vignette|393x393px|Crèche d'un marché de Noël à Dülmen en Allemagne La crèche de Noël est une mise en scène associée au christianisme dans différents arts en trois dimensions (essentiellement la sculpture et le théâtre) de la Nativité, c'est-à-dire de la naissance de Jésus-Christ. Elle présente des personnages immuables, avec en premier lieu la Sainte Famille et surtout l'Enfant Jésus dans la mangeoire) d'une étable ou d'une grotte. Cette iconographie originelle s'enrichit progressivement avec différentes formules scéniques, personnages (bergers, anges, Rois mages) et animaux (bœuf, âne, moutons, chameaux) entourant l'Enfant Jésus nu ou emmaillotté dans son auge, son berceau ou sur la paille. La crèche de Noël peut être statique, mécanique ou vivante. Construction ou représentation occasionnelle et passagère, associée traditionnellement aux fêtes de Noël, elle est plus rarement une reproduction permanente et inamovible.

Les crèches se développent en Europe après la réalisation d'une crèche vivante par François d'Assise à Greccio, en Italie, la nuit de Noël 1223. À la fin du , les Jésuites, conscients du pouvoir de la célébration de la Nativité, multiplient dans toute la chrétienté les crèches en modèle réduit et s'en servent comme d'une catéchèse dans le cadre de la Contre-Réforme.

Les crèches de Noël permettent à la piété populaire de s'exprimer lors de cérémonies liturgiques ou paraliturgiques. Dans le cadre de la laïcisation de la fête de Noël, les crèches ne s'exposent plus seulement dans les églises mais aussi dans les maisons et les bâtiments publics.

Terminologie Le substantif féminin [consulté le 2016]. [consulté le 2016].Entrée , dans () [consulté le 2016].Entrée [consulté le 2016]. « crèche » est un emprunt à l'ancien bas francique *krippia, ou *krippja, apparenté au germanique *kribjon qui a donné Krippe en allemand, kribbe en néerlandais, krybbe en danois, crib en anglais.

Les mots italiens et Entrée [consulté le 2016]. sont dérivés du terme latin de la Vulgate, ou (de , « devant » et , « ceindre », ce terme désignant originellement l’enclos pour les animaux). L'espagnol Entrée [consulté le 2016]. et l'occitan betlèm est dérivé de la ville de Bethléem.

Pris absolument, la Crèche, ou Sainte Crèche, est la mangeoire pour animaux dans laquelle, d'après lÉvangile selon Luc (), l'Enfant-Jésus est déposé après sa naissance.

Origines et éléments figuratifs L'étable du récit évangélique vignette|Maquette d'une maison israélite avec une étable au niveau de sa cour centrale sans toit, probable lieu de naissance de Jésus.

D'après l'évangile selon saint Luc, Jésus est né dans une étable car ses parents n'ont pas trouvé un espace appropriéGrec , topos, « espace, place ». dans la (kataluma, « salle haute, salle de séjour » Maison d'une famille de classe moyenne avec la kataluma, archéologie en Israël antique.), terme qui ne se traduit pasL'évangile utilise le terme de pour désigner cet établissement commercial. par « hôtellerie », « auberge » ou « relais de caravansérail » mais désigne plus probablement la chambre prévue pour les hôtes, ce qui suggère que la Sainte Famille logeait chez des proches... L'évangile utilise le terme grec , « phatnê », traduit en latin dans la Vulgate par qui désigne l'étable à l'étage inférieur d'une maison israélite ou en plein air dans sa cour (une famille de condition moyenne y abritant la nuit un âne, une vache ou quelques moutons), mais aussi la stalle d'une étable, le râtelier ou la mangeoire selon le principe du « pars pro toto »..

Marie a placé Jésus dans cet endroit probablement attenant à la sans que l'évangile précise s'il s'agit d'une auge de pierreAuge creusée dans le sol ou dans le mur. surmontée d'un râtelier de bois destiné à porter le fourrage des bestiaux comme l'évoquent souvent les scènes de la Nativité.. Tout au plus peut-on considérer que l'étable fournissait chaleur et discrétion nécessaires pour un accouchement alors que la chambre d'hôte était pleine ou trop petite.. La mangeoire pour les animaux est désignée par le francique *krippia, le latin cripia, d'où est issu le mot « crèche » qui désigne spécifiquement à partir du la mangeoire dans laquelle le Christ a été déposé à sa naissancecrèche, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales..

La grotte de la tradition paléochrétienne Le thème légendaire de la naissance dans une grotte se développe au , d'abord dans le Dialogue avec Tryphon 78,5 de l'apologète et philosophe chrétien Justin de Naplouse puis dans le Protévangile de Jacques, ce qui suggère l'existence assez tôt d'une tradition locale sur le lieu précis de la naissance.. Les maisons à flanc de colline pouvaient en effet abriter une étable dans une grotte.. La Basilique de la Nativité de Bethléem est d'ailleurs construite au au-dessus de plusieurs grottesOrigène, Contra Celsum, livre I, chapitre LI..

L'Évangile du Pseudo-Matthieu du combine la version de la grotte et celle de la crèche : le voyage des parents est interrompu sur l'ordre d'un ange qui invite Marie à entrer dans une grotte où jaillit une lumière miraculeuse qui resplendit pendant tout son accouchement.

Deux jours après la naissance, Marie quitte la grotte, entre dans une étable et dépose l'enfant dans une crèche, le bœuf et l'âne l'adorant.Sur les sanctuaires préhistoriques moyenorientaux (post natoufien, -8000) organisant un culte autour de l'âne et du bœuf, cf. , Religions néolithiques de Syrie-Palestine, Librairie d'Amérique et d'Orient, Paris, 1972, cité dans Ch. Schreider, La première céramique en regardant les galets, Le Nouvel Obs, , Paris, 20 septembre 1976.. La tradition de l'association de ces deux animaux remonte au Livre d'Isaïe..

L'adoration par les bergers et les rois mages L'Évangile selon Matthieu raconte que les Rois mages adorent l'enfant à Bethléem même, dans une oikos (« maisonnée », de la Vulgate). L'allégorie des trois présents (encens, myrrhe et or) est reprise par les apocryphes. Le Pseudo-Matthieu fait donner par chacun des Mages, en sus des présents traditionnels, une pièce d'or..

La Légende dorée parvient à mêler tous ces éléments, évoquant le bœuf, unique tête de bétail de Joseph qu'il a emmené pour le vendre, l'âne servant de monture à la Vierge et juxtapose à six mots de distance, la de Matthieu et le de Luc..

Le récit de la crèche et de l'adoration des bergers et des mages ne doit pas faire l'objet d'une lecture littéraliste, mais appartient au registre littéraire du merveilleux et à la théologie métaphorique. En effet, les récits de l'enfance de Jésus, de Matthieu et Luc « posent de nombreux problèmes littéraires et historiques, tant leur écriture apparaît tardive, relevant plutôt du merveilleux à la manière des récits d'enfance du monde judéo-hellénistique »Charles Perrot, « Les récits de l'enfance de Jésus », dans Les dossiers d'archéologie, 1999–2000, , .. De plus, la triple mention de l'enfant « couché dans une crèche » (verset 7, 12 et 16) est un effet littéraire.. Outre ce merveilleux, le symbolisme de la crèche ou de la grotte est un rappel du dépouillement et de l'humble cadre du lieu de naissance du Christ, reprenant le motif théologique de la kénose..

Les représentations de la Nativité avec des crèches au cours des siècles Les fresques paléochrétiennes Les plus anciennes représentations de la Nativité sont issues de l'art paléochrétien. Elles sont essentiellement des fresques et des bas-reliefs datant du et surtout du ..

L'instauration de la fête de Noël au Haut Moyen Âge vignette|Crypte de la nativité de la basilique Sainte-Marie-Majeure avec son reliquaire de cristal et de bronze doré qui contient le « Saint-Berceau » selon la tradition.

En l'église Sainte-Marie de l'Incarnation de Jésus, aujourd'hui basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, une célébration de Noël est commémorée pendant la nuit du depuis le . En effet, la date du a été fixée comme date de la naissance du divin à cette époque. Les débats qui ont amené cette décision ont permis de développer une pratique religieuse autour de cet événement.

À partir du , des écrits tels que le Liber Pontificalis rapportent que la célébration de la nuit de Noël se déroulait dans cette église de Sainte-Marie à Rome, ce qui signifie littéralement « autour de la crèche », mais ce lieu désignait probablement l'« oratoire de la Crèche »Au , le pape Sixte V fait transférer cet oratoire dans la crypte de la Nativité sous le chœur de la basilique. La crypte contient un reliquaire abritant les reliques principales de la Nativité (cinq planches de bois du « Saint-Berceau » issues probablement de la crèche de la basilique de la Nativité et un lange de l'enfant Jésus) rapportées selon la tradition de Terre sainte par les pèlerins. Source : ., petite chapelle à quelques mètres de la basilique rappelant par sa disposition et ses reliques la grotte de Bethléem..

Le naturalisme franciscain du bas Moyen Âge vignette|gauche|Chapelle (construite en 1228) de la crèche de Greccio, fresque d'un auteur giottesque du avec la Vierge allaitant Jésus au sein et Joseph méditant.. vignette|Première crèche sculptée en pierre d'Arnolfo di Cambio en 1288, désormais exposée dans le musée de la basilique Sainte-Marie-Majeure.

Ce n'est probablement qu'à partir du que l'on célèbre la fête de l'Épiphanie avec l'adoration de l'enfant Jésus par les trois mages, Gaspar, Melchior et Balthazar. C'est dans ce deuxième courant de dévotion que se situe saint François d'Assise.