Jordi Pujol i Soley, né le à Barcelone, est un homme politique espagnol.
Fondateur de la Convergence démocratique de Catalogne (CDC), puis de la coalition catalaniste Convergence et Union (CiU), il est investi président de la généralité de Catalogne en . Il est reconduit en , et , avec la majorité absolue au Parlement. À partir de , il gouverne en minorité avec l'appui du Parti populaire catalan.
Il se retire de la vie politique en au profit d'Artur Mas, qui mettra sept ans à accéder à la direction de l'exécutif catalan. Il reconnaît en des faits de fraude fiscale, entretenue pendant plus de trente ans et concernant des dizaines de millions d'euros. Lui et toute sa famille sont jugés à partir de pour cette affaire ainsi que des soupçons de corruption.
Biographie
Origines familiales, jeunesse et études Jordi Pujol est le fils de Florenci Pujol et Marta Soley. Son père, catalaniste et catholique pratiquant, travaille comme bagagiste puis comme agent de change. Sa mère descend d'une famille de paysans. Ses grands-parents paternels étaient fabricants de bouchons de lièges à Darnius, tandis que ceux du côté maternel étaient agriculteurs à Premià de Dalt.
Jordi Pujol naît le à Barcelone. En plus de Jordi et Maria, les parents de Pujol ont eu un troisième fils, Joan, qui meurt quelques mois après sa naissance. Le jeune Jordi est décisivement influencé par le catalanisme de sa famille. Alors qu'il était âgé de 5 ans, ses parents, souhaitant pour leur enfant une école de qualité et non religieuse, décident de l'inscrire au collège allemand de Barcelone.
Lorsqu la guerre civile espagnole éclate, en 1936, l'école ferme et la famille Pujol Soley retourne vivre à Premià de Dalt, à une vingtaine de kilomètres de la capitale catalane. Une fois la guerre terminée en 1939, ils reviennent à Barcelone et le jeune Jordi rejoint son école durant la Seconde Guerre mondiale. Il maîtrisait alors l'allemand, le français et l'espagnol. En 1942, il commence seul l'étude de la langue catalane en s'aidant d'une grammaire publiée par . Il approfondit plus tard sa connaissance dans cette langue en suivant des cours privés au domicile du pédagogue ..
En 1946, il commence des études de médecine à l'université de Barcelone. Au début de celles-ci, il milite dans diverses associations catholiques et catalanistes, alors clandestines, dont le groupe Torras i Bages entre 1947 et 1950 , la confrérie de la Vierge de Montserrat de Virtèlia (de 1947 à 1954) et le groupe Crist/Catalunya (). Il est très influencé par deux personnes liées à ces mouvements : le père Llumà, directeur spirituel de la confrérie, et Raimon Galí de Crist/Catalunya. En 1948, il rencontre l'écrivain et activiste , qui devient un autre de ses mentors intellectuels. Au cours de ses dernières années d'études, entre 1950 et 1954, insatisfait de celles-ci et vu l'infranchissable barrière sur le plan politique et culturel dû à l'intransigeance de la dictature franquiste, il se réfugie dans la foi chrétienne et envisage de se consacrer à une vie religieuse.
Une fois ses études terminées, il exerce brièvement comme médecin à l'Hôpital clinique et provincial de Barcelone et travaille comme gérant pour les laboratoires Martín Cuatrecasas , dont son père avait acquis une grande partie du capital. Il est l'inventeur d'une pommade antibiotique, le Neobacitrin
Dans la confrérie Virtèlia, il rencontre Marta Ferrusola, fille de commerçants originaires de Queralbs, avec qui il se fiance en puis se marie au monastère de Montserrat le . Le couple, aux profondes convictions catholiques, a sept enfants : Jordi (né en 1958), Marta (née en 1959), Josep (1963), Pere (1965), Oriol (1966), Mireia (1969) y Oleguer (1972).
Militant catalaniste sous le franquisme Pujol est arrêté en 1960, en raison de sa participation aux évènements du Palais de la Musique de Barcelone, au cours desquels le public entonne le Cant de la Senyera, en présence de plusieurs ministres du franquisme lors d'une cérémonie de célébration du centenaire de la naissance du poète Joan Maragall, notamment sa rédaction d'un pamphlet anti-franquiste intitulé Us presentem el general Franco diffusé à cette occasion (). Après avoir été torturé, il dénonce un complice qui avait participé à l'impression du document. Il est condamné à sept ans de prison par un tribunal militaire et incarcéré à la prison Model de Barcelone, dans le quartier de l'Eixample., mais retrouve la liberté après deux ans de détention et une période de confinement à Gérone. Sa libération est suivie d'une nouvelle étape dans son activisme politique, avec le slogan de fer país (littéralement ), c'est-à-dire travailler à l'élaboration et la diffusion d'une identité nationale catalane, notamment à travers la création et le financement d'institutions culturelles et financières.
En 1974, toujours dans la clandestinité, il fonde Convergence démocratique de Catalogne (, CDC), tout d'abord comme un mouvement, puis comme un parti politique à partir de , et parvient à regrouper divers secteurs sociaux et sensibilités, de droite comme de gauche. Il participe à la fondation et est vice-président exécutif de jusqu'en 1976, où il décide de se consacrer professionnellement à la politique., . Il est également conseiller de la Banque de Barcelone. En vue des élections générales espagnoles de 1977 , Pujol est le meneur du (« Pacte démocratique pour la Catalogne »), qui obtient une représentation de 11 sièges sur 350 au Congrès des députés espagnol.
En 1976 est réédité le livre La Inmigración, problema y esperanza de Cataluña (), publié clandestinement en 1958, ouvrage qui sera plus tard qualifié de par des opposants et dans lequel il qualifiait de l'immigration de personnes hispanophones en Catalogne, en particulier les Andalous.
thumb|Jordi Pujol et Adolfo Suárez au palais de la Moncloa en 1978. Après la restauration de la généralité de Catalogne, il est nommé conseiller sans portefeuille du gouvernement provisoire présidé par Josep Tarradellas. Le président du gouvernement espagnol Adolfo Suárez, sur conseil du ministre de l'Intérieur, Rodolfo Martín Villa, décide d'appuyer le courant politique représenté par Pujol au détriment de celui de Tarradellas, . Lors d'un entretien avec l'entrepreneur et gestionnaire , Suárez déclare ainsi : . Il reviendra sur cette position plus tard, en admettant auprès de Martín Villa qu'. Au cours de cette période, Pujol et Tarradellas entretiennent des relations très tendues ; le dernier s'opposait notamment à la nomination du premier dans la , qui servait d'interlocutrice de l'opposition avec le gouvernement Suárez.
En sont signées les bases du pacte de CDC avec l'Union démocratique de Catalogne (, UDC, centriste), débouchant sur la formation de la coalition Convergence et Union (, CiU), qui jouera un rôle décisif dans le panorama politique catalan au cours des décennies suivantes. .
Président de la généralité de Catalogne Le ont lieu les premières élections au Parlement de Catalogne depuis la Seconde République. Contre toute attente , CiU remporte une majorité relative de sièges avec 45 députés, à l'issue d'une campagne électorale où elle reçoit un clair soutien du patronat catalan. Bien que loin d'une majorité absolue, cette victoire permet à Pujol de former un gouvernement. Dans son discours d'investiture, il déclare clairement que la politique de serait l'axe principal de la politique de son gouvernement :
Il trouve à son arrivée à la Généralité une administration autonomique en plein processus d'organisation après les transferts de compétences qui avaient commencé à se mettre en place durant l'étape antérieure, sous la présidence de Tarradellas. Pujol encourage la promulgation de nouvelles lois, notamment celle relative à la normalisation linguistique et une autre concernant la protection de la langue catalane . La politique culturelle et éducative de la Généralité favorise le développement d'une identité nationale catalane dans la population de la région.
La loi du établit un corps de police régional, baptisé Mossos d'Esquadra, en référence à des escadrons de civils armés du . Le déploiement de celui-ci dans toute la Catalogne est accompagnée d'un retrait progressif de la Police nationale et de la Garde civile. La loi d'organisation territoriale de 1987 entraîne la dissolution de la , dont Pujol considérait qu'elle constituait un contrepoids socialiste au pouvoir exercé par CiU depuis la Généralité .
Lorsqu'en 1984 le ministère public dépose une plainte pénale contre Pujol en raison de son implication dans le scandale , ce dernier n'en est pas politiquement affecté, une grande partie des Catalans réagissant en considérant qu'il s'agissait d'une . Le de cette année, au cours d'un discours tenu devant des milliers de manifestants rassemblés devant le palais de la généralité de Catalogne, il affirme : .
thumb|Pujol, reçu par José María Aznar en juillet 1996. thumb|Jordi Pujol en 2001, avec le maire de Barcelone, Joan Clos, au second plan. À la tête de CiU, Pujol gouverne la communauté autonome de Catalogne sans interruption entre 1980 et 2003, obtenant une majorité absolue à trois reprises et une majorité relative à trois autres reprises . Au cours de ces années, le rôle de CiU se caractérise par une posture collaborative avec le pouvoir central, auquel il apporte plusieurs fois un soutien parlementaire décisif : à Adolfo Suárez durant la Transition démocratique ., au PSOE de Felipe González. ainsi qu'au Parti populaire (PP) de José María Aznar .
Cette politique a été fréquemment défendue par les partisans de Pujol, soutenant que ce dernier avait rendu service aussi bien à la Catalogne qu'à l'ensemble de l'Espagne, mais rencontre également des détracteurs, par exemple l'ancien président catalan Josep Taradellas, qui la qualifie de .
La stratégie politique du parti correspond avec une certaine conception pragmatique de l'autonomie par Pujol, qui déclarait :
Aux élections autonomiques de 1999, la coalition CiU remporte à nouveau une majorité de sièges . Grâce à un nouvel accord avec le PP, Pujol est de nouveau investi président de la Généralité pour la dernière fois. Ce scrutin révèle toutefois le déclin électoral de CiU depuis les élections de 1995 au bénéfice du PSC et de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC).
À partir de , Artur Mas, désigné par Pujol lui-même comme son successeur, assume le poste de conseiller en chef () de la Généralité. La direction de CiU se relâche, conduisant à une crise puisque plusieurs autres personnalités, notamment aspiraient également au contrôle de la coalition.
Après les élections au Parlement de Catalogne de 2003, CiU ne peut se maintenir au gouvernement face à la coalition de trois partis de gauche . Pujol abandonne le poste de président de la Généralité en , après près d'un quart de siècle au pouvoir .
Retrait de la vie politique publique thumb|Jordi Pujol en 2008|261x261px En 2003, Pujol fait don du fonds bibliographique réuni au cours de sa période à la tête de la Généralité à la Bibliothèque de Catalogne..
Après son départ de la présidence régionale, il se place au second plan de la politique, tout en restant président de CDC jusqu'en 2012, quand le désigne Artur Mas à ce poste et Oriol Pujol secrétaire général, Jordi Pujol en devenant président d'honneur. En , Mas était parvenu à accéder à la présidence de la Généralité, après sept ans passés dans l'opposition.