En géomorphologie, une grotte est une cavité souterraine naturelle comportant au moins une partie horizontale accessible ; ce qui peut la distinguer d'un aven, d'un gouffre, d'un abîme, etc.
Une grotte peut se former dans des structures minérales solubles par l'eau : principalement les roches carbonatées (cavités karstiques) ainsi que le gypse et l'anhydrite, voire le sel gemme, le grès et le quartzite, le gneiss et le granite, le basalte et certains conglomérats (cavités pseudokarstiques).
Une grotte peut servir d'abri ou d'habitat .
Étymologie et traductions Le mot grotte est emprunté à l'italien qui remplace en 1537 le moyen français croute, lui-même issu du latin (crypta) ayant pour origine le verbe grec « cacher, couvrir ».
Les désignations correspondantes sont (et les variantes plus rares , , et ) en arpitan. et et en occitan. ; ces termes sont fréquemment francisés en balme, barme, baume (comme dans le toponyme tautologique La Balme-les-Grottes, nom d'une commune de l'Isère).
À l'instar de cette dernière, le terme anglais cave à une acception plus vaste en désignant aussi des cavités verticales.
Définitions Selon le dictionnaire Les mots de la géographie, les grottes « [vues] surtout comme abris, refuge, n'ont pas la même connotation redoutable que les antres, gouffres et abîmes, ni la puissance de rêve des cavernes, bien qu'il s'agisse de la même chose ». La première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694) précise qu'une grotte peut être « naturelle ou faite par artifice ».
Selon Philippe Marchetti, journaliste au magazine Ça m'intéresse, .
Grottes et cavernes naturelles Géomorphologie Une grotte est qualifiée d'active si l'infiltration des eaux s'y poursuit, contribuant ainsi à la transformation de la cavité par creusement, dépôts de sédiments et formations de spéléothèmes. Certaines grottes connectées à un réseau hydrogéologique dynamique peuvent comporter un lac souterrain.
La plupart des grottes karstiques sont épigènes (creusées par l'action des eaux météoriques), par opposition aux grottes hypogènes formées par des eaux d'origine profonde (ex. : les eaux minéralisées ou thermales).
Etudiée depuis la fin du , la karstogenèse dite « fantôme de roche » est une altération modérée des carbonates, avec séparation de phase. La phase soluble inclut principalement le calcium, le magnésium, le bicarbonate et la silice colloïdale. Ces composants sortent du système par la voie souterraine. Par ailleurs, la phase solide est constituée d'altérite résiduelle qui inclut une partie des carbonates moins solubles (par exemple, la calcite sparitique et la dolomie), et les composants insolubles comme les minéraux argileux, le quartz et la matière organique. Dans un premier temps, les masses formées par les éléments solides évoluent : leur porosité et leur fragilité mécanique augmentent. Ceci se déroule lorsque le potentiel hydrodynamique est très réduit, avec des circulations phréatiques très lentes mais chimiquement agressives. Les volumes ainsi créées peuvent être totalement circonscrits dans la masse rocheuse (pseudoendokarsts), ou peuvent prendre la forme de couloirs descendant du toit de la roche mère, remplis par l'altérite résiduelle. Dans un second temps, une surrection et l'incision des rivières apporte un potentiel hydrodynamique et l'altérite peut être mécaniquement érodée par des circulations fluviatiles : c'est la formation de grottes « spéléologiques »...
Faune et flore
L'étude de la faune et de la flore cavernicoles est l'objet de la biospéologie. Cette science s'intéresse principalement aux espèces troglobies vivant exclusivement en cavités souterraines, troglophiles n'y passant qu'une partie de leur vie et trogloxènes dont la présence y est occasionnelle. Concernant les animaux à sang chaud, généralement, les espèces volantes (chauves-souris, oiseaux) les ont plus facilement colonisées. Les grottes (aven-pièges notamment) sont des sites privilégiés pour les paléontologues car ils ont souvent piégé et conservé les ossements d'animaux fossiles. Les peintures rupestres préhistoriques renseignent aussi sur les paléoenvironnements des époques correspondantes. Les grottes marines et sous-marines constituent des biotopes particuliersHarmelin J. G., Vacelet J., & Vasseur P. (1985), Les grottes sous-marines obscures: un milieu extrême et un remarquable biotope refuge, Téthys, 1(3-4), , (notice Inist-CNRS). Dans de nombreux pays, dont la France, la qualité des habitats naturels de grotte tendent à se dégrader (en France, 68 % seulement sont encore classés favorable, pour 24 % défavorable et 8 % inconnu selon Bensettiti et Puissauve - 2015 - repris par le CCG en 2016) CGDD (Commissariat général au développement durable) http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/EFESE-RI_v20161216.pdf Rapport intermédiaire de l'évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques] (Efese), publié mi-décembre 2016.
Exploitation par l'Homme
Des groupes d'hommes préhistoriques se sont abrités dans des grottes, y exprimant parfois un art pariétal. Par la suite, certaines grottes ont été aménagées en habitat troglodytique.
Des grottes préhistoriques jusqu'aux interprétations psychanalytiques jungiennes du , en passant par le mythe de la caverne de Platon, les grottes souterraines ou marines se sont vu attribuer des fonctions sociales, initiatiques, religieuses ou symboliques diverses.
Des grottes sanctuaires, généralement bien accessibles et situées près des zones habitées, abritent des objets religieux (par ex. la grotte de Lourdes) et sont parfois assorties de légendes ou croyances diverses. La traduction anglaise appropriée pour ces grottes sanctuaires est .
Il existe de nombreuses grottes naturelles ouvertes au public partout dans le monde. Ces grottes touristiques représentent une activité économique parfois non négligeable : on parle alors de grottes aménagées. Fort prisé des touristes, Crystal Caves, près de St. Georges, aux Bermudes, en est un bon exemple.
En Asie du Sud-Est notamment, des grottes ont servi de cimetière à des générations de familles, abritant les restes parfois momifiés des ancêtres. D'autres sont depuis longtemps exploitées pour le guano des oiseaux et/ou des chauves-souris ainsi que pour les nids d'hirondelles. Des grottes ont aussi servi d'abri à certains brigands et pirates, suscitant de nombreuses histoires de « grotte aux trésors ». Elles ont aussi servi de caches durant les guerres civiles ou les invasions (cf. les muches en Picardie et les souterrains d'Audenarde en Belgique).
Records
En Europe, la grotte du Hölloch en Suisse est la seconde plus longue grotte connue« La Suisse de tous les records! », L'Illustré, , 29 juillet 2015, ., après la grotte Optimiste en Ukraine.
Architecture : les grottes artificielles
thumb|Grotte de l'actuelle , Sinn, Hesse, Allemagne. thumb|Grotte du parc du château de Wilhelmsthal, Calden, Allemagne.|alt= Les grottes artificielles sont des éléments fréquents à travers l'histoire des jardins européens.. Dans l'Antiquité, les grottes étaient vénérées comme habitat des divinités et des nymphes ; avec la redécouverte des Anciens, ce type d'édifice a fait l'ornement des jardins princiers d'Italie puis de France vers le milieu du , devenant l'une des expressions du style maniériste. Vasari donne une typologie des grottes artificielles dans l'introduction des Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550).
Deux célèbres grottes subsistent au jardin de Boboli au Palazzo Pitti à Florence, la première conçue par Niccolò Tribolo († 1550), la seconde commencée par Giorgio Vasari et achevée par Bartolomeo Ammannati et Bernardo Buontalenti entre 1583 et 1593. Cette dernière abritait à l'origine les Prisonniers de Michel-Ange. La grotte des jardins de la Villa Castello, près de Florence, aurait été aménagée antérieurement par Tribolo. Toujours près de Florence, la villa de Pratolino possédait de nombreuses grottes, dont celle de Cupidon (toujours visible), équipée de jets d'eau cachés destinés à arroser à l'improviste les hôtes inattentifs. La Fonte della Fata Morgana à Grassina, non loin de Florence, est une fabrique de jardin construite en 1573-1574 sur les immenses terrains de la Villa Il Riposo de Bernardo Vecchietti. Elle est ornée de sculptures dans le style de Jean Bologne. thumb|Entrée de la grotte de la , province de Lucques, Toscane, Italie. Le parement extérieur des grottes artificielles pouvait être architecturé, évoquant un portail rustique ou la façade d'un temple, ou au contraire prendre l'apparence d'un rocher ou d'une corniche rocheuse. On trouvait ordinairement à l'intérieur des fontaines, des concrétions, des stalactites et même des imitations de pierres précieuses et des trompes (parfois en céramique) ; hermès, sirènes et naïades dont les amphores se vidaient dans un bassin, donnaient le ton. Les grottes, fraîches et saturées d'humidité, offraient une retraite appréciable sous le soleil d'Italie, mais elles se prêtèrent aussi bien au climat pluvieux de l'Île-de-France, telle la fameuse grotte de Téthys au château de Versailles, dont on dit parfois qu'elle aurait servi les amours de . Près de Moscou, à Kouskovo, le domaine de Sheremetev comporte une remarquable grotte d'été, aménagée en 1775.
Les grottes pouvaient également être utilisées comme bains : au Palais Te, le Casino della Grotta comporte une loggetta (petite loggia) et une suite de pièces entourant une grotte. Les convives pouvaient s'y changer, avant d'aller se baigner sous la petite cascade tombant sur un sol de galets et de coquillages maçonnés à même le sol et les parois. thumb|275px|Grotte-pavillon de Kouskovo, Moscou, Russie.
Les grottes artificielles étaient des lieux de recueillement privilégiés ; elles ont servi de chapelles ou, comme à la Villa Farnèse de Caprarola, de petit théâtre au décor grotesque. Elles étaient souvent associées à des fontaines en cascade dans les jardins de la Renaissance.
La grotte des Pins, construite vers 1543 sous la conduite de Sebastiano Serlio ou de Primatice au château de Fontainebleau, est l'une des premières grottes artificielles de France. La grotte ou salle des rocailles de la Bastie d'Urfé, qui existe toujours, fut bâtie vers 1550. Le château de Meudon eut son « palais de la Grotte » conçu par Primatice à partir de 1559, à la voûte peinte et ornée de rocailles. On en possède des descriptions et représentations. Catherine de Médicis fit créer au moins deux grottes, l'une par Philibert Delorme, en 1557-1558, pour le château de Montceaux ; l'autre, édifiée à partir de 1566, dans le jardin des Tuileries, par Bernard Palissy, fut célèbre en son temps. Palissy a laissé une description très précise de son projet (« …je feray plusieurs bosses à mon rocher, le long dudit fossé, sur lesquelles bosses je mettray plusieurs grenouilles, tortues, chancres, escreuisses, et un grand nombre de coquilles de toutes especes, à fin de mieux imiter les rochershttp://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb310525639 p.64.») Il y a aussi des grottes dans les jardins d'André Le Nôtre à Versailles. La grotte du château des Gondi à Noisy-le-Roi (bâtie à partir de 1582) nous est connue notamment par une gravure de Jean Marot (1654). Elle était ornée de « congélations » (stalagmites ou stalactites) et de coquillages. Construite à la fin du , la grotte de la nymphée de Viry-Chatillon, au décor de rocailles et coquillages, est toujours visitable (21, rue Maurice-Sabatier). gauche|vignette|444x444px|Grotte-Nymphée de la Villa Nichesola-Conforti, Ponton di Sant'Ambrogio di Valpolicella, Vérone, Italie.