vignette|Fonctionnement des temps à l'indicatif Le passé simple , ou passé défini, est un tiroir verbal de la conjugaison des verbes français. C'est un temps simple surtout utilisé comme temps de narration, c’est-à-dire celui dans lequel sont exprimés les événements achevés successivement et constituant la trame d'un récit.

Emploi Passé simple et imparfait

Les événements « non essentiels », de second plan, exprimés à l'imparfait, au plus-que-parfait et au conditionnel, ne sont pas mentionnés rigoureusement dans leur ordre réel de succession. Employer l'imparfait, c'est mettre en toile de fond ou à l'arrière plan ce dont on parle, tandis qu'en employant le passé simple on met au premier plan ce dont on parle.

La longueur de l'action ne permet pas de distinguer le passé simple et l'imparfait : on ne peut pas dire que l'imparfait désigne des événements longs et le passé simple des événements courts. : À cette époque, Pierre frappait du pied (action brève) tout ce qui se présentait devant lui et passait ses journées à se promener dans le parc de la ville. Las de cette monotonie, il entreprit d'occuper autrement ses vacances et construisit un bateau (construire prend du temps) l'été durant. On ne peut pas dire non plus que le passé simple concerne des événements ponctuels et l'imparfait des actions régulières. : Dehors la tempête faisait rage (ce n'est que ce jour-là que la tempête faisait rage, et non chaque jour à cette époque-ci) ; lui, traversa sans crainte la vallée. : Après l'échec du morceau qu'il avait présenté au concours de composition, Jean prit chaque jour pendant cinq ans des cours de composition au conservatoire. (L'apprentissage est ici suivi régulièrement sur une longue période.) C'est, dans ces exemples, à chaque fois la distinction entre ce qui est au premier plan et ce qui est à l'arrière-plan qui explique que l'on emploie ici l'imparfait et là le passé simple.

En d'autres termes, l'imparfait s'utilise pour décrire une action, considérée comme secondaire, tandis que le passé simple s'utilise pour l'action qui en coupe une autre, qui est digne d'intérêt et qui est le sujet central de la phrase.

Distanciation Selon Émile Benveniste, le passé simple est non déictique, tout comme le récit qui est son cadre d'emploi quasi exclusif, ce qui s'accompagne d'une impression de distanciation ou d'éloignement temporel avec l'événement mentionné. Au contraire, le discours et ses temps (passé composé, par exemple) sont déictiques, c'est-à-dire ancrés dans la situation d'énonciation. Ainsi, l'auxiliaire au présent du passé composé constitue l'ancre dans le présent des interlocuteurs.

Aspect Selon la théorie et la terminologie utilisées, l’aspect du passé simple peut être qualifié de global, révolu ou tensif (Gustave Guillaume)Études littéraires.com – passé simple..

Conjugaison du passé simple Le passé simple se forme principalement selon trois casYves Loiseau, Odile Rimbert, Isabelle Taillandier, Grammaire essentielle du français niv. B2, Didier, 16/08/2017 : +Cas principauxDans le même casForme induite au passé simpleparticipe passé en -é⇒ passé simple en -aparticipe passé en -iLes verbes ayant leur participe passé en -ertIl a offert, ouvert, souffert, couvert... Certains verbes ayant pourtant leur participe passé en -u : verbes en -dreLes verbes en -dre (-endre, -andre, -ondre, -erdre, -ordre, -ompre) ont un participe passé en -u, mais un passé simple (et un subjonctif imparfait) en -i : attendre, défendre, descendre, entendre, fendre, pendre, rendre, tendre, vendre ; répandre ; correspondre, fondre, pondre, répondre, tondre ; perdre ; mordre, tordre ; rompre (il a attendu, descendu, perdu ⇒ il attendit, descendit, perdit). (sauf -oudre)Les verbes en -oudre (résoudre, moudre), comme les verbes ayant leur passé composé en -u, ont leur passé simple en -u (il a résolu, moulu ⇒ il résolut, il moulut). Exception : le verbe coudre (il a cousu / il cousit). + voir + battre + vaincre + vêtir + coudre Le verbe faire⇒ passé simple en -iLes verbes en « -indre » changent le « n » du radical en « gn » devant une voyelle : - craindre (il a craint / il craignit) - éteindre (il a éteint / il éteignit) - atteindre (il a atteint / il atteignit) - enfreindre (il a enfreint / il enfreignit) - joindre (il a joint / il joignit) - peindre (il a peint / il peignit)Au passé simple, pour le verbe « écrire », la lettre « v » vient s'insérer en début de terminaison : j’écrivis, il écrivit.participe passé en -uLe verbe mourir⇒ passé simple en -u Cas particuliers : avoir, être, tenir/venir (et dérivés).

Participe passé en -é Ont leur passé simple en -a les verbes qui ont leur participe passé en -é : Aimer Chanter Manger Aller j'aimai je chantai je mangeai j'allai tu aimas tu chantas tu mangeas tu allas il aima il chanta il mangea il alla nous aimâmes nous chantâmes nous mangeâmes nous allâmes vous aimâtes vous chantâtes vous mangeâtes vous allâtes ils aimèrent ils chantèrent ils mangèrent ils allèrent

Participe passé en -i Ont leur passé simple en -i les verbes qui ont leur participe passé en -i ou en -ert, les verbes en -dre (sauf -oudre) , ainsi que faire, voir, battre, vaincre, vêtir et coudre : Finir Prendre Faire Voir je finis je pris je fis je vis tu finis tu pris tu fis tu vis il finit il prit il fit il vit nous finîmes nous prîmes nous fîmes nous vîmes vous finîtes vous prîtes vous fîtes vous vîtes ils finirent ils prirent ils firent ils virent

Participe passé en -u Ont leur passé simple en -u les verbes qui ont leur participe passé en -u ainsi que mourir : Courir Savoir Vouloir Connaître je courus je sus je voulus je connus tu courus tu sus tu voulus tu connus il courut il sut il voulut il connut nous courûmes nous sûmes nous voulûmes nous connûmes vous courûtes vous sûtes vous voulûtes vous connûtes ils coururent ils surent ils voulurent ils connurent

Cas particuliers Être Avoir Venir Tenir je fus j'eus je vins je tins tu fus tu eus tu vins tu tins il fut il eut il vint il tint nous fûmes nous eûmes nous vînmes nous tînmes vous fûtes vous eûtes vous vîntes vous tîntes ils furent ils eurent ils vinrent ils tinrent

Compétition avec le passé composé et raréfaction à l'oral Le recul du passé simple du fait de la concurrence du passé composé est déjà perceptible dans La Chanson de Roland, qui montre la perte de ses valeurs imperfectives et résultatives .. Au , dans le récit le passé simple exprime des événements lointains dont on se sent détaché, alors que le passé composé exprime des faits dont les conséquences sont ressenties dans le présentGouvernement du Québec - Banque de dépannage linguistique.. Au , on connaît dans le monde littéraire la « règle des vingt-quatre heures » : un fait datant de plus de vingt-quatre heures doit s’énoncer au passé simple.

Dans les textes écrits, cette règle des vingt-quatre heures est restée solidement enracinée jusqu'à la fin du . De fait, dans les œuvres littéraires à la première personne rédigées entre le et les deux dernières décennies du , ainsi que dans les textes non littéraires comme les mémoires ou les recueils de souvenirs, il a longtemps été d'usage d'utiliser le passé simple, à partir du moment où les faits relatés remontaient à plus d'une journée. Cet usage concernait même les journaux intimes, qui étaient pourtant censés rapporter les événements le jour même où ils s'étaient produits. Ainsi, lorsque Henri Sée traduisit en français les Voyages en France d'Arthur Young, il mit au passé simple les verbes qui étaient au prétérit dans le texte original, même si les faits mentionnés par Arthur Young avaient été décrits juste après qu'ils s'étaient produitsArthur Young, Voyages en France, Texto, Lonrai, 2009, trad. Henri Sée.. De la même façon, il a longtemps été impensable de rédiger en français une autobiographie autrement qu'au passé simple. C'est seulement à partir de la fin du que certaines personnes (notamment des personnalités médiatiques) ont commencé à publier des autobiographies ou des mémoires écrits au passé composé, même pour raconter les événements les plus lointains de leur vie, comme leur enfance.

En revanche, dans le discours oral, le passé simple a connu à partir de la fin du un net déclin qui n'a pas cessé de prendre de l'ampleur. Au et dans la première moitié du , la loi des vingt-quatre heures était encore largement observée à l'oral, tant par les gens du peuple que par les élites. C'est pour cette raison que dans les romans du et de la plus grande partie du , les personnages qui rapportaient dans les dialogues des événements de leur vie passée en parlaient systématiquement au passé simple, même s'il s'agissait de paysans analphabètes ou à demi-lettrésVoire à ce sujet le récit du paysan ivre Pierre Cloud, à la fin de L'Ensorcelée de Barbey d'Aurevilly. Cf. Barbey d'Aurevilly, L'Ensorcelée, Garnier Flammarion, Paris, 1966, .. Cependant, à partir de la seconde moitié du , le passé simple est devenu de plus en plus rare à l'oral à la première et à la deuxième personne du singulier et du pluriel, jusqu'à céder presque complètement la place au passé composé à partir du début du Cf. Jacqueline Picoche, Christiane Marchello-Nizia, Histoire de la langue française, Nathan, Paris, 2000, .. Ce phénomène a résulté de plusieurs facteurs, exposés ci-dessous.

Tout d'abord, pour les verbes du deuxième groupe (type finir), les formes du passé simple au singulier présentaient la caractéristique d'être identiques à celles de l'indicatif présent, le contexte seul indiquant qu'il s'agissait d'un temps du passé (« il finit » [passé simple] = « il finit » [indicatif présent]). La « béquille » de l'auxiliaire « être » ou « avoir » était donc très commode pour signifier explicitement à l'interlocuteur que l'on parlait de faits passés.

Par ailleurs, le passé simple possède une structure unique et différente des autres temps, à la fois pour ses radicaux tout comme ses terminaisons, ce qui tend à rendre son utilisation et sa compréhension difficiles, en particulier pour les terminaisons de la première et deuxième personne du pluriel, qui peuvent être perçues comme étrange, voire fautives, pour toute personne n'ayant pas l'habitude de les utiliser. Ce phénomène n'étant qu'accentué par la raréfaction du passé simple.

Ensuite, pour les verbes du premier groupe, les formes du passé simple et de l'imparfait à la première personne du singulier sont devenues impossibles à distinguer à l'oral à partir du . Avant cette période, la terminaison -ai du passé simple se prononçait , comme celle du participe passé. Elle se différenciait donc nettement de celle de l'imparfait dans le discours parlé. Or, à partir du milieu du , les gens se sont mis à prononcer cette terminaison , comme celle de l'imparfait. La seule solution pour indiquer clairement qu'il ne s'agissait pas d'un imparfait fut donc de recourir au passé composé, qui levait toute ambiguïté grâce à l'usage des auxiliaires « être » ou « avoir ».