Lucien Alphonse Joseph Streel, dit José Streel, naît le à Jemeppe-sur-Meuse et mort fusillé le à Saint-Gilles. Il appartient à la génération des intellectuels catholiques belges qui, dans l’entre-deux-guerres, se rallient au mouvement rexiste. Philosophe de formation, il exerce les métiers de journaliste et d’écrivain.

Pendant l’occupation allemande, il adopte une position collaborationniste, tout en demeurant étranger à l’idéologie nazie. Il se retire de la sphère politique dès . À la Libération, les juridictions d’exception le frappent d’une peine capitale. Il est exécuté à l’âge de trente-quatre ans.

Biographie José Streel nait à Jemeppe-sur-Meuse, dans la province de Liège. Issu d’une union naturelle, il est abandonné par son père, bourgeois par ailleurs marié. Sa parentèle, d’extraction paysanne et frappée par le dénuement, a dû délaisser son exploitation foncière en Hesbaye à la suite de prévarications commises par un membre de la famille, pour s’établir dans les faubourgs liégeois. Sa mère, Clara, élève José et ses quatre frères dans le respect d’elle-même, en dépit de l’indigence. L’enfance de Streel est marquée par une éducation catholique. Son parcours scolaire, accompli au collège épiscopal Saint-Martin de Seraing, s’avère des plus brillants. Il se signale précocement par ses dispositions pour le labeur et la vigueur de sa réflexion.

Le jeune homme reçoit, à l’instar d’une large frange de la jeunesse de son temps, une imprégnation doctrinale chrétienne au sein des institutions catholiques fréquentées par la bourgeoisie. Dès l’âge de quatorze ans, sous la férule de ses précepteurs, il adhère aux mouvements d’action catholique, en l’occurrence l’Association catholique de la jeunesse belge (ACJB). Par ce canal, il se familiarise avec les thèses de Charles Maurras et se trouve initié à la doctrine politique de l’Action française.

Grâce au soutien financier de son ascendant maternel, Clara, et à l'obtention d'un subside de la Fondation universitaire, le sujet accède à l'enseignement supérieur. Il intègre la Faculté de philosophie et lettres de l’université de Liège, où il se consacre à l'étude de la philologie romane et de la philosophie spéculative. Son parcours académique se distingue par une excellence constante, couronnée en 1934 par l'obtention de son diplôme avec la plus haute distinction. Parallèlement à son cursus, il déploie une activité soutenue au sein de l'ACJB, collaborant régulièrement aux organes de presse de ce mouvement par la rédaction de chroniques.

En 1932, alors qu’il parachève son cursus académique, José Streel fait paraître aux éditions Rex son premier opuscule intitulé Les Jeunes Gens et la Politique. Cette officine, placée sous l'étroite direction de Léon Degrelle, déploie alors une intense activité éditoriale, agrégeant une pluralité de signatures issues de l'intelligentsia catholique : publicistes, sociologues, exégètes et littérateurs y cohabitent. Le premier contact entre les deux hommes remonte au . Séduit par la teneur des articles de Streel parus dans les organes de l'ACJB) ainsi que dans la Gazette de Seraing, Degrelle sollicite le concours du jeune étudiant pour ses diverses publications. À cette période, l'implication de Streel demeure strictement confinée au domaine scripturaire et intellectuel ; son adhésion au ralliement rexiste, alors en gestation, ne s'exprime que de manière incidente et discontinue.

Accomplissant ses obligations militaires en qualité d’aspirant officier de réserve durant les années 1934-1935, José Streel renoue, au terme de cette période, avec Léon Degrelle afin de solliciter un emploi. Ce dernier lui propose alors d’intégrer la maison d’édition Rex comme secrétaire de rédaction et directeur de publication. Introduit de la sorte au sein du mouvement rexiste, Streel — lequel conservera une gratitude durable à l’endroit de Degrelle pour cet appui initial — participe pleinement à la mue du mouvement en formation politique constituée lors de l’année 1936. Le , José Streel épouse Marie Louise Honhon, qu’il fréquente depuis l’âge de dix-huit ans — alors qu’elle n’en comptait que quinze. Issue de la bourgeoisie catholique, Marie Louise Honhon a accompli avec succès un cursus lui conférant le titre de régente littéraire. De cette union naissent trois enfants, Dominique, Véronique et Isabele, auxquels José Streel dédie, en 1942, son ouvrage intitulé La Révolution du vingtième siècle.

Adhérant au mouvement rexiste, José Streel, dont les prédispositions exégétiques l’emportent sur l’agitation tribunicienne, s’établit comme l’idéologue du parti. Son tempérament intellectuel marque une dissonance avec la personnalité de Léon Degrelle. Dès 1936, Streel formalise l’ossature doctrinale du rexisme au sein de monographies telles que Ce qu'il faut penser de Rex ou Positions rexistes. Toutefois, c'est principalement par une production scripturale prolifique — composée de tribunes et d’éditoriaux insérés dans l'organe Rex ainsi que dans le quotidien Le Pays réel — qu’il diffuse et systématise sa pensée.

Lors de la déclaration des hostilités, José Streel est incorporé au sein des forces armées belges pour la période 1939-1940. Revêtu de la qualité d'officier, il prend part à la campagne de mai 1940 en dirigeant un peloton de pièces antichars de 47 mm, unité dont la mission consiste à assurer l'intégrité des ouvrages d’art sur la Meuse et le canal Albert. Au terme de la campagne des 18 jours, il subit la captivité et connaît la déportation le vers l'Allemagne, où il est interné à l'Oflag VI A de Soest, en Westphalie. Sa libération survient au cours du mois d', lui permettant de regagner le territoire national. Il renoue alors avec ses fonctions de publiciste en assumant la direction de la rédaction de l'organe Le Pays réel, tout en se voyant investi de la charge de « chef politique » du mouvement rexiste.

L’incarcération de José Streel outre-Rhin constitue une phase de maturation doctrinale et de recueillement analytique. À l'instar d'une fraction notable de la population belge, l'intéressé postule alors l'inéluctabilité d'une hégémonie germanique pérenne sur le continent. L'impéritie des autorités nationales, dont la défection laisse le territoire en déshérence, conforte son adhésion aux thèses rexistes antérieures au conflit. Convaincu de l'inanité de toute velléité de résistance armée, il préconise une coopération synallagmatique avec l'occupant. Cette stratégie vise officiellement la préservation de l'intégrité territoriale, la sauvegarde des acquis sociaux et l'instauration, sous l'égide du monarque, d'un pouvoir exécutif coercitif.

Dès son rapatriement, Streel théorise au sein de ses éditoriaux la « politique de présence », s'engageant dans une collaboration qu'il qualifie de tempérée. Bien que ses convictions catholiques nourrissent une hostilité latente envers l'orthodoxie nazie, il se fait l'apologiste d'un ralliement pragmatique aux nécessités de l'heure. Son action se déploie notamment sur les ondes de Radio Bruxelles, vecteur de la propagande du Reich, à partir de 1942Céline Rase, Les ondes en uniforme. La propagande de Radio Bruxelles en Belgique occupée (1940-1944), Louvain-la-Neuve, Faculté d’histoire, UCL, 2008-2009.. Promoteur d'un souverainisme belge intégral, il tente d'amorcer une convergence tactique entre le rexisme et les mouvements nationalistes flamingants. Toutefois, l'obstruction de Léon Degrelle à ce projet unitaire précipite son éviction du mouvement Rex et son retrait des affaires publiques en 1943. En dépit de sa rupture, il maintient une activité scripturale au journal Le Soir, alors aux mains de la collaboration modérée, s'opposant jusqu'au terme de son engagement aux factions les plus irrédentistes du collaborationnisme.

Le , il s’exile en Allemagne afin de soustraire sa personne et sa parentèle à une juridiction qu'il estime discrétionnaire. Préalablement à son départ, il adresse, le , une missive au procureur du Roi pour signifier son intention de regagner le territoire belge dès lors que la concorde civile sera rétablie et l'impartialité des tribunaux garantie. Durant cet interlude, il s'astreint à une stricte neutralité, délaissant toute activité politique ou journalistique. Au terme des hostilités, il réintègre clandestinement la Belgique sous un nom d'emprunt, mais subit une arrestation le . Frappé d'une condamnation capitale prononcée par contumace le alors qu'il se trouvait hors frontières, il obtient la cassation de ce verdict et la réouverture des débats devant le Conseil de guerre. L'instance, dont l'ouverture est fixée au , aboutit à une commutation de la peine de mort en réclusion criminelle à perpétuité. Toutefois, l'Auditeur militaire interjette appel de cette sentence. Le , au terme d'une procédure sommaire de vingt-quatre heures, José Streel est condamné à la peine capitale. Son exécution par fusillade a lieu le à Saint-Gilles.

Ce que José Streel écrit à quelques heures de son exécution :

Pol Vandromme et Louise Narvaez diront de lui :

Publications José Streel, Les Jeunes Gens et la Politique, éditions Rex, Louvain, 36 p.,1932. José Streel, Ce qu'il faut penser de Rex, éditions Rex, Bruxelles, sans date (1935), In-8, 150 p. José Streel, Positions rexistes, introduction de Jean Denis, éditions Rex, Bruxelles, sans date (1936), 32 p. José Streel, M. van Zeeland contre le régime parlementaire, éditions Rex, Bruxelles, 1936, 30p. José Streel, La Révolution du vingtième siècle, Nouvelle Société d'Éditions Bruxelles, 220 p. 1942. Réédition en 2010 du livre paru en 1942 à la NSE à Bruxelles, préface de Lionel Baland, Déterna, Paris.

Bibliographie Philip Rees, Biographical Dictionary of the Extreme Right Since 1890 Jean-Marie Delaunois, De l'Action catholique à la collaboration - José Streel, Éditions Legrain - Bourtembourg, Courcelles - Bruxelles, , 1993. Collectif, Jours de guerre, sous la direction de Francis Balace, tome 8 - Jours noirs-, édition numérique de Dexia Banque, Bruxelles 2002, 77 p. http://mediatheque.territoires-memoire.be/doc_num.php?explnum_id=2002 Martin Conway, Degrelle - Les années de collaboration, préface de José Gotovitch, éditions Labor, Bruxelles 2005, 484 p.

Notes et références

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