La ligne de Ponte-Leccia à Calvi est une des deux lignes ferroviaires à écartement métrique et à voie unique du réseau des Chemins de fer de Corse. Elle se présente comme une antenne de la ligne principale de Bastia à Ajaccio. Elle se détache de cette dernière au nord de la gare de Ponte-Leccia (commune de Morosaglia), à de Bastia et d'Ajaccio et rejoint la gare de Calvi en traversant la Balagne.

- Cet article est consacré à l'histoire particulière de la ligne Ponte-Leccia - Calvi, à la description de ses caractéristiques géographiques et techniques ainsi qu'à sa desserte.

N.B. : Les sujets intéressant les Chemins de fer de Corse dans leur intégralité sont traités dans l'article principal : les exploitants, la Corse et la politique ferroviaire, la rénovation du réseau, son statut juridique, le matériel roulant et la maintenance, le personnel et la tarification.

Histoire La construction

La loi du portant classement de 181 lignes de chemin de fer dans le réseau des chemins de fer d’intérêt général (plan Freycinet) retient en n° 144 une ligne de Ponte-Leccia à Calvi (Corse).. Deux tracés différents sont encore en discussion à cette date. Pour relier les deux points extrêmes de la ligne par l'itinéraire le plus court, la première variante ne passait pas par L'Île-Rousse, ville qui devait être reliée au réseau par un embranchement depuis Calvi. La longueur totale de ces deux lignes n'aurait dépassé que de la longueur de la deuxième variante, celle finalement retenue par décision du car moitié moins chère. Ensuite, la déclaration d'utilité publique intervient rapidement le . (presque simultanément avec le premier tronçon de la ligne de la côte orientale corse).

Alors que l'État contracte et dirige directement les travaux de la construction de la ligne centrale de Bastia à Ajaccio, il laisse le soin de construire la ligne de la Balagne à la Compagnie de chemins de fer départementaux (CFD), sur la base de la convention de concession du approuvée par une loi le suivant.. Le capital à engager par la CFD pour la construction de la ligne de Ponte-Leccia à Calvi est forfaitairement évalué à , somme que l'État s'engage à rembourser soit en 90 annuités avec un taux d'intérêt de 5 %, amortissements compris, soit par une rente de 3 % amortissable. Les premiers ingénieurs de la CFD arrivent en Corse en 1884 et disposent de six mois pour effectuer les relevés sur le terrain et les études de détails. Les plans de projet des ouvrages d'art reçoivent l'approbation ministérielle le seulement, ainsi les travaux ne peuvent être lancés que début 1886. Le nombre d'ouvriers affectés au chantier de la Balagne n'est pas connu, mais l'on a évalué le personnel total travaillant alors sur la construction du réseau ferré corse à , toutes catégories confondues.

Les travaux se déroulent globalement assez bien, mais deux difficultés inattendues retardent l'achèvement de la ligne. La friabilité de la roche est en cause. Près de Palasca, un tunnel doit être construit en lieu et place d'une tranchée ouverte dont les parois risqueraient de s'effondrer. Entre Novella et Palasca, la voûte du tunnel du Conculi (P.K. 69,0) s'effondre pendant l'hiver 1888/89 et obstrue la voie. Une reconstruction ne paraît pas opportune, et une modification du tracé avec un tunnel plus profond est décidée. Ces travaux étant susceptibles de prendre du temps, un tracé de déviation provisoire est construit. Afin de réduire les retards accumulés dans les travaux, la CFD fait venir deux autres locomotives pour le train de chantier.

L'inauguration de la ligne se fait en deux temps : le de Ponte-Leccia à Palasca, et le de cette gare jusqu'au terminus de Calvi. La ligne atteint une longueur de . Pendant les premiers mois d'exploitation, les trains doivent franchir au pas le tracé provisoire au Conculi, incluant un passage à niveau avec le chemin de fer de chantier.

La desserte

Le schéma de la desserte est resté immuable pendant des décennies, tant sur le plan du nombre de trains par jour que sur les temps de parcours. Circulent donc deux trains par jour dans chaque sens, avec des départs de Calvi à 5 h 05 et 14 h 10, et des départs de Ponte-Leccia à 8 h 40 et 17 h 45 (été 1914). La CFD ne remplit donc pas son obligation de mettre en place trois aller-retours par ligne.

Le voyage dure trois heures pile dans les deux sens, soit une vitesse commerciale de . Il n'y a avec la traction à vapeur, ni de trains origine / destination Bastia, ni de trains supplémentaires entre Calvi et L'Île-Rousse. Pendant la Première Guerre mondiale, un seul aller-retour quotidien circule, partant de Calvi à 7 h 20 et de Ponte-Leccia à 16 h 00. Pendant les années 1920, le deuxième aller-retour revient, et il y a maintenant un train en même temps dans chaque sens sur la ligne. Les trains du matin partent simultanément de Calvi et Ponte-Leccia à 9 h 05, et ceux de l'après-midi respectivement à 13 h 35 et 14 h 05 à l'été 1929. Puis le premier départ de Calvi redevient plus matinal. En 1933, un train ne met « que » 2 h 52 de Ponte-Leccia à Calvi, alors que les trains mettent 3 h 05 dans le sens inverse.

L'introduction des autorails Billard A 150 D en 1938 apporte (en automne 1938 ou en 1939) deux aller-retours Calvi - Bastia sans changement à Ponte-Leccia, avec un temps de parcours de 3 h 05 pour la totalité du parcours et de 2 h 00 pour la section Calvi - Ponte-Leccia. C'est donc une amélioration dans un double sens. Ces autorails ne s'arrêtent qu'à Casamozza entre Ponte-Leccia et Bastia. Les départs se font à 6 h 45 et 14 h 00 de Calvi, et à 9 h 20 et 16 h 20 de Bastia. Un train à vapeur par sens est maintenu, ce qui apporte pour la première fois trois aller-retours quotidiens. L'omnibus à vapeur part de Calvi un quart d'heure après l'autorail matinal, la capacité de ce dernier n'étant que de 64 places assises s'il circule avec une remorque. Le retour depuis Ponte-Leccia s'effectue à 15 h 00, avec un temps de parcours de 3 h 20 permettant de supposer qu'il s'agit de trains marchandises-voyageurs. Cette période d'une desserte plus étoffée est de courte durée, car la Seconde Guerre mondiale provoque sa réduction de 50 % : restent un aller-retour par autorail, limité à Ponte-Leccia, et le train à vapeur devenu tri-hebdomadaire. L'aller-retour Ponte-Leccia - Calvi dans la journée n'est plus possible. Quatre ans après la Libération intervenue dès automne 1943 en Corse, ce même service réduit est toujours en place.

Vers 1950, les trains à vapeur disparaissent du service voyageurs. Bien que suffisamment d'autorails soient disponibles, la fréquence des trains reste d'un unique aller-retour quotidien au moins jusqu'à la fin du service d'hiver 1952/53. Puis il est de nouveau de deux aller-retours quotidiens, avec un troisième les dimanche soir uniquement. Les départs se font à 6 h 10 et 14 h 25 de Calvi, et à 8 h 20 et 16 h 10 de Bastia. Le temps de parcours est de 3 h 15 à 3 h 20, soit légèrement plus qu'avant-guerre, car les autorails desservent l'ensemble des gares. Pendant les soixante ans qui suivent, pratiquement plus rien ne change, sauf le matériel. D'une année sur l'autre, les horaires sont seulement légèrement ajustés. Ainsi, en 1998, les départs se font à 6 h 20 et 14 h 30 de Calvi, et à 8 h 45 et 16 h 35 de Bastia, avec des temps de parcours compris entre 3 h 05 et 3 h 20. Selon les années, le service est réduit à un unique aller-retour hors saison, de novembre à mars. Sous l'exploitation de la SACFS entre 1966 et 1971, un autorail de messageries circule les jours ouvrables, jumelé entre Ponte-Leccia et Bastia avec le service homologue en provenance et à destination d'Ajaccio. Pendant les étés de 1967 à 1971, deux rotations supplémentaires sont mises en place entre Calvi et Ponte-Leccia, bref épisode de fleurissement sans lendemain. En effet, les voyageurs-km augmentent à peine pendant cette période.

Dans l'après-guerre, la principale innovation est l'introduction des « trains-tramways de la Balagne » sur la section de entre Calvi et L'Île-Rousse, en été 1965. Il s'agit de la première desserte cadencée en France (hors Île-de-France). Treize arrêts intermédiaires sont desservis, dont onze sont des arrêts facultatifs créés à l'occasion, les seules gares d'origine étant Algajola, Sant'Ambroggio et Calenzana - Lumio. Au début, les trains-tramways vont au-delà de L'Île-Rousse jusqu'au point d'arrêt d'Île-Rousse Plage, avec un temps de parcours de 37 min seulement. La mission de cette nouvelle desserte est touristique ; ainsi, la période de fonctionnement est-elle limitée à la saison touristique de mai à octobre. L'horaire est renforcé en juillet et août et comporte alors entre huit et dix aller-retours. L'instauration des trains-tramways est généralement portée au crédit de la « Société auxiliaire des Chemins de Fer Secondaires » (SACFS), mais était en fait inscrite dans le cahier de charges contenu dans le décret de concession. Le succès commercial de cette offre est décisif pour le remplacement des petits autorails Billard par des Renault ABH8 vers 1978, jusque-là jamais utilisés sur la ligne. Ce simple changement de matériel nécessite un renouvellement de la voie pour ces engins plus lourds, qui cependant ne peuvent rouler aussi vite que les légers Billard. Afin de pouvoir maintenir le cadencement à l'heure, Île-Rousse Plage n'est plus desservie, et un nouveau point de croisement est aménagé à Sant'Ambroggio. Malgré le raccourcissement du trajet, le temps de parcours augmente de 50 % et passe à 50 min.

La traction

Parmi les quarante locomotives à vapeur de l'époque, quatre seulement furent affectées à la ligne de Ponte-Leccia à Calvi. Il s'agit des locomotives-tender à 56, uniques locomotives Fives-Lille des chemins de fer de la Corse, construites en 1891. Cette date laisse supposer que le début du service se faisait provisoirement avec d'autres machines. Les locomotives étaient stationnées au petit dépôt de Calvi, disposant d'une remise en quart-de-cercle avec trois voies de remise, mais pouvaient également passer la nuit dans la remise de Ponte-Leccia, à deux voies. Devant ces deux remises, des plaques tournantes étaient installées, et il y avait également des réserves à charbon et des grues à eau. En cours de route, l'eau pouvait être prise uniquement aux gares de Palasca et du Regino. Après la fin du service à vapeur en pour le service de voyageurs puis en 1954 pour le service des marchandises, ce dernier est repris par le locotracteur dit « la bête de Calvi » à partir du printemps de l'année suivante. Cette situation n'évoluera pas jusqu'à la suppression du trafic de marchandises entre Ponte-Leccia et Calvi une trentaine d'années plus-tard.

Les séries d'autorails des chemins de fer de la Corse n'ont pas toutes effectuées du service sur la ligne de la Balagne. De 1938 à 1975, la ligne est desservie par des autorails Billard A 150 D essentiellement, circulant avec remorque pendant la saison. Entre 1955 et 1957, un aller-retour est assuré par le locotracteur prénommé, remorquant un ancien autorail Billard A 210 D démotorisé transformé en remorque après l'avarie du moteur. À partir de 1966, les autorails Billard recarrossés par les Établissements Carde de Bordeaux sont introduits, dont les deux derniers ( et 526) restent en service jusqu'en 1983 et 1985. Cependant, les cinq nouveaux autorails CFD X 2000 assurent une partie des dessertes à partir de 1976, puis la quasi-totalité à partir de 1982. Ces autorails légers offrant une vue panoramique aux voyageurs sont l'unique matériel affecté à la ligne jusqu'à sa rénovation intégrale en 2008/2011 : le mauvais état de l'infrastructure n'a pas permis d'avoir recours aux Renault ABH8, ni aux Soulé X 97050. Les trains-tramways constituent cependant une exception : depuis 1977, ils sont assurés par des ABH8, d'abord à côté des Billard, puis en exclusivité.

Le trafic