Lespagnol ou le castillan (en espagnol : et ) est une langue romane parlée en Espagne et dans de nombreux pays d'Amérique et d'autres territoires dans le monde, en particulier ceux qui ont été associés à un moment de leur histoire à l'Empire espagnol.
La langue espagnole est issue du latin vulgaire parlé au nord de la péninsule Ibérique. Son développement s'est appuyé sur l’extension du royaume de Castille via la reconquête et continua en Afrique, en Amérique et en Asie Pacifique avec l'expansion de l'Empire espagnol entre les , circonstances historiques qui en font la langue romane la plus parlée dans le monde actuellement.
Selon l'Institut Cervantes, l’espagnol est en 2025 la langue maternelle d'environ de personnes (troisième rang mondial pour le nombre de locuteurs de naissance) et est utilisé par plus de de personnes (quatrième rang mondial pour le nombre total de locuteurs, derrière l'anglais, le chinois mandarin et le hindi). L'espagnol est l'une des principales langues de communication internationale, avec l'anglais et le français.
Histoire
Caractéristiques gauche|thumb|Carte chronologique montrant le développement et l'évolution des langues parlées dans la péninsule Ibérique de l'an 1000 à nos jours. L’espagnol est de façon générale resté nettement archaïsant et demeure ainsi relativement proche du latin classique et de l'italien moderne, avec lequel il maintient un certain degré d'intercompréhension. Appartenant à la sous-branche ibéro-romane comme le portugais, l’espagnol permet également une certaine intercompréhension écrite, et dans une moindre mesure orale, avec celui-ciL'intercompréhension orale est souvent assez bonne pour un locuteur lusophone mais rendue plus difficile pour les hispanophones non familiers du portugais en raison de certaines évolutions particulières de celui-ci.. L’espagnol est morphologiquement proche du français, du fait de leur origine latine commune, mais l'intercompréhension reste toutefois très limitée, bien que facilitée à l'écrit par le caractère archaïsant de l'orthographe française.
D'autre part, l’espagnol (le castillan) étant originaire de la région de Cantabrie., dans le nord de l'Espagne, il a reçu une forte influence du substrat formé par l'ancêtre du basque, en particulier au niveau morphologique, ainsi que, dans une moindre mesure, lexical.
Morphosyntaxe L’espagnol partage avec les autres langues romanes la plupart des évolutions phonologiques et grammaticales caractéristiques du latin vulgaire, telles que l'abandon de la quantité vocalique, la perte des déclinaisons et la disparition des verbes déponents.
Les principales évolutions qui caractérisent l’espagnol sont : diphtongaison spontanée des E (>ie) et O (>ue) brefs toniques (TEMPU(M)>tiempo ; PORTA(M)>puerta, etc.) palatalisation des groupes -LL- et -NN- latins en [ʎ] et [ɲ] (ANNU(M)>año, etc.) bêtacisme, c'est-à-dire disparition de l'opposition entre les phonèmes /v/ et /b/ (sauf dans certains contextes d'hypercorrection) Tomás Navarro Tomás (1918/1982), Manual de pronunciación española ( éd.), Madrid, Concejo Superior de Investigaciones Científicas, , §90-91.. sonorisation des consonnes occlusives sourdes intervocaliques (VITA>vida ; LACU(M)>lago, etc.), trait commun aux langues romanes occidentales. aspiration puis disparition du F- initial latin, conservé sous la forme d'un « h » muet dans la graphie usuelle (FILIUM>hijo ; FACERE>hacer, FABULARE>hablar ; FOLIA>hoja). Ce trait, que l'on retrouve également en gascon, est sans doute une conséquence de l'influence du substrat bascoïde (le système phonologique basque ne connaît pas de F- à l'initiale). Dans certaines régions le H- initial est encore prononcé aspiré. adoption d'un système vocalique simplifié à 5 voyelles (a, e, i, o, u) lui aussi peut-être influencé par le basque. dévoisement puis évolution singulière des fricatives de l'espagnol médiéval dans le sens d'une simplification, débouchant sur la mise en place de deux phonèmes particulier : la fricative vélaire sourde et, dans différents dialectes péninsulaires, incluant notamment les parlers prestigieux de Tolède, Madrid, etc., l'interdentale (proche du ). adoption d'une accentuation tonique basée sur l'intensité et non (comme en italien par exemple) sur la quantité.
En comparaison aux autres langues romanes, l’espagnol possède une typologie syntaxique particulièrement libre et avec des restrictions bien moindres concernant l'ordre des mots dans les phrases (typiquement : sujet-verbe-complément).
Un des traits syntaxiques caractéristiques de l'espagnol est l'ajout d'une préposition « a » devant les compléments d'objet renvoyant à une personne ou un être animé. Il peut être considéré comme une conséquence de la liberté syntaxique précédemment évoquée, le fait de pouvoir intervertir facilement les groupes syntaxiques dans une phrase entraînant possiblement une confusion entre sujet et objet, évitée grâce à l’emploi de la prépositionPar exemple, dans la phrase « Juan voit Laura », « Juan ve a Laura », l'ordre des mots étant libre, on peut ainsi aussi bien dire « ve a Laura Juan », que « ve Juan a Laura », « a Laura ve Juan » etc., les nuances traduites par le choix de l'ordre des mots restent sans incidence sur la valeur sémantique de ce qui est énoncé : le a permet de s'assurer que, quel que soit l’agencement choisi, Laura est objet, et Juan sujet. Le français par exemple n'assure pas cette liberté dans l'ordre des mots et doit recourir à des périphrases pour traduire les mêmes nuances (« c'est Laura que Juan regarde », « c'est Juan qui regarde Laura » loísmo.).. Ce trait concourt à une confusion que l'on rencontre dans l'usage des pronoms compléments directs et indirects (phénomènes qualifiés de Leísmo, laísmo et loísmo, le premier étant considéré comme correct dans certains cas d'un point de vue académique).
L’espagnol fait fréquemment usage d'un pronom complément indirect redondant en cas de présence du groupe nominal référent : le digo a Carmen : « je dis à Carmen » (littéralement : « je lui dis à Carmen »), et même se lo digo a Carmen (« je le lui dis à Carmen »).
Comme en latin et dans la plupart des autres langues romanes, et à la différence du françaisEn français, la simplification des déclinaisons verbales a entraîné l'usage obligatoire du pronom sujet dans la plupart des cas. Ainsi par exemple, pour les verbes réguliers du premier groupe, les formes des trois personnes du singulier sont identiques au présent (indicatif ou subjonctif), bien que par écrit ou dans certains contextes de phrases (liaison) on distingue encore la deuxième personne par son -s. Au contraire, l'espagnol ayant en grande partie conservé la variété des terminaisons verbales latines, les possibilités de confusion sont beaucoup plus rares., l'usage des pronoms sujets est facultatif. Il n'est utilisé que pour lever une confusion dans certains cas de conjugaisonsPar exemple dans certains temps, comme l'imparfait de l'indicatif, le présent du subjonctif et l'imparfait du subjonctif, où les formes de et de du singulier sont identiques : cantaba → je chantais/il chantait. ou pour insister sur le sujet"Yo canto" → "Moi, je chante" / "C'est moi qui chante" : yo sabía la lección (« je savais la leçon ») face à ella sabía la lección (« elle savait la leçon ») ou bien trabajo muy bien (« je travaille très bien ») opposé à yo trabajo muy bien (tú no) « moi, je travaille très bien (pas toi) ».
Système verbal De façon générale, le système de conjugaison de l’espagnol est resté morphologiquement très proche du latin.
Les quatre conjugaisons latines sont réduites à trois en espagnol. Les infinitifs latins en -ĀRE, -ĒRE et -ĪRE deviennent respectivement en espagnol -ar, -er et -ir ; la troisième conjugaison latine, en -ĔRE, est redistribuée entre les deuxième et troisième conjugaisons de l’espagnol, -er et -ir (ex. : FACĔRE > hacer, DICĔRE > decir).
L’espagnol conserve avec une grande vitalité son passé simple, issu du parfait latin, qui tend à être remplacé par des formes analytiques dans d'autres langues romanesC'est par exemple le cas du parfait, encore pleinement utilisé dans une grande partie du domaine linguistique de l'espagnol et qui subsiste dans le langage littéraire mais est couramment substitué en français et en catalan par des formes composées (auxiliaire être ou avoir + participe passé et anar + infinitif respectivement)..
Comme dans d’autres langues romanes, on observe en espagnol une auxiliarisation du verbe haber (« avoir, posséder »). Celui-ci permet de construire les temps composés (suivis du participe-passé des verbes conjugués, qui reste toujours invariable en espagnol) mais aussi les nouveaux paradigmes du futur de l'indicatif (infinitif + haber) pour remplacer le paradigme latin (CANTABO…) tombé en désuétude. Le conditionnel est construit par analogie, en utilisant l'auxiliaire simplifié à l'imparfait. haber a fini par perdre son sens original de « avoir, posséder » au profit de tener, pour n’être plus qu’un verbe auxiliaire, .. Il conserve encore sa valeur sémantique d’origine dans certaines expressions lexicalisées, en particulier haber de + infinitif pour signifier une obligation et la forme hay < ha allí (« il y a ») ainsi que ses variantes dans les différents temps et modes (había, habrá, hubo, etc. et même ha habido au passé-composé).
L’espagnol dispose actuellement de deux paradigmes de conjugaison pour le subjonctif imparfait, issus du plus-que-parfait latin, indicatif pour les formes en -ra (AMAVERAM>amara), et subjonctif pour les formes en -se (AMAVISSEM>amase), .. Bien que tous deux soient également admis sur un plan académique, le premier tend à se substituer au second, surtout dans le langage oral R. E. Batchelor et Miguel Ángel San José, A Reference Grammar of Spanish, Cambridge University Press, 2010, .. De plus, il conserve encore dans certains usages, en particulier littéraires, sa valeur originelle d'indicatif plus-que-parfait R. E. Batchelor et Miguel Ángel San José, A Reference Grammar of Spanish, Cambridge University Press, 2010,., et est utilisé comme deuxième variante (libre) du conditionnel présent pour quelques verbes (querer > quisiera ~ querría ; deber > debiera ~ debería ; haber > hubiera ~ habría ; poder> pudiera ~ podría)Michel Bénaben, Manuel de linguistique espagnole, Ophrys, 2002, .. De même, le subjonctif plus-que-parfait peut remplacer le conditionnel passé pour exprimer l'irréel du passé Académie royale espagnole, Définition de « si », alinéa 8 : « Se quedó más contento que si le hubieran dado un millón ». Pilar Díaz Ballesteros, José Amenós Pons et María Luisa Rodríguez, El subjuntivo 2 : Nivel avanzado, p.43 : « hubiera querido que no fuera así » Loreto Busquets et Lidia Bonzi, Curso intensivo de español para extranjeros, Verbum Editorial, 2006, p.269 : « hubiera querido que me tragara la tierra ».