thumb|Vue aérienne de l'usine. On distingue à gauche, jouxtant l'usine, les couvertures herbeuses du Centre de stockage de la Manche L’usine de retraitement de la Hague est un centre de traitement du combustible nucléaire usé détenu par Orano Recyclage, dans lequel on traite le combustible nucléaire provenant principalement des réacteurs nucléaires français et une partie de celui provenant des réacteurs d'Allemagne, de Belgique, de Suisse, des Pays-Bas et du Japon, pour en séparer les matières nucléaires valorisables des autres éléments radioactifs.
Entrée en service en 1966, l'usine est située près du cap de la Hague, dans la commune de La Hague, au nord-ouest de la pointe de la péninsule du Cotentin, à à l'ouest de Cherbourg-en-Cotentin (dans le département de la Manche, en région Normandie).
Ouverte par le Commissariat à l'énergie atomique, l’usine de traitement de la Hague est exploitée depuis 1976 par la Cogema, devenue Areva NC puis Orano Cycle. Elle est transférée à Orano Recyclage lors de la scission d'Orano Cycle.
Plus de 5 000 personnes travaillent sur le site, dont environ 4 000 directement pour Orano..
En bordure de l'usine se trouve le centre de stockage de la Manche.
Activité right|thumb|Usine de retraitement de la Hague D'une capacité industrielle de traitement de (pour les usines UP2-800 et UP3) de combustibles usés par an, le complexe industriel en a traité en 2005. Elle consomme de l'électricité à hauteur d'environ , soit encore Résumé non technique étude d'impact sur docplayer.fr., fournie à partir du poste de transformation de Tollevast..
À la sortie du réacteur, un combustible nucléaire usé contient environ 96 % de matières énergétiques à retraiter partiellement (95 % d'uranium et 1 % de plutonium) polluées par 4 % d'actinides et de produits hautement dangereux et non réutilisables : les déchets HAVL. Ces derniers sont traités et conditionnés, aujourd'hui par vitrification, en vue de leur entreposage en surface et éventuellement de leur stockage en couche géologique profonde. Les déchets provenant de l'étranger sont — après un certain temps — réexpédiés aux clients étrangers qui ont obligation de les reprendre (obligation confirmée par la loi Bataille en 1991). Un des objectifs de ce recyclage est de réduire la quantité de déchets radioactifs à stocker en milieu confiné.
La loi Transparence et Sureté Nucléaire de Loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire sur Légifrance. rappelle l’interdiction de stocker de façon définitive sur le sol français des déchets étrangers. À ce titre, au , 96 % des déchets vitrifiés et 15 % des déchets métalliques compactés ont été renvoyés vers les clients étrangers.
Le plutonium récupéré est transporté à Marcoule où il est utilisé pour fabriquer du combustible MOX. Le nitrate d’uranyle obtenu est quant à lui transformé en octaoxyde de triuranium (U3O8) à l'usine Orano de Pierrelatte en vue d’être enrichi pour être réutilisé dans de nouveaux assemblages de combustibles.
Le recyclage des combustibles usés permet de réduire le volume des déchets d’un facteur 5 et de diminuer la radiotoxicité des déchets d’un facteur 10 en valorisant le plutonium sous forme de combustible MOX. Les opérations de séparation, purification, conditionnement et entreposage sont effectuées sur le site d’Orano la HagueLe traitement-recyclage du combustible nucléaire usé sur le site du CEA..
Opérations de traitement du combustible usé
À l'usine de la Hague, le traitement du combustible usé est organisé au sein de deux usines de plutonium (UP2 et UP3) - conçues sur le modèle de l'usine d'extraction du plutonium de Marcoule (UP1). Ces usines comprennent chacune plusieurs ateliersCycle du combustible nucléaire, par Louis Patarin. : atelier de tête pour le cisaillage et la dissolution du combustible atelier d'extraction pour séparer l'uranium et le plutonium des produits de fission et des actinides mineurs. ateliers de purification pour l'uranium ou le plutonium atelier de vitrification des déchets de haute activité atelier de stockage de l'uranium ou du plutonium atelier de conditionnement des déchets de faible ou moyenne activité atelier de traitement des effluents liquides
Historique Les années 1960 : une origine militaire Avec la volonté gaullienne de doter la France de la bombe atomique, il a fallu développer la production de plutonium. Pour cela, le Commissariat à l'énergie atomique a ouvert l'Usine d'extraction du plutonium de Marcoule en 1958, et pour pallier une éventuelle défaillance de celle-ci, a mis en projet une seconde usine d'extraction de plutoniumThierry Durand et Dominique Guillemois, Cotentin - Une histoire industrielle : 1960-2000, QAMVINC - ACCAAM, 2004 (documentaire)..
Le site de la Hague est choisi par les concepteurs de l'usine en raison de son socle géologique ancien (allant jusqu'au cycle icartien d'âge paléoprotérozoïque La Pointe de la Hague: Baie d'Ecalgrain et Anse du Cul Rond - Traces de trois orogenèses, icartienne, cadomienne et varisque sur geologie.discip.ac-caen.fr, site de l'académie de Caen.) et stable, à l'abri des tremblements de terre, et de la présence de vents forts et d'un puissant courant de marée, le raz Blanchard, propices à l'évacuation et à la dispersion des effluents radioactifs.
Le paraît le décret déclarant d'utilité publique et urgent les travaux de construction d'un centre de traitement de combustibles usés pour en extraire du plutonium. Les travaux commencent en 1962 sur le plateau du Haut-Marais. L'usine devient opérationnelle en 1966 avec l'arrivée du premier combustible usé à traiter : un "château" d'uranium naturel graphite gaz en provenance du réacteur de Chinon.
Les années 1970 : la reconversion dans le civil vignette|Photo de l'usine de la Hague prise en août 1973 par un satellite de reconnaissance KH-9. En 1969, alors que Georges Pompidou redéfinit la politique nucléaire française, des rumeurs courent sur la fermeture de l'usine, devenue inutile pour l'armée du fait de stocks de plutonium militaire désormais suffisants. Les effectifs de l'usine sont réduits d'un tiers avec le départ de , marquant la fin de l'emprise militaire. Il semble qu'aucun gramme de plutonium provenant du site de la Hague n'ait eu en définitive un usage d'armement.
À partir de cette date, l'usine s'oriente vers un traitement du combustible civil, soutenu par le choix de Valéry Giscard d'Estaing du « tout nucléaire » à la suite du premier choc pétrolier.
Les ingénieurs anticipent la génération des REP d'EDF par la mise en place de l'atelier HAO (Haute activité oxyde) ou UP2-400.. En 1976, le CEA cède l'usine à la nouvelle entreprise publique, la Cogéma, qui gère désormais une usine de traitement des déchets nucléaires visant à retraiter le combustible français d'EDF et étranger. À l'époque, ce passage à une entreprise publique mais de droit privé est vu par le personnel et les élus locaux comme un désengagement de l'État vis-à-vis du nucléaire et leur fait craindre une gestion des risques moins draconienne. Les agents inquiets commencent à parler. La CFDT réalise cette année-là un documentaire Condamné à réussir, électrochoc pour la population. Sur fond d'opposition à la privatisation, il illustre les difficiles conditions de travail, traite des dangers d'irradiations, fait part de l'inquiétude des agents. Ce document est ensuite utilisé par les antinucléaires. Les cadres de la Cogéma acceptent mal cette critique interne.
Dès 1970, les militants antinucléaires s'organisent et créent le Comité contre la pollution atomique dans la Hague. Ils sont rejoints en 1972 par Didier Anger, qui devient rapidement l'un des plus actifs opposants à la « nucléarisation » de la Hague, s'opposant tant à l'extension de l'usine de retraitement de la Hague qu'à la construction de la centrale nucléaire de Flamanville.
Traitement avec succès des premiers combustibles de la filière à eau légère sur UP2-400. La capacité de cette usine est évaluée à par an d’où son nomRapport réglementaire d’information sur la sureté nucléaire et la radioprotection du site de la Hague Voir le rapport..
En 1978, une pièce métallique radioactive a été dérobée par un employé de l’usine de La Hague et glissée sous le siège de voiture de son supérieur..
thumb|Opposants au nucléaire dans la Hague, en 1979.
En 1978, des manifestations se produisent dans la région contre la future centrale nucléaire de Flamanville. C'est l'arrivée dans le port de Cherbourg des premiers combustibles étrangers (en provenance du Japon) qui rappellera l'existence de l' « usine atomique », en . Les grues du port sont alors occupées, de grandes manifestations réunissent dans les rues cherbourgeoises.
Parmi les opposants, on compte le poète normand Côtis-Capel.
La responsabilité de l’exploitation des INB ,38, 47 et 80 est transférée du CEA à la compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) en 1978.
En à la suite des contrats avec le Japon, le projet de l’usine UP3Jean Syrota (président de la COGEMAUP3), « Nouvelle installation de retraitement à la Hague », 1992. destiné aux clients étrangers de COGEMA est rendu public. En parallèle avec le premier choc pétrolier de 1973, EDF développe son parc de réacteurs. Cette augmentation des besoins de traitements imposent de déclarer en 1980, par décret, d’utilité publique les travaux d’accroissement de la capacité de traitement du site de la Hague.
Les années 1980 : le « Grand chantier » Un décret d'utilité publique de 1980 confirmé par la gauche arrivée au pouvoir, permet des travaux d'extension de l'usine, dont la nouvelle unité (UP3) qui entrera en service dix ans plus tard. C'est le lancement du Grand chantier, qui transforme en une décennie la Hague.
En 1981, COGEMA est autorisé par décrets à construire l’usine UP3 d’une capacité de par an pour le traitement de combustibles de la filière à eau légère, ainsi que l’usine UP2 800 de vocation et capacité identiques. STE 3, la nouvelle station de traitement des effluents liquides de UP3 et UP2 800, sera également créée afin de mieux gérer les effluents et de réduire fortement les rejets en mer.
Le , un incendie est déclenché par des déchets radioactifs (des boues bitumées issues du retraitement) dans un silo de stockage non confiné. Le contient uniquement des déchets de structures provenant d’activité de traitement des combustibles graphite-gaz usésSciences et Avenir, « Déchets nucléaires : le silo 130 du site de La Hague est-il sûr ? » .. À la radio, on assurait que rien ne s’était échappé en dehors des clôtures, qu’il n’y avait pas de ventVéronique Maurus, « La Hague est-elle mortelle ? », Le Monde, 17 avril 1997.. Cet incident grave est classé au de l'échelle internationale des événements nucléaires (INES)Global Chance .. À cette occasion, les services de la Cogéma et les militants écologistes de Greenpeace se livrent à une guerre de communication.
Afin d’informer le public de ses activités, COGEMA crée en 1981 le Bulletin Hebdomadaire d’Information (BHI repris dans la presse locale) devenu Actu site puis arrêté en 2013 pour être remplacé par des supports numériques. La commission spéciale permanente d’information (CSPI) de l’établissement de la Hague démarre en 1981, elle devient CLI (Commission Locale d’Information) en ..
À partir de 1984, mise en service progressive des nouvelles installations: de 1986 à 2001 pour UP3; de 1984 à 2002 pour UP2 800; de 1987 à 1997 pour STE3. L’année 1987 voit l’arrêt du traitement de combustibles UNGG (Uranium Naturel-Graphite-Gaz) sur UP2 400.
Les années 1990 : polémiques sur les rejets radioactifs Depuis 1993, la convention sur la prévention de la pollution des mers résultant de l'immersion de déchets interdit l'immersion en mer de déchets nucléaires à partir de navires, d’aéronefs, de plates-formes ou de toute construction humaine située en mer, mais n'empêche pas l'évacuation en mer de déchets provenant d'une usine terrestre telle que l'usine de la Hague.