Aulus Gabinius, né vers et mort à Salone en 48 ou , est un homme politique et général de la fin de la République romaine.
Il fait voter la lex Gabinia lors de son tribunat de la plèbe en , conférant à Pompée d'importants pouvoirs pour lutter contre la piraterie en Méditerranée ; puis il est l'un de ses lieutenants de ce dernier en Orient au moins en . En , il devient consul, l'année où le tribun Clodius Pulcher domine la vie politique et obtient l'exil de Cicéron. Il enchaîne sur un proconsulat en Syrie de à , qui est une très grande réussite : il défend les populations contre les méthodes honteuses et usurières des publicains, vainc plusieurs rébellions, notamment des Juifs, et, avec l'aide de son jeune adjoint Marc Antoine, il réussit la mission périlleuse de rétablir le pharaon sur le trône d’Égypte, en échange d'une indemnité astronomique, et en établissant une garnison romaine sur place, les Gabiniani. De retour à Rome, il est condamné à l'exil en , tant les chevaliers gardent de la rancune de son action durant son mandat en Syrie. Il est rappelé par Jules César, dont il est le légat en Illyrie, où il meurt en ou ].
Biographie
Tribun de la plèbe et lex Gabinia
thumb|left|Carte de la Méditerranée avec les territoires romains et les noms et emplacement des 25 légats nommés par Pompée pour lutter contre les pirates.
En tant que tribun de la plèbe en l'an , il propose la Lex Gabinia, qui donne à Pompée, non nommé au départ, les pouvoirs extraordinaires pour lutter contre les pirates. En effet, par leurs raids incessants, les pirates qui perturbaient considérablement le transport de vivres vers Rome depuis la Sicile et l'Égypte, menacent d'affamer la péninsule italienne. Ce projet créé un dangereux précédent dans le fonctionnement de la République romaine. Le consulaire Quintus Lutatius Catulus, défendant la tradition et soutenu par les optimates et la grande majorité du Sénat, s'oppose à ce projet visant à donner des pouvoirs exorbitants à un seul homme. Le jeune Jules César est le seul à prendre ouvertement la parole pour le projet tandis que Cicéron reste neutre.
Gabinius est hué et insulté au Sénat lors de débats houleux, et à la suite de menaces envers Gabinius, la foule envahit même la Curie romaine, provoquant la fuite de presque tous les sénateurs. Le consul Caius Calpurnius Piso fait face, mais ne doit la vie sauve qu'à l'intervention de Gabinius.
La loi est proposée en plébiscite en présence de Pompée mais un autre tribun de la plèbe y oppose son veto, et devant le début d'émeute, Gabinius réplique en organisant un vote visant à le destituer, et alors qu'on va atteindre la majorité des tribus, le tribun se retire. Un autre tribun propose deux magistrats exceptionnels au lieu d'un seul, mais n'insiste pas devant la pression de la foule. Gabinius, dans un geste d'apaisement, laisse la parole à Catulus dont on respecte le discours, mais qui ne peut infléchir le vote du plébiscite..
Le Sénat empêche cependant Gabinius d'être nommé parmi les légats. Pompée s'acquitte de sa fonction méthodiquement et accomplit sa mission en trois mois.
Gabinius participe cependant aux campagnes orientales de Pompée entre et , lors de la troisième guerre contre , Gabinius est cité en 66 comme parvenant au-delà de l'Euphrate jusque sur les bords du Tigre afin de forcer le roi des Parthes Phraatès à conclure une alliance avec Rome contre le PontDion Cassius, Histoire romaine, XXXVII, 5..
Il est probablement préteur en William Smith, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Aulus Gabinius..
Consul et exil de Cicéron
En , Aulus Gabinius et Lucius Calpurnius Piso, soutenus par Pompée et le consul sortant Jules César, sont élus consul, malgré l'opposition des optimates menés par le collègue de César, Marcus Calpurnius Bibulus. Publius Clodius Pulcher, qui vient de renoncer à son rang de patricien et qui et est soutenu par César, est élu tribun de la plèbeJean-Michel Roddaz dans ..
Une loi votée pendant son consulat porte le nom des deux consuls : la Lex Gabinia-Calpurnia, qui exonère l’île de Délos des droits de douane () qu’elle devait verser à Rome jusque-là. Cette loi s’inscrit dans une politique plus large, menée par les deux consuls, en vue de réorganiser les provinces orientales qui ont souffert des guerres contre Mithridate et des exactions régulières de l’administration. On sait par ailleurs qu'à cette époque existe une tension extrême entre César et Gabinius d'une part et l'ordre équestre d'autre part. Pison joue les conciliateurs pour trouver un compromis. Quand la loi prescrit l'arrêt des adjudications de l'impôt, elle vise à soustraire les habitants de Délos à la rapacité des sociétés de publicains, tenues par des chevaliersClaude Nicolet, « La lex Gabinia-Calpurnia de insula Delo et la loi « annonaire » de Clodius () », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1980, 1, ..
Clodius fait voter une loi condamnant à la mort civique quiconque aurait fait exécuter un citoyen romain sans jugement, visant le comportement Cicéron lors de la condamnation de la conjuration de Catilina lors de son consulat de . César ne semble pas approuver cette vengeance de Clodius, mais a besoin de celui-ci pour d'autres lois, à l'instar de Pompée. Gabinius ne peut se permettre de s'opposer au tribun, étant perclus de dettes, et a besoin du peuple contrôlé par Clodius pour obtenir une province après son proconsulat, en l’occurrence la Cilicie, et quitter Rome et ses créanciers. Les deux consuls restent sourds aux doléances des nombreux chevaliers et sénateurs soutenant Cicéron, qui est donc condamné à s'exiler en marsJean-Michel Roddaz dans ..
Clodius fait rattacher Chypre à la Cilicie, qui devient alors une province prétorienne, et Gabinius reçoit alors la province proconsulaire de SyrieJean-Michel Roddaz dans . pour trois années, ce que Cicéron dénoncera comme étant un marchandage pour le silence de Gabinius. Dès juin, Pompée cherche un moyen de faire rappeler Cicéron en passant par Gabinius, mais un tribun s'y oppose. En août, César laisse entendre qu'il ne s'opposera pas au rappel de Cicéron, et Clodius se sent désavoué mais ne manque pas de ressources. Gabinius s'attaque à Clodius, et des échauffourées s'ensuivent au forum. Il faudra encore attendre un an avant que Cicéron soit rappelé et revienne triomphalement à Rome. Aulus Gabinius est quant à lui parti pour sa province dès le mois de novembre, ayant entre-temps pillé la maison de Cicéron à Tusculum pour construire sa propre demeure sur le même territoire.
Proconsulat en Syrie et intervention en Égypte
Son proconsulat de Syrie est une réussite, Gabinius y « a réalisé quelques belles chosesJean-Michel Roddaz dans . ».
Il s'attire la sympathie des autochtones en s'opposant aux publicains qui veulent saigner la province, par des méthodes honteuses et usurières, et maintient sa politique malgré les dures attaques de ses sociétés d'affaire.
, alors grand prêtre hasmonéen en Judée, s'enfuit de Jérusalem et se tourne vers Gabinius pour recevoir son aide contre ses rivaux, Alexandre, fils de son frère , et peut-être aussi contre ce dernier lui-même, qui avait été capturé par Pompée en 63. Le jeune et inexpérimenté Marc Antoine, que Gabinius s'est adjoint, démontre alors sa vaillance au combat. La révolte réprimée, le fils d'Aristobule capturé, Hyrcan peut rentrer à Jérusalem.
En mai , le Sénat refuse à Gabinius l'octroi de supplications, comme il était d'usage pour les généraux victorieuxNathalie Barrandon, « Les modalités des échanges épistolaires entre les gouverneurs et le Sénat de la deuxième guerre punique à 43 avant J.-C. » in Nathalie Barrandon et François Kirbihler, Administrer les provinces de la République romaine, Presses universitaires de Rennes, 2010 . Cicéron attaque souvent les deux consuls de 58, notamment dans son discours sur les provinces consulaires, comme étant plus responsables de son exil que Clodius lui-même, tout en évitant prudemment de mettre en cause le puissant triumvirat formé par Pompée, César et Crassus. Cicéron prend parti pour les publicains contre Gabinius et dénonce aussi que la Syrie soit livrée aux révoltes.
À la suite de l'assassinat de de Parthie organisé par ses fils Mithridate III et en , un conflit a éclaté entre les successeurs de Phraatès, Gabinius, lorsqu'il apprend la mort de Phraatès, y voit alors une occasion d'intervenir et s'empresse de passer l'Euphrate à la tête de ses légions. Mithridate se rend auprès du proconsul pour chercher son soutien et celui-ci se prépare à une grande campagne en Parthie quand un nouveau retournement l'amène à se tourner vers les affaires égyptiennes et laisser Mithridate seul pour combattre son frère.Theodor Mommsen, L'histoire romaine à Rome, § IX..
En 55, outrepassant les ordres du Sénat romain, où Cicéron proteste, mais avec le soutien ambigu de Pompée, Aulus Gabinius passe en Égypte ptolémaïque, pour rétablir sur le trône le roi , détrôné au profit de sa fille , en échange d'une indemnité astronomique d'environ Cicéron, Pro C. Rabirio, 8.Plutarque, Vie d'Antoine, 3.. L'expédition, dans laquelle Antoine s'illustre, est un nouveau succès et le proconsul en « retire quelques prestigesJean-Michel Roddaz dans . ». Il y établit une garnison de légionnaires romains, Gaulois et Germains, les Gabiniani, chargés de défendre le trône et qui, acclimatés dans le pays, deviennent peu à peu des mercenaires au service des Lagides. Ptolémée confie au chevalier romain Caius Rabirius Postumus, un de ses bailleurs de fonds pendant son exil, la direction des finances du royaume mais Rabirius, chargé de la collecte des impôts, dépouille des riches Alexandrins pour s'emparer de leur fortune et se rend tellement impopulaire que Ptolémée le fait emprisonner : le financier parvient à s'enfuir vers Rome où lui et Gabinius seront jugés.
Sisenna, fils de Gabinius, reste en Syrie pendant cette campagne égyptienneDion Cassius, Histoire romaine, XXXIX, 56.. Pendant ce temps, le triumvir Crassus intrigue pour succéder à Gabinius au gouvernement de Syrie et reprend à son compte ses projets d'expédition contre les Parthes.
De retour en Syrie, Gabinius passe le reste de son mandat à rétablir la stabilité du pays en mettant fin à un nouveau soulèvement des Juifs ainsi qu'à une révolte des Arabes Nabatéens, laissant une situation de conflit latente avec les Parthes. Crassus lève une nouvelle armée en Italie et s'engage dans une campagne au-delà de l'Euphrate qui tournera au désastre lors la bataille de CarrhesJean-Michel Roddaz dans ..
Condamné à l'exil
Gabinius fait son retour à Rome le 19 septembre 54, mais n'entre dans la ville qu'une semaine plus tard en toute discrétion. Il se voit accusé de concussion et de lèse-majesté publiqueJean-Michel Roddaz dans .. Cicéron favorise les accusations dans le but de se venger de Gabinius.
Il est acquitté du premier chef d'accusation, procès du 23 octobre dans lequel Cicéron témoigne contre lui, mais en des termes modérés, Pompée l'ayant rappelé à l'ordre. Gabinius s'en sort par contre 32. Une forte crue à Rome a lieu juste après l'acquittement, et une partie du peuple y voit là une manifestation des Dieux envers le verdict.