Le Prieuré de Sion est une association fondée et dissoute en 1956 en France par Pierre Plantard dans une tentative infructueuse de créer un ordre néo-chevaleresque. Au cours des années 1960, Plantard avance que son ordre est le dernier front d'une société secrète prétendument fondée par le chevalier croisé Godefroy de Bouillon en 1099, sur les lieux de l'actuel monastère de l'abbaye de la Dormition de Jérusalem (à l'époque dans le royaume de Jérusalem) situé sur le mont Sion. Cette abbaye rétablit la tradition monastique d'une basilique du qui tomba en ruine après la défaite des Croisés en 1291.
Plantard affirme être à la fois le « Grand Monarque » prophétisé par Nostradamus et un prétendant mérovingien au trône de France. Il prétend en outre que le Prieuré de Sion s'était engagé au fil des siècles dans une conspiration pour installer une lignée secrète de la dynastie mérovingienne sur le trônes de France.
Les prétentions de Plantard n'ont pas résisté longtemps à l'analyse des historiens et se sont révélées être une mystification dont les prétendues preuves ont été fabriquées de toutes pièces par Plantard et par d'autres membres de l'association. Plantard finit lui-même par admettre ultérieurement la supercherie.
À la surprise de Plantard, ses revendications ont été assimilées avec le thème de la descendance de Jésus de Nazareth et de Marie Madeleine, popularisé en 1982 par les auteurs du livre The Holy Blood and the Holy Grail dont les conclusions sont ensuite reprises, en 2003, par Dan Brown dans son roman Da Vinci Code.
Histoire d'une mystification Fondation du Prieuré de Sion
Le Prieuré de Sion a été fondé dans la ville d'Annemasse en 1956 en tant qu'association sous le régime de la loi de 1901. Bien que les statuts et les documents d'enregistrement soient datés du , l'enregistrement a eu lieu auprès du représentant de la sous-préfecture de Saint-Julien-en-Genevois le et a été publié au Journal officiel de la République française le JO du 20 juillet 1956, p. 6731 Déclaration de création du Prieuré de Sion.Statuts du Prieuré de Sion..
Le siège social du Prieuré de Sion et son journal Circuit étaient basés dans l'appartement de Plantard, dans un bloc de logement social construit en 1956...
Les fondateurs et signataires sont pour certains inscrits sous leurs vrais noms, les autres faisant usage d'un pseudonyme. André Bonhomme (Stanis Bellas) en était le président, Jean Deleval le vice-président, Pierre Plantard (Chyren) le secrétaire général et Armand Defago le trésorier.. Circuit mentionne également Plantard en tant que président de l'Association des locataires d'Annemasse.
Le nom de « Sion » s'inspire de celui d'une colline au sud d'Annemasse connue sous le nom de « Mont Sion ».. où les fondateurs du Prieuré de Sion avaient l'intention d'établir un centre de retraite spirituelle..
L'objectif du Prieuré de Sion était résumé par la devise « Chevalerie d'Institutions et Règles Catholiques d'Union Indépendante et Traditionaliste » dont l'acronyme est CIRCUIT. Cet acronyme est en sous-titre de l'association et aussi le nom du bulletin ronéotypé de l'association...
Les statuts de l'association expriment l'objectif de créer un ordre de chevalerie catholique traditionaliste. L'article 7 indique que ses membres devaient avoir l'espérance « de réaliser de bonnes actions pour aider l'Église catholique romaine, enseigner la vérité, défendre les faibles et les opprimés ».
Vers la fin de l'année 1956, l'Association avait prévu de passer des partenariats avec l'Église catholique locale, dont un service de bus scolaire géré par le prieuré de Sion et par l'église Saint-Joseph d'Annemasse..
La majeure partie des activités du Prieuré de Sion n'a aucun rapport avec les objectifs tels que décrits dans ses statuts. Circuit, le journal officiel du Prieuré de Sion, est décrit comme le lettre du maire d'Annemasse. et non comme assurant le travail de bienfaisance inspiré par la chevalerie. Le premier numéro de la revue est daté du et, au total, douze numéros sont parus. Certains articles prennent des positions politiques dans le cadres des élections municipales. Dans d'autres numéros figurent des critiques et des attaques à l'encontre des promoteurs immobiliers d'Annemasse.
L'association a été dans les faits dissoute peu de temps après en , sans jamais l'être officiellement. Plantard a tenté de la faire revivre sous différents motifs entre 1961 et 1993. L'association du Prieuré de Sion est considérée par la préfecture comme étant en sommeil et n'a pas d'activité depuis 1956.
André Bonhomme n'a joué aucun rôle dans l'association après 1956. Il en a officiellement démissionné en 1973 lorsqu'il a appris que Plantard utilisait son nom dans ses tentatives de faire revivre le Prieuré de Sion. Depuis la mort de Plantard, en 2000, plus personne n'a le droit d'utiliser le nom de Prieuré de SionPierre Jarnac, Les Archives de Rennes-le-Château, tome II, Éditions Belisane, 1988, ..
Mystification
Après avoir attiré l'attention du public de la fin des années 1960 jusqu'aux années 1980, l'histoire mythique du Prieuré de Sion s'est avérée être une mystification élaborée sous la forme d'un puzzle ésotérique, créée par Plantard. Les éléments de preuve, présentés à l'appui de l'existence et de l'activité du Prieuré de Sion avant 1956, tels que les soi-disant Dossiers secrets d'Henri Lobineau, ont en réalité été créés et disséminés à divers endroits en France par Plantard et par ses complicesBill Putnam et John Edwin Wood, The Treasure of Rennes-le-Château. A Mystery Solved, Sutton Publishing, 2003..
Bien que les affirmations du Prieuré de Sion aient été démystifiées de manière exhaustive par des journalistes et par des érudits comme l'une des plus grandes falsifications littéraires en français, de nombreux théoriciens du complot persistent à croire que le Prieuré de Sion était une cabale millénaire dissimulant un secret subversif religieux Melissa Kasoutlis, Literary Hoaxes: An Eye-Opening History of Famous Frauds, Skyhorse, 2009.. Quelques chercheurs indépendants, en dehors des universitaires, affirment, sur la base d'informations d'initiés, invérifiables, que le Prieuré de Sion subsisterait toujours en tant que société secrète conspiratrice. Lynn Picknett, Clive Prince,The Templar Revelation: Secret Guardians of the True Identity of Christ, Bantam Press, 1997.. Laurence Gardner, The Magdalene Legacy: The Jesus and Mary Bloodline Conspiracy, Harpercollins Pub Ltd, 2005.Robert Howells, Inside the Priory of Sion: Revelations from the World's Most Secret Society, Watkins Publishing, 2011..
Certains expriment leur inquiétude, du fait de l'accumulation et de la popularité des livres pseudohistoriques, des sites web conspirationnistes et des films inspirés par la mystification du Prieuré de Sion, lesquels propagent des théories du complot auprès du grand publicKen Mondschein, Saint sang, Saint Graal, Straus Media, Straus News, 2014. D'autres sont troublés par la façon dont ces œuvres romancent des idéologies antisémites David Klinghoffer, The Da Vinci Protocols: Jews should worry about Dan Brown’s success, National Review Online, 2006..
Les affabulations de Plantard
Pierre Plantard a pensé le Prieuré de Sion comme un ordre de chevalerie chrétien ésotérique dont les membres seraient des personnes influentes dans les domaines de la finance, de la politique et de la philosophie, et dévoué à l'arrivée du « Grand Monarque » sur le trône de FranceMarie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir, Code Da Vinci: L'Enquête, Robert Laffont, 2004, ..
En 1957 Plantard abandonne le Prieuré de Sion (première formule), le journal Circuit, le projet de maison sur le mont Sion à Annemasse et la collaboration avec l’Église catholique pour se consacrer à sa prétendue ascendance personnelle mérovingienne et à l'avènement du « Grand Monarque ».
En 1960, Plantard a été marqué par l'histoire de Dagobert II parue dans un magazine Les Cahiers de l'histoire, un roi mérovingien assassiné au Jean-Luc Chaumeil, La Table d'Isis ou Le Secret de la Lumière, Éditions Guy Trédaniel, 1994, .. Il a également adopté Et in Arcadia ego, titre de deux peintures de Nicolas Poussin (en français Les Bergers d'Arcadie), comme la devise de sa famille et du Prieuré de Sion, parce que la tombe qui apparaît dans ces peintures ressemblait à une autre dans la région du Razès près de Rennes-le-Château. Il fera de cette tombe un symbole pour ses revendications dynastiques. Une photo de Thomas Plantard debout à côté de la tombe des Pontils a été publiée par Jean-Pierre Deloux, Jacques Brétigny, Rennes-le-Château - Capitale Secrète de l'Histoire de France, 1982..
À partir de 1961, Plantard met au point une histoire mythique pour le Prieuré de Sion affirmant qu'il s'agissait d'un vénérable ordre religieux catholique logé à l'abbaye de Notre-Dame du mont Sion qui avait été fondée par Godefroy de Bouillon dans le royaume de Jérusalem lors de la première croisade en 1099Bill Putnam, John Edwin Wood, The Treasure of Rennes-le-Château. A Mystery Solved, Sutton Publishing, 2003. Il s'agit ici d'une première erreur historique. Le prieuré est une abbaye, l'abbaye date de 415, liée à la basilique Hagia Maria Sion (Sainte-Marie de Sion) tombée en ruines après la défaite des Croisés en Terre sainte puis reconstruite de 1900 à 1910.
Entre 1964 et 1967, Plantard et son ami Philippe de Chérisey créèrent des supposées preuves pour donner de la crédibilité à la lignée et à l'origine inventées. Ils déposèrent à la Bibliothèque nationale de France une série de faux documents dont le plus célèbre d'entre-eux est intitulé Dossiers secrets d'Henri LobineauFiche de la BnF.
Plantard va ensuite se servir de la popularité de Bérenger Saunière et du soi-disant trésor de Rennes-le-Château pour attirer l'attention sur ces faux documents déposés à la BnF. Il fait appel à Gérard de Sède avec qui il avait déjà travaillé, en 1962, sur Les Templiers sont parmi nous : L'Énigme de Gisors. Il l'aide, en 1967, à réécrire un livre basé sur son manuscrit jamais publié et les documents de la BnF, L'Or de Rennes : La Vie Insolite De Bérenger Saunière curé de Rennes-le-Château qui fut un vrai succès populaireJean-Luc Chaumeil, Rennes-le-Château – Gisors – Le Testament du Prieuré de Sion. Le Crépuscule d’une Ténébreuse Affaire, Éditions Pégase, 2006..
Grands maîtres allégués
Le Prieuré de Sion est supposément dirigé par un « Nautonnier », ce qui signifie grand maître dans la nomenclature intérieure ésotérique du Prieuré.
La liste suivante des grands maîtres provient de l'appendice de L'Énigme sacrée, présenté comme étant issue des Dossiers secrets d'Henri Lobineau compilés en 1967 par Plantard sous le nom de plume de Philippe Toscan du Plantier en 1967. Tous ceux qui sont nommés sur cette liste étaient morts avant cette date. Tous sauf deux figurent également sur la liste des imperators présumés (chefs suprêmes) et des « membres distingués » de l'Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix qui circulaient en France à l'époque où Plantard était en contact avec cet ordre rosicrucien. La plupart des prétendus grands maîtres ont en commun d'être connus pour s'être intéressés à l'occultisme ou à l'hérésie.
Les Dossiers Secrets d'Henri Lobineau ont affirmé que le Prieuré de Sion et les Templiers ont toujours partagé le même grand maître jusqu'à ce qu'un schisme se produise en 1188. À la suite de cet événement, les grands maîtres du Prieuré de Sion sont énumérés comme suit :
Jean de Gisors (1188-1220) Marie de Saint-Clair (1220-1266) Guillaume de Gisors (1266-1307) Édouard de Bar (1307–1336) Jeanne de Bar (1336–1351) Jean de Saint-Clair (1351–1366) Blanche d'Évreux (1366–1398) Nicolas Flamel (1398–1418) René d'Anjou (1418–1480) Iolande de Bar (1480-1483) Sandro Botticelli (1483-1510) Léonard de Vinci (1510-1519) Connétable de Bourbon (1519-1527) Ferrante Gonzaga (1527–1575) Louis de Nevers (1575–1595) Robert Fludd (1595–1637) Johann Valentin Andreae (1637-1654)