thumb|Les investissements des fonds spéculatifs entre 2000 et 2007.
La gestion alternative (en anglais : hedge fund) est un mode de gestion de portefeuille alternative risqué par lequel le fonds d'investissement qui investit mobilise des actifs liquides et recourt à des montages financiers complexes et à des techniques de gestion du risque pour améliorer ses performances. La gestion alternative utilise notamment la vente à découvert, l'effet de levier et les produits dérivés.
Cette méthode est appliquée par certains fonds d'investissement, les « fonds spéculatifs » (ou « fonds alternatifs », « fonds d'arbitrage », ou encore « fonds de couverture »). De plus, n'étant par essence pas aussi réglementés que les fonds de placement classiques, ils ne peuvent être distribués au grand public et sont réservés à la catégorie des investisseurs institutionnels ou aux grandes fortunes.
Concept La gestion alternative est difficilement définissable, comme le sont les hedge funds qui les portent. Plusieurs institutions, comme la Securities and Exchange Commission des États-Unis, ont pu affirmer qu'il .
Il existe toutefois un ensemble de critères consacrés par l'expérience : les hedge funds sont des fonds d'investissement, qui ont une liberté presque totale d'investissement (dont l'utilisation de stratégies de vente à découvert et de position longue), et peuvent mettre en œuvre un effet de levier important, grâce à l'emprunt et à l'utilisation de produits dérivés. Les investisseurs qui ont confié leur argent au fonds ne peuvent le récupérer librement, mais seulement en vertu de contrats qui verrouillent l'accès à leur argent. Ils sont peu régulés.
D'un point de vue juridique, la gestion alternative vise toute gestion qui n'est pas dédiée à l'investissement en actions ou obligations cotées ouverte au public. En effet depuis la directive AIFM, la gestion alternative comprend les hedge funds, mais aussi les fonds immobiliers, de dette ou de capital-investissement (private equity)Florence Moulin et Daniel Schmidt, Les fonds de capital investissement : principes juridiques et fiscaux, Gualino / Lextenso éditions, (à jour de la Directive AIFM), décembre 2014, préface Gérard Rameix (Président de l'AMF), 800p ..
Principes
Décorrélation des performances par rapport aux marchés La gestion alternative vise à décorréler les performances du portefeuille de l'évolution générale des marchés internationaux de référence. Cela la rend attractive pour les investisseurs, qui cherchent la rémunération la plus élevée possible quelles que soient les évolutions du marché.
A cette fin, la gestion alternative se donne pour objectif de lisser les courbes de rendement et de les améliorer par rapport au rendement du marché permettant d'avoir un meilleur rapport entre la performance et la volatilité générale des marchés. Par conséquent, les hedge funds interviennent sur un grand nombre de marchés, tels que les marchés des actions, mais aussi des obligations, le Foreign Exchange, les marchés des matières premières, l'immobilier, et les entreprises non cotées, etc.
La réussite du hedge fund est mesurée par son alpha, qui indique à quel point le fonds a surperformé par rapport à un indicateur tel que le CAC 40 ou le S&P 500.
Rémunération La gestion alternative implique une rémunération différente des fonds classiques. La rémunération des acteurs du hedge fund est divisée en deux parties : les management fees, et la performance fee, fee désignant les rémunérations en anglais. Un fonds mutuel classique ne prélève pas de performance fee, et a un management fee faible. A contrario, les hedge funds ont des management fees autour de 2% de la valeur liquidative, et une performance fee de 20% de l'augmentation de la valeur liquidative.
Faible régulation Les hedge funds sont exemptés d'un certain nombre de réglementations que les autres types de fonds doivent suivre. Cela est lié au fait que la gestion alternative n'implique que des investisseurs individuels fortunés, et non de simples particuliers ; ainsi, les réglementations financières qui visent à protéger les particuliers ne s'appliquent pas. Parmi les réglementations financières les plus importantes, celles liées aux effets de levier, à l'utilisation de produits dérivés et à la liquidité des investisseurs ne s'appliquent pas.
Historique
Premiers hedge funds Il est difficile de dater la gestion alternative, tant elle est un composite de plusieurs techniques de gestion qui ont pu être utilisées librement à travers le temps. Certains situent le début des hedge funds dans les roaring twenties, lorsque des véhicules d'investissement privés, ouverts seulement à des investisseurs très riches, ont été ouverts. Warren Buffett a considéré, dans une lettre au Musée de la finance américaine en 2006, que le Graham-Newman Partnership était une forme prototypique de hedge fund.
En 1949, l'investisseur et sociologue australien Alfred Winslow Jones crée ce qui sera considéré comme le premier hedge fund moderne. Il invente aussi l'expression hedge fund, quoiqu'il l'écrive hedged fund. Son fonds utilise la technique de la vente à découvert (short position). Il stabilise son portefeuille en neutralisant les effets des mouvements des marchés : il prend des positions longues sur les actions d'une entreprise qu'il anticipe à la hausse, et parie sur la baisse des entreprises qu'il anticipe à la baisse avec une position short concomitante.
Développement moderne La gestion alternative demeure toutefois peu répandue et ce n'est que dans les années 1970 que leur essor a lieu, à la suite d'une série de bouleversements économiques tels que le premier choc pétrolier, l'apparition des eurodollars, et la première vague de dérégulation des marchés financiers. Les offices familiaux (family offices) furent les premiers à utiliser cette méthode de gestion, et ont ainsi contribué à leur émergence. La croissance de la gestion alternative est modérée dans les années 1980, atteignant difficilement 100 milliards de dollars d'actifs sous gestion au début des années 1990.
Croissance contemporaine Les hedge funds étaient environ 530 en 1990, et géraient 39 mds$. En , près de fonds de couverture sont opérationnels dans le monde et gèrent environ milliards USD ( milliards d'euros)Le Monde du 28 octobre 2007. En 2016, ils sont 8 000 et gèrent à peu près 3 trillions de dollars. Les actifs sous gestion ont été multipliés par quinze entre 1997 et 2013, malgré une chute de plus de 500 milliards de dollars après la crise financière de 2008.
Les fonds de couverture restant étaient en 2005 principalement européens, domiciliés à 70 % au Luxembourg et en Irlande et dirigés à 90 % depuis l'Angleterre et la FranceBanque centrale Européenne, p14 et p17. En 2009, les deux tiers des fonds de couvertures sont localisés dans les îles Caïmans, qui est de facto le paradis fiscal des multinationalesInterview de Jean-Michel Quatrepoint à la NAR le 9 décembre 2009.
Grâce aux liquidités injectées par les États, les fonds de couverture pèsent milliards de dollars en 2009 ; plus des trois quarts d'entre eux sont américains ou britanniques. Ces fonds sont détenus à hauteur de 18 % par les banques et à près de 50 % par des investisseurs institutionnelsIrène Inchauspé, « L'union doit prendre les fonds de couverture à revers : interview de Michel Aglietta », Challenges, n°200, 18 février 2010, page 42..
Typologie d'actifs
Actions et actions défensives Les hedge funds achètent des actions, et notamment des actions défensives (contracycliques) en période de marché baissier. Ils achètent également des actions à coefficient bêta élevé en période de marché haussier.
Actifs spécifiques La gestion alternative effectue également des placements dans des domaines très spécifiques tels que ceux que pratique Vice fund. Les hedge funds recourent ainsi à des placements autres que sur le marché des actions : devises, matières premières, dettes décotées, etc.
Produits dérivés La gestion alternative est spécialisée dans le recours aux produits dérivés. En fonction de la tendance du marché, le gestionnaire peut acheter ou vendre des contrats qui profiteront de la baisse (achat d'options de vente/puts, etc.) ou de la hausse (achat d'options d'achat/calls, etc.). Le gérant a aussi la possibilité d'emprunter plus de titres qu'il n'en possède (achat à découvert) ou inversement (vente à découvert), dans le but d'augmenter l'effet de levier financier.
Outils
Analyse micro et macroéconomique La gestion alternative s'appuie aussi sur la recherche et l'analyse micro ou macroéconomique, qui doit permettre de trouver des opportunités soit dans les tendances de fond de l'économie ou des marchés financiers, soit en découvrant des entreprises à fort potentiel ou au contraire en difficulté.
Effet de levier
La recherche de l'effet de levier (aussi leverage), consiste à emprunter pour augmenter la taille effective du portefeuille (constitué au départ seulement des fonds apportés par les investisseurs). Les hedge funds utilisent fréquemment l'effet de levier, à savoir l'utilisation de capital emprunté pour augmenter la taille du portefeuille investi et augmenter le retour. Les fonds peuvent utiliser la technique du margin loan, ou alors des accords de rachats (repurchase agreements) : un fonds accepte de vendre un actif à un tiers pour un prix prédéterminé, puis de le racheter à un prix plus élevé plus tard.
Vente à découvert
La vente à découvert (ou short selling), consiste à vendre au comptant des titres que l'on ne détient pas, en espérant les racheter moins cher ultérieurement. Pour ce faire, le gérant emprunte ces mêmes titres sur la période. En effet, lors d'un prêt de titres il y a transfert de propriété vers l'emprunteur, si bien que celui-ci a le droit de les vendre; il lui faut seulement faire en sorte d'avoir racheté les titres au moment où il doit les rendre. Cette stratégie est très risquée en cas de retournement à la hausse du marché : en effet, le cours du titre sous-jacent a la capacité d'augmenter théoriquement à l'infini et si l'on ajoute l'effet de levier les pertes peuvent être abyssales.
Produits dérivés
Le recours aux produits dérivés : options, futures ou contrats de gré à gré est fréquent, soit dans un but spéculatif, soit au contraire pour couvrir le portefeuille.
Arbitrage
L'arbitrage consiste à exploiter des écarts de prix injustifiés. Les marchés ne sont pas efficients ; à ce titre, la valeur des actifs peut s'écarter provisoirement de leur valeur intrinsèque. La gestion alternative vise à exploiter ces failles, par exemple en achetant des obligations convertibles supposées sous-évaluées tout en vendant à découvert l'action sous-jacente. On peut également profiter de l'écart des prix d'un même titre ou d'une même devise (cf spéculation sur le Yen dont la correction a perturbé les marchés asiatiques peu avant la crise des subprime) sur deux marchés différents.
Equity Les stratégies equity sont les stratégies qui donnent une importance particulière au choix des actifs financiers. Elles passent par des positions short et long.
Alpha
L'alpha est une mesure qui permet de comparer les retours sur investissement (la performance) du fonds par rapport à la performance générale d'un marché (par exemple, le CAC 40). Les rémunérations et bonus des hedge funds peuvent être liés à cet alpha.
Ratio de Sharpe
Les hedge funds ont recours au ratio de Sharpe, qui permet de calculer le retour sur investissement par unité de risque pris. Plus le ratio est élevé, plus cela signifie que le retour est fort par rapport au risque. Les ratios de Sharpe au-dessus de 1 sont peu communs mais sont atteints par certains fonds. Le ratio de Sharpe du S&P 500 entre 1926 et la fin des années 2000 a été de 0,5.
Stratégies
Stratégies d'arbitrage
Arbitrage de convertible