Le traité d'Arras fut signé en 1435 entre le roi de France, , et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Il mit fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Contexte historique En 1435, le roi de France cherche à asseoir son autorité en France. Après les victoires obtenues par Jeanne d'Arc, le temps est venu de reconquérir les territoires perdus sur les Anglais. Néanmoins, sait qu'il ne peut rien tant que la guerre civile avec les Bourguignons ne sera pas terminée. Il entame donc des négociations avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Celui-ci n'attend plus rien des Anglais et souhaite se consacrer au développement de ses provinces. La paix avec la France est pour lui une nécessitéPhilippe Zwang, Jeanne d'Arc et son temps, Casterman, 1999, Repères Histoire.. Il accepte donc de traiter avec , ce qui ouvre la voie à la conférence d'Arras.
Celle-ci est la première conférence européenne. Outre le royaume de France, dont la délégation de négociateurs est menée par le duc de Bourbon, le maréchal de La Fayette, le comte de Vendôme, le connétable Arthur de Richemont, l'archevêque de Reims et Christophe d'Harcourt, et la Bourgogne, conduite par le duc Philippe de Bourgogne en personne, elle réunit l'empereur Sigismond de Luxembourg, le médiateur , une délégation anglaise, des représentants du Pape, ainsi que les représentants des rois de Pologne, de Castille et d'Aragon.
Négociations préalables : la mort subite d'Anne de Bourgogne, épouse du duc de Bedford, régent du royaume pour l'Angleterre, desserre les liens qui avaient été tissés entre la dynastie Lancastre et le duc Philippe. Pire encore : le veuf, pourtant déjà âgé, se déclare épris d'une jeune femme de dix-sept ans, Jacquette de Luxembourg, héritière du duché de Luxembourg, mais vassale du duc de Bourgogne. Celui-ci s'offense du mariage prévisible. Le à 17 ans, Jacquette se marie à Jean de Lancastre, duc de Bedford, à Thérouanne. À Nevers, le , premiers espoirs pour parvenir à un accord : le chancelier de France, le nouveau connétable Arthur de Richemont, les principaux barons Bourbon et Orléans rencontrent le duc Philippe en personne. L'atmosphère est détendue : on banquette, on danse, on s'embrasse. Mais les Orléans mettent une condition aux négociations en vue de la paix : que les Anglais libèrent Charles d'Orléans, l'aîné de la famille, le poète prisonnier, enfermé en Angleterre depuis de nombreuses années. Le rapprochement des Français avec l'empereur Sigismond d'Allemagne, la colère des tisserands des Flandres qui ne voient plus arriver la laine anglaise qui transitait naguère par le port de Calais inquiètent le duc Philippe qui se décide à lâcher le roi d'Angleterre et se rappelle qu'il est aussi le premier pair de France.
Il prend l'initiative d'une conférence à trois, et le congrès s'ouvre à Arras au début d'août avec un déploiement fastueux de tournois, de fêtes et de banquets, avec les vins les plus rares et les plus chers, car cela plait au duc. Il est accompagné de son fils, Charles (le futur Charles le Téméraire), silencieux et indifférent, de ses nombreux bâtards, des seigneurs de ses provinces et de son conseiller indispensable Nicolas Rolin. Les Anglais ont envoyé une délégation présidée par le cardinal de Beaufort, l'archevêque d'York, le comte de Suffolk, ainsi que Pierre Cauchon, représentant des Français ralliés aux Anglais, devenu évêque de Lisieux alors qu'il avait demandé à devenir évêque de Rouen. Les Français étaient représentés par les grands barons, assistés de juristes éminents, docteurs de l'Université, dont notamment le « doyen de Paris ».
Mais l'autorité morale suprême, garante du bon déroulement des séances de travail et des décisions adoptées, avait été confiée au légat pontifical, cardinal de Sainte-Croix, assisté de son secrétaire l'intelligent et savant Enea Silvio Piccolomini (futur pape ), ainsi qu'un cardinal de Chypre, Hugues de Lusignan, porte-parole du concile de Bâle, et délégué par ledit concileRobert Garnier, Dunois le bâtard d'Orléans, 1403-1468, éditions Fernand Lanore, 1 rue Palatine, Paris, 1999, ..
Le congrès d'Arras représente un événement d'une importance mondiale. La négociation faillit être interrompue à cause de l'intransigeance des Anglais, qui finirent par quitter la conférence avant la signature du traité de paix : ils voulaient que le roi de France se déclarât vassal du roi d'Angleterre. C'était le point d'achoppement traditionnel qui revenait sur le tapis des négociateurs. Après le départ des Anglais, le roi de France et le duc de Bourgogne arrivèrent à une transaction, mais la portée du traité fut diminuée du fait que la paix qu'ils établissaient n'étaient pas une paix « européenne », mais un accord entre deux États, la France et la BourgogneMarcel Brion, Charles le Téméraire Grand Duc d'Occident, éditions Tallandier, 2006, ..
Clauses principales vignette|Proclamation de la paix consécutive au traité d'Arras. Enluminure ornant La Cronicque du temps de tres chrestien roy Charles, septisme de ce nom, roy de France par Jean Chartier, Paris, BnF, département des manuscrits, Ms. Français 2691, , fin du . Par le traité d'Arras, signé le : le roi fait amende honorable pour le meurtre du duc Jean sans Peur (le traité débutait par cette confession : .) ; cède à Philippe le Bon les villes de la Somme, le comté de Mâcon, la vicomté de Bar-sur-Seine et le comté d'Auxerre ; il donne une indépendance de fait à l'État bourguignon, le duc de Bourgogne reste vassal du roi de France mais est dispensé personnellement de lui rendre hommage ; le duc de Bourgogne reconnait la légitimité de comme roi de France — désormais en paix avec la Bourgogne, le roi a les mains libres pour s'atteler à la reconquête des territoires perdus sur les Anglais.
Le traité d'Arras de 1435 met fin à la querelle des Armagnacs et des Bourguignons et à l'alliance anglo-bourguignonne.
Le traité est confirmé le . Ce jour-là, le roi jura de respecter scrupuleusement toutes les clauses du traité d'Arras devant le duc de Bourgogne, représenté par (dit Guyard), maréchal de Bourgogne (commandant en chef de l'armée bourguignonne), seigneur de Talmay, Heuilley-sur-Saône et autres lieux.
Conséquences Ce traitéLe connétable de Richemont joua un rôle important dans ce traité, Vies des grands capitaines français du Moyen Âge : Arthur de Richemont. Par Alexandre Mazas. est réputé avoir mis fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Les villes de la Somme cédées par furent ensuite rachetées par , le , à Philippe le Bon pour la somme de quatre cent mille écus, afin que les Bourguignons soient éloignés de Paris et que soit oublié ce traité moins glorieux pour la couronne de FranceJacques Heers, , , Perrin, Paris, 2001.. Furent rachetées notamment les villes de Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Doullens, Abbeville, Montreuil-sur-Mer, Rue, Saint-Valery, Le Crotoy, Saint-Riquier, Crèvecœur-en-Cambrésis et Mortagne ; ainsi que les châtellenies de Roye, Péronne et MontdidierJean Favier, , Fayard, Paris, 2001.Le , le roi expédia des lettres. Une de ses copies est conservée dans les Archives municipales de Tournai : « De par le roy. Tres chiers et bien amez, pour le bien et l'utilite de la chose publicque de nostre royaume et pour acroistre et augmenter nostre domaine et y reunir et remettre le plus que porons les choses alienees par noz predecesseurs, ainsy qu'a nostre sacre et couronnement l'avons jure et promis, nous sommes conclus et determines de presentement racheter et rejoindre a nostre dit domaine les villes, places, terres et seignouries de nostre pays de Picardie, que feu nostre tres chier seigneur et pere, que Dieu absoille, bailla et engaga par le traitie d'Aras, a nostre tres chier et tres ame oncle le duc de Bourgongne, pour la somme de quatre cens mil escus, de laquelle somme nous avons trouve moyen d'avoir et prendre de nostre propre espargne, jusques a deux cens mil escus ; et le surplus, montant autres ije mil escus, veu les grans charges et affaires que avons eu et avons continuelment a supporter, ne porions bonnement sy promptement furnir sans l'ayde et subvention de noz bons et loyaux subges. Et pour ce que, entre les autres, vous estes en nostre endroit tousjours continuelment employes, comme bons, vrais et loyaulx subges, au bien de la chose poublicque de ce royaume, aussy que le recouvrement des dictes villes qui sont fort prochaines de vous, redonde a vostre grant bien et seurte, nous sommes deliberez de vous requerir et employer pour nous aidier en ceste matiere. Et a ceste cause envoyons presentement par dela nostre ame et feal conseiller, maistre Pierre Doriole, ...... pour sy necessaire et fructueuse chose, ne nous voldriez faillir. Et du plaisir que nous ferez aurons bien memore, et tousjours vous en aurons en plus especialle et singuliere recommandation. Donne a Paris, le XXIIII d'aoust. Ainsy souscirptes. LOYS. J. BOURRE (secrétaire). » Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de , Librairie Renouard, Paris, 1885..
Plus tard, le nouveau duc de Bourgogne Charles le Téméraire lutta pour obtenir une indépendance totale et pour créer un royaume de Bourgogne, mais il s'aliéna les habitants des Flandres, de l'Alsace et les Suisses et trouva la mort face au duc à la bataille de Nancy en 1477 sans avoir réalisé son rêve.
en profita pour récupérer le duché de Bourgogne tandis que la « Bourgogne impériale » (Franche-Comté), le comté de Charolais et les Pays-Bas bourguignons passèrent aux Habsbourg à la suite du mariage de Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire, avec Maximilien de Habsbourg, futur empereur .
Galerie
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Sources primaires
A. de la Taverne, Journal de la paix d'Arras. Faite en l'abbaye royale de Sainct Vaast. Entre le Roy & Philippes (sic) le Bon Duc de Bourgongne Prince Souverain des Pays-Bas, Paris, L. Billaine, 1651.Réédition : André Bossuat (éd.), Journal de la paix d'Arras, 1435, Arras, Société anonyme l'Avenir, 1936, 128 . Enguerrand de Monstrelet, Chronique, éd. L. Douet-D'arcq, 5, 151-182 (disponible sur https://gallica.bnf.fr/ )
Bibliographie
. . . . . . . , , . . . . . . . . . . , . . . . . . . .
Articles connexes Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons
Arras 1435 Arras 1435 Catégorie:Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons Catégorie:Picardie médiévale Catégorie:Septembre 1435 1435 Catégorie:Charles VII (roi de France)