Sophia Rose FridmanActe de naissance 14 du 15 avril 1907 sur les registres de l'état-civil de L'Arbresle, consultable sur le site des archives départementales du Rhône., dite Agnès Capri, née le à L'Arbresle (Rhône) et morte le dans le de Paris, est une actrice, chanteuse, directrice de théâtre, productrice de radio et écrivaine française.

Biographie Agnès Capri est issue d’une famille juive qui a fui la Révolution russe. Adolescente, amoureuse de toutes les formes d'art, elle commence par apprendre la musique, puis se dirige vers le théâtre qui selon elle représente une synthèse de tout ce qu'elle aime ; musique, comédie, drame, danse et peinture. Elle entre dans la troupe de Marguerite Bériza, et devient ensuite élève au Théâtre de L'Atelier chez Charles Dullin (sans intégrer la troupe), puis passe chez Louis Jouvet à partir de 1929. Elle rejoint les Pitoëff au Théâtre du Vieux Colombier en 1933. C'est à cette époque qu'elle commence à être remarquée par les critiques de Théâtre. Elle mènera une petite carrière d'actrice jusqu'en 1935.

Entre-temps (en 1929), elle devient une admiratrice farouche du danseur Georges Pomiès (Agnès Capri, Sept épées de mélancolie, Paris, Julliard, 1975.).

Imprégnée d’idées révolutionnaires, elle devient membre de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) que fréquentent nombre d'acteurs de théâtre à l'époque. Elle y rencontrera Paul Nizan, Louis Aragon, Jacques Prévert et Max Ernst, entre autres. Attirée par la poésie et le plaisir de dire, elle se constitue alors un répertoire en puisant dans les textes d'auteurs considérés alors comme des poètes et écrivains sulfureux ou d'avant garde comme : Jacques Prévert, qu'elle a rencontré au groupe Octobre, puis Raymond Queneau, Robert Desnos, Paul Éluard, Henri Michaux, Guillaume Apollinaire ou Léon-Paul Fargue. Elle ajoute à son répertoire des textes mis en musique par Erik Satie.

En , introduite par Pierre-Richard Wilm et Marcel Herrand, elle se lance dans la chanson au Bœuf sur le toit, cabaret ouvert à l’initiative de Jean Cocteau, où elle interprète les premières compositions de Jacques Prévert. Le succès est immédiat et le tout Paris se précipite pour écouter cette jeune femme dont la voix et le répertoire sont très vite reconnus.

Dans la foulée, Agnès Capri est programmée à l’ABC. Elle y fera scandale après la guerre en 1947, pour avoir récité le poème de Jacques Prévert Pater Noster le jour de Pâques (Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y !). Elle est soutenue à cette époque par Charles Trenet qui dans les salles où elle se produit, réclame les textes que la direction veut lui supprimer (Adrien de Jacques Prévert, entre autres).

Elle se produit dans divers théâtres (L'A.B.C., Le Trianon, etc.) avant d’ouvrir, en 1938, son propre lieu, Chez Agnès Capri, rue Molière à Paris, avec Sonia Mossé et Michèle Lahaye.. C'est dans cet endroit révolutionnaire qu'elle retrouve plusieurs artistes surréalistes et amis de l'A.E.A.R. et du Groupe Octobre comme Jacques Prévert, Michel Vaucaire et Joseph Kosma. C'est à cette époque qu'elle enregistre ses premiers disques chez Le Chant du Monde et chez Columbia.

L’arrivée de la guerre la contraint à fermer son petit théâtre (elle est d'origine juive) et, faute de pouvoir chanter en zone libre, elle quitte la France pour se réfugier en Algérie où elle présente des spectacles de chansonniers et anime les spectacles de l’Opéra d’Alger (un théâtre). Elle y joue la comédie jusqu'à son retour en France après la Libération.

Elle revient à Paris en 1944 et prend en 1945 la direction du Théâtre de la Gaîté-Montparnasse auquel elle donne le nom de Théâtre Agnès Capri. Elle y reste jusqu'en 1949, date à laquelle elle réinstalle son cabaret (Chez Agnès Capri, rue Molière) où se produiront entre autres Germaine Montero dans son répertoire espagnol, Jean Sablon, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Mouloudji, Serge Reggiani, Juliette Greco, Marc Ogeret, Pierre Louki, qui y chante, entre autres, La Môme aux Boutons, Georges Moustaki et les Frères Jacques qui y remportent leurs premiers succès. La concurrence lui impose hélas en 1958 de fermer son cabaret. En 1958, parait un roman de Nicole Louvier, qui a chanté chez Agnès Capri, intitulé La mort d'un théâtre, dans la collection Les Œuvres libres, éditées par Fayard. Cependant, elle continue jusqu'à sa mort sa carrière de comédienne et enseigne son savoir au théâtre de l’Epée de Bois, devient productrice de radio, enregistre une ou deux chansons et se met à l'écriture.

Elle fréquente L'Écluse après guerre, puis devient femme de radio créant entre autres la fameuse émission Le Pays de Papouasie durant le mois d', récit de voyage improbable, où de sa voix haut perchée, proche de celle de Danielle Darrieux ou de Mireille, elle raconte ses découvertes en y insérant des chansons de Prévert, ses propres chansons, des lectures de poèmes ou d'adaptations de poèmes. Elle contribua beaucoup à la reconnaissance de Jean Tardieu et de François Billetdoux.

Agnès Capri est aussi auteur de nombreuses chansons (La Grande Opéra, Laisse parler Jacob, Il m'a toujours dit à demain) et peut véritablement être considérée comme l’une des pionnières de la chanson au féminin. Elle fut une des premières interprète de Prévert avec Marianne Oswald.

En 1975, elle publie la première partie de ses mémoires Sept épées de mélancolie qui paraissent chez Julliard, et est reçue à l'occasion par Jacques Chancel pour une Radioscopie spéciale Agnès Capri, où elle revient sur son parcours, ses amours, ses rencontres. La seconde partie devait être consacrée à son parcours artistique depuis l'après guerre.

Agnès Capri meurt le à son domicile du quai Voltaire, dans le de ParisJournal de l'année, édition 1977, aux Éditions Larousse... Elle est inhumée dans le cimetière du Montparnasse ()..

Filmographie 1937 : Drôle de drame, de Marcel Carné (la chanteuse des rues) 1967 : Le Dimanche de la vie, de Jean Herman 1969 : La Voie lactée, de Luis Buñuel 1972 : Hellé, de Roger Vadim 1972 : Le Moine, d'Ado Kyrou 1974 : Le Fantôme de la liberté, de Luis Buñuel

Théâtre 1933 : Liebeleï d'Arthur Schnitzler, mise en scène Georges Pitoëff, Théâtre du Vieux-Colombier 1933 : La Polka des chaises de Ronald Mackenzie, mise en scène Georges Pitoëff, Théâtre du Vieux-Colombier 1934 : Tessa, la nymphe au cœur fidèle adaptation Jean Giraudoux d'après Basil Dean et Margaret Kennedy, mise en scène Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée 1934 : Le Coup de Trafalgar de Roger Vitrac, création dans une mise en scène de Marcel Herrand au Théâtre de l'Atelier, dans le rôle de Jeanne Peigne 1935 : Ce soir on improvise de Luigi Pirandello, mise en scène Georges Pitoëff, Théâtre des Mathurins 1955 : À la nuit la nuit de et mise en scène François Billetdoux, Théâtre de l'Œuvre 1935 : L'Étrange Nuit de Rockland de Howard Irving Young, Théâtre des Deux Masques 1960 : Une demande en mariage de Simone Dubreuilh, mise en scène Michel de Ré, Théâtre de l'Alliance française 1967 : Black Comedy de Peter Shaffer, mise en scène Raymond Gérôme, Théâtre Montparnasse

Publications Music-Hall Poésie, Seghers, 1957 (Recueil de 26 textes, poèmes et chansons)

Sept épées de mélancolie, Julliard, 1975 (Première partie de ses mémoires, qui s'arrêtent un peu avant 1938)

Émissions de radio Radioscopie, de Jacques Chancel, Cassette Radio France 1975

Plusieurs émissions lui ont été consacrées ces dernières années sans donner lieu à des rééditions, dont : Chanson dans la nuit, rubrique « boulevard des archives » sur France Culture (2002 ?) présentée par Hélène Hazera, qui lui consacra quelques heures en donnant à entendre entre autres l'intégralité du très original Au pays de Papouasie enregistré en . On pouvait aussi y ré-entendre de très rares archives d'Agnès Capri chantant ses propres textes, des textes de Jean Tardieu ou de Léo Ferré. Les greniers de la mémoire, émissions consacrées à Germaine Montero et Agnès Capri - L'art des diseuses - diffusées les et , par Karine Le Bail et Philippe Tétard. On a pu aussi entendre Agnès Capri et un témoignage de Germaine Montero dans une émission/interview OPUS sur France Culture, consacrée à Germaine Montero et diffusée durant l'été 1998 (Agnès Capri y chante J'ai préféré devenir chanteuse et Retour au pays et parle de Charles Trenet). "Le Hall de la chanson - LES FEMMES EN CHANSONS - 14ème épisode - Agnès Capri, l'avant-gardiste" émission du Centre National du Patrimoine de la Chanson, des Variétés et des Musiques Actuelles Paris, Parc de la vilette... avec des biographies, des témoignages (textes et audio) comme ceux de Marc Chevalier (cofondateur du cabaret L'Écluse en 1951... et le Marc du duo Marc et André) (extraits du contenu et références) : .témoignages 1) La rencontre avec Agnès Capri [liens audio sur le site ci-après] 2) L’inspiratrice des cabarets Rive Gauche 3) Agnès Capri à l’Ecluse 4) Ce qu’elle a apporté à la chanson... .et des audios Je te veux (Henry Pacory/Erik Satie) Quand tu dors (Jacques Prévert/Christiane Verger) La pêche à la baleine (Jacques Prévert/Joseph Kosma) Loin du bal (Charles Cros/Rudolf Goehr) Plan de Paris (Jacques Prévert) Dans la sciure (Paul Weil/Paul Doser) http://www.lehall.com/evenement/femmesenchansons/agnescapri/agnescapri.htm Autre émission, en rediffusion 2017, de France Culture, assez synthétique, avec des audios rares, de la productrice Hélène Hazera - téléchargement et streaming via la page de l'émission Chanson Boum et http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/chanson-boum-hommage-agnes-capri-1ere-diffusion-01072012

Discographie

Depuis 1958, date du dernier enregistrement sur disque réalisé par Agnès Capri, il fallait vraiment chercher pour retrouver la moindre trace des textes dits et chantés par Agnès. Quittant Paris pour la zone libre en 1941, puis s'embarquant pour Alger en 1942, elle laisse pas mal d'affaires derrière elle... Retrouvant la capitale en 1945, elle souhaite récupérer ses disques enregistrés chez Columbia avant guerre, mais ne peut réunir la somme nécessaire à temps. Se rendant huit jours plus tard chez l'éditeur, elle apprend que ses enregistrements ont été jetés à la casse par la secrétaire de la maison de disque. C'est ainsi que l'on accueillait les artistes juifs à Paris à la libération. Toute la vie d'Agnès Capri fut marquée par une série de désagréments qui n'arrange rien à la conservation de son travail, à la mémoire de son activité.

Au début des années 1950 elle enregistre pour la BAM (La Boîte à Musique) quelques-uns des titres qu'elle avait défendu sur scène avant-guerre, ceux qu'elle avait créés. Les tirages seront faibles. Elle enregistre ensuite chez VEGA, chez Le Chant du Monde et chez Pacific, quand on le lui demande. D'elle-même, elle n'a pas la démarche d'aller enregistrer en studio. Elle préfère la scène des théâtres et la radio. Elle laisse de nombreuses bandes de créations radiophoniques à la Radiodiffusion Française, dont un certain nombre sont diffusées par Hélène Hazéra dans sa série d'émissions Chanson dans la nuit entre mai et . Ce qui confirme l'importance du rôle de Capri dans la défense des écrivains contemporains, et pas seulement Jacques Prévert, mais aussi Henri Michaux, Raymond Queneau ou Jean Tardieu entre autres.

Côté disque, il faut attendre 1992 pour voir reparaître certains de ses enregistrements sur un coffret Prévert réalisé par Philips, puis plus récemment sur certaines compilations consacrées à l'époque de Saint-Germain des Près. Mais à chaque fois, guère plus de trois ou quatre titres, et très rarement ses enregistrements studio. Enfin, début 2012, Marianne Mélodie réédite la majorité des disques de celle qui, aux côtés de Marianne Oswald a su faire glisser le répertoire réaliste vers un répertoire poétique exigeant et engagé, préparant le terrain à la chanson d'après-guerre.

Disques 78 Tours (1936-1952)

1936 Columbia DF 2009 J'ai préféré devenir chanteuse