LAnkou (en breton KLT : an Ankoù ; en breton vannetais : en Ankeu) est une personnification spectrale de la communauté des morts.

Il est associé à la mort en Basse-Bretagne, dans le cadre lignager ou paroissial, comme son serviteur (). C'est un personnage de premier plan dans la mythologie bretonne, souvent présent dans la tradition orale et les contes bretons.

Il est représenté soit par un vieil homme très grand et très mince, soit par un squelette recouvert d'un linceul, tenant dans sa main une flèche ou une faux montée à l'envers pour trancher les âmes. Il collecte ces âmes dans sa charrette ou sur son bateau quand il est sur le littoral.

L'Ankou est parfois, à tort, confondu avec le diable, très présent aussi dans la mythologie bretonne.

Étymologie Le nom de l'Ankou lui vient d’un dérivé en -awos sur l'indo-européen *n̥ku- « la mort » / « le mort », moyen gallois angheu, , vieil irlandais éc..

Origine

L'Ankou semble être un héritage de la mythologie celtique : un dieu dont la fonction est la perpétuation des cycles vitaux, comme la naissance et la mort, les saisons ou le cycle jour-nuit. Bien qu'on lui attribue désormais la faux ou la pique, son arme canonique est le « maillet béniL'homonymie permet de confondre sous une même appellation une boule (« mell » en breton) et un maillet (« mel » en breton), d'où les emplois des expressions « maillet béni » ou « boule bénie ». ». Certains traits indiquent sa proximité avec le dieu gaulois Sucellos et le dieu irlandais Eochaid Ollathair, ou Dagda, qui tuent et donnent la vie avec leur arme, maillet ou massueLe mell benniget est une sorte de boule en pierre ou de maillet en bois, connue en Angleterre au et utilisé en Bretagne à la fin du , que l'on place sur la tête ou le front des agonisants pour leur procurer une bonne mort. Certains folkloristes bretons ont utilisé ce rituel chrétien teinté de paganisme pour imaginer qu'il est l'héritage d'une coutume « druidique » d'achever les vieillards en leur fracassant le crâne avec ce mell. Source : .. L'Ankoù est une figure panbrittonique de cette fonction, et est appelé Anghau au Pays de Galles et Ankow en Cornouailles (Angleterre). Sa fonction a par la suite été réduite à la seule mortClaude Sterckx, Mythologie du monde celte, Marabout, Paris, 2009, pages 264, 272, 361, 362.

Le mot est masculin en breton et selon Dom Le Pelletier, dans son dictionnaire étymologique paru en 1752, il serait tout simplement le pluriel de anken qui désigne l'angoisse, la peine. Ankoù est proche de ankouaat, ou ankounac'haat, qui signifient « oublier » dans le dictionnaire Geriaoueg Sant-Ivi d'Alan Heusaff.

Dans le chant initiatique Ar rannoù (Les séries) qui introduit le Barzaz Breiz, célèbre recueil de chants traditionnels de Bretagne, il apparaît dans la dernière série comme le père de l'Anken (signifiant "angoisse" ou "douleur morale" en breton) : « » (Sans série plus que la nécessité unique et l'Ankoù père de la douleur, rien avant, rien de plus).

Description

On dépeint l'Ankou tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d'un large feutre ; tantôt sous la forme d'un squelette drapé d'un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, comme une girouette autour de sa tige de fer, afin qu'il puisse embrasser d'un seul coup d'œil toute la région qu'il a mission de parcourir.

Rôle et attributs

L'Ankou ne représente pas la mort en elle-même (dont le nom est issu de *mrt-), mais son serviteur : son rôle est de collecter les âmes des défunts.

Acquisition du rôle En fonction des paroisses bretonnes, l’ Ankou est le dernier mort de la vieille année ou le premier mort de l’année nouvelle.

Voici comment le décrit Anatole Le Braz dans son recueil de légendes La Légende de la Mort :

Transport et outils L'Ankou est accompagné de sa charrette grinçante les âmes des défunts récents. Cette charrette est nommée ou , « char de l'Ankou », ou « brouette, petit chariot ». Lorsqu'un vivant entend le bruit de la charrette (wig ha wag !).

Le long du littoral de la Basse-Bretagne, le (le "bateau de nuit") est au monde maritime breton l'équivalent du sur la terre. Paul Sébillot décrit cette croyance :

Les gens du littoral parlent d'une barque, (« la barque de nuit »), à la place de la charrette, dans laquelle l'Ankoù recueille les , les âmes des trépassés, qu'il transporte vers les rives de l'au-delà.

Dans l'un et l'autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu'elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l'Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche ; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.

On le dit parfois porteur du Il en existe un par exemple qui a été conservé dans la chapelle Saint-Meldéoc de Locmeltro. (« maillet béni »), utilisé pour hâter le trépas des agonisants.

Habitat Pour les Cornouaillais l'Ankou a son principal domaine dans les monts d'Arrée, où il règne en maître, et les âmes des trépassés dépendent entièrement de lui ; celles-ci fréquentent les marais, les gorges de rivières, les recoins obscurs...

Représentation thumb|Église paroissiale Saint-Milliau : la statue de l'Ankou.Graphiquement il est représenté comme un être sans âge, d'aspect non distinct puisque couvert par une cape, souvent noire (ou d'un linceul). Contrairement aux représentations squelettiques de la mort, l'Ankou est la plupart du temps représenté comme un être de chair, puisqu'il a été homme un jour. Cependant, les figurations sculptées de l'Ankou de certaines églises (La Martyre) le présentent en squelette aux orbites creuses, armé d'une flèche ou d'une faux.

Si l'Ankou est souvent représenté en Bretagne, son char l'est beaucoup moins : deux sablières, l'une datant du dans l'église Notre-Dame de Grâces, l'autre dans le porche de l'église Saint-Pierre de PlougrasBernard Rio, "Voyage dans l'au-delà. Les Bretons et la mort", éditions Ouest-France, 2013, ..

Toponymes Des lieux-dits font aussi référence à l'Ankou : le Roc'h an Ankou est un sommet des montagnes Noires près de Gourin ; Porzh an Ankou se trouve à Louargat ; Poulancou à Ploubezre

L'Ankou en Haute-Bretagne Bien que l'Ankou soit considéré comme appartenant avant tout à la tradition orale de Basse-Bretagne, on oublie bien souvent qu'il a également existé dans l'imaginaire collectif de Haute-Bretagne, en zone gallèse ou en zone débretonnisée entre le et le selon les lieux, avec plus ou moins de similitudes. Ainsi à Moncontour (Côtes-d'Armor), on retrouve notamment le charyo d'la mort, transcription gallo pour « le charriot de la mort », c'est-à-dire « la charrette de la mort ».. Dans le pays nantais, le dialecte roman local a même conservé le terme breton d'« ankou », particulièrement au nord-ouest de Nantes (pays historique de La Mée).

L'Ankou dans la culture L'Ankou fait de multiples apparitions dans les contes et légendes de Bretagne (La Légende de la mort, d'Anatole Le Braz, par exemple) ou en tant que sculpture.

Statuaire Des statues de l'Ankou existent notamment à :

Ploumilliau (église paroissiale Saint-Millau). Morlaix (musée des Jacobins) ; la statue provient de l'église de Ploumilliau. Brasparts : deux représentations sur les pignons de l'ossuaire. Bulat-Pestivien : deux représentations dans l'église paroissiale Notre-Dame. Concarneau : chapelle Saint-Fiacre (au Cabellou). La Martyre : sur le bénitier du porche de l'église paroissiale Saint-Salomon. Noyal-Pontivy : sur un rampant au nord-ouest de l'église paroissiale. Ploudiry : sur l'ossuaire. La Roche-Maurice : sur l'ossuaire de la chapelle Sainte-Anne (avec l'inscription « Je vous tue tous »). Landivisiau : sur l'ossuaire de l'église Saint-Thuriau. Cléden-Poher : sur l'ossuaire. Lannédern : sur l'ossuaire. Plémet : sur un vitrail de la chapelle Saint-Lubin. Saint-Hervé : sur la voûte du porche sud de l'église paroissiale. Carnoët : sur un rampant de la chapelle Saint-Gildas. Saint-Georges-de-Chesné : dans le porche de l'église paroissiale.

Dans les films, séries et fiction

Dans l'épisode 10 de la troisième saison de Kaamelott (L'Ankou), il est question principalement d'un Ankou, amical et bon vivant, qui demande l'aide des vivants pour transporter les morts car selon lui, c'est embêtant de les porter seul car ils sont trop lourds. Le film La Charrette fantôme (1939) de Julien Duvivier est une illustration romancée de l'Ankou. L'Ankou a une place importante dans le film Fleur de Tonnerre de Stéphanie Pillonca-Kervern, où il hante le personnage principal et le pousse à des crimes. Ce film est l’adaptation du roman du même nom de l’écrivain Jean Teulé. Dans la Série télévisée humoristique En Famille, racontant la vie quotidienne de la famille Le Kervelec, un épisode concerne l'Ankou (saison 5 de la série). Dans la série audio La Légende de l'Ankou, Naïde Lancieaux s'inspire d'Anatole Le Braz au travers de douze épisodes. Dans la série Meurtres à... la Pointe du Raz, il est question de la légende de l'Ankou. Saison 8 épisode 7. Dans la première saison de la série australienne Black Snow l'Ankou est cité dans une lettre enfermée dans une capsule temporelle.

Dans la littérature

La figure de l’Ankoù apparaît dans le troisième vers de l’ancienne gwerz « Bosenn Eliant » (la peste d’Eliant) figurant dans le Barzaz Breiz, recueil de chants traditionnels bretons collectés par Théodore Hersart de la Villemarqué. Une nouvelle de Claude Seignolle Les chevaux de la nuit dans le recueil Récits Cruels fait intervenir l'Ankou du nom d'Hervé Lenn "défunt depuis décembre". L'Ankou a tout faux roman policier de Yannick Gloaguen aux éditions Yoran Embanner () L'Ankou apparaît dans le livre Les ombres de Kerohan de N.M Zimmermann sorti en 2016 où il tient un rôle important qui n'est cependant révélé qu'à la fin du livre. l'Ankou apparaît aussi en SF, dans le livre de Catherine Dufour, paru en 2001, Blanche-neige et les lance-missiles.

Dans la bande dessinée

Une BD de Spirou a pour titre L'Ankou. Dessinée en 1978 par Fournier, c'est la seule BD de Spirou dessinée par lui qui ait été traduite et éditée aussi en breton. Elle s'appelle logiquement An Ankou. La traduction est de Loeiz Moulleg. L'Ankou apparaît également dans des BD se passant en Bretagne : Bout d'Homme. de Jean-Charles Kraehn, Alan de Serge Lindier, La douane volante de François Place, Bran Ruz, sur la route du fest-noz et de son kan ha diskan chantant la légende celtique de la ville d'Ys, La Forêt (2 tomes) de Vincent Perez... Aux éditions Soleil, la série Les Contes de l'Ankou propose de petites histoires en BD tournant autour de l'homme de main de la mort. Dans la bande dessinée Oggy et les Cafards (série Jack in the Box), Oggy sauve Jack de son voisin Bob le bouledogue, créé à partir des os Jack Ankou. Dans un épisode de Marion Duval (le mystère de l'Ankou), il est au cœur de l'intrigue et apparait à plusieurs reprises. Dans la bande dessinée Maliki, une des cristallisations du tome 6,ayant un pouvoir lié à l'éther, porte le nom d'Ankou.

Mention dans les jeux vidéo

La saga des Final Fantasy évoque le nom de l'Ankou à trois reprises : dans l'épisode VIII, l'Ankou est le sort de mort, dans l'épisode IX, à travers les Piments Ankou, et dans l'épisode XII, où un ennemi particulièrement effrayant porte son nom. Dans un donjon de Sacred 2 situé dans les territoires des elfes, nombre d'épitaphes font mention de l'Ankou. L'Ankou est un personnage jouable de la version en ligne des Loups-garous de Thiercelieux. Il peut participer aux votes des habitants durant deux tours après sa mort, sans que les habitants ne connaissent son vote. Dans le jeu Diablo 3, le nécromancien possède un sort appelé "Faux Funeste" dont l'une des runes se nomme "Ankou"

Musique

Chansons

Hanter dro macabre, et L’Ankou, la libertine et le ménétrier deux chansons du groupe breton Tri Yann