thumb|Joseph McCarthy (à gauche) en compagnie de son conseiller Roy Cohn.
Le maccarthysme ou maccarthisme () est une période de l'histoire américaine, connue également sous le nom de ()Plus exactement la deuxième peur rouge, la première ayant lieu de 1917 à 1920. et qualifiée fréquemment de ().
Le maccarthysme trouve ses origines dans le fort sentiment anticommuniste qui s'était développé aux États-Unis dans le contexte des débuts de la guerre froide, qui commence en 1947. Il s'étend de 1950, avec l'apparition du sénateur Joseph McCarthy sur le devant de la scène politique américaine, à 1954, avec le vote de censure contre McCarthy. Pendant deux ans (1953-1954), la commission présidée par McCarthy traqua d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis. Plusieurs millions d’Américains sont soumis à des enquêtes judiciaires et policières..
Par simplicité, l’expression est parfois utilisée dans un sens plus large, elle désigne alors l'ensemble des investigations et de la répression menées par des commissions parlementaires américaines à l'encontre des communistes, leurs sympathisants ou supposés tels, englobant ainsi celles menées par le House Un-American Activities Committee à partir de 1946.
Contexte Dès 1946, le président Harry Truman instaure une commission temporaire, chargée d'enquêter sur la loyauté des fonctionnaires fédéraux. Il s'agit alors d'identifier et d'écarter les fonctionnaires subversifs, partisans d'idéologies ou de régimes dits « totalitaires » comme le fascisme, le communisme et le nazisme. Cinq mois plus tard, l’Executive Order 9835 rend le programme permanentl'Executive Order 9835 .. Le gouvernement Truman reste toutefois l’objet d’attaques de la part des républicains conservateurs, notamment des sénateurs (New Hampshire), (Indiana), Karl Mundt (Dakota du Sud) et Joseph McCarthy, sur le thème de la présence de communistes au gouvernement et de la « complaisance à l’égard des communistes » (soft on communism)Yves Viltard, Le cas McCarthy : une construction politique savante.. En 1947, une liste des organisations « subversives » est publiée par le ministère de la Justice. Le FBI recueillait des renseignements sur les suspects. Le HUAC (House Un-American Activities Committee), créé en 1938 par la Chambre des représentants pour enquêter sur les « activités anti-américaines », étend ses investigations au milieu du cinéma après la guerre. Dix-neuf personnalités d‘Hollywood, soupçonnées d‘appartenir ou d'avoir appartenu au Parti communiste, sont convoquées par la commission en . Il s’agit de scénaristes, de producteurs et d’un acteur, Larry Parks. Seuls onze d’entre eux sont finalement entendus, les « Dix d'Hollywood » et Bertolt Brecht.
Entendu par le HUAC le , Brecht déclare ne pas être membre du Parti communiste et le jour même quitte pour toujours les États-Unis, gagnant la Suisse puis l'Allemagne de l'Est. Les Dix de Hollywood, quant à eux, refusent de répondre aux questions sur leur appartenance au Parti communiste ou à la Screen Writers Guild (un syndicat de scénaristes jugé très à gauche par la commission), en invoquant le amendement de la Constitution américaine. Inculpés par le Congrès pour outrage, ils seront condamnés à des peines de prison (six mois pour Herbert Biberman et Edward Dmytryk, un an pour les autres), qu’ils purgent dans différentes prisons fédérales à partir de ( pour John Howard Lawson).
Le , la MPAA annonce qu’elle n’emploiera plus de communistes. C’est la naissance de la liste noire, une liste d’artistes – communistes ou non – à qui les studios refusaient tout emploi. Des créateurs comme Bertolt Brecht, Charlie Chaplin et Orson Welles durent quitter les États-Unis. La liste noire exista jusque dans les années 1960.
Dans une lettre adressée au philosophe allemand Karl Jaspers en 1949, Hannah Arendt exprime l'inquiétude que lui inspirait la situation américaine : « Ici, l’atmosphère politique générale, surtout dans les universités et les collèges (à l’exception des très grands), est actuellement peu agréable. La chasse aux rouges est en marche et les intellectuels américains, surtout dans la mesure où ils ont un passé radical et sont devenus antistaliniens au fil des années, se mettent en quelque sorte à l’unisson du département d’État »Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris (1950-1975), Paris, Fayard, 1995, p. 139.. Selon Pierre Grémion, il existait aux États-Unis, comme en Grande-Bretagne, « une tradition de collaboration des intellectuels avec les services de renseignement de leur pays »Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris (1950-1975), Paris, Fayard, 1995, p. 618.. L'ascension politique de McCarthy (1950-1952) Genèse d'une expression L'expression « McCarthyism » apparaît pour la première fois le , sous la plume du dessinateur du Washington Post, HerblockLe dessin de Herblock., reprise par les adversaires de McCarthy, comme James Reston dans son article paru dans le New York Times le , « The Menace of McCarthyism », puis deux ans plus tard par Jack Anderson et Ronald W. May dans leur biographie de McCarthy, McCarthy: The Man, the Senator, the "Ism"Jack Anderson et Ronald W. May, McCarthy: The Man, the Senator, the "Ism", Boston, Beacon Press, 1952.. Dès 1952, elle est revendiquée par McCarthy lui-même, comme le montre la brochure publiée par ses partisans en 1952 : McCarthyism, the fight for America, Documented answers to questions asked by friend and foe by Senator Joe McCarthy.
Le discours de Wheeling Le , à l'occasion du Lincoln Day, le sénateur et président du congrès national Joseph McCarthy prononce un discours devant le Club des femmes républicaines de Wheeling (Virginie-Occidentale). La première partie du discours reprend les thèmes classiques de la droite conservatrice, l'immoralité du communisme, la faiblesse des États-Unis face à l'URSS. Elle est d’ailleurs calquée en partie sur le discours prononcé par Richard Nixon, le , devant la Chambre des représentantsRobert Griffith, The Politics of Fear: Joseph R. McCarthy and the Senate, Lexington: University Press of Kentucky, 1970.. C'est la seconde partie du discours de Wheeling qui va frapper l'opinion américaine. McCarthy y dénonce la mainmise des communistes au sein même du lieu le plus stratégique du pouvoir, le département d'État. Il prétend posséder une liste de 205 d'entre eux : « J’ai ici en main une liste de 205 noms… une liste de noms qui ont été divulgués au département d’État comme étant des membres du Parti communiste et qui néanmoins sont toujours en poste et façonnent toujours la politique du département d’État »Le discours de Wheeling et la lettre à Truman..
Le , McCarthy adresse une lettre au président Truman, dans laquelle il se propose de lui communiquer les noms en sa possession, dont le nombre a été ramené à 57 : « le jour même où la HUAC présentait Alger Hiss comme un important lien dans un réseau d’espionnage communiste, vous avez signé un ordre interdisant au département d’État de communiquer au Congrès toute information concernent la déloyauté ou les connexions communistes de quiconque travaille au département d’État. Malgré cela, nous avons pu rassembler une liste de 57 communistes y travaillant. Cette liste est à votre disposition mais vous pouvez obtenir une liste plus longue en demandant au secrétaire d’État Acheson de vous donner la liste de ceux que votre propre bureau a identifié comme étant déloyaux et qui continuent à travailler au département d’État ». Les audiences de la commission Tydings et le rapport de juillet 1950 À partir du , la Commission Tydings examine les accusations de McCarthy. Le général Millard Tydings, qui supervise par ailleurs les débuts de la Guerre de Corée, préside la commission des forces armées du SénatLe Monde du 18 juillet 1950., ou State Department Loyalty Investigation Subcommittee of the Committe on Foreign Relations, chargés d’enquêter sur la loyauté des fonctionnaires.
C'est l'accusation (infondée) d'un des témoins, qui apporte sa notoriété à McCarthy. Selon ce témoin, des membres du département d'État, ont dès 1945 fourni aux rédacteurs de la revue Amerasia un document sur la bombe A, que ceux-ci avaient transmis aux Soviétiques. Jusque là, la presse est réservée voire ironique estimant seulement que Le Monde du 14 mars 1950 ..
Rendu le , le rapport de la commission est défavorable à McCarthy mais uniquement adopté par les démocrates, à un peu plus d'un an de la présidentielle de .
Selon le rapport, les accusations de McCarthy sont une « fraude et un canular » (a fraud and a hoax). Aucune des accusations lancées par McCarthy ne peut être prouvée. Le cas le plus significatif est celui d’Owen Lattimore, un des responsables de la politique en Extrême Orient au sein du département d’État, contre qui s’étaient déjà concentrées les attaques des Républicains après la chute de Tchang Kaï-chek lors de sa défaite en Chine en septembre-décembre 1949. McCarthy présente Owen Lattimore comme le supérieur d'Alger Hiss, avant de devoir se rétracter.
Les audiences de la commission ont soudé autour de McCarthy les Républicains conservateurs, puis tous : les membres républicains de la Commission refusent de signer ce rapport. Le sénateur William Jenner qualifie même ses conclusions « d‘entreprise la plus scandaleuse et la plus cynique de notre histoire pour blanchir une conspiration de traîtres ».
Le discours contre le général Marshall Le , McCarthy prononce un discours au Sénat où il attaque violemment le général George Marshall. Marshall est partisan d’une guerre limitée à la Corée (« a limited war which I hope will remain limited », une guerre limitée qui, je l'espère, restera limitée, selon son expression), contrairement à Mac Arthur, qui voulait l’étendre à la Chine : « C’est Marshall, qui, avec l'assistance d'Acheson et Vincent, créa la politique qui, détruisant la Chine, nous priva d’un grand et amical allié […] Nous avons perdu tellement de terrain sur l'Union soviétique ces 6 dernières années. Quand cela cessera-t-il ? […] Vers quoi Marshall va-t-il nous conduire la prochaine fois ? ». McCarthy éprouve un tel ressentiment contre le général Marshall qu’il tire du discours du un pamphlet qu’il intitule America’s Retreat from Victory, The Story of George Catlett MarshallJoseph McCarthy, America's retreat from victory : the story of George Catlett Marshall, New York, Devin-Adair, 1951..
La sous-commission d'enquête permanente du Sénat (1953-1954)