L'aqueduc de Mons à Fréjus est un aqueduc romain qui alimentait la ville de Fréjus depuis Mons et Montauroux. L'aqueduc est classé aux titre des monuments historiques depuis 1886..
Description À sa mise en service, la longueur totale de l'aqueduc est de , vingt six kilomètres en longueur orthodromique.
Au début de son utilisation, l'aqueduc est alimenté par la Foux de Montauroux. Environ vingt ans plus tard, une seconde source, la Siagnole, ou Neissoun vient compléter l'alimentation de l'aqueduc. Alimenté par deux sources différentes, l'aqueduc est alors qualifié de « bicéphale ». Au départ de l'aqueduc, l'altitude est de et la température moyenne de l'eau est de . L'aqueduc rejoint Fréjus, située à d'altitude, en suivant une pente moyenne de 1,1 %. L'eau met environ à parcourir la totalité de l'aqueduc, à la vitesse moyenne de . Le débit moyen est estimé à par seconde, soit un débit journalier d'environ cubes. Les dimensions internes de l'aqueduc sont d' de haut pour de large (soit deux pieds romains).
L'aqueduc franchit un grand nombre de vallons où il est affecté par le résultat des précipitations méditerranéennes et réchauffé par le soleil, ce qui accentue les dépôts carbonatés. Le trajet est en majeure partie souterrain, sauf à l'approche de Fréjus dont il aborde le point le plus haut à une altitude de . Il y a été partiellement réutilisé pour y installer la conduite d'alimentation en eau de Fréjus dite de la (1794).
La date de construction a été estimée au milieu du , mais de nombreuses données concernant la construction de l'aqueduc restent inconnues à ce jour ainsi, la durée du chantier, le coût et le financement n'ont pu être déterminés.
Il est resté en service pendant environ d'après l'étude de l'épaisseur des concrétions internes (dépôts carbonatés), qui augmentent d'environ un millimètre par an. Toutefois, les cinq à sept premiers kilomètres sont encore utilisés de nos jours.
La ligne de chemin de fer Fréjus-Montauroux (dite de la mine des Vaux) aujourd'hui disparue empruntait sensiblement le même trajetL'aqueduc romain de Mons à Fréjus, sa description, son histoire et son environnement, Gébara Ch., Michel T.-M. et coll., RAN supp. 33, Asso. rev. Archéo. de Narbonnaise Ed., Montpellier, 2002 Les sources de la Siagnole de Mons, Étienne M., Thèse Doct. , 1987, Univ. Sc. et Tech. du Languedoc, MontpellierObservation du trajet de l'aqueduc romain de Fréjus dans la partie habituellement immergée du lac de retenue E.D.F. de Saint-Cassien (communes de Montauroux, Callian et Les Adrets-de-l'Estérel, Var.) Royon M., Anne et Jean-Pierre Joncheray, Cahiers d'Archéologie Subaquatique, XVI, 2007 5-86. Aqueduc romain de Mons à Fréjus immergé dans le lac sur 7 kmValenti V., Aqva Foroivliensis, Aqueduc romain de Mons à Fréjus, Traianus, 2002.
thumb|600px|center|Montage photographique réalisé après plusieurs jours de fortes précipitations. À gauche : le flux issu la grotte dite du Neissoun, au centre : les différentes résurgences vauclusiennes, à droite : la capture moderne dite cage aux lions.
Trajet
La montagne : la Roche-Taillée
La Roche-Taillée représente un obstacle majeur sur le trajet initial montagneux, toujours en exploitation. La première tentative s'est rapidement soldée par un effondrement, les Romains ont alors persisté dans la réalisation d'une tranchée monumentale et non d'un tunnel.
La transition : descentes de Pibresson puis du plateau de Callian
À la fin de son trajet montagneux, l'aqueduc romain descend vers la plaine avec deux zones de fortes pentes : les «rapides de Pibresson» et la descente du plateau de Callian. Le trajet de la descente de Callian est maintenant bien identifié à la suite de plusieurs travaux publics ou chez des particuliers. Contre toute attente, son trajet est alors rectiligne, avec une pente moyenne de 8 %, sans puits de chute ni bassin de ralentissement. Curieusement son trajet n'a pas été retrouvé lors des terrassements très importants du lotissement «Château Camiole», zone extrêmement humide, et minée par des carrières de gypse.
La plaine : Callian, Montauroux et le lac de Saint-Cassien
Le trajet dans la plaine de Callian et de Montauroux a été détruit à la suite d'exploitations agricoles anciennes ou de la construction de lotissements ou de parkings. C'est un trajet très rectiligne, qui présente des modifications de structure d'âges différents.
Le franchissement du Biançon entre la Foux de Montauroux et Fondurane
À la suite de recherches aux archives départementales, confirmées sur le terrain, il apparaît que : La branche dite de la Foux prenait sa source à la Foux de Callian (en amont de la Foux de Montauroux). Il existe une branche de dérivation franchissant le Biançon peu après les Foux et qui rejoint la branche principale à Gayet par le pont (connu) sur la Carpénée, cette branche étant vraisemblablement destinée à suppléer la fragilité des deux ponts successifs de la branche principale pour le franchissement du Biançon plus en aval.
Le franchissement du Biançon à Fondurane (Gayet)
Ce franchissement est de découverte récente. Il était pourtant largement décrit dans plusieurs documents d'archives et même sur le cadastre napoléonien, mais personne ne les avait exploités. Sa localisation avait longtemps été confondue avec l'exutoire du moulin et de la scierie de Fondurane. L'importance du bassin versant du Biançon offre une explication de poids à l'existence de deux états successifs ainsi que de la voie sud de suppléance (passant par Plaine Neuve). Ce passage sensible, tardivement connu, semble avoir causé plus de problèmes que celui de la Roche-Taillée.
Trajet immergé dans le lac de Saint-Cassien
Dans la traversée du lac, l'aqueduc romain a été réutilisé en 1892 pour y installer un conduite de en amiante-ciment afin d'alimenter les villes de Fréjus et Saint-Raphaël. Ces travaux ont fait l'objet d'une étude préalable particulièrement détaillée par les ingénieurs des Ponts-et-Chaussée Perrier et Périer. L'aqueduc a pu être intégralement observé en du fait de la sécheresse importante ayant abaissé inhabituellement le lac de Saint-CassienObservation du trajet de l'aqueduc romain de Fréjus dans la partie habituellement immergée du lac de retenue E.D.F. de Saint-Cassien (communes de Montauroux, Callian et Les Adrets-de-l'Estérel, Var.) Royon M., Joncheray Anne et J.-P., Cahiers d'Archéologie Subaquatique, XVI, 2007 P.5-86..
en rouge le tracé de l'aqueduc romain en noir = tunnels en vert clair = canal 'Jourdan' (1892) en vert foncé = canal E2S de 1965
La galerie romaine des Vaux
Le franchissement du col des Vaux (ligne de partage des eaux) a nécessité le percement d'une galerie de 852 mètres de long. Du fait de son altitude la galerie n'a jamais été visible depuis la formation du lac de Saint-Cassien. C'est un des points faibles du lac, qui pose également des problèmes d'étanchéité ayant nécessité la mise en place d'un drain.
Trajet de la vallée du Reyran La vallée du Reyran a été inondée lors de la mise en eau de la retenue du barrage de Malpasset, qui s'est dramatiquement rompu en 1959. La construction en 1962 du barrage-poids de Saint-Cassien a encore une fois inondé l'aqueduc en créant la retenue du lac de Saint-Cassien. C'est une zone accidentée, initialement à forte pente, où on ne retrouve que peu de traces de l'aqueduc.
Approche de Fréjus et trajet final
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Après la traversée d'un affluent du Reyran (et de l'autoroute A8), l'aqueduc serpente le long des lignes de niveaux tout en empruntant quelques ponts, dont plusieurs restes remarquables subsistent: les arches de l'Esquine, les arches doubles Sénéquier, le pont de la Moutte, et le pont du Gargalon, dont une arche enjambe le chemin cyclable le long de la D 637).
Le canal romain est ensuite partiellement enclavé dans des lotissements et propriétés privées. Il comporte plusieurs passages souterrains et, en extérieur, quelques restes dont les arches Bérenguier et pont de la Combe de Rome. L'aqueduc émerge finalement dans le parc de la Villa Aurélienne. Il emprunte sur 695 mètres le majestueux pont de Sainte-Croix (86 arches, dont 10 arches et 9 piles isolées sont encore visibles dans le Parc Aurélien tout comme sur l'avenue du XVe corps). Les dernières traces de l'aqueduc sont enfin visibles sur les ruines du rempart romain jouxtant le Clos de la Tour.
Dans la ville romaine de Fréjus, l'urbanisation a détruit ou masqué les réseaux secondaires ainsi que les thermes de Villeneuve.
Construction Architecture Ornementation L'ouvrage est d'une très grande rusticité, sans élément de décor surajouté notable. Seul un buste aux arches de la Bouteillère symbolise la puissance romaine. Très abîmé, en bas relief, il illustre toute la sobriété de l'aqueduc. (Site n°26)
Ponts, tunnels, barrages, murs
Le trajet de l'aqueduc de Mons à Fréjus est caractérisé par une utilisation préférentielle de ponts ou de tranchées, mais rarement de tunnels. En effet, les très nombreux vallons sur le trajet de l'aqueduc de Fréjus sont une de ses caractéristiques remarquables. Ils ont été franchis à l'aide de ponts, et non en les contournant (comme pour l'aqueduc d'Aix-La Traconnade). Ces vallons souvent très encaissés représentent le point faible de l'aqueduc : leur entartrage les alourdissait considérablement, cet entartrage était accentué par l'exposition au soleil, source de réchauffement localisé les orages méditerranéens les ont souvent détruits, et plusieurs fois, on retrouve deux états successifs, sinon trois (Jaumin). le recours à des passages en tunnel a été rare.
Les principaux tunnels sont ceux de San-Peyre, de Pibresson, de l'Esquine, et principalement la galerie des Vaux (), les autres sont beaucoup moins importants : Gayet, Boson Escoffier, Moutte. On ne retrouve pas de traces du barrage du franchissement du Biançon à Plaine-Neuve décrit par Perrier en 1892. Plusieurs franchissements sur des murs ont été utilisés : Malpasset-aval, Bosquets, Sainte-Brigitte, Gorgo-Vent. La technique des siphons n'a pas été utilisée, sauf pour les conduites de 1892, avec à chaque passage en siphon un regard de visite en amont et une ventouse (purge de l'air) en aval. Pour la conduite dite du Génie, les siphons ont été réalisés à l'aide de tubes métalliques, avec regards en amont et en aval.
Regards On ne retrouve que peu de regards d'origine, sauf une courte série avant et après le Gargalon : il est donc impossible d'en évaluer l'espacement moyen.
Matériaux
Les Romains utilisaient plus particulièrement deux types de matériaux : le mortier de chaux à granulats centimétriques, maintenant appelé "béton romain", et (surtout pour l'étanchéité) le mortier de tuileau, toujours à base de chaux, mais implémenté de débris concassés infra-centimétriques d'objets courants en brique rouge : tuiles (tegula et imbrex), amphores… Par nécessité ils utilisaient par facilité les matériaux locaux sur un trajet géologiquement très varié : karstique, sédimentaire, métamorphique, imbritique, ce qui explique les nombreuses variantes locales : on retrouve ainsi plusieurs carrières et fours à chaux sur le trajet.
Détails techniques
L'ennemi des aqueducs en région karstique : la "calcairo-sclérose"
Les aqueducs avaient de nombreux ennemis : l'homme en premier lieu, par des actions de destruction. La chaleur aggravait les concrétions et le froid dilatait les structures, la sécheresse avait aussi une action néfaste. Les racines envahissantes des arbres voisins pouvaient les abîmer. L'instabilité du sol (solifluxion) et les crues torrentielles détruisaient les ponts-aqueducs. Les animaux cherchaient à profiter de l'eau ou de l'abri.