L'île Barbe, sur la Saône, est une île fluviale française intégrée dans le territoire de la commune de Lyon ( arrondissement) depuis 1963. Les premiers ermites y recherchaient la solitude mais dès le est créée l'abbaye de l'Île Barbe, l'une des plus anciennes de France. Elle connaît la plus grande célébrité aux temps carolingiens puis à partir du .

Lorsqu'elle est entrée en décadence, le culte de la Vierge s'y est substitué aux pratiques monastiques attirant jusqu'au des foules considérables de pèlerins dans l'église Notre-Dame, épargnée par . Quelques vestiges subsistent des splendeurs anciennes mais elles sont sur terrain privé et leur visite en est très réglementée. Le charme des lieux ne cesse de séduire depuis le tandis que trois clubs d'aviron établissent leurs bases dans le voisinage immédiat dès la fin du .

Une étymologie trompeuse L'appellation île Barbe surprend et plus encore quand on se réfère à l'étymologie pour cette île de la Saône, aujourd'hui partie intégrante de la commune de Lyon depuis l'annexion de la commune de Saint-Rambert par la grande métropole en 1963. La traduction du latin donne à supposer que le lieu vivait à l'écart de toute civilisation. Or ont fait justice des légendes, encore entretenues dans de récentes publications, qui font état de druides se livrant à à leur dieu Toutatis et allumant des bûchers sur le Châtelard.

Personne, en revanche, ne songe à donner une interprétation négative du comportement des premiers ermites se retirant dans l'île : ils étaient loin de se soustraire aux visites des fidèles. L'interprétation la plus récente est très prosaïque : elle traduit « barbare » en « suburbain »..

Caractéristiques géographiques alt=Falaise taillée dans le gneiss|vignette|gauche|Falaise taillée dans le gneiss. vignette|gauche|Ancienne écluse de Cuire. Par ses modestes dimensions ( de long, dans sa plus grande largeur (à comparer par exemple aux de longueur de l’île Roy, trois kilomètres en amont) l’île Barbe ne paraissait pas appelée à un grand destin. Elle tire sa particularité des conditions géologiques. Elle est située, en effet, en un point où la Saône doit recouper transversalement une sorte d'écharde de gneiss du socle ancien sur lequel repose la masse sédimentaire des monts d'Or, à l'ouest (et qui est toujours visible), entaillée en falaise sur la rive est, sur la commune de Caluire-et-Cuire. En cas de crue, la pointe aval de l'île reste très exposée car ce Pré n'est qu'une langue d'alluvions facilement submersibles. L'existence même de l'île facilite la traversée de la rivière, dont chacun des deux bras ne dépasse pas de large. Le régime hydrologique de la Saône, dont le module est en moyenne de , favorise la navigation ainsi que donc l'accessibilité par voie fluviale depuis la métropole lyonnaise à une dizaine de kilomètres en aval..

vignette|Ancienne écluse de Cuire, sur la Saône. Depuis la fin du , l'homme change ces conditions naturelles. Le profil en long de la Saône est très peu accentué et . Pendant les sécheresses les plus sévères, le débit peut tomber jusqu’à et une inscription lapidaire nous rappelle que du côté de Saint-Rambert. Ainsi, une régulation est apparue nécessaire dans la seconde moitié du sur l'ensemble du cours. Elle est réalisée selon le système – imaginé en 1830 par Antoine Poirée à partir de 1860 – des barrages à aiguilles grâce auxquels le niveau de la retenue permet le maintien du trafic fluvial pendant les étiages. Celui de Cuire était situé immédiatement à l’aval de l'île et l'écluse qui l'accompagnait est conservée jusqu'à nos jours. Mieux, puisqu'on en a tiré un parti touristique : à l'amont du sas, accessible par une passerelle, est dressé en belvédère et lanternes de l'île Barbe. Par cette œuvre de perles et de dentelles d'aluminium ou de verre de Murano avec des lanternes scintillantes, l'artiste Jean-Michel Othoniel entend évoquer des lumières mystérieuses en écho aux anciens contes païens ou chrétiens de l'île.

Les conditions de la navigation ont, depuis, encore été fortement améliorées à partir de 1964. À cette date, en effet, la Compagnie nationale du Rhône met en service à l'aval de la confluence du Rhône et de la Saône le barrage de Pierre-Bénite. De ce fait, les deux barrages sur la Saône, celui de la Mulatière à la Confluence et celui de Cuire, sont supprimés : les péniches naviguent maintenant sur un plan d'eau unique à la cote 162–163 jusqu'au barrage de Couzon-au-Mont-d'Or. Il est dès lors évident que, dans les temps anciens, la base de l'île s'en trouvait élargie et que le passage par gué était facilité, particulièrement aux étiages. L'idée d'un pont est apparue au . La seule réalisation fut celle conduite par l'entrepreneur lyonnais Cotton (1737) sur le petit bras, du côté de Saint-Rambert, mais les structures en bois furent rapidement emportées par les crues. Le pont définitif, lui, est créé très tôt, dès 1827 : cette passerelle de l'île Barbe, selon l’appellation lyonnaise, est édifiée selon la technique élégante des frères Seguin de la suspension avec une unique pile centrale ancrée sur l'île même. Elle est, de ce fait, le plus ancien des ponts de Lyon conservé dans l'état de sa construction. Accessible aux piétons et cyclistes, des deux côtés de la passerelle et à la circulation automobile alternée côté Lyon..

Histoire de l'abbaye

Les origines légendaires Des traces chrétiennes remonteraient au début de notre ère [non sourcé]. La chapelle édifiée à la pointe amont de l'île conservera ainsi au fil des siècles le double patronage de sainte Anne et de saint André. Le corps de sainte Anne, mère de la Vierge Marie, aurait été ramené de la Terre sainte par Longin, le légionnaire repenti après avoir percé de sa lance le corps du Christ sur la croix. En la personne de saint André, on révérait le frère de l'apôtre Pierre, pêcheur sur le lac de Tibériade. Cependant, tel était anticiper de plus d'un siècle sur la réalité historique qui fait correspondre l'existence de la première communauté chrétienne lyonnaise avec la fameuse persécution de 177.

La légende indique que les moines de l'Ile Barbe aurait reçu en dépôt le Saint Graal, l'historique coupe de la Cène du Christ, où, indique la Bible, le sang de Jésus aurait été recueilli par le personnage biblique de Joseph d'Arimathie. La coupe y serait restée jusqu'en 1829.

De l'érémitisme au monachisme En premier lieu, l'influence des îles de Lérins, au large de Cannes, révèle la présence dans l'île Barbe des premiers ermites dans la tradition venue d'Égypte. Ce mode d'ascèse rigoureuse mais individualiste avait la faveur des nobles de la cité voisine qui en retiraient un grand prestige auprès de la population. Ils y recevaient la visite de fervents pèlerins attirés par la présence de saintes reliques dans leurs oratoires disséminés de manière un peu anarchique. Il fait en revanche rechercher, du côté de Tours et de saint Martin, l'évolution vers la forme monastique. Le premier grand évangélisateur des campagnes était venu à Vienne (Isère) pour le synode des évêques en 377 et il aurait par la suite chargé un moine, devenu abbé, d'organiser une communauté appliquant la règle qu'il avait instaurée pour son monastère de Marmoutier. Il ne faut pas en conclure que le cénobitisme (la vie en commun) est devenu la règle générale dans l'île qui continuera à abriter des ermites même après l'adoption de la règle de saint Benoît de Nursie à partir de 640 environ..

Il ne faut pas davantage imaginer une communauté monastique refermée sur elle-même car elle s'impliquait fortement dans la vie locale. Dès les origines, elle entretient des relations étroites avec le diocèse de Lyon et les mêmes prélats ont pu alterner ou cumuler les fonctions d'abbé et d'évêque. Le cas le plus remarquable est celui de saint Loup, éminent représentant des élites lyonnaises, devenu évêque de Lyon en 528. On lui reconnaît de grands mérites, dont celui d'avoir reconstruit le monastère détruit pendant les hostilités entre monarchies franque et burgonde. À partir de 542, date de son décès sur l'île où il s'était retiré, le monastère, qui conservera ses précieuses reliques dans une châsse d'argent, se prévaudra du double patronage de saint Martin et de saint Loup. Quant à la Saône, qui établissait un lien fluvial privilégié par rapport aux cheminements terrestres en ces temps reculés, elle commence à former comme un lien sacré entre le siège épiscopal de Saint-Jean à Lyon et le monastère. Sanctuarisation poussée à l'absurde : on ira jusqu'à affirmer que le sang des martyrs de la persécution de 177 aurait reflué sur le cours de la rivière jusqu'à l'île, une dizaine de kilomètres à l'amont. Enfin, l'une des fonctions majeures des établissements monastiques était la conversion des campagnes restées attachées aux croyances et aux rites païens. D'où la nécessité de constituer un réseau de relations avec les contrées voisines. Mention particulière doit être faite avec l'abbaye de Saint-Rambert-en-Bugey (Ain). Certes, un lien direct avec l'Île-Barbe n'est pas établi, mais la réputation de ce martyr en butte à l'hostilité d'Ebroïn, maire du palais mérovingien et assassiné en 680 sur les bords de l'Albarine, est très générale. À cette époque, l'église du bourg en rive droite de la Saône se met sous le patronage de ce nouveau martyr..

Les grandes heures de l'abbaye La renaissance carolingienne L'abbaye de l'île Barbe ne fait plus figure solitaire lorsque l'on aborde les temps carolingiens qui sont ceux de la généralisation des organisations communautaires. Cette nouveauté concerne au premier chef le clergé régulier. Alors sont fondées les abbayes d'Ainay, au chœur de la cité épiscopale, ainsi que celle de Savigny, dans les proches monts du Lyonnais. Mais elle affecte aussi le clergé séculier avec la constitution des chapitres de chanoines dont celui de Saint-Jean autour de l'évêque et de chanoinesses : les dames de Saint-Pierre, sur la Presqu'île entre la Saône et le Rhône. Dans ce concert fourni, l'Île-Barbe doit donc continuer à jouer sa partie. Elle a su le faire de manière assez remarquable pendant environ cinq siècles, les années glorieuses l'emportant sur les périodes difficiles.

La renaissance carolingienne est un premier temps fort. L'évêque Leidrade, sous le règne de Charlemagne, formé à l'école du célèbre Alcuin, ne fait pas de différence entre le soin de son évêché et celui de l'abbaye. Il en relève les murs ainsi que ceux du prieuré Sainte-Anne et les nouveaux bâtiments connus plus tard sous le nom de Châtelard abriteront un scriptorium et une bibliothèque. La règle bénédictine est restaurée dans toute sa pureté. Le trésor de l'abbaye s'enrichit de précieuses reliques, d'habits sacerdotaux, de parchemins, de pièces d'orfèvrerie. Après son décès en 823, sous le règne de Louis le Pieux, son action est consolidée par celle de son successeur Agobard. Ce dernier se montre soucieux de régler le problème complexe du partage des compétences entre évêque et abbé et l'indépendance de ce dernier en est plutôt confortée. Les bases économiques d'une telle prospérité sont solidement établies sur la possession d'un vaste domaine foncier dont l'exploitation est rationnellement organisée.

Une deuxième renaissance alt=Plan de l'île Barbe du temps de l'abbaye|vignette|Plan de l'île Barbe du temps de l'abbaye.