Dominique Lampson, ou Dominicus Lampsonius, est un humaniste, poète et artiste flamand né à Bruges en 1532 et mort à Liège en 1599.

Il est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’histoire de l’art flamand.

Biographie

Il suit les cours de philosophie morale, d’éloquence, de physique et de métaphysique de l’université de Louvain. Peu célèbre en tant que peintre, il est surtout connu comme théoricien de l'art. Correspondant de Giorgio Vasari, il lui fournit des notes sur la vie et l'œuvre du peintre Lambert Lombard qui servirent au chapitre consacré à ce peintre dans les Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettoriTill-Holger Borchert, The Discovery of the art of painting of Bruges, catalogue de l'exposition « Bruges and the Renaissance », 1998 .

Entre 1554 et 1558, il est secrétaire privé de Reginald Pole, archevêque de Canterbury. Il l'accompagne à Rome et à Liège, où il rencontre le peintre Lambert Lombard. À la mort de Reginald Pole, il entre au service des prince-évêques de Liège, Robert de Berghes, Gérard de Groesbeek et Ernest de Bavière. thumb|left|Portrait gravé de Jan van Eyck (1572)

À Liège, Lampsonius retrouve son ami Lambert Lombard, considéré alors comme l'un des plus grands peintres de la région. Stimulé par ce maître, il reprend ses études artistiques. Tout le temps que lui laissent les devoirs de sa charge, il le consacre au dessin et à la peinture. Dans une lettre à Vasari, datée de Liège, le Burman, Syllog. epist., t. I, p. 128-149, Lombard parle avec enthousiasme de Lampsonius : , dit-il, .

En parlant de ses productions artistiques, Lombard dit encore :

En 1565, il rédige la vie du peintre Lambert Lombard intitulé Lamberti Lombardi apud Eburones pictoris celeberrimi vitaÉdité par A. Del Vita en 1938 et traduit en français par J. Hubaux et J. Puraye en 1949.. Dans cet ouvrage, il expose ses conceptions théoriques sur l'art. En 1572, il publie un livre comprenant une série de vingt-trois portraits gravés de peintres célèbres des anciens Pays-Bas, intitulé Pictorum aliquot celebrium Germaniae inferioris effigies, Les effigies des peintres célèbres des Pays-BasÉdité par J. Puraye en 1956.. Chaque portrait est accompagné d'un petit poème en latin, rédigé par Lampson. À cette époque, il a pour élève Otto van Veen, qui fut marqué par son enseignement.

Lampson écrit également des poèmes en latin et entretient une longue correspondance avec Vasari et avec Giulio Clovio. La seule toile encore connue Lampson, une Crucifixion de 1576, est conservée à l'église Saint-Quentin de Hasselt.

Dominique Lampsonius, qui avait épousé la fille d'un bon bourgeois de Hasselt, est mort à Liège, en 1599. Il est inhumé dans l'église Saint-Denis. Son frère Nicolas, alors doyen de la collégiale, fait placer au-dessus de son tombeau une inscription dont le texte a été conservéEd. van Even, op. cit. : J.-F. Foppens, Bibliotheca Belgica, t. I, p. 249..

Il est probable que Lampson a eu un fils, Jacques Lampson, qui s'est aussi adonné à la peinture. Nous trouvons, en effet, un « peintre flamand » de ce nom à Rome, lequel le , dépose dans un procès, en faveur d'une dame dupée par un fourbe qui avait reçu une robe de chambre en gageA. Bertolotti, Artisti Belgi et Olandese a Roma nei secoli XVI et XVII, p. 97..

Correspondance avec Vasari Lampsonius entretint une correspondance régulière avec Giorgio Vasari. Deux lettres en particulier sont connues. La première, datée du , fut partiellement reprise dans la seconde édition des Vite (1568) :

« J’ai reçu beaucoup d’informations par les lettres de M. Domenico Lampsonius de Liège, homme bien instruit et informé de tout, qui fut le confident du cardinal Pole d’Angleterre, et qui est maintenant secrétaire de Monseigneur le prince-évêque de Liège. »Vasari, Giorgio, Le Vite de’ più eccellenti pittori, scultori e architettori, éd., Florence, 1568.

La seconde lettre, datée du , est conservée aux Archives d’État de Florence (Carteggio Artistico II, V, ). À la fin de cette missive, Lampsonius répond à la demande de Vasari d’indiquer d’autres peintres dignes d’être mentionnés dans les Vite. Il précise que les principaux noms avaient déjà été communiqués dans des lettres antérieures, aujourd’hui perdues, mais dont les informations furent utilisées par Vasari dans le chapitre « Di diversi Fiamminghi » de l’édition de 1568Lettre de Lampsonius à Vasari, 25 avril 1565, Florence, Archivio di Stato, Carteggio Artistico II, V, ..

L’apport de Lampsonius était donc plus récent d’environ quatre ans que les informations de Lodovico Guicciardini dans sa Descrittione di tutti i Paesi Bassi (1567). Ce décalage éclaire certaines différences : alors que Vasari mentionne d’abord « Pietro Brueghel di Breda », il écrit plus tard « Pietro Broghel d’Anversa », sans reprendre la référence à Breda. Cette évolution témoigne de l’importance des renseignements fournis par Lampsonius dans la construction de la notice consacrée aux peintres flamands.

Œuvres Écrits Lamberti Lombardi apud Eburonos pictoris celeberrimi vita, pictoribus, sculptoribus, architectis aliisque ad genus artificibus utilis et necessariaG. Denahene, Lambert Lombard : Renaissance et Humanisme à Liège, Anvers, 1990, p. 9Dominique Lampson, Lamberti Lombardi Apud Eburones pictoris celeberrimi vita, 1565, document intégral scanné, 37 pages, sur le site DONum - Dépôt d'Objets Numérisés / Université de Liège. Seuls sept exemplaires en sont encore recensésHubert Goltzius, Bruges, 1565.. Au revers du titre se trouve un portrait de Lombard gravé par Hendrik Goltzius. Vite dei pittori, scultori et architetti, Lampsonius se livra également à des recherches sur l'histoire de l'art en BelgiqueBiographie des hommes remarquable de la Flandre occidentale, t. I, p.276.. Il se trouvait en rapport avec Francesco Guicciardini et Lucas d'Heere, de Gand, comme lui poète et peintre, qui s'occupait alors d'une biographie de nos anciens artistes. Personne dans le pays ne connaissait mieux que lui l'histoire des anciens maîtres des Pays-Bas. C'est Lampsonius qui écrivit le chapitre sur les peintres flamands, que Vasari publia dans la seconde édition de ses Vite dei pittori, scultori et architetti, imprimées chez les Giunti, à FlorenceGaye, Carteggio inedito d'artisti, t. III, Florence, 1840, p. 173., en 1568. Pour ce travail, il avait largement puisé dans la Description des Pays-Bas, de Guicciardini. Pictorum aliquot celebrium Germaniae inferioris effigies

Deliciae poetarum Belgarum, Den Hof en Boomgaerd der Poesien, conçu sous les auspices de Lucas de Heere, Lucas de Heere, Den Hof en Boomgaerd der Poesien, Gand : G. Manilius, 1565. Lampsonius, qui écrivit bon nombre de poésies latines, laissa également des vers flamands, qui témoignent de son attachement à sa langue maternelle. publia de lui une traduction, en vers lyriques, des psaumes de la Pénitence. De son vivant, Lampsonius fit paraître un choix de ses poésies latines qu'on réunit, plus tard, à celles de son frère. Dans les Deliciae poetarum Belgarum, on trouve deux pièces de l'auteur.

On sait qu'Otto van Veen séjourna pendant quelque temps à Liège. Il avait alors dix-sept ans. Lampsonius le prit en affection. Ce fut d'après ses conseils qu'il partit, en 1575, pour Rome où il passa sept ans, complétant par d'études son éducation artistique. Lampsonius rendit ainsi service à celui qui était appelé à devenir le maître de Rubens et à inaugurer la grande époque de l'art en Belgique. Il était en rapport avec la plupart des écrivains du pays. Il était très lié avec Juste Lipse. Il fut un de ceux qui contribuèrent à ramener le grand polygraphe à la foi catholique et au pays. Peintures thumb|upright|Le Calvaire, Dominique Lampson, église Saint-Quentin, Hasselt, 1575

Son travail de poinctre du pallaix de monsg. le Rme Cardinal de Liège laisse sous-entendre qu’à l’instar des autres peintres ayant ce statut, il était contraint d’user de son art pour réaliser des bannières, ainsi que la décoration de meubles appartenant à son illustre bienfaiteurG. Denhaene, op. cit., pp. 13-25.. Le Calvaire. Chargé d'une fonction qui absorbait la majeure partie de son temps, Lampsonius ne produisit que peu de tableaux. Il exécuta, en 1575, une grande toile représentant le Calvaire, destinée au maître-autel de l'église de Saint-Quentin, de Hasselt. Cette composition, la seule production picturale connue de l'artiste, a 3 mètres 75 de hauteur, sur 2 mètres 68 de largeur. Elle est d'un dessin correct et d'une incontestable harmonie de couleur ; mais le modelé manque de force, de relief. Ce tableau décora le maître-autel de l'église de Hasselt jusqu'en 1804, époque à laquelle il fut déplacé et mis contre l'une des parois du transept. Cette toile a souffert assez notablement, surtout dans les ombres, qui sont peintes très légèrement.

Le tableau fut livré par Lampson en 1576, dix ans après la mort de Lombard; il est très probable qu'il a été peint en 1575, c'est-à-dire précisément l'année où le secrétaire de Gérard de Groesbeck se faisait inscrire dans la corporation des peintres et des orfèvres de LiègeL. Abry, Vie des hommes illustres de la nation liégeoise, p. 175.. La date de la livraison du tableau est établie par un document que les marguilliers de l'église de Saint-Quentin adressèrent aux magistrats de la ville de Hasselt, à l'effet d'obtenir un subside pour le payement d'une somme de cent florins due depuis deux ans à Dominique Lampson, pour le tableau d'autel figurant au chœur de leur église. La requête est datée du La requête commence en ces termes : « Die Kerkmeesters van Sinte Quintus parochie binnen Hasselt gheven te kennen, etc. Hoe da Mr Dominicus Lampson der fabrijken vuerschr. over twee jaeren nest geleden een geshilderde taffell op den hoghen altaer binnen St-Quientens choer gelevert heeft, waer dy fabrike schuldich is Mr Lampsonie voerghenaemt hondert guldens brabans [...] ». Document de M. le chevalier de Corswarem, membre correspondant de la Commission royale des monuments.. Abry cite une peinture que Lampson exécuta pour l'église Saint-Denis, en ces termes :

On a justement relevé qu’il s’était servi de plusieurs gravures reproduisant des peintures qui traitaient du même thèmeJ. Puraye, Dominique Lampson, humaniste (1532-1599), Liège, 1950, p. 55.. L’humaniste liégeois faisait un usage intense de la gravure de reproduction dans sa démarche artistique, tout comme un grand nombre de ses contemporains. Il n’hésita d’ailleurs pas à rappeler à ses commanditaires que deux ans après sa livraison, les 100 florins qu’on lui avait promis ne lui étaient toujours pas parvenusJ. Gessler, op. cit., p. 191.. Volets maître-autel de la collégiale de Saint-Denis. On pense que Lampsonius aida son maître aux volets du beau retable en chêne qui formait autrefois le maître-autel de la collégiale de Saint-Denis, à Liège, et qui existe encore dans ce temple. Mais on n'a aucune certitude à cet égardAlexandre Pinchart, Archives, t. I, p. 251.M. de Corswarem, correspondant de la Commission royale des monuments a, le premier, fait connaître ce tableau dans le Journal des Beaux-Arts, 11 avril 1868.. Son frère, Nicolas Lampson, protonotaire apostolique, était chanoine et doyen ; toutefois, nous n'avons que des présomptions à cet égard.