Agvan Dorjiev (, translit: ; ; ), Agvan Lobsan Dorzhiev, Dorjieff ou Tsenyi Khempo (1853-) est un moine bouddhiste gelugpa, un Khori-Bouriate, sujet russe, puis citoyen soviétique, né dans le village de , près d'Oulan-Oude, à l'est du lac Baïkal, en Bouriatie Guide de voyage Red Star. Il fut un acteur majeur de la politique du Tibet des années 1890 à 1920, étant notamment l'ambassadeur du dalaï-lama, Thubten Gyatso, auprès de la cour russe à Saint-Pétersbourg avant la Révolution d'Octobre. Il fut également le confident et l'ami du dalaï-lama.
Biographie Études bouddhistes au Tibet thumb|left|Le monastère de Drepung, où Agvan Dorjiev a étudiéIl quitta son domicile en 1873 à dix-neuf ans pour rejoindre le monastère gelugpa de Drepung proche de Lhassa, le plus grand de tout le Tibet. Après avoir complété avec succès le cursus religieux traditionnel, il commença des études académiques bouddhistes de Geshe Lharampa (le plus haut niveau en philosophie bouddhiste)<ref> Chö-Yang: La Voix de la religion et de la culture Tibétaine'. Year of Tibet Edition, p. 80. 1991. Gangchen Kyishong, Dharamsala, Inde.</ref>. Il continua cette formation jusqu'au milieu des années 1880 et, après quinze années d'études, obtint le titre de Tsanit Khenpo, qui peut se traduire par Maitre de la philosophie bouddhiste ou encore par Professeur de Métaphysique Bouddhiste Ostrovskaya-Junior, Elena A. "Buddhism in Saint Petersburg." John Snelling. (1990). The Sacred Mountain: The Complete Guide to Tibet's Mount Kailas. (1983). Édition augmentée (1990), p. 232. London and The Hague: East-West Publications. .. Il devint un des enseignants du dalaï-lama avec lequel il débattait et garda ce poste jusqu'à la fin des années 1910. Il contribua probablement également à protéger le jeune dalaï-Lama des intrigues de la cour de Lhassa. Il était très proche de son disciple, avec lequel il entretenait des relations suivies Helen Hundley. (1993). "Tibet's part in the 'great game.' (Agvan Dorjiev)." History Today, Vol. 43, pp. 45-50 Patrick French Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, p. 186. (1994). Reprint: Flamingo, London. .
Représentant du dalaï-lama vignette|Nicolas II de Russie vignette|gauche| dalaï-lama, Thubten Gyatso vignette|gauche|Pastel de Félix Régamey figurant la cérémonie bouddhique tibétaine au musée Guimet présidée par Agvan Dorjiev à laquelle assistent Georges Clemenceau (au premier plan à droite) et Alexandra David-Néel le 27 juin 1898. vignette|Agvan Dorjiev sortant du Palais de Peterhof après une audience avec le tsar le 23 juin 1901 En 1896, le tsar Nicolas II donna à Agvan Dorjiev une montre monogrammée de grande valeur pour les services qu'il avait rendus aux agents russes de Piotr Badmaïev à LhassaMartin Saxer (2004). Voyage avec la médecine Tibétaine : Comment la médecine Tibétaine arriva à l'Occident: L'histoire de la famille Badmayev, p. 35. Masters Thesis, Université de Zurich.. Au début de l'année 1898, Dorjiev se rend à Saint-Pétersbourg afin de Hugh E. Richardson (1984) Tibet and its History. Second Edition, p. 81. Édition revue et augmentée, p. 106. Shambhala, Boston & London. .. Il se lia ainsi d'amitié avec le prince Esper Esperovitch Oukhtomskyi, gentilhomme de la cour du tsar et orientaliste. Lors de sa quête, Dorjiev fut présenté au tsar. Avant de retourner à Lhassa, Dorjiev se rendit avec son assistant à ParisAlexandre Andreyev, Soviet Russia and Tibet: The Debarcle of Secret Diplomacy, 1918-1930s, p. 28 et à Londres Patrick French, Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, p. 187. (1994). Flamingo, Londres. . Martin Saxer,(2004). Journeys with Tibetan Medicine: How Tibetan Medicine came to the West: The Story of the Badmayev Family, p. 35.Thèse, Université de Zurich. lire en ligne. Il est vraisemblablement le premier représentant de la culture tibétaine à se rendre en OccidentEarly Twentieth-Century Tibetan Encounters with the West. En France, la visite de Dordjiev, porteur d'une lettre d'introduction de Sergueï Oldenbourg, a pour but d'établir une entente franco-russe pour le Tibet, selon Sylvain LéviSylvain Lévi, Sergueï Oldenbourg, Correspondances orientalistes entre Paris et Saint Pétersbourg (1887-1935), p. 119 : . A Paris, il a une entrevue avec Georges Clemenceau. Il est présenté à Émile Guimet par Joseph DenikerHervé Beaumont, Les aventures d'Émile Guimet (1836-1918). Un industriel voyageur, p. 204. Le , assisté de Rabdanov, il conduit une cérémonie bouddhique tibétaine, la première en France selon Roland BarrauxRoland Barraux, Histoire des dalaï-lamas: Quatorze reflets sur le Lac des Visions, p. 190, au musée Guimet en présence de Georges Clemenceau et d'Alexandra David-NéelFred Campoy, Une vie avec Alexandra David Néel - Tome 2, p. 91.. Il donne également un long exposé sur le bouddhisme en mongol traduit simultanément en russe par Rabdanov, puis du russe en Français par Deniker. Alexandra David-Néel qui se convertira plus tard au bouddhisme pose timidement quelques questions. En , il est à LondresSketch: A Journal of Art and Actuality, volume 27, p. 356.
Dans les années 1890, Dorjiev avait commencé à répandre la légende selon laquelle la Russie était le territoire mythique de Shambhala, que le tsar était celui qui sauverait le bouddhisme, car il était une émanation de Tara blanche. Il avait également répandu chez les Tibétains l'idée selon laquelle le bouddhisme se diffusait en Russie et que cette dernière pourrait être une alliée contre les manigances britanniques.
Au printemps 1900, Dorjiev retourna en Russie avec six autres représentants de Thubten Gyatso, le dalaï-lama tibétain. Ils voyagèrent à travers l'Inde et rencontrèrent le tsar au palais Livadia, en Crimée Helen Hundley (1993). "Tibet's part in the 'great game.' (Agvan Dorjiev)." History Today, Vol. 43 (Oct. 1993), pp. 45-50. Téléchargé depuis ce lien. Spencer Chapman (1940). Lhasa: The Holy City, p. 131. Readers Union Ltd., Londres..
En 1901, Thubten Chökyi Nyima, le panchen-lama, reçut une visite d'Agvan Dorjiev. Même si ce dernier ne resta que deux jours à Tashilhunpo, il reçut quelques enseignements secrets de la part du panchen-lama, comme des lectures des Prières de Shambhala écrites par Lobsang Palden Yeshe, le panchen-lama. Chökyi Nyima fit aussi à Dorjiev quelques cadeaux, dont plusieurs statues d'or John Snelling (1993). Buddhism in Russia: The Story of Agvan Dorzhiev : Lhasa's Emissary to the Tsar, p. 77. Element Books. .
Craintes des Britanniques
vignette|gauche|La ville de Gyantse et le fort (en arrière-plan) En 1903 Lord George Curzon, vice-roi d'Inde et Sir Francis Younghusband, devinrent tous deux convaincus que la Russie et le Tibet avaient signé des traités secrets menaçant les intérêts britanniques en Inde, et soupçonnèrent Dorjiev de travailler pour le gouvernement russe Patrick French Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, p. 188. (1994). Flamingo, Londres . Martin Saxer (2004). Journeys with Tibetan Medicine: How Tibetan Medicine came to the West: The Story of the Badmayev Family, p. 37. Université de Zurich. Consultable en ligne ce qui servit d'excuse pour l'invasion britannique du Tibet en 1904. Des rumeurs couraient également selon lesquelles Dorjiev était responsable de l'arsenal de Lhassa et qu'il dirigeait des opérations militaires depuis le fort de Gyangzê Dong Patrick French. Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, p. 233. (1994). Flamingo, Londres. .. Il apparut finalement que ces rumeurs étaient fausses et il n'y a aucune preuve permettant de dire que Dorjiev était alors un agent du tsar, même s'il avait à plusieurs reprises été envoyé comme ambassadeur du dalaï-lama, et du TibetAlexandre Andreyev, Soviet Russia and Tibet: the debacle of secret diplomacy, 1918-1930s, Éditeur BRILL, 2003, , p. 114 : Robert P. Geraci, Michael Khodarkovsky, Of religion and empire: missions, conversion, and tolerance in Tsarist Russia, Cornell University Press, 2001, p. 225 Slovenská akadémia vied. Kabinet orientalistiky Asian and African studies, Volumes 11 à 12, Éditeur Vydavatel̕stvo Slovenskej akadémie vied, 2002, p. 17 : , pour essayer d'obtenir le soutien de la noblesse russe Patrick French. Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, p. 241. (1994). Reprint: Flamingo, London. ..
Thomas Laird (2006). The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, p. 221. Grove Press, N.Y. . dit le dalaï-lama dans une déclaration à propos de Dorjiev.
Pendant l'invasion britannique du Tibet par Sir Francis Younghusband au début de l'année 1904, Dorjiev réussit à convaincre le dalaï-lama de fuir à Oulan-Bator, en Mongolie, à environ au nord de Lhassa. Il y passa environ un an à enseigner aux Mongols. Le , la convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet fut signée au palais du Potala. Alors que le dalaï-lama visitait le monastère de Kumbum et voyageait à travers le Xining vers Pékin, il fut convié à une audience avec le jeune empereur de Chine, en face duquel il refusa de se soumettre au rituel du kowtow. Il resta à Pékin jusqu'en 1908. Quand il retourna au Tibet, il commença à réorganiser le gouvernement, mais la Chine envahit le Tibet moins de deux mois plus tard, ce qui le força à la fuite vers l'Inde Spencer Chapman. (1940). Lhasa: The Holy City, p. 133. Readers Union Ltd., Londres.. Au cours de l’été 1912, le dalaï-lama rencontra Agvan Dorjiev à Phari-Dzong, et ce dernier l’accompagna ensuite au monastère de Samding, avant son retour à LhassaAlexander Andreyev, Soviet Russia and Tibet. Il ne put retourner à Lhassa avant que les Tibétains ne chassent les Chinois deux ans plus tard. Le Tibet expérimenta une période de relative stabilité jusqu'à sa mort en 1933 et profita de bonnes relations avec les Britanniques Helen Hundley. (1993). "Tibet's part in the 'Great Game.' (Agvan Dorjiev)." History Today, Vol. 43 (Oct. 1993), pp. 45-50. Consultable en ligne. Patrick French. Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, pp. 258-259. (1994). Flamingo, Londres. .
Le communisme, son arrestation par le NKVD et sa mort vignette|Emblème du NKVD Après la Révolution d'Octobre, Dorjiev fut condamné à mort, mais obtint un sursis grâce à l'intervention d'amis de Saint-Pétersbourg. Malheureusement, le temple bouddhiste de Saint-Petersbourg fut pillé et ses papiers brûlés. Dorjiev n'était pas, à l'origine du moins, opposé à la conversion de monastères en sovkhozes. En 1926, les monastères bouddhistes de Bouriatie furent nationalisés. La responsabilité de la gestion des monastères fut confiée à la communauté. Le clergé fut dépossédé de son pouvoir. Malgré cette hostilité du pouvoir central, les monastères restèrent très actifs Martin Saxer (2004). Journeys with Tibetan Medicine: How Tibetan Medicine came to the West: The Story of the Badmayev Family, p. 35. Masters Thesis, p. 50. Université de Zurich. Consultable en ligne. En , il organisa une conférence de docteurs tibétains à Atsagat. Des propositions furent faites pour créer un institut central ayant pour visée de superviser la production et la standardisation des médecines tibétaines Martin Saxer (2004). Journeys with Tibetan Medicine: How Tibetan Medicine came to the West: The Story of the Badmayev Family, p. 50. Masters Thesis, p. 50. Université de Zurich. Consultable en ligne.
Il réussit à coexister avec les communistes pendant les années 1920, mais fut encore arrêté pendant les Grandes Purges staliniennes le par le NKVD, et accusé de trahison, préparation d'un soulèvement armé et espionnage en faveur des Japonais et des Mongols. Il mourut dans un poste de police, apparemment d'un arrêt cardiaque, ce après avoir été transféré de sa cellule vers l'hôpital le à l'âge de 85 ans Patrick French. Younghusband: The Last Great Imperial Adventurer, pp. 259-260. (1994). Flamingo, Londres.. Alexandr Andreev. (1991). "Agwan Dorjiev and the Buddhist Temple in Petrograd", p. 221.