Pierre Culioli (1912-1994), agent français des impôts, fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, chef d'un réseau de résistants : en 1942, il créa et dirigea ce réseau nommé Adolphe, dans la région de Tours, Orléans et Vierzon, réseau qu'il rattacha fin 1942 au réseau Prosper-Physician de Francis Suttill, dépendant de la section F du Special Operations Executive. Arrêté par les Allemands à Dhuizon le au début de l'effondrement du réseau Prosper, il fut déporté, notamment à Buchenwald, mais réussit à s'évader.
Biographie Jeunesse Pierre Culioli naît à Brest le .
Je suis né le , et mes premières années ont été vécues sous le signe de la guerre 14/18. Mon père, adjudant d’Infanterie Coloniale en retraite s’est engagé volontairement pour la durée de la guerre, a été gravement blessé lors des attaques de Champagne, le , a refusé toute réforme, est reparti, a été ypérité et est décédé en 1922 à , alors que je n’avais pas encore .
J’ai fait des études relativement médiocres au lycée de Brest, et alors que j’avais , par punition, ma mère m’a fait passer les grandes vacances comme apprenti chez un mécanicien agricole. Mais j’ai pris goût au travail manuel, et c’est spontanément que les vacances suivantes je suis retourné chez mon mécanicien, puis au groupe Citroën de Brest.
J’ai tout de même réussi à passer à mes 2 Baccalauréats (le avec mention). Et, à , j’étais reçu comme contrôleur stagiaire à l’école des Impôts de l’époque qui se trouvait à Reims (dans les bâtiments où furent signés en 1945 les protocoles d’armistice).
Pour meubler les 2 années qui séparent de , j’ai été successivement (et même un certain temps simultanément) aide-monteur téléphoniste à la Société Thomson, qui montait le téléphone automatique à Brest, et employé de nuit à la rédaction de la Dépêche de Brest (devenue le Télégramme de Brest après l’épuration de 1945).
J’avais choisi cette carrière administrative par dépit, faute d’avoir pu m’engager dans l’aviation : j’avais bien une vision de 10/10e, mais après correction de 4 Dioptries de myopie, ce qui était rédhibitoire.
Après le stage d’un an à l’École de Reims, peu intéressé par les besognes administratives, je me suis fait intégrer dans les services de la répression des fraudes fiscales, que je n’ai plus quittés jusqu’en 1965 (mis à part de services militaires).
Mais j’avais toujours l’aviation dans la tête, j’ai passé mes brevets civils, et j’ai même construit un petit avion type Mignet HM14, qui a parfaitement volé une trentaine d’heures. J’ai accumulé un total de 200 heures de vol dans l’espoir d’une dérogation qui n’est pas venue. J’ai même tenté, en 1936/37, d’aller servir dans l’aviation en Espagne, dans l’un ou l’autre camp, peu importait, mais je n’ai pas trouvé les contacts voulus.
À l’heure du service militaire est venue (j’étais sursitaire pour études juridiques), j’avais passé le brevet de préparation militaire supérieur, mais plutôt que d’être « rampant dans l’aviation », j’ai préféré l’infanterie et je suis entré à Saint-Maixent d’où je suis sorti Sous-lieutenant au Régiment de Tirailleurs Tunisiens, avec qui j’ai fait la campagne 39/40 comme chef du Peloton d’éclaireurs motocyclistes.
Après un séjour à l’OFLAG II D en PoméranieÀ Gross Born., j’ai pu me faire rapatrier début 1941 et j’ai tout de suite cherché un contact pour rejoindre Londres, où je pensais que la RAF qui, employant des pilotes tels que Bader qui n’avait plus de jambes, serait moins difficile que l’armée Française, et me ferait une petite place.
Malheureusement j’ai eu mon contact avec le S.O.E. britannique, qui a décidé que j’étais bien plus utile en France qu’en Angleterre. Je me suis laissé faire, et après deux ans d’activité, je me suis retrouvé en Allemagne, mais cette fois à Buchenwald.
[Suite de l’autobiographie : se reporter à la fin du paragraphe Après la guerre.]
Résistance 1941 Démobilisé en et se trouvant à Marseille et à Nice, il cherche des filières pour rejoindre les Forces françaises libres. Ses démarches auprès des consulats (Royaume-Uni, États-Unis, Grèce) n'aboutissent pas. En mars, au Mans, il retrouve un ami, le capitaine Floch, qui est en relation avec un groupe action rattaché au réseau SOE AUTOGIRO de Pierre de Vomécourt « Lucas ». Il reprend ses fonctions dans son administration des contributions indirectes, tout en s'intégrant au noyau de résistants de Floch dans la Sarthe. Mais bientôt, voulant se consacrer entièrement à la Résistance, il demande sa mise en disponibilité administrative pour raison de santé. Voyant sa demande bloquée, il quitte son poste sans autorisation. Sur demande de Floch, il va en zone libre rechercher des contacts et des points de passage de la ligne de démarcation pour des personnes qui voudraient se rendre en Espagne ou en Afrique du nord. Puis, après la rencontre d'un autre résistant, Olivier Giran, il travaille pour une filière d'évasion vers la Suisse.
1942 Début de l'année. Erwin Stephens, architecte à Chambéry, lui confie une mission de renseignement, en lui laissant toute latitude pour monter un réseau en zone occupée. Il établit des centres dans plusieurs villes : Blois, Tours, Orléans, Poitiers, Châtellerault, Saint-Maixent, Thouars, Quimper. Mais son activité va se focaliser autour du Loir-et-Cher. Juin. Un ami, Jean Meunier, député de Tours le met en relation avec Marcel Clech, opérateur radio du réseau MONKEYPUZZLE du SOE dirigé par Raymond Flower « Gaspar ». Le réseau est en attente, car il n'a ni terrains pour les parachutages ni équipes pour les actions. Pierre Culioli demande à son beau-père René Dutems, de mettre à la disposition du réseau un emplacement sur une propriété qu'il possède à Boisrenard (entre Crouy-sur-Cosson et Nouan-sur-Loire). Il aide Raymond Flower, qui se sent menacé à Tours par la Gestapo, à trouver une retraite sûre, à Avaray chez les époux Bossard. Juillet. Le 30, Yvonne Rudellat « Suzanne » débarque au cap d'Antibes avec Nicolas Bodington et Henri Frager. Elle vient rejoindre l'équipe dirigeante de MONKEYPUZZLE, comme courrier. Dès le début, il lui vient des doutes sur les capacités et la mentalité de Raymond Flower, et elle préfère s'engager auprès de Marcel Clech et de Pierre Culioli. Septembre. Un message de Londres annonce un parachutage, dont il va falloir assurer la réception, pour la nuit du 23/24, au-dessus du terrain de Boisrenard. Ce soir-là, Raymond Flower arrive en retard et improvise un balisage risqué, à moins de vingt mètres de la forêt : l'avion repart sans rien larguer. Le lendemain, nouveau message de Londres, même comportement de Raymond Flower. Marcel Clech demande alors à Pierre Culioli et Yvonne Rudellat de prendre l'opération en main. Aidés par deux jeunes beaux-frères de Culioli (Jean et Guy Dutems), ils mettent en place un balisage correct, grâce auquel le parachutage des agents a lieu normalement. Il s'agit d'Andrée Borrel « Denise », courrier de Prosper-PHYSICIAN, et de Lise de Baissac « Odile ». Octobre. Dans la nuit du au 2, parachutage de Francis SuttillLes sources divergent sur :
le lieu du parachutage : Boisrenard (près de Chambord) ou Vendôme ; la présence ou non d'un comité de réception ; et s'il y a eu comité, la présence en son sein de Pierre Culioli, d'Yvonne Rudellat et d'Andrée Borrel.. La lune suivante, dans la nuit du au , parachutage au-dessus de Boisrenard de deux opérateurs radio : Gilbert Norman « Archambault », pour le réseau Prosper-PHYSICIAN de Francis Suttill ; et Roger Landes « Aristide », pour le réseau SCIENTIST de Claude de Baissac « David » dans le sud-ouest. Décembre. Le réseau MONKEYPUZZLE passe sous l'autorité de Francis Suttill. Sur demande de Marcel Clech par radio, Londres rappelle Raymond Flower. Le 31, Francis Suttill confie à Pierre Culioli le secteur Touraine sud, avec Yvonne Rudellat comme adjointe. Cette branche du réseau Prosper-PHYSICIAN s'appellera ADOLPHE, en raison de la petite moustache de Pierre Culioli.
1943 Janvier-mai. Pierre Culioli et Yvonne Rudellat développent ADOLPHE. Ils installent le PC successivement : • chez M. Bréhier, le fondateur du groupe de Meung-sur-Loire/Baule, jusqu'à son décès. • à Pontlevoy, chez Marcel Thenot, au café de l'Ermitage, dans la rue de l'Ermitage. • à Sassay, dans une petite maison trouvée par Théo Berthin, qui les fait passer pour des réfugiés • à partir de mi-mai, dans une maison, "Le Cercle", située dans un bois, à quelques kilomètres au sud-est de Veilleins. Ils dirigent l'action de neuf groupes répartis dans le triangle Tours-Orléans-Vierzon, qui réunira au total sévèrement sélectionnés. Outre Yvonne Rudellat (alias Jacqueline), citons parmi les lieutenants de Pierre CulioliSource : Yves Chauveau-Veauvy. : Roger Couffrant (groupe de Romorantin) ; Albert Le Meur (Chambord/Bracieux) ; André Gatignon (Saint-Aignan/Noyers) ; Julien Nadau et Théo Berthin (Contres) ; le comte et la comtesse de Bernard ainsi que Marcel Buhler (Blois/Huisseau-sur-Cosson) ; Marcel Thenot (Pontlevoy) ; Georges Fermé (Montrichard) ; Auguste Cordelet (Chaumont-sur-Loire); et André Cheny (Mondoubleau). Citons aussi les responsables des sous-groupes rattachés au groupe de Romorantin : Pierre Chassagne (Selles-sur-Cher), Pierre Constant (Mur-de-Sologne), Prosper Legourd (Châtres-sur-Cher), Gérard Oury (Villefranche-sur-Cher) et Georges Marlot (Villeny).
Juin. Dans la nuit du 15/16, Pierre Culioli et Yvonne Rudellat réceptionnent deux agents canadiens parachutés près de Meusnes, dans la vallée du Cher, au nord de Valençay : Frank Pickersgill « Bertrand » qui vient établir et diriger le réseau ARCHDEACON ; et John Macalister « Valentin » son opérateur radioYves Chauveau-Veauvy, , donne des précisions sur la composition du comité de réception : « Le 16 juin, Pierre Chassagne, Roger Couffrant et André Brasseur, ont assuré l'accueil, dans la prairie de Châtillon-Meusnes, de deux officiers canadiens [...] qui devaient tout d'abord contacter le major Suttill et Armel Guerne à Paris. ». Les quatre restent quelques jours à Romorantin. Dans la nuit du 17/18, ils réceptionnent Pierre Raynaud « Alain », leur dernier agent réceptionné, qui vient rejoindre comme instructeur de sabotage le réseau JOCKEY de Francis Cammaerts « Roger » dans le sud-est.
Bilan de l'action du réseau ADOLPHE au : • réception de 226 containers parachutés • réception de treize agents commissionnés par Londres • sabotage de onze lignes électriques à haute tension – ce qui représente des centaines de pylônes – • six déraillements de chemin de fer, dont trois trains de troupes allemandes • nombreux wagons brûlés • destruction de ponts • réservoirs de pétrole ou d’alcool incendiés • etc.
Aux mains de l’ennemi
Juin (suite). Le . Ils sont tous les quatre arrêtés par les Allemands.
Ils s'en vont en voiture à Beaugency, sur la Loire, pour prendre le train pour Paris, en vue de rencontrer les dirigeants du réseau Prosper-PHYSICIAN à la gare d'Austerlitz. À leur grande surprise, ils constatent la présence de nombreux militaires allemands au village de Dhuizon, en Sologne, où, vers 9 heures du matin, leur voiture est stoppée à un point de contrôle. Les deux Canadiens sont isolés pour être interrogés à la mairie. Pierre Culioli et Yvonne Rudellat, qui avaient passé l'interrogatoire sans être arrêtés, attendent les Canadiens dans la voiture, moteur au ralenti. Mais quand les Allemands cherchent à les faire revenir, Pierre Culioli démarre en trombe. La poursuite s'engage et à l'entrée du village de Bracieux, les Allemands ouvrent le feu, atteignant Yvonne Rudellat à la tête. Pierre Culioli la croyant morte lance sa voiture sur un mur pour ne pas être pris vivant. Il n'est que sonné. Pour le maîtriser, un Allemand lui tire une balle dans la jambe droite. Ils sont transportés à Blois.