La guerre de la Cinquième Coalition est un conflit qui opposa une coalition menée par l'empire d'Autriche et le Royaume-Uni à l'Empire français de Napoléon et à la Bavière. Les engagements entre la France et l'Autriche, les deux principaux belligérants, se déroulèrent dans toute l'Europe centrale entre avril et juillet 1809 et causèrent de lourdes pertes dans les deux camps. Le Royaume-Uni, déjà impliqué sur le continent dans la guerre d'Espagne, lança une expédition dans les Pays-Bas pour soulager l'Autriche mais celle-ci ne permit pas de changer le cours de la guerre. Malgré quelques victoires défensives mineures, l'absence dans la coalition de la Russie ou de la Prusse permit à Napoléon de remporter sur l'Autriche, dépassée en nombre, une victoire décisive lors de la sanglante bataille de Wagram.

Le traité de Schönbrunn qui met fin au conflit fut extrêmement dur pour l'Autriche. Metternich et l'archiduc Charles avaient la préservation de l'empire d'Autriche comme objectif fondamental et firent de larges concessions pour obtenir une alliance franco-autrichienne et un traité d'amitiéTodd Fisher & Gregory Fremont-Barnes, The Napoleonic Wars: The Rise and Fall of an Empire. p. 144. Si la plupart des terres héréditaires restaient aux mains des Habsbourg, l'Autriche dut céder les Provinces illyriennes à la France, la Galicie occidentale au duché de Varsovie, le Tyrol et Salzbourg au royaume de Bavière et la région de Tarnopol à la Russie. L'Autriche dut céder trois millions d'habitants, soit un cinquième de sa population totaleDavid G. Chandler, The Campaigns of Napoleon. p. 732.. Malgré la poursuite des combats dans la péninsule Ibérique, la guerre de la Cinquième Coalition fut le dernier conflit majeur en Europe jusqu'à ce que l'invasion française de la Russie en 1812 n'entraîne la création de la Sixième Coalition.

Contexte La guerre continue

Depuis 1792, l'Europe est en état de guerre quasi-permanent, opposant la France révolutionnaire à une série de coalitions. Après dix ans d'affrontements, la Première République remporte la victoire sur la Première, puis la Deuxième coalition. En mars 1802, la France (gouvernée par Napoléon en tant que Premier consul) et le Royaume-Uni acceptèrent de mettre fin aux hostilités lors du traité d'Amiens ; en 1804, la guerre reprend entre la France (toujours dirigée par Napoléon, devenu empereur) et ses alliés, et la Troisième coalition (Autriche, Russie, Royaume-Uni, Suède, Naples). Celle-ci se dissout à la fin de l'année 1805, à la suite de la victoire française d'Austerlitz sur les troupes austro-russes.

En 1806, une Quatrième coalition est organisée, la Prusse remplaçant l'empire d'Autriche. Les Prussiens sont écrasés à la double bataille d'Iéna-Auerstaedt, puis ce sont les troupes russes, après la sanglante mais indécise bataille d'Eylau, qui sont définitivement battus à Friedland en . Le traité de Tilsit qui mit fin à cette coalition et à deux ans d'affrontements en Europe consacra la position dominante de la France en Europe. Il affaiblit considérablement la Prusse et forma un axe franco-russe destiné à résoudre les conflits entre les nations européennes. Le blocus continental, visant à isoler le Royaume-Uni, qui n'a pas connu la défaite, du reste de l'Europe, est mis en œuvre à partir de 1806.

Pour appliquer totalement ce blocus, les forces françaises tentent d'intervenir au Portugal, seul pays encore en dehors de la sphère d'influence française. À la suite de l'échec de cette intervention, les Français interviennent dans les affaires intérieures espagnoles, profitant des rivalités de la monarchie bourbonne pour la renverser, et mettre à la place l'un des frères de Napoléon, Joseph Bonaparte à partir de 1808. Toutefois, si la monarchie écartée n'était pas extrêmement populaire, l'ingérence française dans la politique espagnole entraîne une résistance dans tout le pays, et mine la réputation de la puissance française : la guerre d'indépendance espagnole oblige l'empereur français, après la défaite de ses troupes à Bailén, à intervenir directement. Les Britanniques sont repoussés au Portugal après la bataille de La Corogne en , mais la guerre civile reste active, et gêne les nouvelles tentatives d'invasion du Portugal.

L'Autriche cherche une revanche

L'Autriche cherche une nouvelle confrontation avec la France pour venger les récentes défaites, et l'évolution de la guerre en Espagne l'encourage dans cette attitude. Elle est toutefois plus isolée que précédemment : la Russie a repris la guerre avec l'Empire ottoman ; elle est également engagée dans la guerre de Finlande avec la Suède, soutenue par le Royaume-Uni. La Prusse promet initialement d'aider l'Autriche mais renonce avant le déclenchement de la guerreFisher & Fremont-Barnes p. 106. À l'intérieur même du gouvernement de l'empire d'Autriche, le rapport de force entre pacifistes et bellicistes reste très équilibré : la large armée formée depuis la Troisième Coalition reste mobilisée, mais un rapport du ministre des Finances autrichien prévoit la faillite vers le milieu de l'année 1809 si cette mobilisation perdure. L'archiduc Charles Louis d'Autriche estime que les Autrichiens ne sont pas prêts pour une nouvelle confrontation avec Napoléon, mais, commandant suprême de l'armée, il ne veut pas la démobiliser. Le , les bellicistes au sein du gouvernement impérial ont finalement gain de cause et décident de relancer la guerre contre la France.

Le désastre d'Austerlitz et le traité de Presbourg de 1805 ont indiqué que l'armée autrichienne a besoin de réformes. Napoléon a offert le trône d'Autriche à Charles après Austerlitz, ce qui lui vaut la méfiance de son frère, l'empereur François II d'Autriche. Même si Charles est autorisé à mener des réformes dans l'armée autrichienne, François conserve le contrôle du Hofkriegsrat (Conseil aulique) afin de superviser les activités de Charles en tant que commandant suprêmeFisher & Fremont-Barnes p. 108.

vignette|L'archiduc Charles.

En 1806, Charles émet de nouvelles règles concernant l'armée et les tactiques. L'innovation principale était le concept de « mass », une formation anti-cavalerie fondée sur le carré militaire. Cette tactique n'est toutefois pas utilisée à moins d'être directement supervisée par Charles, les officiers autrichiens n'appréciant guère cette innovation. Après les défaites d'Ulm et d'Austerlitz, les Autrichiens réintroduisent le modèle de six compagnies par bataillon, en remplacement du modèle de quatre compagnies par bataillon introduit par Mack à la veille de la guerre en 1805. Mais les Autrichiens manquent de tirailleurs pour rivaliser avec leurs équivalents français ; la cavalerie est souvent divisée en petites unités dispersées dans toute l'armée et ne dispose pas de la puissance des larges unités de cavalerie françaises. Même si Charles tente d'introduire la structure de commandement française, les officiers autrichiens manquent souvent d'initiative et basent leurs décisions sur le plan initial ou sur des ordres écritsFisher & Fremont-Barnes pp. 108–9.

Préparatifs

Côté autrichien

Charles et le conseil aulique sont divisés sur la stratégie à suivre. Charles souhaite une puissante poussée depuis la Bohême afin d'isoler les forces françaises en Allemagne du Nord et achever rapidement les hostilitésDavid G. Chandler, The Campaigns of Napoleon. p. 676.. La plus grande partie de l'armée autrichienne étant déjà positionnée dans cette zone, cela semble l'opération la plus logique. Le conseil aulique est cependant réticent car le Danube diviserait dans ce cas les forces de Charles et celles de son frère, l'archiduc Jean. Il suggère à la place que l'attaque principale serait lancée au sud du Danube, pour pouvoir maintenir des communications aisées avec Vienne. Après de longues discussions, le conseil l'emporte mais un temps précieux a été perdu.

vignette|L'empereur Napoléon .

Comme l'Autriche a perdu de nombreux officiers et soldats réguliers et ne peut pas compter sur ses alliés habituels, elle utilise la levée en masse employée auparavant par les Français, contrastant avec le choix français de remplacer le système de levée (utilisé depuis 1792) par une armée professionnelle basée sur les vétérans et les troupes d'élite.

Le plan d'attaque autrichien prévoyait que les hommes de Bellegarde et les hommes de Kollowrat devaient attaquer Ratisbonne à partir des montagnes bohèmes en passant par le district de Cham. Le centre et les réserves autrichiens comprenant hommes devaient également avancer sur Ratisbonne en passant par Schärding et les soldats de l'aile gauche menés par Kienmayer devaient prendre Landshut et sécuriser le flanc gauche de l'offensiveChandler pp. 676–77. Par ailleurs, un corps d'armée de hommes, commandé par l'archiduc Ferdinand, était placé en Galicie afin d'envahir le duché de Varsovie, allié et vassal de l'Empire français et où stationnait la petite armée polonaise du général Józef Poniatowski.

Côté français

Napoléon n'est pas entièrement certain des intentions autrichiennes. Il est alors à Paris et conseille le principal commandant français dans le sud de l'Allemagne, le maréchal Berthier, sur les points stratégiques et le déploiement des forces. Il prévoit de faire de la vallée du Danube le principal théâtre d'opération, comme il l'avait fait en 1805 ; pour empêcher une invasion autrichienne de l'Italie du Nord, il y déploie des unités commandées par Eugène de Beauharnais et MarmontChandler p. 671. De mauvais renseignements donnent à Napoléon l'impression que l'attaque autrichienne principale viendrait au nord du DanubeChandler p. 672 et le , il écrit une lettre à Berthier expliquant son intention de masser soldats aux alentours de Ratisbonne, bien plus au nord d'où les Autrichiens prévoient d'attaquerChandler p. 673. Ces erreurs de jugements font que l'armée française est mal positionnée au début des hostilités.

Opérations militaires

vignette|Situation stratégique en Europe en février 1809.

L'Autriche frappe la première

vignette|Situation générale du 17 au 19 avril montrant les Autrichiens avançant vers la ville stratégique de Ratisbonne dans l'espoir de détruire le corps français isolé.

Au matin du , des éléments d'avant-garde de l'armée autrichienne franchirent l'Inn et entrèrent en Bavière. Les mauvaises routes et le temps pluvieux ralentirent l'avancée autrichienne durant la première semaine mais les unités bavaroises durent lentement se retirer. L'attaque autrichienne arriva une semaine avant ce que Napoléon avait anticipé et en son absence, le rôle de Berthier devint critique. Berthier se révéla être un mauvais commandant, une caractéristique aggravée par le fait que plusieurs messages de Paris arrivèrent en retard et furent mal interprétés lorsqu'ils arrivèrent au quartier généralChandler pp. 678–79. Alors que Napoléon avait écrit à Berthier qu'une attaque autrichienne avant le devrait être reçue par une concentration française autour de Donauwörth et d'Augsbourg, Berthier se concentra sur une phrase appelant Davout à stationner son corps autour de Ratisbonne et ordonna au « maréchal de fer » de progresser sur la ville en dépit de la pression autrichienne.