Jacques Parizeau, né le à Montréal et mort dans la même ville le , est un économiste, haut fonctionnaire, professeur et homme politique québécois.

Professeur à HEC Montréal de 1955 à 1976 et de 1985 à 1989, Jacques Parizeau s'est spécialisé en questions d'économie politique, d'administration publique et de commerce international.

Haut fonctionnaire, il a été conseiller des premiers ministres Jean Lesage, Daniel Johnson et Jean-Jacques Bertrand. Il a joué un rôle clé dans la mise en place de plusieurs institutions issues de la Révolution tranquille, notamment la Société générale de financement, la Caisse de dépôt et placement et la Régie des rentes.

Collaborateur de René Lévesque, il est également une figure majeure du Parti québécois et l'un des principaux ministres du gouvernement du Québec élu en 1976. À la suite du référendum de 1980, il est responsable de négocier avec les employés du secteur public durant la crise économique du début des années 1980. En 1984, il rompt avec René Lévesque et quitte la politique.

En 1988, il revient à la vie publique et devient chef du Parti québécois. Il milite pour l'Accord de libre-échange et contre l'Accord du lac Meech. Aux élections de 1989, il est élu chef de l'opposition. Il appuie la formation du Bloc québécois et milite contre l'Accord de Charlottetown en 1992.

En 1994, Jacques Parizeau est élu premier ministre du Québec. Il engage son mandat sur la tenue d'un second référendum sur la souveraineté du Québec, en , puis il démissionne à la suite de la victoire du « Non ».

Par ses contributions à l'organisation des affaires de l'État québécois et à la formation d'une classe d'affaires francophone, Jacques Parizeau est un acteur majeur de l'histoire politique du au QuébecDiscours de Jacques Parizeau, L’UdeM se souvient du diplômé et docteur honoris causa Jacques Parizeau, 5 octobre 2014. Consulté le 17 février 2023. .

Biographie Famille Parizeau Ancêtres Jacques Parizeau descend de Jean Delpué, un soldat de la compagnie LaFreydière du régiment de Carignan-Salières, établi en Nouvelle-France depuis le . Au fil des générations, le nom Delpué est devenu Dalpé, puis Parizeau.

Son arrière-grand-père Damase Parizeau (1841-1915) a quitté la ferme familiale pour travailler dans le commerce du bois au tournant des années 1870. Devenu un marchand prospère, il a participé à la fondation de la Chambre de commerce francophone de Montréal (dont il a assuré la présidence de 1890 à 1891). Il a également été député à l'Assemblée législative du Québec de 1892 à 1897« Damase Dalpé dit Parizeau » — Notice biographique, Assemblée nationale du Québec..

Son grand-père Télesphore Parizeau (1867-1961) était un médecin diplômé de la faculté de médecine de Paris. Formé à l'Institut Pasteur, il a été chirurgien à l'hôpital Notre-Dame. Il a aussi été professeur, puis doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal de 1934 à 1938Selon Robert Parizeau, son frère Jacques ressemblait grandement à leur grand-père : « un rationnel, un homme austère » mais aussi un « professeur brillant [...] à l'affût de toute innovation technique et poss[édant] toute la curiosité du scientifique ». Pierre Duchesne, Jacques Parizeau. Tome 1. Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2001, ..

Enfance Jacques Parizeau vient au monde à Notre-Dame-de-Grâce le . Aîné de trois enfants — suivi de Michel (1931-1971) et Robert (né en 1935) —, il est le fils de Gérard Parizeau (1899-1994), un homme d'affaires de Montréal, et de Germaine Biron, fille d'Édouard Biron, un notaire de WestmountÉdouard Biron a également été secrétaire et président de la Chambre des notaires..

Élevé dans un milieu privilégié, tant sur le plan matériel qu'intellectuel, Jacques Parizeau grandit « dans une famille bien plus que [...] dans un pays ». Diplômé des Hautes études commerciales (HEC) de Montréal, son père occupe différents postes dans la fonction publique fédérale (notamment celui de secrétaire particulier de Lomer Gouin lors de son mandat comme ministre de la Justice) avant de devenir courtier d'assurances en 1925. Tout en travaillant dans ce secteur, Gérard Parizeau commence également à enseigner aux HEC en 1928. Il y enseigne l'histoire du commerce et l'histoire économique du CanadaPierre Duchesne, Jacques Parizeau. Tome 1. Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2001, .. gauche|vignette|Gérard Parizeau, père de Jacques Parizeau. Homme cultivé et courtois, Gérard Parizeau est aussi un grand lecteur. Admirateur de la pensée de Lionel Groulx et d'Édouard Montpetit, il s'intéresse aussi beaucoup à la politique et à l'histoire. Discret, il s'exprime peu sur ses convictions politiques. Fidèle au Parti libéral, mais conservateur sur le plan des valeurs, Gérard Parizeau est aussi un nationaliste membre de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui s'oppose farouchement au traditionalisme incarné par Maurice Duplessis. Sa rigueur et sa conscience sociale auront une grande influence sur son fils.

Pour la mère de Jacques Parizeau, la situation est fort différente. Femme de tête, de caractère affirmé et combatif, Germaine Parizeau ne recule devant aucune polémique. Sa personnalité se reflète dans l'ambition qu'elle a pour ses trois fils. Comme elle se plaît à répéter à son mari, « ce n’est pas en élevant ses enfants dans l’humilité et la résignation qu’on en fait des hommesPropos de Germaine Parizeau cités par Gérard Parizeau dans Joies et deuils d’une famille bourgeoise 1867-1961, Trois-Rivières, Éditions du Bien public, 1973, p. 130. ». Féministe engagée, Germaine Parizeau est très active dans le mouvement pour le droit de vote pour les femmes au Québec, et milite aux côtés de Thérèse Casgrain tout au long des années 1920 et 1930.

Études gauche|vignette|Jacques Parizeau fréquente le collège Stanislas de Montréal de 1939 à 1947. Collège Stanislas Dès la petite enfance, Jacques Parizeau commence à apprendre l'anglais. Il fréquente une maternelle anglophone et participe l'été à des camps animés par des anglophones à l’école Darcy McGee.

En , Jacques Parizeau entre au Collège Stanislas de Montréal. Contrairement aux collèges classiques dirigés par le clergé diocésain, ce collège situé à Outremont (inspiré de son homologue parisien) emploie des professeurs laïcs suivant le programme scolaire français. Jacques Parizeau évolue ainsi dans un milieu très marqué par la culture française, ayant peu de contact avec la société québécoise et la culture populaire« La culture populaire se limite presque uniquement à l’influence d’une personne, Sarah Saint-Jean, la bonne de la maison, qui habite avec la famille. C’est elle qui fait découvrir aux enfants Parizeau le Québec profond ». Pierre Duchesne, Jacques Parizeau. Tome 1. Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2001, ..

De tempérament studieux, Jacques Parizeau est un élève très assidu. Malgré son caractère peu sociable, il manifeste également des qualités de meneur d'hommes. Suivant l'initiative de deux professeurs, Guy et Jeannette Boulizon, le jeune garçon s'engage dans le mouvement scout. Il intègre le Groupe Guynemer d’Outremont et obtient le surnom (totem) de « Belette vibrante ». Très actif dans les jeux scouts, il obtient le titre d'éclaireur. Il participe à des expéditions en Colombie-Britannique, en Abitibi et en Gaspésie, à la suite desquelles il devient chef de troupe. Il termine ses études au Collège Stanislas et décroche son baccalauréat avec la mention « Bien » le .

HEC Montréal Le , Jacques Parizeau commence sa licence en sciences commerciales à l'École des hautes études commerciales de Montréal (HEC). Dans cette institution liée à la Chambre de commerce de Montréal ainsi qu'à sa propre histoire familiale, le jeune homme au profil intellectuel se démarque. Alors que la plupart des étudiants de cette époque s'intéressaient essentiellement à la comptabilité, Jacques Parizeau s'intéresse plutôt à l'économie politique, au commerce international ainsi qu'aux questions de contrôle des changes. Se classant parmi les meilleurs étudiants, il est remarqué par le professeur François-Albert Angers et par le directeur des HEC Esdras MinvillePour Esdras Minville, « le jeune Parizeau [est] l’un des sujets les plus brillants qui soient passés par l’école. (…) Je ne crois pas avoir rencontré son égal depuis que je suis dans l’enseignement ». Lettre de Esdras Minvile, 23 mai 1950. Cité par Pierre Duchesne..

Économiste spécialisé en économie politique, Angers trouve en Jacques Parizeau un véritable disciple. Il le prend sous son aile, devient son mentor et développe avec lui une étroite relation. Malgré leurs intérêts communs, le mentor et le protégé s'opposent cependant sur le terrain de la politique. À cette époque où l'Union nationale de Maurice Duplessis domine la vie politique au Québec, contrairement à François-Albert Angers, Jacques Parizeau se sent peu interpelé par le nationalisme autonomiste (qu'il qualifie de « nationalisme […] essentiellement négatif, tourné vers le passéPierre Duchesne, Jacques Parizeau. Tome 1. Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2001, . »). Intéressé davantage par les initiatives du gouvernement d'Ottawa (création des pensions de vieillesse, assurance-chômage, allocations familiales) que par la gestion des affaires courantes et le maintien des structures traditionnelles du Québec, Parizeau est alors un fédéraliste canadien convaincu. vignette|Jacques Parizeau étudie aux HEC de Montréal de 1947 à 1950. Il y enseigne ensuite de 1955 à 1976, puis de 1985 à 1989. vignette|Après les HEC, Jacques Parizeau poursuit ses études à Paris de 1950 à 1953. En , Jacques Parizeau termine sa licence en sciences commerciales et présente sa thèse de fin de programme, intitulée Le conflit des réalités subjectives et objectives de la théorie de la valeur. Son travail lui mérite le prix Webster pour la meilleure thèse de l'année présentée aux HECPierre Duchesne, Jacques Parizeau. Tome 1. Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2001, ..

Paris et Londres Dans les années 1950, le Québec connaît une croissance économique sans précédent. Malgré la prospérité matérielle, les Québécois francophones demeurent largement en situation d'infériorité économique par rapport à leurs compatriotes anglophones. Les entreprises les plus importantes du Québec étant alors contrôlées par des intérêts britanniques ou américains, les entreprises dirigées francophones se voient marginalisées au sein de leur propre sociétéPierre B. Berthelot, Duplessis est encore en vie, Éditions du Septentrion, 2021, p. 16-20.. La faible valeur accordée au savoir-faire canadien-français se reflétait également dans le manque de choix dans les emplois disponibles, même pour les diplômés universitaires, et dans le peu de spécialistes en économie au Québec« Pour les soixante-quatorze finissants de la promotion 1950, Jacques Parizeau affirme que seulement trois emplois sont offerts par l’entreprise privée. "Ça oriente bien des choses. Ma promotion a été sauvée par les bureaux de comptables, la taxe de vente et l’impôt sur le revenu. Les belles jobs dans le secteur privé, c’était McGill qui les avait. Ça a été pour moi le premier signal. Il y avait quelque chose de pourri au royaume du Danemark". La rage au cœur, Jacques Parizeau découvre alors "comment le système fonctionnait. Nous étions des francos, donc des incompétents. Il n’était pas question que des entreprises viennent chercher des gens de chez nous" ». Pierre Duchesne, Jacques Parizeau. Tome 1. Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2001, .. vignette|De 1953 à 1955, Jacques Parizeau effectue son doctorat à la London School of Economics sous la direction de James E. Meade (lauréat du prix Nobel d'économie en 1977).