La réorganisation religieuse des Pays-Bas espagnols est l'ensemble des politiques religieuses en faveur du catholicisme mises en œuvre dans les Pays-Bas espagnols et la Principauté de Liège par les autorités religieuses et civiles dans le cadre de la Réforme catholique introduite par le concile de Trente. C'est avant tout une organisation ecclésiastique nouvelle, initiée par des bulles pontificales en 1559 et 1561, à la demande de Philippe II. Dix-neuf évêchés au lieu de cinq, pour une indépendance des pouvoirs religieux belgiques vis-à-vis des états voisins comme le royaume de France et pour des évêques plus proches de leur clergé, afin de leur permettre une plus grande efficacité dans leur mission évangélique. Ces prélats doivent relever deux grands défis : combattre la violence iconoclaste des calvinistes dans les Dix-Sept Provinces ainsi que promulguer et surtout faire appliquer les décrets du Concile de Trente qui se clôture en 1563.

À la même époque, les Pays-Bas méridionaux sont également les témoins de l'introduction et/ou du remaniement d'ordres religieux comme les Jésuites et les Capucins, le plus souvent avec l'aide et le soutien des autorités espagnoles. L'Inquisition est également l'objet d'une réorganisation, déjà commencée par Charles Quint, afin de combattre la montée du protestantisme.

Cette réorganisation désirée pour une unité tant spirituelle que politique entraîne inversement un plus grand conflit au sein des Pays-Bas méridionaux, notamment à cause de la politique de sélection et de dotation financière des nouveaux évêques et parce que le peuple craint également que cette réorganisation soit une tentative d'introduire l'Inquisition espagnole. Cette « Église des Pays-Bas » meurt par le traité de Münster en 1648 qui consacre la division politique et religieuse des Dix-Sept Provinces de Charles Quint. thumb|Philippe II d'Espagne, souverain des Pays-Bas espagnols lors de la réorganisation

Contexte

thumb|Dix-Sept Provinces Surnommé par Juste Lipse le Conditor Belgii (l'« Unificateur des Pays-Bas »), le duc de Bourgogne Philippe le Bon rassemble politiquement diverses principautés des Pays-Bas belgiques alors autonomes et jette les bases d'un État centralisé. L'empereur Charles Quint réussit à réunir dans sa quasi-totalité l'ensemble des Pays-Bas belgiques, à l'exception de la principauté de Liège : en 1521 Tournai, en 1523 la Frise, en 1528 Utrecht et Overijssel, en 1536 Drenthe et Groningue et en 1543 le duché de Gueldre et le comté de Zutphen. Cette unification est couronnée par la création du cercle de Bourgogne en 1548 et par la Pragmatique Sanction de 1549.

Ce qui vaut pour cette organisation politique n'existe pas sur le plan religieux : les diocèses sont restés presque intacts depuis l'époque mérovingienne alors que la population est devenue nombreuse. Le territoire des Dix-Sept Provinces est sous l'autorité de six évêchés différents qui ne correspond en rien à ces terres : seulement quatre évêchés leur sont propres, Cambrai, Tournai, Arras et UtrechtThéodore Juste n'en compte que trois : « Les Pays-Bas ne possédaient jusqu'alors que trois évêchés : Tournai, Arras et Utrecht. Dans la plus grande partie du pays, la juridiction ecclésiastique était exercée par des évêques étrangers. » . Non seulement la plus grande partie des Dix-Sept Provinces est soumise à deux évêchés étrangers, mais les quatre évêchés propres aux Pays-Bas belgiques relèvent eux-mêmes de deux métropoles étrangères : les uns de l'archidiocèse de Cologne et les autres de celui de ReimsPour les autres évêchés non propres aux Pays-Bas belgiques, il y avait aussi Trèves. .. L'autorité spirituelle du duché de Brabant est partagée par les évêques de Liège et de Cambrai. La situation est pire dans le duché de Luxembourg qui se trouve soumis à six prélats différents. Cette situation a des retombées négatives à la fois politiques et religieuses : On a dit, avec raison, que les inconvénients de cet ordre de choses étaient très-graves ; les évêques étrangers et leurs officiers se permettaient souvent des abus de pouvoir, au préjudice des droits des citoyens et des libertés nationales, même au détriment des prérogatives et de la dignité du souverain. D'autre part les intéressés, dans les causes ecclésiastiques, devaient se pourvoir en appel devant des tribunaux éloignés et situés hors du pays, recours difficile, et même périlleux, en temps de guerre. Mais cet état de choses était plus préjudiciable encore aux intérêts de la religion. L'étendue des diocèses (dans celui d'Utrecht on comptait près de et plus de 200 villes fermées) empêchait les évêques de diriger et de surveiller convenablement leur clergé. Il en résultait que les ecclésiastiques s'acquittaient de leurs devoirs avec négligence, que le relâchement s'était introduit parmi eux, et que ce désordre favorisait les partisans des innovations religieuses.

Face à une Église catholique mal organisée, le protestantisme, en particulier sa branche calviniste, se répand facilement, cela surtout dans les comtés de Hollande, de Zélande, de Flandre et de Hainaut. Mais la situation est identique dans toute l'Europe. C'est dans ce contexte que le pape Paul III ouvre le Concile de Trente, le , afin de réagir aux idées de Martin Luther et des autres théologiens de la Réforme protestante.

Réorganisation du clergé séculier

thumb|right|Les évêchés avant leur réorganisation thumb|right|Les évêchés après leur réorganisation Préparations

Commission secrète

Les décisions prises par la bulle générale d'érection Super Universas sont préparées en secret par une Commission instituée par Philippe II, afin de mettre au point le plan détaillé d'une nouvelle division ecclésiastique. Pour ne pas éveiller de soupçons ou susciter d'opposition, cette Commission préparatoire collecte discrètement des informations sur les diocèses : leur étendue, les distances entre les villes, la population, la situation religieuse, les abbayes, les prébendes, etc. Afin de défendre, à la Curie romaine, la nécessité de réorganiser les diocèses, le souverain espagnol envoie le théologien François Van de Velde, appelé généralement Sonnius. Selon Michel Dierickx, trois raisons plaident en faveur de la réorganisation : l'étendue des diocèses bien trop grande pour que les évêques s'acquittent convenablement de leur charge d'âmes, les évêques souvent romans n'étant pas à même d'administrer leurs diocésains thiois, et puis, le danger d'hérésie qui nécessite d'urgence une plus grande activité pastorale.

Audiences à Rome et bulle

Sonnius quitte les provinces belgiques le , arrive dans la Ville éternelle le et rapidement obtient une audience avec Paul IV. Le théologien expose une situation menaçante sur la foi catholique, situation pesant dans les Pays-Bas, cela pour démontrer la nécessité de nouveaux évêques aidés de docteurs en théologie ou en droit. Le Souverain Pontife nomme par la suite une commission de cardinaux à laquelle Sonnius présente à plusieurs reprises le projet. L'affaire traîne en longueur, à la suite d'ajournements successifs dus d'abord au mauvais état de santé du pape plus qu'octogénaire, mais aussi parce que ce dernier est guidé par des considérations politiques. En pleine guerre entre les Habsbourgs et les Valois, il ne veut pas concéder au roi espagnol une telle réorganisation qui ampute du territoire à des provinces ecclésiastiques françaises.

La paix de Cateau-Cambrésis met fin le à un demi-siècle de guerres et donne la voie libre à Paul IV pour terminer l'affaire des nouveaux diocèses. Le , le pape tient un consistoire en présence d'un grand nombre d'évêques et de Sonnius, et déclare solennellement l'érection de quatorze nouveaux diocèses. La préparation de la bulle requiert du temps, toujours en raison de la santé du pape mais surtout parce que Sonnius tente d'y glisser des clauses nouvelles. Il faut attendre le pour que la bulle générale d'érection Super universas soit prête, mais elle est datée du , le jour du consistoire.

Trois sièges archi-épiscopaux au lieu de un et quinze évêchés suffragants au lieu de cinq vont dès lors couvrir tout le territoire des Dix-Sept Provinces, où les précédentes juridictions des provinces ecclésiastiques ignoraient les frontières politiques au détriment d'une gouvernance effective. Les nouveaux évêchés doivent alors commencer le programme de réformes tridentines par des synodes et des visites régulières, afin d'améliorer la mission pastorale et le combat contre l'hérésie.

Commission pontificale

La bulle d'érection Super universas ne contient que des stipulations générales au sujet de la délimitation des diocèses et de leur dotation, et ne nomme naturellement pas les évêques pour chaque siège épiscopal. Dans le but de définir ces circonscriptions et ces dotations, le pape Paul IV nomme le bref du Salvatore Pacini, évêque de Chiusi, comme son légat aux Pays-Bas, et institue une Commission pontificale pour le seconder. Cette Commission a un nombre limité de membres : Granvelle, alors évêque d'Arras, Viglius, président du Conseil d'État, Philippe Nigri, chancelier de l'ordre de la Toison d'or, et Michel Drieux dit Driutius, doyen de la collégiale Saint-Pierre à Louvain qui sera à son décès remplacé par le pléban de la même collégiale Pierre de Corte. Quelques jours plus tard, Philippe II ajoute Sonnius aux quatre premiers Commissaires.

Le , le légat pontifical accorde à la Commission des Cinq « la permission et le pouvoir de diviser et de délimiter les provinces et diocèses, et de démembrer, de couvents et de prévôtés, la dotation des diocèses » cité dans .. Pendant deux ans, d' à , cette Commission et les autorités politiques et religieuses définissent dans le plus grand secret les modalités de cette décision papale de réorganisation diocésaine. Cette réorganisation est à la fois territoriale avec la délimitation de chaque diocèse, financière avec la dotation des archevêques et évêques ainsi que hiérarchique pour répondre à la problématique des nominations des évêques et des chanoines.

Réorganisation territoriale Pour la création des nouveaux évêchés, la Commission des cinq, mise sur pied par le pape Paul IV et Philippe II d'Espagne, tient compte non seulement des limites diocésaines, mais également de celles des provinces ainsi qu'au sud de la frontière linguistique... La bulle pontificale de circonscription et de dotation Ex Injuncto du définit les limites de la plupart des évêchés, seuls les quatre évêchés du nord-est et celui de Gand n'y sont pas compris. En substance : la partie orientale de l'ancien diocèse de Thérouanne est divisée, suivant la frontière linguistique, entre les diocèses d'Ypres et de Saint-Omer ; l'ancien diocèse de Tournai se composait de trois archidiaconés : le nouveau diocèse de Bruges correspond en gros à l'ancien archidiaconé de Bruges ; le diocèse de Gand correspond à l'ancien archidiaconé d'Anvers avec la partie de l'ancien diocèse d'Utrecht, qui s'étend au sud du comté de Zélande (cela explique que le nouveau diocèse de Tournai conserve, en pays de langue thioise, la région entre Courtrai et Isegem) ; l'ancien diocèse de Cambrai perd tout son territoire de langue thioise au profit : de l'archidiocèse de Malines, regroupant alors toutes les terres entre la frontière linguistique et l'archidiaconé d'Anvers, avec même une partie de l'ancien diocèse de Liège ; du diocèse d'Anvers formé de l'archidiaconé d'Anvers et de la partie du Brabant du nord s'étendant jusqu'à la Meuse et démembrée de l'ancien diocèse de Liège ;