Jacques Le Goff, né le à Toulon (département du Var), mort le à Paris., est un historien médiéviste français.

Il s'intéresse particulièrement dans ses recherches à l'anthropologie médiévale, et à l'histoire des mentalités.. Ses maîtres sont Charles-Edmond Perrin et Maurice Lombard. Il rappelle aussi volontiers les influences d'Henri Pirenne, Fernand Braudel et Henri Michel, qui fut son professeur d'histoire au lycée de Toulon...

Biographie Jeunesse et formation Famille Son père, Jean Le Goff, né en 1878 à Brest (département du Finistère), mort en 1958 à Toulon, est professeur certifié d'anglais. Il enseigne à Thessalonique, Smyrne et Alexandrie. Il est mobilisé durant la Grande Guerre, au sein du 19 régiment du train, puis comme interprète auprès de l'armée américaine. En 1923, il épouse, à Toulon, Germaine Ansaldi. Jean Le Goff, marqué durant sa jeunesse par l'affaire Dreyfus, affiche des convictions républicaines et anticléricales.

Sa mère, Germaine Ansaldi, née en 1891 à Toulon, fille d'un négociant en vin, est professeur de piano. Elle affiche des convictions catholiques de gauche.

Jacques Le Goff décrit son père comme étant « droit, honnête, dévoué et intègre ». Il cherche à comprendre le comportement de son père et par là, à découvrir comment une société peut être modelée par des mentalités et des comportements, forgés par l’histoire, ses tendances et ses évènements marquants. Les caractères opposés et complémentaires de ses parents ont beaucoup influencé Jacques Le Goff, notamment dans ses choix : au contact d’une éducation religieuse et d’un enseignement public, il a pu développer une liberté de conscience..

Homme de gauche Il se forge des opinions politiques alors qu’il est encore assez jeune : en 1936, alors qu'il découvre le Moyen Âge en lisant Ivanhoé, il s'enthousiasme pour les réformes sociales du Front populaire. ; il refuse de défiler devant Philippe Pétain en première, mais . Ceci est inscrit sur des fichiers à Vichy et il n’obtient aucune pension lorsqu’il fait son hypokhâgne au lycée Thiers de Marseille. Il reste toujours opposé au régime de Vichy : estimait-il en 1987.

Jacques Le Goff développe une passion en tant qu’observateur de la politique. En effet, même s’il vote au départ pour le Mouvement républicain populaire (MRP), il arrête très vite et ne se tourne pas vers le communisme comme c’était chose courante à l’époque (le fait qu’il ait assisté au coup de Prague en est une cause). Cependant, il devient un militant du Parti socialiste unifié (PSU) de 1958 à 1962.. Attiré par le marxisme, qui lui paraît exiger une certaine ouverture d’esprit, il associe d’autres disciplines à son étude de l’histoire, et notamment l’anthropologie.

En 2013, il signe le manifeste du Laboratoire d'esprit civique..

Études supérieures Jacques Le Goff effectue ses études en classes préparatoires littéraires au lycée Thiers (Marseille) puis au lycée Louis-le-Grand (Paris). En 1944, requis du Service du travail obligatoire, il prend le maquis. En 1945, il est reçu à l’École normale supérieure, en même temps qu'Alain Peyrefitte et qu'Alain Touraine.

Il lit beaucoup et rencontre le Moyen Âge avec la figure d’Ivanhoé de Walter Scott. Il obtient un certificat de français, latin et grec. Il doit suivre des cours de philologie à la Sorbonne pour finir sa licence et préparer son agrégation de lettres, mais il abandonne après deux semaines et se tourne vers l’histoire. Il garde une mauvaise impression de la Sorbonne, mais se plaît à Paris où il a accès à d’autres formes de culture comme le cinéma et le théâtre.

En 1945, après un voyage à Innsbruck, le Quai d'Orsay lui propose de travailler sur l’histoire tchécoslovaque : il apprend le tchèque et travaille sur le sujet Les Origines de l’université Charles de Prague au milieu du . En 1946, il est séduit par la ville de Prague et décide de poursuivre ses études à l'université Charles de Prague de 1947 à 1948. En , il assiste au coup de Prague et à la prise de pouvoir par les communistes.

En 1950, il passe son agrégation d'histoire où il est reçu quatrième (le jury étant présidé par Fernand Braudel et composé, entre autres, de Maurice Lombard) et devient membre de l’École française de Rome. Il part ensuite enseigner au lycée Louis-Thuillier d'Amiens., mais il se rend compte qu’il ne veut pas enseigner et préfère la recherche collective.

Il parle couramment l'anglais, l'italien, le polonais et l'allemand.

Carrière universitaire Pour continuer sa formation, il étudie à Oxford pendant un an, mais ne s’y plaît pas. À la suite de cela, il travaille un an au CNRS, mais c'est à nouveau un univers qui ne lui convient pas.

C’est pourquoi il se rend à la Faculté de Lille où il occupe un poste d'assistant. Il se réfère souvent à l'école historique française des Annales et à Henri Pirenne, le spécialiste du Moyen Âge. Cette période devient l'objectif de sa thèse sur les . Mais, ayant une grande liberté, il n’avance pas vite sur son sujet : « Les idées et attitudes à l’égard du travail au Moyen Âge ». Il est fasciné par cette période dont la stabilité s'accompagne d'un grand essor économique et d'importantes transformations politiques avec l'entrée de la bourgeoisie urbaine dans l'histoire.

En 1960, il obtient un poste à la section de l'École pratique des hautes études. Deux ans plus tard, il se voit offrir un poste de directeur d’études. Il accepte, car il aime la liberté de recherche et la possibilité de nombreux échanges intellectuels ; il se rend en Italie, en Allemagne et en Pologne. Il y travaille sur le développement intellectuel au Moyen Âge. En 1960, il assiste Braudel qui travaille en histoire économique. Ceci lui permet de rencontrer des historiens étrangers, notamment des historiens polonais dans le cadre d'un échange avec l'institut d'histoire de l'Académie polonaise. C'est à cette occasion qu'il rencontre sa femme, Anna Dunin-Wasowicz, médecin spécialiste de psychiatrie infantile qu’il épouse en 1962 à Varsovie.

Bien qu’il ne fasse pas de thèse d’État, il accède en 1969 à la direction des Annales avec Emmanuel Le Roy Ladurie et Marc Ferro ; puis en 1972 il devient président de la section de l'École pratique des hautes études qu’il transforme en établissement autonome en 1975 : l’École des hautes études en science sociale (EHESS). Il y met en place un groupe d'anthropologie historique de l'Occident médiéval. Dans ce contexte, il apprend le rôle et le fonctionnement des institutions, ce qui lui redonne de l’intérêt pour l’histoire politique.

En , il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson..

Apport à l'histoire du Moyen Âge Pour comprendre et expliquer la continuité des évènements historiques, Jacques Le Goff s'intéresse à l'histoire des sociétés et en particulier à celle des mentalités qui pour lui constituent une histoire plus : Il ne donne pas trop d'importance à la croisade dans son ouvrage Civilisation de l'Occident médiéval. Il ne sacralise pas non plus la Révolution française..

Pour Jacques Le Goff, l’histoire ne peut être objective : c’est une . Il s’est penché sur l’Histoire comme mémoire, sur l'histoire des mentalités et des sensibilités en utilisant des documents traditionnels et des documents qui témoignent du vécu passé et récent, comme des confessions ou encore des objets de la vie quotidienne.. Il porte également son intérêt sur la place des sentiments et de l'affectivité dans l'Histoire. À cet égard, il s'intéresse à deux épisodes historiques : d’abord le début du , période d'entente entre la monarchie et l’Église. En effet, Helgaud de Fleury fait passer Robert le Pieux pour un saint alors que ce dernier répudie sa femme, en enlève une autre qu'il épouse et ainsi devient bigame. Le second épisode se situe à la fin du , lorsque Philippe Auguste veuf se remarier, mais qu’il ne consomme pas le mariage et fait emprisonner sa femme pour pouvoir se remarier. Il cherche à montrer avec ces deux épisodes que le cœur et les sentiments sont alors plus forts que la raison d'État. L'époque médiévale l'attire à travers l'attitude à l'égard de la femme, l'appréciation positive du travail et l'omniprésence de la religion..

En 1960, lorsqu'il écrit pour Les Grandes Civilisations chez Arthaud, il se charge de l’iconographie et sa subjectivité ressort nettement : il montre une chrétienté violente et archaïque qui s’oppose à la créativité d’un puissant essor. Dans ce livre, il accorde une grande importance à l’histoire des mentalités et de la sensibilité et on peut y percevoir une tonalité marxisteJacques Le Goff, La Civilisation de l'Occident médiéval, Paris, Arthaud, 1964...

On lui reconnaît également un réel talent pour la vulgarisation scientifique. En 1968, il débute dans l'émission Les Lundis de l'Histoire sur France Culture, destinée à un public cultivé, qu'il anime seul jusqu'en 1972. C'est une activité qu'il poursuit jusqu'à son décès, et en 1971, il est associé au projet Faire de l'histoire qui est une histoire des Annales destinée à un public plus large. Il cherche à être un homme de son temps en s’adressant à plusieurs catégories d’auditeurs, mais aussi en essayant de communiquer davantage. C’est à cette époque, en 1977, qu’il réunit tous ses articles écrits entre 1964 et 1976 et les publie sous le titre Pour un autre Moyen Âge. Il écrit également des articles sur le domaine de l'histoire et de l'historien pour l'Enciclopedia Einaudi..

Dans les années 1980, il s’intéresse à l’imaginaire politique durant le Moyen Âge (ses symboles, ses rites, ses cérémonies, ses rêves, ses images) et écrit L'Imaginaire médiéval. Il porte ses recherches sur le rêve, la culture populaire et les croyances collectives dans la société du Moyen Âge, sur les mentalités ainsi que sur leurs modifications et évolutions. Il essaie même de prendre en compte des hypothèses sur la conscience et l’inconscient. Il se pose également des questions sur l’Histoire qui se fait et l’Histoire qu’il reste à faire et souhaite pour cela étudier le rire au Moyen Âge..

Parallèlement, il s’intéresse à la civilisation matérielle et culturelle populaire, à travers les vêtements, les aliments, les romans, mais aussi les paroles et les gestes..

En 2007, l'abbaye de Fontevraud consacre à son livre Héros et Merveilles du Moyen Âge une grande exposition sous la direction de Xavier Kawa-ToporHéros et merveilles du Moyen Âge, les Collections de l'Histoire.. Il prononce, à cette occasion, sa dernière conférence publique, le en compagnie d'Umberto Eco.

L'influence du fait religieux Dès son enfance, Jacques Le Goff se montre réticent vis-à-vis de la pratique religieuse. Malgré une éducation religieuse, il ne prend connaissance de la Bible que lorsqu’il se tourne vers l’étude de l’histoire médiévale.

Il n’apprécie guère la théologie, et lui préfère l'histoire de la sensibilité, des rites et des pratiques religieuses. Il étudie la pratique religieuse minimale constituée par trois sacrements : le baptême, le mariage et l’extrême onction. Pour lui, la pratique religieuse revêt un aspect destructeur. C’est pourquoi il ne s’intéresse que peu au bas Moyen Âge où la devotio moderna et le comtemptus mundi lui rappellent cette perspective subversive. En revanche, il avouera une "dévotion" pour saint François d'AssiseAvec Hanka, Gallimard, 2008, . auquel il a consacré en 1999 une monographie, Saint François d'Assise.

Les questions religieuses constituent un de ses grands centres d'intérêt. Il s'intéresse notamment à la parole religieuse médiévale. Faute de documents à propos des messes, il se tourne vers l’étude des manuels de confesseur, du nouveau droit canonique.. Cela lui permet d’avoir une nouvelle vision de la société et de son évolution.

Concernant l'islam, Jacques Le Goff considère que Jacques Le Goff, Préface de Histoire de l'islam et des musulmans en France, ouvrage collectif, Albin Michel, 2007, p. 13..