Juan Manuel Guillermo Contreras Sepúlveda, né le à Santiago et mort le le monde dans la même ville, est le directeur de la DINA de 1973 à 1978, le service de renseignement chilien sous la dictature militaire dirigée par le général Augusto Pinochet. Il fut contraint de démissionner de la DINA, rebaptisée CNI, en après l'affaire Orlando LetelierElizabeth Lira et Brian Loveman (2005), Políticas de reparación: Chile 1990-2004, 119, du nom du ministre démocrate-chrétien assassiné en 1976 aux États-Unis. Il resta toutefois général. Il fut également un agent informateur de la CIA de 1974 à 1977.
Transition démocratique
Après la transition démocratique entamée en 1988, Manuel Contreras a été condamné au Chili en 1993 pour l'assassinat, en 1976 à Washington, d'Orlando Letelier, ancien ministre de Salvador Allende, et de son assistante américaine Ronni Moffitt. Il fut aussi condamné par la justice chilienne en 2002 pour la disparition de Victor Olea Alegria, ancien dirigeant du Parti socialiste du Chili. Il a de nouveau été condamné en 2005 pour la disparition de Miguel Ángel Sandoval, un membre du Mouvement de la gauche révolutionnaire (Chili), et en à 5 ans de prison pour celle d'Héctor Vergara Doxrud, un militant du MAPU (Movimiento de Acción Popular Unitaria)Manuel Contreras sumó nueva condena por desaparición de militante del MAPU, Radio Cooperativa, 12 avril 2010.
La justice argentine l'a aussi condamné pour l'assassinat du général Carlos Prats (chef des armées sous Salvador Allende) et de sa femme, à Buenos Aires en 1974.
Le général Contreras a été amnistié par la justice chilienne en 2005 dans le cadre du dossier sur l'opération Colombo, tandis que l'État chilien a rejeté la requête d'extradition vers l'Argentine.
Manuel Contreras est toujours sous le coup d'enquêtes au sujet de plusieurs violations des droits de l'homme commises par la DINAChili. La mort du général Pinochet n’arrête pas le combat, Amnesty International, 14 décembre 2006 et a été de nouveau condamné à 10 ans de prison en décembre 2007, puis de nouveau à 3 ans de prison en pour la séquestration de Lourdes Pérez Vargas Villa Grimaldi: Ministro Solís dicta nueva condena contra ex DINA, La Nacion, 19 mars 2006. Il échappa néanmoins à d'autres inculpations, par exemple, en 2007, concernant l'opération Calle Conferencia (décapitation en 1976 de la direction du Parti communiste), en vertu du motif de la « chose jugée ».
Il accumule ainsi une quinzaine d'accusations contre lui pour un total de 200 ans de prison, dont la moitié doit encore être jugée par la Cour suprêmeCHILE:MANUEL CONTRERAS FUE CONDENADO A 10 AÑOS DE CÁRCEL EN OTRO CASO DE DDHH, Radio Usach, 20 décembre 2007.
Opération Condor
Manuel Contreras est diplômé du cours de « guerre contre-insurrectionnelle » de l'école du Fort Benning (qui abrite l'ex-School of Americas, aujourd'hui WHISC) situé en Virginie aux États-UnisBiographie de Contreras, site de Memoria Viva.
De 1973 à 1977, il commanda les opérations de la DINA, dans le cadre de l'opération Condor, qui visait à pister et à assassiner les opposants politiques du régime militaire chilien, en particulier les membres des partis socialistes, communistes et du MIR. Interviewé par la journaliste Marie-Monique Robin, Contreras a déclaré avoir envoyé « tous les deux mois (...) des contingents de la DINA », au Centre d'instruction de la guerre dans la jungle de Manaus (Brésil), pour que le général Paul Aussaresses « les entraîne », 2008, p.292.
Selon le rapport américain sur les "Activités de la CIA au Chili" (CIA activities in Chile), rendu public le , le gouvernement des États-Unis aurait approuvé les contacts de la CIA avec Contreras de 1974 à 1977 afin d'accomplir les projets de l'agence de Langley au Chili.
Dès 1975, l'agence de renseignement américaine avait conclu que Contreras était l'un des principaux obstacles à une politique raisonnable concernant les droits de l'homme au sein du gouvernement d'Augusto Pinochet, mais la CIA a maintenu malgré tout ses liens avec le chef de la DINA, "des éléments de la CIA recommandant d'établir une relation rémunérée avec Contreras"Peter Kornbluh, CIA Acknowledges Ties to Pinochet’s Repression, National Security Archive, 19 septembre 2000 — le rapport de 2000 n'admet néanmoins l'existence que d'un seul paiement, effectué en 1975"CIA Activities in Chile," CIA declassified documents, Retrieved from National Security Archive, accès le 24 mai 2007Marquis, Christopher. "C.I.A. Says Chilean General in '76 Bombing Was Informer," The New York Times, 19 septembre 2000.
Selon ces documents, Manuel Contreras a été invité trois fois à Washington (district de Columbia) (janvier et et ), et rencontra notamment le général Vernon Walters, 15 jours avant le lancement officiel de l'Opération CondorCIA documents confirm: Chile's secret police chief worked for Washington, 27 septembre 2000. En , il aurait aussi rencontré, à la demande de l'ambassadeur américain à Santiago du Chili, le sous-directeur de la CIA à WashingtonLa relación de la CIA con Manuel Contreras, El Mostrador, 19 septembre 2000.
Le rapport publié en 2000 précise aussi que la CIA a utilisé ses liens avec le chef de la DINA pour obtenir des informations au sujet du plan Condor. Il ne confirme pas cependant que la CIA ait utilisé ces informations pour empêcher les assassinats projetés par les services de renseignements latino-américains. En , Contreras confirme à la CIA l'existence de l'opération Condor.
Or, c'est en , selon les dépositions du terroriste italien Vincenzo Vinciguerra et de Michael Townley, ex-agent de la CIA travaillant pour la DINA, qu'il rencontre le néofasciste italien Stefano Delle Chiaie, à Santiago, aux côtés de Junio Valerio Borghese, l'ex-homme de main de Mussolini, pour organiser l'assassinat du démocrate-chrétien chilien Bernardo Leighton, 2008, chap.XXIII p.379. Ce dernier, et sa femme, seront victimes d'une tentative d'assassinat le à Rome.
Contreras rencontre à nouveau Stefano Delle Chiaie, en compagnie d'Augusto Pinochet, lors des funérailles de Franco à Madrid en 1975. Il prépare alors un attentat contre Carlos Altamirano, le chef du Parti socialiste chilien "Las Relaciones secretas entre Pinochet, Franco y la P2 - Conspiración para matar", Projet Nizkor .
L'assassinat d'Orlando Letelier et la dissolution de la DINA
À la suite de l'assassinat de l'ex-ministre de Salvador Allende, Orlando Letelier, et de son assistante américaine Ronni Moffitt, en plein Washington, le , la CIA se mit à rassembler des rapports détaillés concernant la responsabilité du général Contreras en tant que commanditaire de cet assassinat, organisé notamment par Michael Townley, ancien agent de la CIA qui travaillait pour la DINA. Une partie de ces informations demeurent classifiées, et une autre partie n'a pas été rendue publique dans le rapport de 2000, à la demande du département de la Justice des États-Unis. Malgré cet assassinat, les contacts de la CIA avec Manuel Contreras ont continué jusqu'en 1977. L'agence de renseignement américaine rencontra Contreras au moins une demi-douzaine de fois en 1977.
En 1977, le général Pinochet dissout la DINA, probablement à la suite des pressions des États-Unis (conséquence de l'assassinat de Letelier), et la remplace par le CNI (Centre national d'intelligence). Manuel Contreras est nommé général dans l'armée chilienne, dans laquelle il reste pendant deux ans. Les États-Unis lancent une requête d'extradition contre Contreras, accusé de l'assassinat de Letelier, en 1978, qu'ils annulent peu avant le début de son procès au Chili.
Procès et enquêtes L'affaire de la tentative d'assassinat de Bernardo Leighton Le juge italien Giovanni Salvi condamna, en juillet 1996, par contumace, Manuel Contreras à 20 ans de prison pour la tentative d'assassinat contre le sénateur démocrate-chrétien Bernardo Leighton, effectuée à Rome par le néofasciste italien Stefano Delle Chiaie dans le cadre du plan Condor, Blowback of a Criminal Alliance: The Central Role of the Condor Investigations in 25 years of Pursuit of Justice, 14 novembre 2003.
En 1999, le Parti démocrate-chrétien du Chili, représenté par son président, Gutenberg Martinez, et son secrétaire général, Eduardo Saffirio, a demandé à être partie au procèsJosé Burneo, L'affaire Pinochet et le Troisième Mur, Equipo Nizkor, 25 avril 2000. La même année, la justice italienne déposait une requête d'extradition qui ne pouvait aboutir du fait que non seulement aucun accord bilatéral d'extradition n'existait entre l'Italie et le Chili mais également du fait que selon le droit chilien, toute extradition ne pouvait avoir lieu qu'une fois que le condamné ait purgé toutes ses peines au ChiliChile tramitará la petición de Italia de extraditar a Contreras, El Mundo, 12 octobre 1999.
Le juge italien Giovanni Salvi transmit alors à la justice chilienne les documents acquis en visitant la SIDE (papiers d'Arancibia Clavel, condamné en 2001 à la prison à vie pour le meurtre de Carlos Prats) et en recevant les témoignages de Michael Townley, afin de permettre à la justice chilienne de se prononcer dans l'affaire de l'assassinat d'Orlando Letelier.
L'affaire de l'assassinat d'Orlando Letelier En 1995, un tribunal chilien prononça la condamnation à sept ans de prison de Manuel Contreras et de son assistant Pedro Espinoza (également condamné pour avoir participé à la Caravane de la mort) pour l'assassinat d'Orlando Letelier. L'ex-chef de la DINA s'est alors rebellé contre la justice chilienne, en fuyant dans le sud du pays, avant de se réfugier dans une caserne puis dans un hôpital militaireUn general chileno se declara en rebeldía contra un fallo que le condena a 5 años, El País, 14 juin 2007 . Après une cavale de deux mois, il est finalement arrêté puis détenu dans une prison militaire à Punta PeucoManuel Contreras à son aise, L'Humanité, 26 mars 1999, où il demeura jusqu'à sa libération en janvier 2001. Il a ensuite été placé sous assignation à résidence durant trois ans alors que plus d'une quinzaine de plaintes sont encore en cours contre lui. Il est libéré sous caution en .
Procès en France
À la suite de l'arrestation d'Augusto Pinochet à Londres en , les familles de victimes franco-chiliennes disparues à la suite du coup d'État, défendues par M William Bourdon, portent plainte au TGI de ParisLe cas Pinochet, casse-tête juridique en Europe. Un juge français a lancé hier un mandat d'arrêt, Libération, 3 novembre 1998.
Parmi les victimes dont les familles ont porté plainte : Jean-Yves Claudet Fernandez (chargé des relations internationales du MIR, participe aux efforts de la Junte de coordination révolutionnaire, il est arrêté en Argentine par le Bataillon d'intelligence 601 et transféré à la DINA) ; Alfonso René Chanfreau Oyarce (étudiant en philosophie, militant du MIR, âgé de 22 ans lors de sa séquestration le ) ; Etienne Pesle (conseiller agricole, militant du Parti socialiste et membre du Mouvement des chrétiens pour le socialisme) ; Georges Klein (pédiatre, conseiller social d'Allende) ; ainsi qu'Enrique Ropert, fils d'un Français et de la secrétaire d'Allende, Miria Contreras, retrouvé mort à la morgue de Santiago le . Contrairement aux plaintes visant les quatre autres victimes, celle-ci ne sera pas jugée recevable, la découverte de son corps conduisant la justice à déclarer l'affaire prescrite, alors que les autres courent encore, le crime de disparition forcée, en l'absence de corps, n'étant pas prescritDossier de décembre 2010 sur le procès en France de la FIDH (la justice française désigne le crime de disparition forcée sous le terme d'arrestation et de séquestration, aggravée de torture et d'actes de barbarie). Le cas de Ropert était répertorié par le rapport RettigNotice sur le général Javier Palacios Ruhman, sur le site Memoria Viva.