Le Rassemblement national (RN) est un parti politique français d'extrême droite fondé en 1972 et successivement présidé par Jean-Marie Le Pen (1972-2011), Marine Le Pen (2011-2021) et Jordan Bardella (depuis 2021).
Le parti est fondé notamment par Jean-Marie Le Pen, les anciens Waffen-SS Pierre Bousquet et Léon Gaultier, des sympathisants néonazis tels que François Duprat et des nostalgiques de l'Algérie française, tels que Roger Holeindre, membre de l'Organisation de l'armée secrète (OAS).
Longtemps marginalisé, le Front national émerge dans le paysage politique français au cours des années 1980, notamment à partir des élections européennes de 1984. Candidat à l'élection présidentielle à cinq reprises, Jean-Marie Le Pen parvient à accéder au second tour du scrutin de 2002 face à Jacques Chirac, dans un contexte où domine le bipartisme. En 2017 puis en 2022, Marine Le Pen parvient également au second tour de l'élection présidentielle.
Le RN se situe à l'extrême droite de l'échiquier politique. Les représentants du parti récusent en général cette appartenance, pour lui préférer d'autres qualificatifs ; il est aussi considéré comme un parti attrape-tout. Ce débat est récurrent depuis la politique dite de engagée sous la présidence de Marine Le Pen. Souvent rattaché au courant national-populiste, il se distingue par sa xénophobie, notamment à travers son opposition à l'immigration et la défense du principe de « préférence nationale ». Au niveau européen, le RN est membre du parti Patriotes.eu.
Depuis les années 2010, l'influence de la Russie de Vladimir Poutine sur le parti est remarquée, notamment à travers son financement par des fonds russes et le lobbying pro-russe qu'exerce le RN en France et en Europe. Plusieurs de ses membres ont été condamnés, dont notamment Jean-Marie Le Pen pour négationnisme, d'autres pour incitation à la haine raciale.
À partir des années 2020, le parti connaît une forte progression électorale qui lui permet d'obtenir une représentation significative à l'Assemblée nationale malgré le mode de scrutin majoritaire qui lui était défavorable pendant plusieurs décennies.
Histoire
Origines Le Front national pour l'unité françaiseDeux appellations furent proposées : l'une, du fait des jeunes militants du Groupe union défense (GUD), était « Front national pour un ordre nouveau » ; l'autre, relayée notamment par François Brigneau et acceptée par le Bureau politique, était « Front national pour l'unité française ». Lors du vote, la seconde l'emporta avec 254 mandats, contre 52 à la première et huit abstentions. . (FNUF, ou son acronyme raccourci par commodité dès l'origine, FN.) est lancé le , lors d'une réunion privée tenue devant quelque à la salle des Horticulteurs, rue de Grenelle à Paris, sous les auspices du mouvement Ordre nouveau, Pierre Milza, Les Fascismes, Seuil, 1991, . Cet auteur précise par ailleurs que , dans ... Le logotype du Front national est choisi lors de ce congrès fondateur.. La constitution légale du parti date du , jour du dépôt à la préfecture de Paris de ses statuts par Pierre Bousquet et Jean-Marie Le Pen. Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS au sein de la division SS Charlemagne (dont est aussi issu Jean Castrillo, avec qui il quittera le FN en 1980 pour fonder le Parti nationaliste français.), deviendra le premier trésorier du FN. Léon Gaultier, également ancien Wafen-SS, Roger Holeindre, engagé dans l'Organisation de l'armée secrète, et François Duprat, sympathisant néonazi, font partie des membres fondateurs.. Ces statuts confirment la nomination de Jean-Marie Le Pen comme président du FN par Ordre nouveau, qui cherche, dans le choix de cette personnalité, à se donner une façade respectable pour entrer dans l'arène électorale...
Durant une dizaine d'années, le Front national reste un mouvement marginal, au cours de ce qui est communément désigné comme une note 1, emplacement 472 sur 5464, ainsi que, pour l'histoire du Front national, au Front, Damien Bariller, Franck Timmermans, l'histoire vraie du Front national (1972-1992), Éditions nationales, 1993, 170 p. , et suiv. par les historiens aussi bien que par les militants du parti. La préoccupation majeure semble être de conserver le maigre capital de militants nécessaires à la survie du partiSelon l'analyse d'Alexandre Dézé, Voir .. François Duprat, ancien d'Ordre nouveau, joue un rôle moteur durant toute cette période emplacement 638 et sur 5464..
La version « officielle » de la naissance du parti privilégie le rôle fondateur unique de Jean-Marie Le PenSelon la biographie de Jean-Marie Le Pen publiée sur le site du Front national, « En 1972, il fonde le Front National et continue « le combat pour la France » », . Voir également par exemple Damien Bariller, Franck Timmermans, au Front: l'histoire vraie du Front national (1972-1992), Éditions nationales, 1993, .. Ce dernier n'a cependant joué qu'un rôle limité dans la fondation proprement dite du Front national, l'initiative en revenant au mouvement Ordre nouveau« Les véritables inspirateurs et fondateurs de la « Fédération nationaliste unitaire » qui sera baptisée d'abord « Front national pour l'unité française », puis plus simplement « Front national » furent les dirigeants de l'organisation Ordre nouveau (ON), qui avait succédé au groupe Occident à partir de 1968 », emplacement 478 sur 5464. Voir également Jean-Yves Camus, « Origine et formation du front national (1972-1981) », dans emplacement 188 et suiv. sur 7257 et et suiv., ce que le dirigeant historique ne conteste toutefois pasEntretien avec Jean-Marie Le Pen dans Le Diable de la République, de Front National (2011), film documentaire réalisé par Jean-Charles Deniau et Emmanuel Blanchard, écrit par Emmanuel Blanchard et Grégoire Kauffmann, produit par Programme 33, en coproduction avec l'INA, avec la participation de France Télévisions. Comme le montre notamment le politologue Alexandre DézéVoir les analyses plus synthétiques d'Erwan Lecœur dans , de Jean-Yves Camus dans , de Sylvain Crépon dans . :
Rôle fondateur d'Ordre nouveau
Dans la perspective des élections législatives de 1973, le mouvement Ordre nouveau entreprend, à partir de la fin 1971Grégoire Kauffmann indique que Voir ., de constituer un allant des anciens poujadistes aux franges pétainistes ou néo-nazies les plus extrêmes emplacement 527 et sur 5464. Voir également .. Le nouveau parti, baptisé Front national pour l'unité française, puis plus simplement Front national, est officiellement fondé le . Ses statuts sont déposés le de la même année..
Selon l'analyse d'Alexandre Dézé, la création du Front national obéit à une quadruple logique de la part du mouvement Ordre nouveau à l'aube des années 1970. Il s'agit, en premier lieu, dans une « logique de compétition », d'occuper l'espace politique de l'extrême droite et de s'affirmer comme la Pour un ordre nouveau, , décembre 1971, , cité par .. Puis, dans une et particulièrement sous l'impulsion de François Duprat, Ordre nouveau redéfinit progressivement ses modes d'actions au bénéfice de la participation au système électoral, après un tout premier test en lors de législatives partielles suivi d'une participation aux municipales de mars 1971Ordre nouveau présente en juin 1970 une candidate à l'élection législative partielle dans le arrondissement et un candidat à Bordeaux. Le mouvement obtient aux municipales à Paris en 1971. Voir . : il s'agit alors en large partie de trouver des débouchés politiques aux jeunes cadres du mouvementSelon Alexandre Dézé, ; voir .. S'y ajoute une avec les notables de la frange « nationale », afin d'élargir les moyens politiques d'Ordre nouveau au-delà de ce seul mouvement. On voit enfin à l'œuvre une dans le discours adressé aux militants, visant à montrer les limites de l'activisme et à convaincre du bien-fondé d'un mode d'action désormais strictement légaliste..
vignette|redresse=0.5|Logotype historique du Front national.
Les dirigeants d'Ordre nouveau, particulièrement François Duprat et Alain Robert, s'inspirent alors essentiellement du modèle du (MSI), parti néofasciste italien fondé en 1946 par des proches de Mussolini, qui vient alors de fusionner avec les monarchistes et d'adopter une ligne de « droite nationale » () emplacement 572 sur 5464. : le MSI est à cette époque le plus puissant parti d'extrême droite européenLe MSI , . Voir également Jean-Yves Camus, « Origine et formation du front national (1972-1981) », dans emplacement 197 sur 7257.. Comme le note Erwan Lecœur, Ordre nouveau ; de fait, emplacement 567 et sur 5464, ainsi que qui relève également que .. Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard soulignent de même que , de ., mais y ajoutent .. D'après l'historienne Valérie Igounet, , mais s'explique aussi .. Le MSI est aussi le premier imprimeur du Front national, fournissant gratuitement ses premières affiches alors que le parti manque de moyens. Selon Zvonimir Novak, spécialiste de l'imagerie des supports politiques, ..
Alain Robert joue dans la genèse de ce mouvement unitaire un rôle clé grâce à la mobilisation de ses réseaux personnels issus de ses multiples engagements successifs (au sein de la Fédération des étudiants nationalistes, des Comités Tixier-Vignancour, d'Occident, du Groupe union droit).. L'initiative d'Ordre nouveau intervient à un moment où, après l'échec des « ultras de l'Algérie française » et le déclin qui s'est ensuivi, l'extrême droite française est particulièrement fragmentée entre des groupuscules épars emplacement 492 sur 5464.. Outre Ordre nouveau, où l'on retrouve en particulier François Duprat, Alain Robert et François Brigneau et qui est le mouvement dominant par le nombreOrdre nouveau compte environ à son apogée. Voir emplacement 564 sur ., les groupes étroitement impliqués dans la création du Front national et dont différents membres y occuperont des postes clés sont Jeunesses patriotes et sociales (JPS) de Roger Holeindre, la revue Militant de Pierre Bousquet (ancien membre du Parti franciste puis de la division SS Charlemagne dans les années 1940) et le Groupe union défense (GUD) d'Alain Robert (mouvance nationaliste-révolutionnaire). Alexandre Dézé souligne le caractère alors « hautement improbable » dans ce contexte de la création d'un parti regroupant ces diverses tendances en vue d'une participation à la compétition politique dans le cadre des institutions. De fait, certains autres groupuscules préfèrent alors ignorer cette initiative : le Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), qui poursuit depuis 1968 son entreprise de refondation idéologique, ainsi que les monarchistes de Restauration nationale emplacement 563 sur 5464.. Enfin, Georges Bidault, qui, avec son Mouvement pour la justice et la liberté, aurait apporté avec lui la caution d'un ancien président du Conseil national de la Résistance et d'un ancien président du Conseil de la République, ne participe que brièvement aux tractations qui se déroulent à l'été 1972 et . Le Front national était censé initialement avoir trois coprésidents : Jean-Marie Le Pen, Georges Bidault et Guy Ribeaud, proche de ce dernier. Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard se bornent à constater que le départ de Georges Bidault aurait eu lieu « selon les nationalistes à cause de Jean-Marie Le Pen, selon ce dernier à cause des nationalistes… ». Pour son biographe Jacques Dalloz, « Bidault ne veut pas être phagocyté par l'extrême-droite ». Voir Jacques Dalloz, Georges Bidault: Biographie politique, L'Harmattan, 2000, , ..
Jean-Marie Le Pen, « caution électorale »