Wilhelm Maximilian Wundt (prononciation allemande en API : [ˈvɪlhɛlm ˌmaksimiˈli̯aːn ˈvʊnt]), né le à Neckarau (actuellement partie de Mannheim) et mort le à Grossbothen, est un psychologue, philosophe et professeur d'université allemand. Il est considéré comme le fondateur de la psychologie expérimentale et la plupart des premiers expérimentalistes européens et nord-américains se sont formés dans le laboratoire qu'il a créé en 1879 à l'université de Leipzig.

Les innovations méthodologiques de Wundt en psychologie se marquent principalement par l'introduction de la méthode expérimentale, ainsi que par l'utilisation de statistiques, devenue par la suite un procédé fondamental pour la psychologie scientifique. Le rayonnement de ses travaux à travers le monde a contribué à établir la psychologie comme science empirique.

Ses travaux se sont étendus à d'autres champs de la psychologie tels que la psychologie sociale ou culturelle ainsi qu'à d'autres champs disciplinaires comme la philosophie, l'art, le langage, ou les mythes.

Parcours intellectuel

À Heidelberg

Wundt étudie la médecine à l'université de Heidelberg et à l'université de Tübingen, avant de s'installer à Berlin en 1855 pour y travailler sous la direction de Johannes MüllerJean-François Richard, « Wundt Wilhelm (1832-1920) », Encyclopædia Universalis.. C'est à cette occasion qu'il rencontre Emil Du Bois-Reymond. Bien qu'il ait été amené à étudier la médecine, la physique et la chimie, c'est sur la physiologie qu'il porte l'essentiel de son intérêt. Avec Johannes Müller, il entrevoit la possibilité d'établir l'autonomie de la psychologie expérimentale sur le modèle de la physiologie expérimentale. Il devient en 1857 assistant de physiologie auprès de Hermann von Helmholtz à Heidelberg, puis est nommé titulaire de la chaire d'anthropologie et de psychologie médicale à la Faculté de médecine de cette même villeWundt, Wilhelm (Maximilian), notice biographique, Max Planck Institute for the History of Science, Berlin, . Il donne, aux côtés de Helmholtz, des cours sur l'« Approche scientifique de la psychologie » (« Psychologie vom naturwissenschaftlichen Standpunkt »). Il publie également cinq traités sur la théorie de la perception, parus en 1862 sous le titre de Beiträge zur Theorie der Sinneswahrnehmung (« Contributions à la théorie de la perception sensorielle »), qui préparent sa théorie du parallélisme psychophysique. C'est durant cette période que son intérêt pour la philosophie se développe en même temps que ses travaux dans le domaine d'une psychologie encore très proche de la physiologieC. Lecadet, M. Mehanna, Histoire de la psychologie, Paris, Belin, 2006, chap. IV, 3 : « Wilhelm Maximilian Wundt (1832-1920)», .. La « perception sensorielle » dont il traite dans ses travaux de recherche constitue, depuis Helmholtz jusqu'à nos jours, un sujet frontière entre la physiologie et la psychologie.

Dans les années 1860, Wundt établit un premier programme pour la psychologie expérimentale qui sera précisé dans les Éléments de psychologie physiologiqueW. Wundt, Grundzüge der physiologischen Psychologie (« Principes de psychologie physiologique »), Leipzig, 1874, tr. fr. d'Élie Rouvier sous le titre Éléments de psychologie physiologique, Paris, Alcan, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine », 1886., dont la première édition paraît en 1873. Dans le même temps, il publie son traité de physique cellulaire intitulé : Über die Physik der Zelle in ihrer Beziehung zu den allgemeinen Prinzipien der Naturforschung (« Sur la physique de la cellule dans sa relation avec les principes généraux des sciences naturelles »). Il y rompt avec le courant naïvement matérialiste en considérant que l'interprétation qu'il faut donner à la notion de matière n'est pas tranchée. Il adopte alors une position intermédiaire entre matérialisme réductionniste et dualisme : la différence entre l'esprit et la matière est reconnue sur le plan épistémologique mais non pas sur le plan ontologique.

À Leipzig

Entre 1874 et 1875, Wundt est professeur de philosophie inductive à Zurich, puis il est nommé en 1875 à une chaire de philosophie à l'université de Leipzig, où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1917. Il fonde l'Institut de psychologie expérimentale en 1879Wilhelm Wundt, « Das Institut für experimentelle Psychologie », , in Festschrift zur Feier des 500 jährigen Bestehens der Universität Leipzig, édité par l'université de Leipzig, Leipzig, S. Hirzel, 1909., qui inclut le premier laboratoire de psychologie expérimentale en Europe. De nombreux étudiants viennent y suivre son enseignement et repartent pour fonder des organismes de recherche et d'enseignement consacrés à la psychologie expérimentale, en particulier des Américains entre 1880 et 1890 et un Français, Benjamin Bourdon, qui entama par la suite ses propres recherches de laboratoire sur la perception visuelle de l'espace. Benjamin Bourdon fonda en 1896, à Rennes, le premier laboratoire universitaire de psychologie et de linguistique expérimentale sur le modèle du laboratoire de Wundt.

Parallèlement à son approche expérimentale et physiologique de la psychologie, Wundt adopte une approche philosophique des problèmes psychologiques qui marque son œuvre et oriente ses recherches. En 1881, il crée une revue, Philosophische Studien (« Études philosophiques »), qui publie ses travaux aussi bien scientifiques que philosophiques. La plus grande partie de ses recherches proprement scientifiques concerne les sensations, les perceptions, en particulier visuelles, auditives, tactiles, gustatives, ainsi que la perception du temps. Il étudie également l'attention, l'affectivité, et met au point la méthode des sciences de réaction. Il rédige en parallèle à ces travaux des ouvrages à caractère ouvertement philosophique comme sa Logik (1883)W. Wundt, Logik. Eine Untersuchung der Principien der Erkenntniss und der Methoden (« Logique. Une investigation sur les principes de la connaissance et les méthodes de la recherche scientifique »), Stuttgart, Enke, 1880 à 1883, 3 Volumes., son Ethik (1886)W. Wundt, Ethik. Eine Untersuchung der Thatsachen und Gesetze des sittlichen Lebens (« Éthique. Une recherche des faits et des lois de la vie morale »), Stuttgart, Enke, 1886., un System der Philosophie (1889)W. Wundt, System der Philosophie (« Système de philosophie »), leipzig, Engelmann, 1889.. L'une de ses principales sources philosophiques se trouve chez Leibniz, dans la doctrine de l'aperception, qui lui inspire sa thèse fondamentale, la « synthèse créatrice » de l'esprit.

Wundt entretient des échanges constants avec les intellectuels de Leipzig comme l'historien Karl Lamprecht. Il a également été en contact avec les principaux représentants du « monisme allemand », notamment Ernst Haeckel et Wilhelm Ostwald. Parmi les personnes qui l'ont assisté à Leipzig ou ont collaboré avec lui, on trouve notamment Bechterew, Boas, Émile Durkheim, Bronislaw Malinowski, G.H. Mead ou Sapir.

Il est fait citoyen d'honneur de la ville de Leipzig en 1902, et de la ville de Mannheim en 1907. En 1914, il est l'un des intellectuels et savants signataires du Manifeste des 93, texte qui soutient les positions de l'Allemagne dans le contexte de la Première Guerre mondiale.

Psychologie expérimentale

Psychologie et physiologie

Wundt conçoit et développe une science nouvelle, la psychologie physiologique, qu'il appelle aussi psychologie expérimentale, afin de rendre possible l'étude physiologique des organes des sens, car il est impossible de traiter le mécanisme de la perception sensible (ou consciente) sans entrer dans le domaine de la psychologie. Dans lOptique physiologique, Helmholtz s'était déjà dû faire face à des problèmes de psychologie, mais avec Wundt, la psychologie se détache de la physiologie, tout en lui empruntant les méthodes. Elle prend également son indépendance à l'égard de l'ontologie matérialiste qui sous-tendait jusque-là la recherche d'une explication purement physiologique des processus psychiques.

La psychologie expérimentale ne devient pas chez Wundt une province de la physiologie. Il reconnaît que les fonctions mentales ont leur concomitant dans l'activité du système nerveux, mais il considère aussi que les actes psychologiques ont un intérêt en eux-mêmes du point de vue scientifique. En effet, ce n'est pas parce que les phénomènes psychologiques deviennent accessibles à l'expérimentation et à la mesure qu'ils se changent en problèmes physiologiques. Une délimitation claire est dès lors maintenue entre les deux disciplines.

Psychologie et introspection

D'après Wundt, la spécificité de la psychologie par rapport à d'autres sciences comme la physiologie tient au fait qu'elle a pour objets les expériences immédiates de l'individu, accessibles seulement par l'introspection, méthode qui consiste à demander à l'individu lui-même un rapport sur ce qu'il pense, ressent, perçoit, autrement dit, sur ses états subjectifs. Wundt écrit même en 1858 que « toute psychologie commence par l'introspection », ce qui induit, pour ses opposants, une négation de la méthode objective propre aux sciences. Pourtant, Wundt se montre également méfiant à l'égard de l'observation interne et compare ceux qui croient découvrir des vérités psychologiques en regardant en dedans d'eux-mêmes au baron de Münchhausen qui tâche de se tirer de l'eau en tirant sur ses cheveux. Il intègre l'introspection dans l'étude scientifique mais n'en reconnaît l'avantage que lorsqu'elle peut être soumise à un contrôle sévère. Il adopte ainsi une position intermédiaire entre un positivisme qui exclut définitivement l'introspection du champ de l'investigation scientifique et une forme d'idéalisme qui y voit là un accès direct et sans faille à la réalité.

Autonomie de l'esprit

Wundt rejette une approche trop naïvement matérialiste et réductionniste des rapports entre psychologie expérimentale et physiologie et s'efforce plutôt de réintroduire certains présupposés anti-réductionnistes comme celui de l'autonomie du psychique : si l'esprit est bien régi par des lois, celles-ci sont bien différentes de celles qui gouvernent la nature matérielle, et prennent plutôt la forme de processus associatifs ou aperceptifs. Son principe du parallélisme psychophysique doit en ce sens être contrasté avec les approches réductionnistes de la vie mentale, courant qui entend quant à lui ramener le psychique à un ensemble de processus nerveux et cérébraux matériels.

Méthodes en psychologie

Méthode psychophysique

La « méthode psychophysique » comprend tous les procédés d'expérimentation qui peuvent être appliqués aux phénomènes de conscience, et qui conduisent à évaluer quantitativement l'intensité d'une réaction psychique. Elle s'appuie sur l'idée de « loi psychophysique », elle-même définie par Wundt comme une loi d'association entre des représentations ou des sensations. Il complète la classification des lois associatives de Herbart et ramène toutes les combinaisons associatives de sensations et de représentations à quatre types :

la synthèse associative ; l'assimilation ou association simultanée ; la complication ; l'association successive des représentations.

Ces lois rendent compte de tous les phénomènes intellectuels passifs. Elles sont l'expression de lois physiologiques et ont été déterminées par la méthode expérimentale. La « pensée active » peut quant à elle intervenir pour créer de nouveaux types d'associations.

Spécificité des « fonctions actives »

Bien qu'il ait mis en avant la possibilité de la mesure en psychologie et sa nécessité pour la constitution d'une psychologie scientifique, Wundt ne considère pas que les méthodes de la psychologie expérimentale soient les seules méthodes valables de la psychologie.