José Antonio Primo de Rivera y Sáenz de Heredia, né le à Madrid et mort le à Alicante, est un homme politique espagnol, fils du général Miguel Primo de Rivera et fondateur de la Phalange espagnole. Il est mort exécuté le à Alicante, au début de la guerre d'Espagne.

Biographie Né dans une famille noble d'AndalousieSur la généalogie de José Antonio Primo de Rivera, marquis de Estella et la noblesse de sa famille, on lira : Vicente de Cadenas y Vicent, El Marquesado de Estella, el Condado de San Fernando de la Unión y el Ducado de Primo de Rivera, revue Hidalguia, N 12, septembre-octobre 1955, pages 593 et suiv. de longue tradition militaireSon arrière-grand-père, José Primo de Rivera (1777-1853), officier de marine, participa à la guerre d'indépendance espagnole. Il était le fils de Joaquín Primo de Rivera (1734-1800), brigadier de l' Ejército Real et gouverneur de Maracaibo. Pour une histoire de la famille, voir : Rocio Primo de Rivera, Los Primo de Rivera - Historia de una familia, La Esfera de los libros, 2010., il est le fils aîné du général Miguel Primo de RiveraDe son mariage en 1902 avec Casilda Sáenz de Heredia y Suárez de Argudín (1879–1908), Miguel Primo de Rivera eut six enfants : José Antonio, Miguel (1904 - 1964), María del Carmen (1905 - 1956), deux sœurs jumelles Ángela (1906 - 1913) et Pilar (1906-1991) et Fernando (1908-1936). Casilda Sáenz de Heredia mourut à l'âge de vingt-huit ans, quelques jours après la naissance de son fils Fernando. Les enfants Primo de Rivera furent alors élevés sous l'autorité de leurs tantes paternelles, tía Ma et tía Inés, chef du gouvernement et président du directoire — « une dictature avec roi »Una dictadura con rey, selon l'expression de l'historien espagnol Santos Juliá. Le gouvernement confié au général Primo de Rivera par le roi Alphonse XIII, à la suite du coup d'état, fut exercé d'abord par un Directoire militaire de 1923 à 1925, puis par un Directoire civil jusqu'en 1930. Voir : Santos Juliá, Un siglo de España : Politica y sociedad, Marcial Pons, Madrid, 1999, pages 63 et suiv. — entre 1923 et 1930, sous le règne d'Alphonse XIII. Après son baccalauréat, obtenu en 1917, il entreprend des études à la faculté de droit de Madrid, il y obtient une licence en 1922. L'année suivante, à l'âge de vingt ans, il est reçu aux examens de doctorat et ne présenta jamais sa thèseAgustín del Rio Cisneros y Enrique Pavón Pereyra, José Antonio Abogado, Ediciones del Movimiento, 1968, pages 14 - 15 (). Voir également : Felipe Ximénez de Sandoval, José Antonio (Biografía apasionada) - Fuerza Nueva Editorial, 1976, pages 34 - 35 ( édition}.

Il effectue son service militaire en 1923-1924, et est lieutenant de cavalerie. Il sert au régiment des Dragones de Santiago , à Barcelone, puis aux Húsares de la Princesa, à MadridVoir : Antonio Gibello, Apuntes para una biografía política, Ed. Doncel, Madrid, 1974, pages 48-49. Et Jorge Bonilla, La historia no contada de los Primo de Rivera, Espasa Calpe, 2016, page 106 : « Il perdit son grade de lieutenant en 1930 après avoir donné une gifle au Général Queipo de Llano pour défendre l'honorable nom de la famille Primo de Rivera, épisode qui fit l'objet d'une large diffusion dans la presse. » (Traduit de l'espagnol).

Il devient avocat en , inscrit au barreau de Madrid. Il ouvre alors son propre cabinet et est vite reconnu pour son talent professionnel. Ainsi, le doyen du collège des avocats de Madrid, Francisco Bergamín, auquel José Antonio Primo de Rivera était opposé dans un procès, déclara : « J'ai dit en saluant le jeune avocat que nous avons écouté avec tant de plaisir, qu'il était un véritable espoir ! Je rectifie, Messieurs les Magistrats, et j'affirme qu'aujourd'hui, nous avons entendu une véritable gloire du barreau espagnol. C'est tout »Voir : Arnaud Imatz, José Antonio et la Phalange espagnole, Éditions Albatros, page 88.

En , il est reçu dans l'ordre des chevaliers de Saint-Jacques de l'Épée (Orden de Santiago) en même temps que ses deux frères, Miguel et FernandoVoir : Vicente de Cadenas y Vicent, ibid, pages 609 et suiv..

L'« inquiétude » espagnole

Chez Primo de Rivera, élevé « à l'ombre de son père », les valeurs militaires ancrées dans sa personnalité se combinaient avec une « formation intellectuelle et un esprit politique de type libéral (Ortega pour lui, comme pour tous les jeunes gens de sa génération, fut la référence essentielle), que contrebalançaient son éducation traditionaliste et ses convictions religieuses »Voir : Marcos Maurel, Un asunto de fe : Fascismo en España (1933 - 1936), in : Ferran Gallego y Francisco Morente (ed.), Fascismo en España, Ediciones de Intervención Cultural / El Viejo Topo, Madrid, 2005, page 149. Dans son célèbre Hommage et reproche à Don José Ortega y Gasset, publié en 1935, Primo de Rivera écrira notamment : « Une génération qui pour ainsi dire s'éveilla à l'inquiétude espagnole sous le signe d'Ortega y Gasset, s'est imposée à elle-même, tout aussi tragiquement, la mission de vertébrer l'Espagne » Homenaje y reproche a D. José Ortega y Gasset, publié le 5 décembre 1935 dans le numéro 12 de l'hebdomadaire Haz et écrit à l'occasion des vingt-cinq années de professorat universitaire d'Ortega y Gasset (trad. de l'espagnol). Primo de Rivera fait ici référence à l'ouvrage España invertebrada, publié en 1921 par Ortega. On rappellera également le texte Sobre el fascismo (1925) où Ortega souligne les deux caractères du fascisme que sont « la violence et l' illégitimité (...) Dans le fascisme, la violence n'est pas utilisée pour affirmer ou imposer un droit, elle est là pour remplir un vide, elle se substitue à l'absence de toute illégitimité (...) Le fait du triomphe fasciste signifie le fait de l' “illégitimité constituée, établie” ». Voir : José Ortega y Gasset, El Espectador, Biblioteca EDAF, Madrid, 2010 ( edición), pages 111 et 114. (Anthologie).

L'intuition politique joséantonienne de « sauver l'Espagne pour l'Espagne »Salvar a España para España. Voir : Appel aux maîtres d'école : A los maestros españoles, Madrid, décembre 1935, au-delà de l'influence primordiale d'Ortega prend sa source chez des penseurs comme Eugenio d'Ors, Ramiro de Maeztu, Rafael Sánchez Mazas, Unamuno et les auteurs de la génération de 98, mais aussi SpenglerVoir : Mónica Carbajosa et Pablo Carbajosa, La corte literaria de José Antonio, Crítica, Barcelona, 2003, pages 75 et suiv.. Ce que confie aussi sa sœur Pilar évoquant « sa vie universitaire et sa vocation intellectuelle », voir : Pilar Primo de Rivera, Recuerdos de una vida - Dyrsa, Madrid, 1983, page 30 : « Il lisait énormément et parmi les espagnols de son époque, il fut très vite et très directement influencé par Unamuno, Marañon, Ortega y Gasset, Eugenio d'Ors, Menéndez Pidal, Valle-Inclán... Parmi les poètes, il fut influencé par les Machado, Alberti, Juan Ramón Jiménez et Rubén Dario. Aussi, jusqu'à un certain point par Federico García Lorca ». (Traduit de l'espagnol). Par ailleurs, la liste des ouvrages que José Antonio s'était fait apporter dans la prison de Madrid nous renseigne sur ses intérêts intellectuels fondamentaux. On y retrouve : La Bible (volume que lui avait envoyé son amie Carmen Werner, à qui il écrira la veille de son exécution : « J'ai sur la table, comme compagnie ultime, la Bible que tu as eu l'idée très juste de m'envoyer à la prison de Madrid. Je lis des passages des Évangiles, en ces heures qui sont, peut-être, les dernières de ma vie » ) ; Don Quijote de la Mancha (exemplaire envoyé par Azorín) ; El Conde-Duque de Olivares. La pasión de mandar, du médecin et écrivain Gregorio Marañón ; Réflexions sur la violence de Georges Sorel ; La crisis de la democracia de Harold Laski ; La decadencia de Occidente (trad. de Manuel Garcia Morente) et Los Años decisivos d'Oswald Spengler ; España invertebrada et La rebelión de las masas d'Ortega y Gasset ; Defensa de la Hispanidad de Ramiro de Maeztu ; Historia de la revolución rusa. La revolución de febrero de Léon Trotski ; El apogeo del capitalismo de Werner Sombart ; L'homme, cet inconnu d'Alexis Carrel ; Ensayos completos en six volumes de Miguel de Unamuno ; plusieurs biographies de l'historien anglo-français Hilaire Belloc ; une Histoire de la philosophie d'August Messer ; La conjuration de Catilina de Salluste ; etc. Voir : Œuvres complètes de José Antonio, annexe III.. Et Arnaud Imatz de souligner que « parmi ces auteurs, dominés par la préoccupation de préserver la communauté nationale d'une irrémédiable décadence, deux ont profondément imprégné la pensée de Primo de Rivera : José Ortega y Gasset et Miguel de Unamuno […] les deux plus grandes figures du libéralisme espagnol contemporain […]. Les deux hommes les plus illustres de l'Université espagnole des années 1920 qui contribuèrent à la chute de la dictature étaient pourtant radicalement anti-fascistes »Arnaud Imatz, José Antonio et la Phalange espagnole, Éditions Albatros, Paris, 1981, page 259. On trouve dans l'ouvrage d'Imatz une analyse détaillée de la généalogie intellectuelle de Primo de Rivera, en particulier au chapitre III : José Antonio Primo de Rivera, théoricien du national-syndicalisme, pages 209 et suiv..

Dans un ouvrage récent, l'historien espagnol Joan Maria Thomàs résume ainsi le fond du destin politique de José-Antonio : « Toute sa vie — héroïque, d'abnégation, pleine de chimères et d'énergie — était imprégnée de cette nostalgie mi-bourgeoise mi-littéraire pour le travail méthodique et la discussion intime. Il se rendait compte, cependant, qu'il était marqué déjà par un destin, qu'il n'était pas possible de reculer, qu'il devait renoncer à tout. Parce qu’il faut choisir entre l'Œuvre et le Bonheur. Et José-Antonio opta pour la première » Joan Maria Thomàs, José-Antonio, Realidad y mito, Debate, Madrid, 2017, Introduccion (traduit de l'espagnol).

Une fidélité politique