Rotha Lintorn-Orman, née le (Kensington, Londres, Royaume-Uni) et morte le (Las Palmas, Espagne), est une femme politique britannique, héroïne de guerre pendant la Première Guerre mondiale et fondatrice du premier parti fasciste britannique : les .
Issue d'une famille de militaires, Rotha Lintorn-Orman rejoint à le guidisme en tant que cheffe de troupes. Lors de la Première Guerre mondiale, elle se porte volontaire comme ambulancière, et est décorée en tant qu'héroïne de guerre en 1916 en Serbie puis en 1917 en Thessalonique (Grèce) pour ses actes de bravoure.
Les expériences du front la traumatisent gravement et lui font craindre pour l'Empire britannique une insurrection communiste. Elle décide ainsi de créer le les pour protéger l'Empire de la .
Le parti gagne très rapidement en popularité, mais les tensions internes dues à la personnalité chaotique de Lintorn-Orman, à l'absence de politiques réellement fascistes et à l'apparition d'un autre parti britannique fasciste, la , lui font perdre une importante quantité de membres.
Minée par la chute en popularité de son parti et refusant la fusion avec la , Rotha Lintorn-Orman sombre dans l'alcool et probablement dans les drogues. Sa santé se dégrade, et elle meurt en 1935 d'une maladie liée à l'alcoolisme.
Biographie Jeunesse alt=Portrait d'un homme en costume, avec une large barbe rousse et les mains derrière le dos.|gauche|vignette|redresse|Le grand-père de Rotha Lintorn-Orman est l'ancien gouverneur de Malte John Lintorn Simmons. Rotha Beryl Lintorn Lintorn-Orman naît le à Londres, dans le district de Kensington, au 36 du square Cornwall Gardens. Elle est issue d'une riche famille de militaires. Son grand-père maternel est le maréchal et ancien gouverneur de Malte John Lintorn Simmons. Sa mère, Blanche Lintorn-Orman, est l'une des fondatrices du guidisme et son père, le joueur de cricket Charles Orman.
Elle rejoint dès sa création en 1910 le guidisme et devient cheffe des groupes et à l'âge de . Elle est ainsi cheffe des deux seules troupes du scoutisme et du guidisme à avoir un patronage royal, ce dont elle est très fière.
Entre 1910 et 1917, elle et son amie Nesta Maude obtiennent pour la première fois de l'histoire du guidisme la médaille de Poisson d'Argent, la décoration la plus prestigieuse à cette époque..
En 1912, le nom de la famille Orman devient Lintorn-Orman..
Implications pendant la Première Guerre mondiale alt=Photo en noir et blanc d'un grand bâtiment face à une rivière en ruine et enfumé.|vignette|redresse|Les actes de bravoure de Rotha Lintorn-Orman, notamment pendant le Grand incendie de Thessalonique, lui valent par deux fois en 1916 et 1917 la Croix de Charité.|gauche Durant la Première Guerre mondiale, Rotha Lintorn-Orman se porte volontaire pour participer à l'effort de guerre en tant qu'ambulancière et rejoint la . Elle est ensuite transférée en Serbie en 1916 aux , où elle se fait remarquer par ses actes de bravoure, obtenant une première fois la Croix de Charité pour le motif « bravoure dans l’action », puis une deuxième fois la même médaille en Thessalonique suite à sa bravoure lors du Grand incendie de 1917. ; elle acquiert ainsi la popularité d'une héroïne de guerre. Cependant, elle contracte le paludisme en 1917 et doit donc retourner en Grande-Bretagne ; elle souffre toute sa vie des symptômes permanents de la maladie, qui selon le politologue Nick Toczek ont contribué à ses addictions de fin de vie..
Traumatisée par la guerre, Rotha Lintorn-Orman commence à s'adonner à l'alcool. et aux drogues, à se couper les cheveux très court et à se vêtir comme un homme, ce qui lui vaut le qualificatif de « femme masculine ». L'historienne Barbara Farr émet l'hypothèse que le niveau de violence et de destruction qu'elle a observé au front lui fait craindre toute sa vie une situation similaire pour l'Empire britannique ..
De retour au pays, Lintorn-Orman s'installe dans une ferme laitière du Somerset, rejoint la Croix-Rouge britannique et devient directrice de 1917 à 1918 de l'auto-école de Devonshire House, chargée de former des ambulanciers pour la guerre.
Création des British Fascists
vignette|Emblème du parti de Rotha Lintorn-Orman, les British Fascists, que portent les partisans sur un badge.|alt=Emblème avec au milieu la lettre F entourée des mots « FOR KING AND COUNTRY » avec au-dessus une rose blanche et une croix de Jésus. Admirative de Benito Mussolini qui a terrassé le communisme en Italie et persuadée que le socialisme menace l'Empire britannique, elle crée le ., à l'âge de , un parti royaliste, impérialiste, réactionnaire, chrétien., anti-communiste et peut-être anti-démocratique : les British Fascisti, qu'elle renomme en le sous l'impulsion de Robert Blakeney pour éviter des accusations d'influence étrangère. La création du parti est permise par l'aide financière de sa mère pour la somme de et par l'appui d'officiers recrutés via le journal ou .
Le parti prend rapidement de l'ampleur, rejoint chaque semaine par des centaines de nouveaux membres à la fin de l'année 1924. Le parti prétend ainsi à la fin de 1923 compter , (dont un sixième de femmes) en 1925. et en 1926.. L'auteur Henry Hemming évalue plutôt pour 1925 le nombre de partisans en dizaines de milliers, et les intellectuels Robert Benewick et Nick Toczek estiment à quelques milliers le nombre maximum de membres au cours de l'existence du parti. Richard Griffiths souligne cependant qu'il n'y a aucune preuve permettant de savoir si le nombre de membres se compte en milliers, dizaines de milliers ou centaines de milliers.
Dans le but de protéger les enfants de l'endoctrinement communiste, Rotha Lintorn-Orman crée à l’été 1925 des clubs comparables au scoutisme, les Fascist Children’s Clubs (FCC)., ce qu'elle considère comme l'un des plus importants projets réalisés par le parti.. Les activités au sein des clubs consistent en des chants patriotiques, des jeux et des distributions de livres.. Pour célébrer Noël en 1925 dans les FCC, Rotha Lintorn-Orman décide de se déguiser en Père Noël devant .. En , son parti déclare que les FCC comptent . Les FCC s'éteignent en 1934.
En plus de ces clubs pour enfants, Rotha Lintorn-Orman défend l'intégration des femmes au sein du parti, avec notamment la création de groupes paramilitaires féminins et l'intégration de femmes au comité exécutif.
Effritement du parti De nombreux membres des British Fascists voient Lintorn-Orman comme une personnalité conflictuelle, chaotique, indécise, anormale, excentrique, paranoïaque et mégalomane ; ils lui reprochent par ailleurs de préconiser des politiques trop éloignées de la doctrine mussolinienne. Ainsi, une première scission provoque à l'automne 1924 le départ d'une soixantaine de membres qui créent le National Fascisti.
alt=Photographie en noir et blanc d'une file de voitures dans une rue accompagnées d'hommes en tenue militaire.|vignette|La grève générale de 1926 provoque des tensions internes et décrédibilise le parti aux yeux du public.
Au printemps de 1926, à l'approche de la grève générale, le parti subit des tensions internes : Lintorn-Orman refuse les demandes du Premier ministre Stanley Baldwin de se conformer aux principes démocratiques pour pouvoir rejoindre le mouvement gouvernemental , notamment le fait de retirer la mention fasciste du nom du parti ; les ne peuvent donc plus participer officiellement à la grève générale, ce qui provoque le départ de nombreux membres. Lintorn-Orman prévoyait que la grève générale donnerait lieu à une révolution communiste spectaculairement violente dont elle pensait qu’elle et son parti étaient les seuls à pouvoir l’étouffer pour sauver l'Empire du judéo-bolchevisme. Mais contrairement à cette prévision, la grève est peu violente et les faits de violence s'estompent rapidement. Les autorités accusent même les fascistes d'avoir plus engendré que calmé la violence. Le parti perd ainsi en crédibilité, aussi bien en son sein que dans l’opinion publique..
Pour ces deux raisons, le parti ne compte désormais plus que quelque . De 1925 à 1928, ses revenus annuels chutent ainsi de 91 %, de à , et baissent en moyenne à à partir de 1929. Le parti peine par ailleurs à construire un projet politique cohérent, ne se reposant que sur des idéaux anticommunistes et royalistes.
vignette|redresse|Rotha Lintorn-Orman en 1929.|alt=Photographie d'une femme de profil avec les cheveux courts en uniforme portant un chapeau et trois médailles.
Au fil du temps, les officiers quittent le parti ; en 1929, le comité exécutif n’est plus constitué que de deux employés, un conducteur de tramway et l'assistant d'un prêteur sur gage.
À partir de 1932, le parti d'Oswald Mosley prend de l'ampleur et fait perdre des adhérents au parti de Lintorn-Orman, en partie car le propose des politiques plus proches du fascisme. Malgré des négociations en et en entre le nouveau président du parti Henry Christopher Bruce Wilson et Oswald Mosley, elle refuse catégoriquement une fusion entre les deux partis., en partie car elle considère la comme hostile aux femmes et elle qualifie Mosley de quasi-communiste.
Fin de vie vignette|redresse|Tombe de Lintorn-Orman.|alt=Pierre tombale comportant une fissure.|gauche Face à la baisse drastique de popularité de son parti et aux agressions physiques perpétrées par la , Lintorn-Orman sombre dans l'alcoolisme et peut-être dans la drogue, ce qui dégrade sa santé ; elle souffre ainsi d'une crise cardiaque en . Une rumeur répandue par certains de ses amis et par sa mère Blanche Lintorn-Orman prétend qu'elle participerait à des orgies alcoolisées.
La relation avec sa mère empire lorsque celle-ci l'accuse d'entretenir une relation lesbienne. De plus, convaincue que les membres restants des manipulent Rotha Lintorn-Orman en se servant de ses addictions pour lui soutirer de l'argent, Blanche Lintorn-Orman supprime en 1933 ses aides financières, ce qui aggrave la situation du parti.
Alors que la santé de Rotha Lintorn-Orman décline, sa peur de la révolution communiste s'accroît ; elle avertit fréquemment et sans preuve la police au sujet de prétendus coups d’État communistes qui seraient en préparation, ce qui ne fait que discréditer le parti.
À partir de 1934, Rotha Lintorn-Orman est soignée pour une maladie liée à l'alcoolisme et elle en meurt le à l'âge de à Las Palmas en Espagne, où se trouve sa sépulture..
Les se dissolvent en , en conséquence de la mort de Lintorn-Orman selon Rob May et Julie Gottlieb, tandis que selon Richard Griffiths ce serait plutôt en raison de sa déroute financière et de la montée en popularité de la , bien que Julie Gottlieb lie les caisses vides du parti à la mort de Lintorn-Orman.
Doctrine Fascisme La nature authentiquement fasciste de Rotha Lintorn-Orman et de son parti est sujette à controverse entre intellectuels, les uns (Robert Benewick, Rob May, Régis Boussières.) considérant que le parti adopte clairement une doctrine fasciste, ce que les autres (Edward White., James Loughlin, Julie Gottlieb, Nick Toczek., Robert Hutton., Richard Griffiths) réfutent car le parti ne proposait aucune politique qui se distinguait du conservatisme classique. Henry Hemming précise que la majorité des historiens penchent plutôt pour le second camp.
Nick Toczek et Robert Hutton vont jusqu'à dire que Rotha Lintorn-Orman ignorait ce qu'était réellement le fascisme, qu'elle se déclarait fasciste davantage par fascination pour Benito Mussolini que par conviction et qu'elle cherchait à créer un service national patriotique et anticommuniste plutôt qu'à devenir Première ministre. Colin Cross affirme quant à lui que Rotha Lintorn-Orman et son parti se proclamaient fréquemment et soutenaient simplement le Parti conservateur.
Le fasciste britannique Arnold Leese, partisan des de 1924 à 1928, explique en 1951 que le parti n'était rien de plus qu'un .
Anticommunisme