La question royale désigne, en Belgique, les événements politiques qui eurent lieu entre le et le à propos du retour au pays du roi après la Seconde Guerre mondiale. Cette question fut à l'origine d'un soulèvement insurrectionnel principalement dans le sillon Sambre-et-Meuse de la Wallonie, qui fut le théâtre d'événements sanglants, d'une campagne d'attentats entre le et le , puis d'une grève générale violente. La crise aboutit à l'abdication de au profit de son fils Baudouin, le .

Origines de la question royale La question royale trouve ses origines dans les divergences de vues entre le monarque et ses ministres, les incidents de la bataille de la Lys et la réaction du président du Conseil français, Paul Reynaud, qui, par un discours le , voulant ignorer l'effondrement français de la percée allemande de Sedan, condamne dans un discours radiophonique la reddition de l'armée belge et accuse le roi des Belges, Léopold III, de n'avoir pas prévenu les Alliés. Reynaud fait du roi le bouc émissaire de la défaite, créant ainsi, en France, une situation extrêmement hostile, voire dangereuse, pour les Belges et leurs représentants.

vignette|256x256px|Hubert Pierlot, Premier ministre de 1939 à 1945. Le même jour, le premier ministre belge, Hubert Pierlot, fustige également le comportement du roi et interpelle les Belges à la radio française :

La capitulation de mai 1940 Le , au château de Wynendaele a lieu l'entretien décisif entre le roi et ses principaux ministres, à l'issue duquel le roi refuse de suivre ceux-ci hors du territoire national. Celui-ci est parfois appelé drame de Wynendaele. En effet, persuadés de la victoire française à venir, les ministres ont insisté auprès du roi pour qu'il les accompagne en France. Ce dernier considérant par contre que l'armée française n'a plus aucune chance et qu'elle finira par capituler prochainement ne voit aucun avantage à les accompagner en France.

vignette|Léopold III, passant en revue une colonne de chars d'assaut, le ministre de la Guerre, le général Denis, à sa gauche. Le roi, comme le lui permet sa fonction de chef des armées, capitule le , après la bataille de la Lys. Il confie néanmoins des étendards de régiments belges à l'abbaye de Saint-André-lez-Bruges et à son père-abbé Dom Nève qui les y cache jusqu'à la fin de la guerre. Le roi se constitue prisonnier de guerre et se livre aux Allemands qui l'installent en résidence surveillée au château de Laeken. Le , avec l’accord du gouvernement réfugié à Poitiers mais toujours sous une pression française extrêmement hostile, les deux tiers des parlementaires provisoirement déménagés à Limoges votent une motion condamnant cette capitulation. Le contreseing ministériel n'avait pas été obtenu, ce qui engendra la contestation.

Peu après, la France dépose les armes et demande l'armistice du 22 juin. Dans le courant de l'été, les ministres belges réfugiés en France tentent de renouer le contact avec le roi pour envisager également un armistice, sans succès: le roi s'interdisant alors, comme prisonnier, le moindre contact politique notamment avec ses ministres.

Ce n'est qu'à l'automne 1940 que les principaux ministres (Pierlot, Spaak entre autres) quittent la France pour rejoindre Londres où les ont précédés leurs collègues Devleeschouwer (ministre des Colonies) et Gutt (ministre des Finances). C'est alors que le gouvernement belge de Londres indique officiellement poursuivre la guerre aux côtés des Britanniques.

Le mariage du roi Une fois la reddition signée, le roi fut placé en résidence surveillée au château de Laeken. C'est dans la chapelle de ce château qu'il épouse, le , la jeune Lilian Baels, à laquelle il avait avoué son amour au mois de juillet de la même année. L'union fut célébrée religieusement, et l'on décida que le mariage civil officiel n'aurait lieu qu'après la libération du pays, en raison de la situation délicate due à l'occupation.. Mais, lorsque peu de temps après Lilian Baels annonça attendre un enfant, son père insista vivement pour que le mariage civil soit célébré au plus vite afin de se conformer à la Constitution et que l'enfant soit reconnu comme légitime. La cérémonie eut lieu le de la même année et fut annoncée publiquement le jour suivant.. Cette décision personnelle du roi, incitée par son souhait de ne pas rester veuf et de garantir à ses enfants une présence féminine et maternelle provoque des réactions contrastées parmi la population.. vignette|Affiche de propagande belge contre le roi Léopold III avec l’inscription « Mon sort sera le vôtre » émise en 1950 dans le contexte de la Question Royale. Il est par la suite fait remarquer que le roi, en agissant de la sorte, enfreignait tout de même la Constitution belge, selon laquelle le mariage civil doit toujours précéder le mariage religieux, comme indiqué à l'article 16 de la Constitution en vigueur à l'époque. Cependant, l'article se termine par « sauf les exceptions à établir par la loi s'il le faut »Constitution belge du 7 février 1831 (page consultée le 14 août 2014).. Or, l'article 267 du Code pénal de l'époque prévoyait que « aucune peine ne peut intervenir lorsque la bénédiction nuptiale a été donnée à des conjoints dont l'un était en danger de mort » : étant prisonnier de guerre, il se peut que Léopold III se considérât en danger et n'y vît donc pas une infraction à la loi..

La deuxième remarque qui fut faite à l'égard de ce mariage fut la décision du roi que les enfants à naître de son union avec Lilian Baels n'auraient pas accès au trône. : cette décision fut prise, au dire des défenseurs du roi, afin de ne pas placer le pays devant le fait acquis, et de ne pas évincer de leurs droits les enfants de la reine Astrid, sa première femme décédée en 1935, à laquelle l'opinion publique restait très attachée.. Or les droits à la couronne sont réglés par la Constitution (article 85 ), et non par une décision du roi.

Enfin, un reproche récurrent adressé au roi fut celui de s'être marié pendant la guerre, alors que les soldats belges prisonniers, dont il avait juré de partager le sort, vivaient des privations sévères et étaient séparés de leur famille. Alors que les défenseurs du roi se demandent en quoi ce mariage aggrave leur situation, les anti-léopoldistes soulèvent, en réponse, le point de vue moral, et la frustration de savoir que le roi jouissait d'un plaisir qui leur était refusé..

Ces remarques faites à l'égard de ce mariage montrent que l'opinion publique fut particulièrement sensible à cet acte fort chargé symboliquement, même s'il n'avait pas de conséquence sur leur situation personnelle. Le fait de voir leur souverain jouir d'un droit qui était nié aux soldats prisonniers fut perçu comme une promesse non tenue, et eut donc des répercussions sur la popularité du souverain et sur la confiance que le peuple avait en luiL.-F. Cerra, Travail réalisé dans le cadre du cours d'initiation à la rédaction d'un travail scientifique. Controverses sur les actions politiques et privées de Léopold III lors de la Seconde Guerre mondiale, Université de Namur, 2014 [Travail de Fin d'Unité]..

La libération par les Américains de captif en Allemagne Le , le débarquement de Normandie venant d'avoir lieu, la famille royale est emmenée en captivité en Allemagne. L'armée américaine la libère le , soit un peu moins d'un an après son arrivée en Allemagne. Depuis la Libération, intervenue en , le Parlement avait décidé de confier au prince Charles la régence du royaume.

L’impossibilité du retour du roi en Belgique Le roi souhaite rentrer en Belgique. Les ministres catholiques y sont favorables, tandis que leurs collègues des partis non confessionnels y sont opposés. Cette situation provoque l'éclatement de la coalition du Gouvernement du premier ministre Achille van Acker. Cet événement suspend provisoirement la crise, le syndicat socialiste FGTB annonçant la grève générale.

La loi sur la fin de l'impossibilité de régner Le , le parlement adopte une loi n'autorisant pas le retour du roi sans que le Sénat et la Chambre se prononcent sur la fin de l'impossibilité de régner de , une impossibilité de régner déclarée en qui, en fait et en droit, n'avait pas pris fin.

Au vu de l'attitude neutraliste du roi durant l'occupation, différents points de vue s'opposent. Les sociaux-chrétiens sont favorables au retour du roi aux affaires, les libéraux souhaitent un effacement du roi, tandis que socialistes et communistes exigent son abdication.

En 1947, Hubert Pierlot expose son point de vue dans douze articles retentissants parus dans Le Soir de Bruxelles entre le 5 et le , intitulés Pages d’histoire. Ces articles sont mal acceptés par le Palais et l'opinion léopoldiste. En , le Service de droit public du professeur Christian Behrend de l'Université de Liège publie les Pages d'histoire, absentes de nombreuses bibliothèques universitaires, notamment du fait de "disparitions curieusement fortuites" des éditions du Soir de l'été 1947 .

L'organisation en 1950 d'une consultation populaire De 1947 à 1949, une coalition composée de socialistes et de chrétiens (PSB et PSC) dirigée par Paul-Henri Spaak dirige le pays. Elle n'a pas de position commune face à la question royale. Après les élections de 1949, auxquelles les femmes participent pour la première fois, une coalition entre sociaux-chrétiens (PSC) et libéraux se met en place. Ce gouvernement organise le une Consultation populaire, soit un référendum consultatif sur le retour du roi sur le trône (le référendum n'est pas permis par la Constitution belge).

Les résultats de la consultation divisent Wallons et Flamands Le résultat est que Belges (57,68 %) se déclarent pour le retour du roi contre (42,32 %) qui sont contre, mais une fracture apparaît : si 72,2 % des Flamands se montrent favorables au souverain, 58 % des Wallons y sont opposés, comme aussi une courte majorité des Bruxellois.

En Flandre Le Limbourg donne 83 % de oui, suivi de la Flandre-Occidentale avec 75 %, de la Flandre-Orientale avec 72 % et d'Anvers avec 68 % d'opinions favorables. Les 16 arrondissements flamands ont tous exprimé une majorité pour le « oui » .

À Bruxelles On enregistre une légère majorité favorable dans l'ancienne province de Brabant (50,15 %, mais à Bruxelles 48 % de « oui » contre 52 % de « non »).

En Wallonie thumb|Papillon que les opposants au retour du roi apposaient sur les affiches qui lui étaient favorables ».

En Wallonie, les provinces du Luxembourg et de Namur disent « oui » avec respectivement 65 % et 53 %.

Le Hainaut s'oppose au retour du roi avec 64 % de « non » et Liège avec 58 % d'opposants.

Mais au sens actuel, ce sont trois provinces wallonnes sur cinq qui se prononcèrent contre le roi, l'arrondissement de Nivelles, coïncidant avec l'actuelle Province du Brabant wallon, avec 62 % de « non ».

Cependant, dans la province de Liège, l'arrondissement de Verviers vota « oui » (60 % de « oui ») et dans la province de Namur, l'arrondissement de Namur vota « non » de justesse (51 % de « non »).

Au total 9 arrondissements wallons sur 13 se prononcèrent pour le « non ». Ou encore (au sens actuel), 10 arrondissements francophones (les 9 wallons et Bruxelles), ou à majorité francophone sur 14.

La victoire du PSC aux élections législatives nationales de juin 1950 Les élections de amènent les sociaux-chrétiens du PSC seuls au pouvoir ; ceux-ci mettent fin à l'impossibilité de régner du roi (grâce à leur majorité au Parlement).

Le retour de Léopold III et l'insurrection wallonne