La cathédrale d'Ely est située dans la ville d'Ely dans le Cambridgeshire en Angleterre. Ancienne abbaye saxonne fondée en 673, elle est détruite par les Vikings, puis restaurée suivant la règle de saint Benoît en 970. Après la conquête de l'Angleterre par les Normands, l'église est reconstruite sous les vocables de saint Pierre et de la Vierge par l'abbé Siméon (1081-1093) et devient le siège d'un évêché en 1109. Après la dissolution des monastères de 1539, Cathedral Church of the Holy and Undivided Trinity of Ely devient l'église mère du diocèse d'Ely de l'Église d'Angleterre, dans la région de l'Est-Anglie.
Monument classé de Grade I pour son exceptionnelle qualité, elle conserve une nef, des transepts et une partie de la façade ouest construits par les Normands en styles roman et roman tardif. L'église primitive est transformée avec l'ajout d'une galilée en gothique primitif, un chœur en gothique décoré et une merveilleuse lanterne octogonale. L'ensemble est construit avec des proportions typiquement anglaises.
La période anglo-saxonne
Le site de la cathédrale actuelle était autrefois une île au milieu de marais et était si peu accessible qu'elle fut un important point de la résistance anglo-saxonne aux Normands entre 1066 et 1071.
Le premier édifice chrétien construit en ce lieu est le monastère double fondé en 673 par sainte Etheldrède, princesse saxonne de la région East-Anglie, qui repose d'ailleurs à l'intérieur de la cathédrale, face au maître-autel. Détruit par les Danois en 870, le monastère est reconstruit pour devenir une communauté bénédictine en 970 par l'évêque de la cathédrale de Winchester Æthelwold et devient l'un des plus riches d'Angleterre. L'église est dédiée à saint Pierre et à la Vierge par Dunstan en 974. Il ne reste rien des constructions saxonnes de l'abbaye, mais des tombes sont trouvées à l'est de la nef actuelle City of Ely: Cathedral.
La période normande Contexte Avant la conquête normande de l'Angleterre en 1066, dans le litige entre le roi Harold et Guillaume le Bâtard, le pape donne raison à Guillaume, car il s'engage à réformer l'Église d'Angleterre.. Après 1066, la reconstruction complète des cathédrales saxonnes d'Angleterre par les Normands représente le plus important programme de constructions ecclésiastiques de l'Europe médiévale et les plus grandes structures érigées dans l'Europe chrétienne depuis la fin de l'Empire romain. Toutes les cathédrales médiévales d'Angleterre sauf Salisbury, Lichfied et Wells ont des traces d'architecture normande. La cathédrale de Peterborough, la cathédrale de Durham, et la cathédrale de Norwich sont presque entièrement normandes et dans les autres, il reste des parties importantes dont une partie de la nef et des transepts et la tour sud-ouest de la cathédrale d'Ely.. Guillaume le Conquérant nomme Lanfranc abbé de l'abbaye Saint-Étienne de Caen, archevêque de Canterbury en 1070 pour restructurer l'Église d'Angleterre. Pendant les absences du roi, Lanfranc et Odon de Bayeux dominent le conseil qui administre le royaume.
Architecture thumb|upright|Tour sud-ouest normande. thumb|upright=1.5|Plan primitif de la cathédrale normande. thumb|Nef romane normande. thumb|Détails d'architecture romane normande.
Foyer de résistance à l'expansion normande, le roi Guillaume le Conquérant tient l'abbaye d'Ely pour responsable de la révolte de 1068-1071, la frappe d'une lourde amende et y met une garnison de chevaliers normands. Mais après une assez longue période de suspicion, les Normands jugent indispensable de montrer leur force irrésistible et commencent la reconstruction.
L'abbaye d'Ely est reprise en main par un moine de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen : Siméon, ancien prieur et bâtisseur de la cathédrale de Winchester, mais aussi le frère de l'évêque de cette ville. Ce Normand se met au travail dès 1081 et construit presque sans interruption pendant une dizaine d'années. À sa mort en 1093, le plan est entièrement dessiné et le chantier déjà très avancé. On y trouve de nombreuses similitudes avec la cathédrale de Winchester : plan cruciforme avec tour à la croisée du transept, abside demi-circulaire et élévation à trois niveaux. Le chœur de quatre travées terminé à l'est par une abside sans déambulatoire a aujourd'hui disparu, mais il reste la partie basse du mur est du transept.
Après un arrêt de sept ans dû à la rapacité du roi Guillaume le Roux, les travaux reprennent après 1100 avec l'abbé Richard, venu de l'abbaye du Bec en Normandie. C'est un membre d'une très noble famille, proche de la dynastie normande et au bout de cinq ans, toute la moitié est de l'église peut être mise en service. Les reliques de sainte Etheldreda et de ses acolytes Sexburga et Withberga y sont transférées.
En 1109, cette très belle église, une des plus belles d'Angleterre est jugée digne de devenir un siège épiscopal au profit du Breton Hervey. L'abbatiale est élevée en cathédrale, ce qui donne un double caractère à l'édifice : épiscopal et monastique. Cette double fonction est fréquente en Angleterre où les cathédrales sont souvent entourées de cloîtres et de bâtiments conventuels, comme à la cathédrale de Canterbury, la cathédrale de Winchester, la cathédrale de Durham...
Ce changement de fonction donne lieu à un partage de revenus peu propice à la poursuite des travaux. La construction de la cathédrale, qui reprend après 1133 en dépit des guerres civiles avec la partie ouest, l'achèvement de la nef et la façade, un second transept complet avec des chapelles orientées à chaque croisillon, est terminée vers 1180 par l'évêque Geoffroy Ridel. Ce massif occidental est une disposition rare dans les îles britanniques : on la retrouve à l'abbaye de Kelso en Écosse. Il peut être d'origine carolingienne ou ottonienne, mais à Ely, il doit être un héritage direct de l'église saxonne du . De style roman tardif, il annonce le gothique primitif par la légèreté relative des arcatures plaquées employées ici de manière systématique.
Sculpture Contexte La sculpture romane en Angleterre est liée à l'art normand avec des apports de l'art anglo-saxon qui l'a précédé. L'art primitif anglo-saxon n'est pas un simple rameau de l'art ottonien, il est lié aux traditions locales comme aux arts de Scandinavie introduits par les Vikings. Il a été façonné par des influences diverses : celle des ivoires carolingiens, des enluminures des écoles de Winsminster, des tombes et des croix scandinaves. Dans tous les cas, les sculpteurs ont peu de souci de l'accord à établir entre leurs productions et le cadre architectural.
Au moment de la conquête, la sculpture normande est en pleine vitalité et en contact avec les différents centres qui fleurissent alors. Un style purement normand, œuvre probable d'architectes venus de Normandie, s'impose après la conquête dans la plupart des édifices britanniques.
Des motifs continentaux sont introduits comme ceux en faible relief qui dessinent des étoiles, des losanges et des formes anguleuses. Cet ornement est très populaire à la fin du et le début du , comme l'attestent de nombreux portails décorés de chevrons et autres motifs abstraits. L'introduction en Angleterre du tympan semble coïncider avec l'arrivée des Normands..
Les artistes anglo-saxons sont appréciés et non méprisés par les Normands et jouent à ce moment-là un rôle essentiel. Certains chapiteaux de la cathédrale d'Ely composés vers 1090 à la manière normande ont des méplats jetés sur la corbeille et s'inspirent d'œuvres comme la tapisserie de Bayeux exécutée par des Anglo-saxons.
À l'église de Milborne Port, le portail des environs de 1090 est de style anglo-saxon et les lions affrontés du tympan se retrouvent sur les chapiteaux de la cathédrale d'Ely, comme sur les bordures de la tapisserie de Bayeux. Les chapiteaux des piédroits montrent une tête animale qui sort directement d'un manuscrit de la cathédrale de Winchester, comme les chapiteaux de la tour centrale.
La sculpture anglaise ne peut s'empêcher, du fait de ces traditions, de transformer en décor à fleur de pierre ce qui ailleurs est un élément monumental, comme aux portails de la cathédrale d'Ely et de Water Straford.. Les moulures et les dessins géométriques, les arcatures sont les formes géométriques majeures, en particulier à l'extérieur.
Les sculpteurs normands ont adapté la sculpture à l'architecture, tandis que les Anglo-saxons insèrent des panneaux dans les murs, sans lien avec les éléments de structure.
Sculptures subsistantes thumb|upright|La porte du prieur.
La cathédrale conserve plusieurs séries de chapiteaux dans les bras des transepts, des modillons, trois portes de communication avec le cloître et une pierre tombale d'évêque de cette période romane. Elles sont réalisées avec la pierre des carrières de Barnack et on trouve des liens stylistiques liés aux sculpteurs des petites églises des environs de Barnack.
Les chapiteaux des bras des transepts, surtout ceux du sud, définissent un style anglo-normand avec des éléments normands : animaux fantastiques qui viennent des techniques utilisées dans les bordures de la Tapisserie de Bayeux, des éléments anglo-saxons comme les feuillages empruntés aux enluminures et des éléments géométriques communs aux pays des deux côtés de la Manche.
Les trois portes dites des Vestiaires dans le bras sud du transept, des Moines et du Prieur dans le bas-côté sud de la nef, témoignent du brillant développement de la sculpture romane à Ely vers 1135. Le décor de ces portes est d'une exceptionnelle richesse avec des feuillages, rinceaux, cannelures en spirales, animaux réels et fantastiques, des sujets sacrés et profanes.
Le tympan de la porte du Prieur a une valeur particulière, car on y voit un Christ jeune et imberbe en majesté, tenant un livre avec une croix de la main gauche et bénissant de la main droite. Dans ce thème classique, le visage imberbe et la croix sont des particularités notables, comme les deux anges, dont l'un est barbu.
La pierre tombale, qui est peut-être celle de l'évêque Néel, représente sous une arcature surmontée de motifs architecturaux l'archange Saint Michel tenant une petite figure pourvue d'une crosse qui peut représenter l'âme d'un évêque d'Ely. Réalisée en pierre de Tournai, cette œuvre vient des carrières qui ont aussi donné la série de fonts baptismaux comme celui de la cathédrale de Winchester.
Manuscrits et enluminures Contexte Le manuscrit est une source irremplaçable de connaissance et d'appréciation du niveau intellectuel, culturel et artistique des catégories de la société qui selon les époques et les circonstances y ont accès. À l'époque romane, la production et la décoration des livres se fait essentiellement en milieu religieux et aux sièges des évêchés. La conquête normande de l'Angleterre coïncide en Europe occidentale avec une période de renouveau intellectuel et de réforme ecclésiastique qui demande des livres apportant des réponses aux questions de théologie, de doctrine et de philosophie. Les ouvrages les plus importants après la Bible sont les écrits des Pères de l'Église latine : Augustin, Jérôme, Grégoire et Ambroise.