville sort de l’Union. Ce refus ou ces réticences sont assez largement répandues, à cause de la méfiance envers une nouvelle qui est propagée par l’Union. Au moins en 1383 et 1384, la plupart des communautés non-unionistes et de nombreux nobles n’y croient tout simplement pas. À Marseille, il fallut l’intervention du pape, le , pour qu’elle soit admise. Dans certaines communautés des Alpes, la croyance persista jusqu’en 1388..
Les opérations des partisans de Louis I
La guerre ne se déclenche qu’en , quelques mois après la mort de Jeanne I de Naples, plaçant les différents acteurs devant l’obligation de faire un choix : l’union d’Aix tout entière se rallie à Charles de Duras. Les villes et les chevaliers qui le suivent le font surtout parce qu’ils pensent Jeanne encore vivante, ayant de fortes réticences à son égard
Le , Foulques d’Agoult, donne ordre à son vice-sénéchal Louis de Trian, vicomte de Tallard d’attaquer son adversaire qui tient le parti d’Aix Journal de Jean le Fèvre, op. cité, en l'absence de précision de l'évêque de Chartres on peut penser qu'il s'agissait soit de Barral de Pontevès soit de Balthazar Spinola, sénéchal de Naples..
Le roi de France intervint le quand Aimery de Maignac, évêque de Paris et émissaire de Charles VI, annonce devant le conseil de ville de Marseille que pour faire face à la présence des troupes de Balthazar Spinola, le sénéchal carliste qui vient de débarquer en Provence, le roi soucieux de défendre les intérêts de sa parente la reine Jeanne a ordonné à Enguerrand d'Eudin, son sénéchal de Beaucaire, d’entrer dans le comté. Il assiège brièvement Aix., et demande aux Marseillais de l’aider à bouter les carlistes hors de Provence. Le , Marseille envoie 200 arbalétriers à Enguerrand d'Eudin au siège de Saint-Cannat, puis à celui d'Aix où le sénéchal de Provence décide de faire appel à la cavalcadeLe terme de cavalcade désignait l'armée d’ost. Mais dès les premières chaleurs de l’été une nouvelle épidémie de peste se déclenche en Provence et oblige à lever le siège en septembre 1383. Marseille organise alors le blocus du port de Bouc, son rival.
Le , Louis d’Anjou, par lettres patentes, fait transférer à Marseille le siège de la Cour royale à cause de l’infidélité d’Aix.
Les opérations des partisans de l'Union De son côté, après être intervenu en Provence orientale avec les troupes de Balthazar Spinola, Charles Duras s’allie avec les Tuschins pour dévaster la Provence arlésienne. Au printemps 1384, le chef tuschin, Étienne Augier plus connu sous le nom de Ferragut, s’installe dans les Alpilles et fait régner la terreur jusqu'au Rhône et Arles qu'il prend dans la nuit du Jean-Pierre Papon, Jules Frédéric Paul Fauris de Saint-Vincens - Histoire générale de Provence, page 255 ici avec des complicités internes. Le viguier de la ville est tué. Après quelques heures de troubles, les habitants se révoltent contre les Tuschins et les chassent de la cité. Le lendemain, une répression sévère est menée contre leurs partisans Louis Stouff, Arles au Moyen Age, page 101 : Cinq nobles sont décapités place du Setier (l'actuelle place du Forum), vingt et un individus sont pendus, trois sont noyés dans le Rhône, les biens d'un certain nombre de personnages sont confisqués..
La mort de Louis I vignette|Le jeune duc d'Anjou et sa mère Marie de Blois. Détail d'une miniature ornant les Chroniques de Jean Froissart, Bruges, vers 1475, Paris, BnF, ms. français 2645, . Louis d'Anjou meurt le sans avoir pu conquérir le royaume de Naples.. Sa mort dans le royaume de Naples alors qu’il combattait Charles de Duras renforce la position de l’Union qui persiste dans son opposition à Louis II d'Anjou, fils aîné et héritier de Louis , et à Marie de Blois mère et tutrice du jeune roi.
Cependant, cette mort facilite les choses pour le parti angevin : en effet, de nombreux Provençaux avaient gardé le souvenir de l’invasion de Louis I, en 1368, et refusaient de se soumettre à lui. Son fils, Louis II, n’avait pas ces antécédents..
Marie de Blois, accompagnée de son fils Louis II, vient s'établir à Avignon d'où elle continue la guerre et les transactions, sans parvenir encore à obtenir des ralliements. Elle reçoit l’hommage des seigneurs et des représentants de communautés qui la soutiennent les 7 et à Apt.. Elle missionne de nombreux représentants chargés de promettre des réductions de taxes et une plus grande autonomie : le mouvement de ralliement débute à la fin de l’été, et s’accélère pendant l’hiver 1385-1386.. Ainsi Arles, prudente, ne s’engage qu’après plusieurs mois d’atermoiements et ne se décide à accueillir dans ses murs Marie de Blois et Louis II son fils que le , lors d'une assemblée générale de 300 chefs de familles arlésiens devant le palais comtal. Après avoir négocié des contreparties et établi une nouvelle convention, Arles reconnaît alors ce dernier comme son nouveau seigneur.
La mort de Charles de Duras et la fin de l'union d'Aix Mais après le massacre de Charles de Duras en Hongrie, le , l'union d'Aix perd insensiblement la meilleure partie de ses forces. Aix elle-même commence les négociations dès le printemps 1386, mais fait traîner les négociations.. Tout comme la nouvelle de la mort de la reine Jeanne ne s’est pas répandue, celle de Charles de Duras met plus d’un an à atteindre toutes les communautés. On voit des actes du début de 1387 passés en son nom.