Bella ciao est un chant de révolte italien révolutionnaire qui célèbre l'engagement dans le combat mené par les partisans, résistants pendant la Seconde Guerre mondiale opposés aux troupes allemandes alliées de la République sociale italienne fasciste, au cours de la guerre civile italienne.
Les paroles ont été écrites fin 1944 sur la musique d'une chanson populaire que chantaient au début du les , ces saisonnières qui désherbaient les rizières de la plaine du Pô et repiquaient le riz, pour dénoncer leurs conditions de travail.
Ce chant est devenu un hymne à la résistance et à l'antifascisme dans le monde entier..
Histoire Une origine confuse Les paroles de la version qui renvoient aux événements les plus anciens ont été fixées en 1944 par Vasco Scansani, un désherbeur de rizières italien originaire de Gualtieri, Guerra guerra ai palazzi e alle chiese. Saggi sul canto sociale., , Rome, 2003.. Ces paroles célèbrent la victoire de la lutte sociale qui a abouti en 1908 à l'instauration d'une loi limitant le temps de travail journalier à huit heuresD. Massa, R. Palazzi & S. Vittone, Riseri dal me cœur : canti in risaia : parole, musica e commento, , Edizioni musicali SM Publishing, Vercelli, 1981.. « Ciao, Bella! » d'où le titre Bella Ciao y est un salut à la d'après la loi, ou un adieu à celle d'avant, cette ouvrière agricole qui était obligée de travailler sans limites dans les rizières de la plaine du Pô et a été choisie par l'auteur comme symbole de la condition du prolétariat politisé du Nord de l'Italie.
Cette version reprendrait une chanson folklorique de la région de Verceil transcrite en 1906D. Massa, R. Palazzi & S. Vittone, Riseri dal me cœur : canti in risaia : parole, musica e commento, , Edizioni musicali SM Publishing, Vercelli, 1981.. Alla mattina appena alzata dérive d'une ballade française du & Michele Straniero, Canzoni italiane, vol. I, , , Milan, 1994. dont différentes régions ont, à la fin du , Guerra guerra ai palazzi e alle chiese. Saggi sul canto sociale., , Rome, 2003., élaboré chacune une version spécifique, La daré d'côla môntagna dans le Piémont, Il fiore di Teresina dans le Trentin, Stamattina mi sono alzata en Vénétie.
Le refrain « Bella ciao » (« Ma belle, salut ! ») est en italien d'une syntaxe inhabituelle mais peut aussi se lire avec une autre ponctuation : O Bella, ciao bella, ciao Bella, ciao ciao ciao. C'est un jeu de mots sur le double sens de Ciao, salut au sens de bonjour comme au sens d'au revoir, tiré d'une chanson de Lombardie, que recueillera tardivement l'ethnomusicologue Roberto Leydi, La me nona l'è vecchierella (Ma grand-mère est une vieille). Une fillette y dénonce la corvée d'eau : (« Elle me fait "Salut !", elle me dit "Salut !", elle me fait "Salut ! Salut ! Salut !" Et m'envoie à la fontaine »).
L'origine de la mélodie reste indéterminée. Il est possible qu'elle ait été proposée, que ce soit en 1908 ou ultérieurement, par un émigré revenu, par exemple à l'occasion de la Grande Guerre, des États-UnisJ. Meletti, "Da ballata yiddish a inno partigiano, il lungo viaggio di Bella ciao", in La Repubblica, Rome, 12 avril 2008 ; cité dans « La véritable histoire de l'hymne de la Résistance », in Courrier international, Paris, 25 avril 2008. où une musique ressemblante aurait été diffusée antérieurement par des immigrants ashkénazes, un anonyme. En effet, c'est sur une mélodie partiellement très semblable, ce qui n'est peut-être qu'une coïncidence, qu'en , , accordéoniste tsigane et chrétien originaire d'Odessa devenu restaurateur à New York, enregistre dans cette ville une chanson klezmer intitulée Koilen. C'est une version d'une chanson yiddish, Dus Zekele Koilen, « Le petit sac de charbon » (Das Säckele Kohlen). Ziganoff était accordéoniste auprès de la plus célèbre chanteuse yiddish de l’époque, Molly PiconBella ciao, d'Odessa à Tom Waits, 3 oct. 2019, in Le jardin aux chansons.. Cette chanson yiddish est enregistrée de nouveau, sous ce titre, en 1923, par Abraham Moskowitz et, en 1922, par Morris Goldstein.
Histoire récente Stamattina mi sono alzata, Stamattina mi sono alzata, Sono alzata - iolìou Sono alzata - iolàou Sono alzata prima del sol.
Sono andata alla finestra E ho visto il mio primo amor
Che parlava a un'altra ragazza, Discorreva di far l'amor.
Sono andata a confessarmi E l'ho detto al confessor.
Penitenza che lui m'ha dato: Di lasciare il mio primo amor.
Ma piuttosto che lasciarlo Son contenta mì a morir.
Farem fare la cassa fonda E andremo dentro in tri:
Prima il padre e poi la madre E il mio amore in braccio a mi, E il mio amore in braccio a mi. Fleur de tombe.
Avant la Seconde Guerre mondiale, une certaine version de la chanson des est chantée lors des banquets, entre autres par Giovanna Daffini, fille d'un violoniste ambulant qui l'a apprise de sa grand-mère et la chantait quand elle travaillait, dès l'âge de , en 1926, dans les rizières de Vercelli et de Pavie. Installée en 1932 à Gualtieri, en Émilie, elle chante alors tel un aède dans les mariages, accompagnée par sa guitare et le violon de son mari, Bella ciao : una battaglia!, in L'altra musica, , Zelig, Milan, 2010., un répertoire anarchiste. Durant la guerre, elle s'engage dans la Résistance.
La mélodie, qui n'a jamais été enregistrée en Italie, est connue de quelques résistants des unités gappistes de la région de Modène et de Bologne dans l'Apennin émilien, tels les combattants de la section russe du bataillon allié qu'encadrent les commissaires politiques et ou ceux des autres unités de la de Montefiorino, partis le se réfugier dans la montagne au sein de la brigade Justice et Liberté du Parti d'action. Des paroles sont posées dessus au plus tard vers la fin de l'année 1944 ou au début de l'année 1945 en s'inspirant du thème et du scénario d'une autre chanson populaire, Fior di tomba. La « fleur de tombe » devient la « fleur du partisan ». Le partisan chante non pas le salut que la libérée adresse à l'esclave qu'elle était mais celui qu'il adresse à sa bien-aimée. Toutefois, les révolutionnaires italiens chantent plus volontiers Fischia il vento, sur l'air de Katioucha.
L'historien Ruggero Giacomini cite dans son livre en italien Bella Ciao le père don Otello Marcaccini dans une brochure de 1945. Dans cet opuscule, Les Représailles allemandes à Poggio San Vicino, le père mentionne que les enfants
À l'été 1948, dans les suites du premier Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui s'est tenu à Prague un an plus tôt, du au , un groupe d'étudiants italiens invité par le Kominform à Berlin chante leur hymne des partisans.. Le chant est traduit en plusieurs langues et très applaudi. Durant la guerre froide, Fischia il vento est relégué progressivement parce qu'il affiche un engagement pro-soviétique trop marqué et c'est Bella ciao!, aux paroles plus consensuelles, qui finira par s'imposer comme l'hymne de la résistance italienne.
Giovanna Daffini et sa chanson dans sa version de 1951, celle de Vasco Scansani, sont découvertes en 1962 par l'ethnomusicologue Roberto Leydi, promoteur de la renaissance de la musique populaire en Italie inspiré par l'activiste , Bella ciao : una battaglia!, in L'altra musica, , Zelig, Milan, 2010..
Dès l'année suivante, aux lendemains de la crise de Cuba que le traité de Moscou vient apaiser, Yves Montand donne un retentissement international à la version « partigiana », déjà répandue dans le milieu de la jeunesse communiste. En Union soviétique, c'est Muslim Magomayev qui la fait connaître cette même année, en italien et en russe.
En 1964, initiative de Roberto Leydi et du producteur soutenue par l'anthropologue Ernesto De Martino, par de nombreux musiciens amis et par Giovanna Daffini elle-même, les deux versions, chantées par Sandra Montovani respectivement sur un ton pathétique et un ton révolutionnaire, sont le thème principal d'un récital que le inaugure dans un théâtre de Spolète le . Vilipendées par les conservateurs, ces deux versions sont reprises par différentes formations qui les popularisent auprès du public, offrant à celui-ci une sorte d'.
Dans la seconde moitié des années 1960, elle devient le symbole d'une résistance italienne réunifiée et non partisane (selon Stefano Pivato) et, à partir des années 1970, elle est reprise dans les manifestations étudiantes, la thématique de l'anti-fascisme connaissant alors un regainIn Laurent Martin (dir.), Culture, médias, pouvoirs États-Unis et Europe occidentale 1945-1991, éd. Atlande, 2019, ., surtout dans les milieux d'extrême gauche.
En 2017, le succès de diffusion par Netflix de la série , dont les héros ont choisi la chanson pour chant de ralliement, fait découvrir à un large public qui désigne souvent le titre comme « la chanson de ».. Nous apprenons notamment que le grand-père du cerveau du braquage () était alors un partisan et résistant italien face au fascisme de Mussolini, qui fut au pouvoir du au .
Popularisée par la série Netflix, la chanson devient commerciale avec Naestro, Maître Gims, Slimane, Vitaa et Dadju qui sortent en 2018 une reprise française R'n'B. Celle-ci est critiquée pour ses paroles évoquant une simple rupture sentimentale, sans rapport avec le texte original.. Cette adaptation prend la première place des ventes de single en France..
La popularité de la série Netflix soulève aussi des appétits de rébellion en Turquie en 2020 (avec la diffusion clandestine de la chanson depuis des mosquées lors du piratage des minarets d'Izmir)., puis en Iran en 2022 (avec la diffusion sur les réseaux sociaux par une chanteuse anonyme d'une version en persan dont le texte conserve, si ce n'est la lettre, du moins l'esprit du texte original ; extrait : « O Peuple, sois unis. Nous qui sommes debout jusqu’à demain, notre droit n’est pas faible »)..
Versions Version originale des (reprise par Giovanna Daffini)
C'est une chanson de travail et de protestation piémontaise. Elle exprime la protestation des , les saisonnières qui désherbaient les rizières d'Italie du Nord et y repiquaient les plants de riz, contre les dures conditions de travail : les femmes devaient rester courbées toute la journée, dans l'eau jusqu'aux genoux, sous le regard et les brimades des surveillants. Les conditions de travail et de vie des mondine sont illustrées par le film Riz amer de Giuseppe De Santis, chef-d'œuvre du néoréalisme italien.
Version originale des Alla mattina appena alzata O bella ciao bella ciao bella ciao, ciao, ciao Alla mattina appena alzata In risaia mi tocca andar
E fra gli insetti e le zanzare O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao E fra gli insetti e le zanzare Un dur lavoro mi tocca far
Il capo in piedi col suo bastone O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Il capo in piedi col suo bastone E noi curve a lavorar
O mamma mia o che tormento O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao O mamma mia o che tormento Io t'invoco ogni doman
Ed ogni ora che qui passiamo O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Ed ogni ora che qui passiamo Noi perdiam la gioventù
Ma verrà un giorno che tutte quante O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Ma verrà un giorno che tutte quante Lavoreremo in libertà.Traduction Le matin, à peine levée O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Le matin, à peine levée À la rizière je dois aller
Et entre les insectes et les moustiques O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Et entre les insectes et les moustiques Un dur labeur je dois faire
Le chef debout avec son bâton O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Le chef debout avec son bâton Et nous courbées à travailler
O Bonne mère quel tourment O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao O Bonne mère quel tourment Je t'invoque chaque jour
Et toutes les heures que nous passons ici O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao Et toutes les heures que nous passons ici Nous perdons notre jeunesse
Mais un jour viendra que toutes autant que nous sommes O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao